DE L'ESTIMATION DU CARACTERE
Les regards de l'amour sont bien doux, ils attisent de nouvelles amours ; La haine sillonne le front, et le froncement des sourcils devient haine : C'est qu'entre l'ame et le corps, l'esprit et la matière, il y a réciprocité
d'influences :
Chacun continue la lutte ; les œuvres de l'homme l'élèvent ou le ruinent.
£1 y a, dans le crépuscule de la vérité, des mystères plus profonds que
ceux-ci ; Mais ceux qui les distinguent de l'obscurité qui les entoure, sont en petit
nombre.
Peut-être même que si le tout t'était connu, si, doué d'une vaste intelligence.
Tu pouvais lire l'histoire de chaque individu, de tant de vies mêlées de
bien et de mal.
Et si, au compte fidèle, qui résume la destinée de l'homme, Tu ajoutais les forces du dehors, qui le traînent ici et là, Les inclinations secrètes, entées sur l'ame dès le berceau. Le pouvoir de l'exemple de ceux, parmi lesquels son sort est jeté, L'influence de la nécessité, des richesses, du bon traitement, de la dureté, De l'ignorance invincible, du savoir inculqué, Des premières impressions souvent ineffaçables, des attraits au bien et
au mal.
Des défauts héréditaires, de la fragilité humaine. Du tempérament sain ou maladif, des préjugés versés dans l'ame. Et de cette infinité de petites choses, que l'Omniscience seule a connues, Des accidents qui dirigent les pensées, oii l'Ubiquité seule. peut les
suivre ; — Quand même tu comprendrais toutes ces choses, et leurs résultats. Le but où elles tendent, et l'accord nécessaire de tout ce qui existe, Alors tu verrais ce que voit Celui, aux yeux duquel tous sont égaux, — Égaux quant à l'innocence et au crime ; puisqu'ils ne diffèrent qu'à cet
égard :
L'une reconnaît son péché, attendant de Dieu le pardon, L'autre vante son mérite, et demande justice à Dieu ; Voilà pourquoi Celui qui ne renvoie personne, déploie sa munificence
envers ceux qui prient.
Et plonge l'épée de sa vengeance dans le cœur des présomptueux.
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He ®oeur que la colère n'émeut jamais est un cœur émoussé,
Mais celui que la haine gonfle, est prompt à se tailler le mal.
C'est une noble infirmité que la colère, c'est le faible généreux des justes,
Le premier degré au-dessus du zèle, c'est lui qui revendique les droits de
la vertu :
Mais la haine, crime lent et continu, est un feu dans le sein du méchant, Flamme triste, avide, — toujours dévorante, insatiable. La haine cherche à faire mal à autrui ; la colère veut se satisfaire : La haine est un poison qui mitonne; la colère l'ouverture d'une soupape: La haine détruit comme l'upas ; la colère frappe comme une massue : La haine est l'atmosphère de l'enfer ; mais la colère est connue dans le ciel. N'y a-t-il point un courroux légitime, une colère juste et sainte. Quand la bonté s'assied dans la poussière, quand l'iniquité fait de Babel
son trône ?
La pitié condamne-t-elle le crime? — la justice n'est-elle point une loi
plutôt qu'un sentiment, Lorsqu'elle prend à témoin la ligne et le niveau, sans égard pour le sens
moral ? ^
Entre les anges et toi, qui condamnes la colère, il y a peu de sympathie ; Tu l'estimais un péché, mais que ton commerce avec le ciel est froid !
CKarîrc^toî de l'homme courroucé, durant sa colère; mais ensuite, ne
crains point de l'approcher ; Car si tu reconnais ta faute, il regrettera lui-même sa colère : Garde-toi de celui qui hait de sang-froid ; car il cherche à te faire tort : Epuisant toutes ses ressources, d'un air calme, pour effectuer ta ruine. La fraude et la perfidie se cachent avec la haine, mais la bonn^e foi vole
avec la colère :
L'une tend des embûches comme le serpent ; l'autre poursuit comme le
léopard.