DE L I M M O R T A L I T E
Est-ce parce que ces richesses sont incompréhensibles, cette condescendance excessive ?
Quel don, néanmoins, s'il cesse ou s'il change, est digne du Roi Toutpuissant !
Car, souviens-t'en, au moment où tu n'es plus, autant vaudrait-il que tu n'eusses jamais été ;
Un millénaire et une heure sont égaux dans le gouffre de cet abyme désolant, l'anéantissement :
Si Adam avait vécu jusqu'à ce jour, et qu'aujourd'hui Dieu l'eût anéanti,
A quoi lui aurait servi cette longue vie, qui s'est évanouie pour toujours ?
Il est impossible qu'un tribut de grâces s'exhale de l'encensoir de la nonexistence ; il est vide :
Si le Donneur réclame son don, il se prive de nos éloges.
39îtes*mot, vous qui tâchez en vain de gêner et de rapetisser l'ame,
Pourquoi cesserait-elle d'être, et quand son essence mourra-t-elle ?
Elle est, — et, par conséquent, elle sera, — jusqu'à ce qu'un juste obstacle s'y oppose ;
Ne prouvez point la nécessité du changement, et la raison maintiendra la permanence.
Il est vrai que le corps doit changer ; cette maison admirable que nous occupons
N'a jamais resté dans le même état, à tout moment, elle change,
Mais le tenancier de la maison, l'esprit, sensible de son existence, demeure immuable,
n se peut qu'il erre dans bien des mondes, mais il ne saurait se fuir luimême.
Le terroir oîi la semence tombe, sous le soleil et les pluies, pourra varier ;
Mais la semence est la même, l'ame est la semence ; et la chair est seulement l'ancre qui l'attache à la terre.
ïl se çcut que la machine se brise, et que la rouille en corrode les ressorts : mais le mouvement nourrit-il la rouille ?
Le cerveau régale les vers : mais les vers rongent-ils l'ame ?
La dynamique existe, elle existe à part, que la matière soit ou non ;
L'esprit est, il peut exister séparément, quoiqu'il n'y ait point de corps :
La force est une, que ce soit levier, vis, ou coin ; mais pour se manifester, elle a besoin de ceux-ci :
L'ame est une, qu'elle soit cause ou idée ; mais on la voit dans ceux-ci.
L'être est créé individu, afin de mettre à l'épreuve sa volonté raisonnable,
Argile et ame, mélangées par la sagesse, mêlées non confondues : Comme la force n'est dans le ressort, qu'au moment où il reçoit l'impulsion, Ainsi, avant l'infusion de l'esprit, l'organisme est inerte.
UBlt^S^til donc que l'ame, rejeton délicat de la matière.
Cette fleur brillante et parfaite, doit mourir, comme sa feuille ?
A d'autres : la pesanteur enfante-t-elle la légèreté ? la liberté est-elle
l'atmosphère des prisons ?
Le corps a-t-il jamais élevé, développé, épanoui l'ame ? Regarde, un charbon ardent vomi par les fournaises de l'Etna, — Dans cette cendre il y a du feu ; est-ce la pierre ponce qui Ta fait ? Non, motte froide, jamais tu n'enfanteras la flamme. Non, mécanisme exquis, jamais tu ne produiras l'ame ; Au contraire, vous combattez, vous disputez, ennemis l'un de l'autre, Jusqu'à ce que Dieu, mettant fin au conflit, ait nommé le corps collègue.
l^êtcment de chair, n'es-tu donc qu'une tunique teinte d'un poison subtil,
(Comme celle qui rendit le centaure furieux,) tuant l'ame?
Il n'en est pas ainsi : fruit de la désobéissance, laisse-toi pourrir, dépérir ;
il le faut, — La semence est dans le cœur, son germe est en sûreté, et la vie est dans
ce germe :
De plus, les eaux de Marah s'adouciront ; et le Bon Médecin Guérira ces plaies gangreneuses, la fièvre pourprée du péché : C'est lui qui, par les épreuves de ce monde, et par la division purifiante
du sépulcre.
Changera en gloire ce corps corruptible, et blanchira ce vêtement.
