LA PRIERE DOMINICALE
Et que le dernier souhait de l'ame qui soupire sur les confins de la
prière Soit d'être délivrée du péché et du démon, des misères de la terre et de
l'enfer.
Enfant de l'espoir ! d'où vient la stabilité du rocher de ta confiance ? Tu sais que Dieu t'exauce, et qu'il te promet la paix ; Tu sais qu'il est Roi, et que personne n'arrêtera sa main ; Tu sais que sa puissance est sans bornes, et qu'il n'y en a point d'autre, Et tu lui donnes gloire, créature de ses mains, objet de sa faveur. Pour le don de cette vie heureuse et brillante qui ne finira jamais.
De la DisîïHhu.
^ourqiiof suis-je né? — serait-ce pour remplir le cercle de l'année
Non seulement d'efforts journaliers pour un peu de pain, mais aussi de
chagrins et de plaisirs sordides ? — Pour errer dans le dédale de ce monde, tour-à-tour lumière et ténèbres ? Le jour, ce sont les rêves de la pensée sévère, la nuit, ce sont les rêves
de la fantaisie.
Serait-ce pour n'être qu'un dans la foule? — pour creuser l'argile qui
m'a formé ?
Pour décorer la galerie de l'art? pour défricher quelques arpents de forêt? Pour bien plus que cela, mon ame, ton Dieu t'a confié la vie. Ce noble but, serait-ce nourrir l'esprit de connaissances. Mélanger, pour étancher ma soif, le vin pétillant de la sagesse, Multiplier les flambeaux dans les antres de mon cœur. Moissonner, dans les sillons de mon cerveau, le pur froment de la raison ? Pour bien plus que cela, mon ame, ton Dieu t'a confié la vie. Est-ce pour te perfectionner dans l'art de te conduire, pour réprimer
l'irritable volonté.
Pour tenir la bride haute aux chevaux fougueux de la passion, Pour accueillir, dans un cœur sans orage, au fond silencieux d'un désert, Ces visites célestes qui ne rendent heureux qu'un seul être ? — Pour bien plus que cela, mon ame, ton Dieu t'a confié la vie. Ne viser qu'à ton bonheur, c'est le but de l'idolâtre et du méchant, Sur la terre, et même au ciel, si tu ne le cherches que pour lui-même, tu
chercheras, mais tu ne trouveras point.
C'est une fleur qui aime le bord des routes, elle ne croît qu'au chemin de
l'Utilité, Si tu la cueilles, elle se fane dans ta main ; si tu la passes, c'est le parfum
de ton cœur ; Ne chéris plus ton ame, ne te soucie plus de ton bien-être, Foule aux pieds le serpolet, sois utile, et sois heureux !
70 DELADISCRETION.
Stînst raisonne l'ardent jeune homme : sa conclusion est juste,
Et, soudain, chevalier-errant du bien, il part, il entre dans la carrière.
Les arguments sont le fil de son épée, dans sa visière est la terreur des
censures ; Sa panoplie est la foi, le zèle embrase son coeur. Une chose, toutefois, lui manque, c'est le Mentor de l'ame, Le doux murmure de la Discrétion — Il n'est pas temps encore. Il frappe un oppresseur, et la vengeance du coup fatal Betourne, sur le corps de sa faible victime, en coups redoublés : Il aime à donner, il distribue des aumônes ; le paupérisme turbulent se
régale, Tandis que l'honnête industrie, cachant ses maigres côtes, meurt de faim ; n défie en champ clos l'Infidélité, ce géant rusé, Et, vaincu dans ce conflit inégal, il fortifie les mains de l'erreur ; Il se hâte d'enseigner et de prêcher, comme le coursier se précipite au
combat.
Et, s'il fallait préparer les voies à la vérité, il briserait les Alpes du préjugé : Il accable de preuves rebattues, quand on n'attend point de raison, Et impose à l'oreille qui l'écoute l'argument captieux de la sensibilité. C'est ainsi que souvent, à en juger par les résultats, Les amis les plus zélés de la vérité lui ont infligé tant de blessures mortelles. Hélas ! c'est qu'il y a assez d'ennemis en dehors, ravis de parlementer
avec un traître.
Et quelque enthousiaste abaisse le pont-lévis, brûlant de signaler sa
prouesse :
Que dis-je ? il fait une brèche dans la citadelle de la vérité, Pour l'honneur de boucher l'ouverture avec son vil cadavre.