ÎDans ton cœur, cependant, diras-tu tout-bas, que, le plus souvent, le lit
de la mort Ne semble qu'un reflux paresseux, de l'ame et du corps qui s'afî"aissent ? L'ame sensuelle, qui a longtemps séjourné dans les réduits de la chair, Sommeillera, peut-être, obstinément indolente, hébétée à dessein: Mais est-elle, pour cela, près de la dissolution, tout ainsi que le corps de
cette mort ?
Demande à la conscience timorée, qui révèle ses terreurs, en rendant le
dernier soupir ; Demande à l'avare mourant, qui se fâche de quitter son or ; Demande à la pauvre veuve, qui confie ses orphelins à des étrangers ; Demande à la vierge-martyr, roseau cassé, mais vigoureux. Ce corps tourmenté, cet Être fragile, au front rayonnant de triomphe. —
Ô adversaire, il se peut que le doigt de la maladie semble atteindre l'ame,
Mais c'est un contact spirituel, sympathie avec ce qui souffre :
La douleur ou la crainte peut déranger et briser ce mécanisme tissu de
nerfs délicats ; Mais la démence suppose l'ame : la faute est dans la machine, non dans
le mobile :
Disperse les brouillards de la matière, voilà, l'ame est pure : Dans la cage de Timour, elle baisait la pou jsière ; maintenant, elle est
libre.
513'aninirs, il y a une raison morale pour la vie de l'ame ;
Si Dieu est roi dans le ciel, ou s'il se soucie de la terre,
La méchanceté triomphera-t-elle sans être punie, ou la vertu se fatiguerat-elle sans être vue ?
La cruauté tourmentera-t-elle ses victimes, sans qu'on les venge, et l'innocence se plaindra-t-elle, sans qu'on l'écoute ?
N'y a-t-il point de récompense pour l'infortune, — ne doit-il pas y avoir un autre monde pour la justice, —
Des soleils couchants riches d'espoir pour les bons, des terreurs pour les méchants à leur zénith ?
Comment expliquer cette énigme ; un Dieu juste qui fait prospérer l'iniquité,
La Sagesse encourageant la folie, et la Bonté appuyant la dépravation 1
Hitcorc une fois ; frère qui t'égares, pardonne l'abondance de mes paroles.
Fais-moi part de ta candeur et de ton amour, et celui qui écoute sera bienvenu :
Car, en ce moment même, mille pensées se rendent en foule à mes ordres ;
0 thème magnifique, 0 faibles pensées ! Hélas ! comment y suffire ?
Ne juge point une cause aussi sublime d'après ces humbles propos seulement :
Le défenseur n'est pas assez habile : pardonne-lui, passe outre :
Munis-toi de preuves plus certaines; garnis ton ame de plumes, et vole ;
Réfléchis, et prie ; de meilleures preuves suivront de près de saintes aspirations.
Toutefois, je voudrais concourir, malgré mon humble position, à ton bien-être et à ton soulagement.
Ton bien-être dans ce monde et dans de plus hautes sphères, ton soulagement sur un lit de douleurs,
252 DEL'I M MORTALITE.
Accueille les imaginations qui se pressent, et marchons ensemble comme
des amis ; Mais avance en tremblant, le sol est sacré, — révère l'Immortalité!
^^Oitchirns^txi de tes infirmités, de ton état abject et coupable,
Que cet être affligé, frappé, l'homme, n'existera pas toujours ;
Cet être abruti, infatué, le sauvage et l'esclave, le nourrisson et l'idiot,
Masse d'esprits bas et vulgaires, seraient-ils immortels ? —
Considère tous les commencements, qu'ils sont petits, qu'ils sont faibles :
Le Gange, et le Mississipi, nés des ruisselets des montagnes, roulent
leurs eaux ; L'if de mille ans était jadis une petite semence ; Et la Rome de marbre de Néron, la hutte de boue d'un berger ; On vit dans le ciel du tropique un point noir, il devint le terrible ouragan ; Une pomme, trop agréable à la vue, détruisit un monde plein d'ames : Un faible enfant est né, — c'est Attila, le fléau des nations ! Un malfaiteur prétendu meurt, — c'est Jésus, le Sauveur des hommes!
C'est :poutquoî, n'admets point dans le trésor de tes pensées l'idée frivole Que rien de ce qui est né dans le Temps ne peut excéder les pas de
l'Lifinité :
Compte les nombres d'une somme ; où est-ce que la progression s'arrêtera ? Le point de départ est défini, fixe, mais le terme de la numération, où
est-il ?
Commence par un moment, la fin de l'existence quand viendra-t-elle ? Les âmes émanent de Dieu, afin de voyager avec lui, identifiées, pour
toujours.
Outre cela, toi qui objectes que le cercle éternel est inaccessible. Qu'il n'y a que Dieu qui fût avant tous les temps, et qui sera toujours, Considère, est-il impossible de concevoir l'existence des créatures dans
leur Auteur, Et les confins de l'éternité comme remplis de Dieu ? Ne hasarde point ton ame pour un caprice : qui est-ce qui voudrait
fréter une bulle d'air avec un diamant. Et lancer ce bijou sans prix sur les rapides bouillonnants de la cataracte ?
St, îionc, à l'heure de la mort, au lieu de périr, nous marchons en esprit
dans les ténèbres, Attendant une demeure incorruptible, dont le corps est la semence. Dites-moi, quand le terme viendra- t-il ? le tems et ses ordalies ne sont plus :
Les tempêtes sont passées, la nuit touche à sa fin, le matin solennel est
venu.
La mort triomphera-t-elle, s'arrogera-t-elle encore une fois la victoire, — Le cadavre de l'ennemi vivifiera-t-il, brisera-t-il la tête du Champion ? Le mal, terrible exemple, se contraste aux attributs du Bien, Est rélégué dans son monde obscur, extirpé de la terre et du ciel : Quand on aura franchi l'abyme, le péché sera-t-il semé de nouveau ? Nous ne savons que ceci, le livre de la vérité le proclame avec transport,
Jamais !
3La l'olonté de Dieu demeure : quand il se repentira de sa créature. Faite à la suggestion de la miséricorde, rançonnée par la justice qui
s'immole, — Quand la Vérité, qui a prêté serment, trompera son prochain, s'attachant
au mensonge.
Quand les conseils de la Sagesse seront déconcertés, et que l'Amour sera
en guerre avec lui-même.
Quand l'Immuable changera, et quand le bras de la Toute-Puissance se
brisera, — Alors, — ton ame inextinguible aura atteint le terme de son existence.
J^ÎS, on dirait, selon tes notions de miséricorde et de justice, que c'est
une imposture, une horreur, Que d'imposer au temps un tel fardeau, que l'éternité soit bâtie sur un
tel fondement.
Comme si un bien, un mal si fortuit, pouvait colorer tout l'avenir. Et comme si l'accident, parce qu'il est futile, ou la nécessité, parce qu'elle
est dure, pouvait sauver l'ame ou la naufrager. Si le bien était fortuit, futile, ou dur, on pourrait croire que cela est vrai : Mais le Dessein a mis l'ordre partout, tout est tendrement surveillé par
le Bienfaisance.
0 homme, ton Juge est équitable, — il observe, il se souvient, il pèse; — Le besoin, l'ignorance, les conditions diverses, sont mis dans la balance
à ton avantage :
L'exemple contagieux d'un père donne à l'enfant un titre à notre indulgence ; Soucis, maladies, fatigues, infirmités, — tout est considéré. D'ailleurs, la Toute-Puissance, ce mystère, connaît les esprits qui Lui
appartiennent, Et les Événements, tissu délicat, sont ourdis par les doigts de l'Ubiquité.
254, DE l'immortalité.
Si la Providence était prise au dépourvu, par le choc d'un événement
possible, Un atome fortuit dérangerait la structure de l'univers : Ce qui ne semble être qu'une vétille est préordonné, comme l'aube du
jour; Et celui qui vole sur l'ouragan, dirige la bulle d'air et le brisant.
Cîtonsfïïère, outre cela, la Matière : qu'il en faut peu pour enfanter de
grandes choses !