3le %hlt sans jugement est un mal, quoique ce zèle tende au bien ;
Ne touche point l'arche de ta main souillée, quand même il semblerait
qu'elle chancelé.
Il y a des méchants qui font le bien, il y a des bons qui font le mal. Et d'imprudents défenseurs de la sagesse l'ont exposée à bien des reproches. L'esprit de l'homme n'offre que trop d'erreurs pour la vérité à combattre, Car le brouillard des sens est un voile épais, et le péché dénature la volonté ; Néanmoins, la maladresse de l'afiicieux champion déconcerte la victoire, — Ces mains sanglantes que voilà furent blessées sous le toit de tes amis : Voulant indiquer le sens des paroles, son doigt les efface ; Et la paille qu'il vanne est dans nos yeux, avant qu'on voie le froment : Il entasse de lourdes bûches sur un feu qui s'éteint,
Et si l'appartement est en feu, il ouvre les fenêtres ;
Si le cliar descend la colline, d'un coup d'épaule à la roue, il hai-asse la
bête de somme, Et quand l'obstacle serait utile, il pousse, mal-à-propos, et de toute sa
force.
3Lt V^isstMi coule à fond, si la tempête a détaché son gouvernail ; Et il faut à l'ame qui force de voiles beaucoup de lest. Prends un levier par le milieu, il te semblera sans pouvoir, Argumente indiscrètement pour la vérité, et tu te tourmenteras pour un
mensonge.
Il y a assez de place pour l'homme paisible dans l'assemblée la plus serrée, Mais l'esprit querelleur se trouve à l'étroit en plein champ ; Bien des instructeurs, manque de jugement, font tort à leurs leçons ; Et une herbe amère gâte le mets le plus savoureux : Un schisme téméraire a déchiré la robe sans couture. Parce que les insensés qui la réclament n'ont point voulu risquer un sort
pour l'obtenir.
î^ufssc la discrétion te conduire, jeune homme au cœur noble,
Qu'elle te porte à excuser les infirmités, à fermer les yeux aux erreurs
innocentes, À faire peu de cas des formes, à tolérer le préjugé et le caprice : Puisse la discrétion inspirer ta demande, et suggérer ta réponse, T'apprendre que le silence, s'il est à propos, est plus éloquent que la parole, Te dire tout-bas, tu es Faiblesse, bien que ta cause soit Force, Te dire, c'est de dedans que la clef de la voûte se détache avec le moins
de peine.
Les neiges de l'Hécla reposent autour de ses sources agitées et fumantes ; Puissent les ruisseaux frais de la prudence tempérer les torrents enflammés
de ton zèle :
Ainsi tu atteindras un but honorable, et tu remporteras le prix qui se
gagne à mi-ohemin :
Ainsi ta vie sera utile, ton jeune cœur se réjouira.
Sbb lagutBlhs.
îSncorc une, dit l'insensé, encore une, c'est si peu de chose !
Encore une heure de folie, car un, qu'est-ce dans un si grand nombre?
Il aveugle sa conscience avec des mensonges, et se stupéfie le cœur en
multipliant le doute ; — À qui cela fera-t-il tort ? un petit mal produit un grand bien ; Mes pensées, ne sont-elles pas à moi? elles ne laissent aucune trace
derrière elles ; Si Dieu pardonne ainsi le crime, ces peccadilles le toucheraient-elles ? Ainsi le malheureux pèche encore, peu à peu il succombe. Jusqu'à ce que, le terrain s'écroulant autour de lui, il tombe dans l'abyme,
C'est que, sur la terre, rien n'est trop petit pour enfanter de grandes choses, Et il n'y a pas de déviation, qui ne puisse, pour toujours, détom-ner du
bon chemin.
L'arbre, point de marque, était d'abord semence ; et la poussière incline
le trébuchet ; Chacun jette son caillou, la mont-joie s'élève:
Cette barre dangereuse à l'entrée du port, ce n'est que des grains de sable ; Et le récif qui a brisé des flottes est l'œuvre d'une colonie de vers. Oui ! c'est un vil moucheron qui rend furieux le terrible éléphant ; Et de faibles ruisseaux, à force de couler, usent la roche vive. Homme, tu n'es rien, et tu luttes avec tes frères pour des vétilles, Car atomes sur atomes s'accumulent, avant que le crime devienne un géant. Quoi, ton serviteur est-il un chien ? tu ne saisiras point encore le poignard, Ni ne riras point encore avec les contempteurs, ni ne trahiras point encore
les innocents.
Mais si ton cœur se livre aux rêveries de l'injustice et de la colère,