Toi qui as si peu d'égard au résultats de ce qui se nomme accident. Un brin d'herbe a pris feu au soleil, — et les prairies jusqu'à l'horizon
sont brûlées :
Un grain de sable peut aveugler, rendre furieux, pousser au meurtre : Une mouche vigilante déposa son œuf dans le germe enflé d'un gland, — Le rejeton crut, — chancreux, raboteux, — le voilà! c'est un chêne: Un enfant toucha un ressort, le ressort ferma une soupape, l'engin fatigué
se brisa, — Il y avait mille âmes dans ce vaisseau, — le doigt d'un enfant les abyma ! Est-ce en vain que la nature prêche ? ta casualité, dirigée dans son orbite. Moindre, il est vrai, que l'atome dans un rayon de soleil, vogue au milieu
d'une flotte de mondes ; Cette cause triviale, arrosée, observée, jour après jour, par le Cultivateur, Produit de grands résultats, grâce à son énergie tranquille et constante. Ainsi, dans la petitesse de la vie, remarque les semences de la grandeur. Et regarde des yeux de l'héritier de l'Immortalité, le sablier du Temps.
£1 est encore des nuées de témoins, — si mon discours ne t'ennuie pas, — Des foules de pensées qui rehaussent la lumière, et qui indiquent la Vie : Car, prends-y garde, la Vérité et la Bonté mises en œuvre à propos, Se recommandent à tous les esprits, par une intuition merveilleuse : Que veut dire ceci ? on reconnaît un modèle non-écrit, naturel, uniforme ; Révélant une source commune, racine du Bien et du Vrai. Si, donc, l'ame, dès-à-présent, monte à sa source, la Divinité, Etant, par sa nature, une existence individuelle, un être raisonnable et
séparé.
Pourquoi l'espoir ne suivrait-il pas avec joie les traces de sa durée dans
l'avenir.
Pourquoi ne marcherait-il point, parallèle étonnant ! comme Enoch, avec
Dieu?
La généalogie de l'ame, souffle vivifiant du Créateur,
Souffle, et non pas air fugitif, mais essence, énergie, raison.
Image sublime de l'avenir, s'élève dans le brouillard du passé, comme
autrefois Melchisédec, Toujours présente dans la majesté de la Paix, n'ayant ni commencement
de jours, ni fin de vie.
Ô faup -Sn[\jrtnt, qui crois au mensonge, et ne doutes que de la vérité,
Est-ce pour ravir à l'ame son droit d'aînesse, l'Immortalité, que tu t'épuises ?
Est-ce à cause de tes crimes ? Il pardonne : Est-ce à cause de ta faiblesse ? Il t'aidera :
Malgré tes terreurs. Il est amour ; et sa Miséricorde est plus profonde que ton Désespoir :
Quoique ton orgueil soit en pleine fleur, est-ce une grande chose d'être redevable à Dieu ?
D'ailleurs, contemple tes droits ! Il t'a fait ; tes titres ! Il t'a racheté.
N'y-a-t-il aucune beauté, rien de ce qui excite tes désirs, dans l'aspect de l'affection ?
Et ses souffrances ne sont-elles rien, à celui qui passe, à toi-même ?
C'est un Fait, toutefois, un fait immuable, que Dieu devenu Homme,
Nous anoblissant, par son amour désintéressé, lorsqu'il nous racheta.
Supposé que tu sois faux, ignorant, faible, téméraire, —
Comment éteindre l'astre du jour ? Bélisaire seul est-il aveugle ?
Sî même, cédant à ta folie, je suppose que toutes ces espérances sont des
chimères ; Prouve l'insanité de la raison, lutte contre la conscience, et flétris le cœur : Quel grand avantage en tireras-tu? — J'ai tout ce que tu as. Les ressorts de la vie aussi vigoureux, le terme de sa durée aussi long ; Ma coupe déborde de joie, mes chagrins ne sont pas plus cuisants : Ainsi, nous marchons ensemble, jusqu'aux portes de la mort : Là, (sinon, durant mon voyage, bénissant chaque pas. Réjoui par la lumière, vivifié par l'amour, et tuant tous mes soucis,) Là, — tandis que tu trembles, ou, sombre rêveur, t'attends à n'être rien, — Là, — se trouve mon gain; je triomphe, quand tu frissonnes. Supposé que mon bonheur ne soit que mensonge, il n'en est pas moins
une source de délices, Le parfum de tous mes plaisirs, le baume de toutes mes douleurs. O illusion précieuse et sage, tu dissipes la misère et le péché ! Ô vérité basse et ridicule, tu nous dépraves et tu nous maudis !
256 DELIMMORTALITE.
STxif qui erres dans les ténèbres, enfant de la science, entretiens-toi avec Socrate et Cicéron,
Ils n'avaient point de préjugés de naissance, de tristes faux plis hérédita."res ;
Vois-tu? ces âmes lumineuses anticipent le jour naissant,
Tandis que toi, pauvre taupe, que la lumière inonde, tu perces la terre, tu te caches dans les ténèbres.
Je n'alléguerai point la révélation, les miséricordes, les miracles, et les martyrs,
Mais, au bout de deux mille ans, va t'instruire chez le païen :
Il serait avantageux, prudent même, parmi les insensés, de ne point renoncer à l'ombre de l'espérance,
Au lieu de gagner, au milieu des sages, la réalité du désespoir ;
Mais ici, les sages espèrent ; le désespoir est aux insensés.
Coeurs vils et dépravés, têtes stupides, êtres sensuels et égoïstes.
^t moquernîS'tU, néanmoins, chétif contempteur du désespoir ? Désespoir pour ceux qui meurent et qui vivent, — pour moi, je vis et je
meurs :
Qu'ai je affaire à la terreur? il faut que mon cierge s'éteigne ; — Ne nourrissant point de vaines espérances, j'ignore la crainte: J'approche de la Fin, — Ô réponse faible et fausse : Tu vis encore d'espérance, et la crainte, orne inquiétude profonde, te
tourmente.
Ecoute, mon frère, pauvre errant : les anciens te répondront : Considère la fin de tout, elle n'est que la fin d'un commencement. Tout se meut dans un cercle ; la lassitude amène le repos : Le repos donne une nouvelle vigueur au travail, et le travail fait naître
la fatigue :
La guerre enfante la paix, la paix excite la guerre : La lumière expire dans les ténèbres, et la nuit devient jour: Les roseaux pourris du marais répandent alentour la fertilité ; La cadavre du buffle a donné la vie à des millions d'êtres : La fin du travail est le gain, la fin du gain est le plaisir, Le plaisir tend au luxe, et le luxe commande au travail.
^însf, la mort est une fin, — mais le commencement qu'elle engendre est infini :
Les limites sont pour le tems, et la mort a tué le temps ; le commencement de l'Eternité est pour toujours.
D E L ' I M iM O R T A L I T E . 257
L'Ambition, a-t-elle un terme réel ? toute jouissance n'est-elle pas désappointement ?
Un pas sur l'échelle, un second, un troisième, — à tous les relais, nous partons :
Considère les époques de cette vie, enfant, édudiant, homme.
Le mari, le père, le lit de mort du saint, — et serait-ce alors la fin?
Ce climax banal, la Mort, ne conduit-il à rien ?
La fleur, le résultat d'une racine de causes si vivace, ne sera-t-elle qu'une
vapeur
Cette chaîne solide de faits, est-elle brisée pour toujours ? De quel intrépide étalage de chiffres, la triste somme totale serait l'anéantissement.
©u, pcut=ctrc, à ta pensée qui revient sur ses pas, la mort semblera une fin continue.
Un sommeil éternel et lourd, au lieu d'une fin brusque.
ô chrysalide futile, pourquoi dors-tu ?
Sans rêves, sans sentiment, ne te réveillant jamais, — quel est le but d'un tel sommeil ?
Si tu dois vivre encore, veiller te sied autant que dormir :
Qu'il est rampant, ton esprit, s'il lui faut un sommeil éternel !
Ou, serait-ce que les peines de la vie ont été si cruelles, si longues,
Que le repos ne restaurera jamais ton ame surchargée ?
Le sommeil est le délassement du corps, mais quand l'ame s'est elle endormie ?
Même lorsqu'elle tombe en défaillance, elle rêve, quoique tout soit ensuite oublié :
Les muscles désirent quelque relâche, les nerfs irritables implorent la paix :
Mais la vie est une force constante, l'esprit un élan que rien ne tranquillise.
L'œil peut s'user, comme un télescope, et le cerveau agir lentement, comme une machine.
Mais l'ame infatigable, et pour toujours, est capable d'efforts perpétuels.
3Jc bfs, je meus, je pense : qui m'interdira l'être ? Où est la main barbare, qui déchirera ce tissu d'existence ? Non la tienne, Mort, ombre vaine, qui n'es qu'un fantôme ? Non la tienne. Corruption hideuse, qui n'es que frayeur ? 22* R