‹ Philosophie proverbialeChapitre 47 sur 81 · DEL^IMMORTALITÉ · texte numérisé non relu

DEL^IMMORTALITÉ

C'est que l'erreur immolée, sombre magicienne, jetée, chaque jour, à la voirie,

Recouvre la vie, à l'heure où tout dort, sous les rayons de la lune.

Plus d'une fois, plus d'une fois, la raison a sagement répondu ;

Mais la folie au front d'airain n'en agite pas moins la question.

Ce serait un travail ingrat, un combat singulier contre l'incrédulité :

Vit-on jamais la candeur dans un sophiste, et comment satisfaire l'infidèle?

Trop longtemps, ô brebis égarée du bercail, j'ai suivi à la piste tes pas errants ;

Trop longtemps, déserteur perfide, je t'ai combattu comme si tu étais un noble adversaire ;

Il se peut que mon humble talent, quHin bras trop faible pour son arme,

N'a pu percer ta cuirasse, et atteindre ton ame :

Il se peut qu'à cause de la chaleur de mes discours, et de l'examen trop patient de tes illusions.

Tu en fasses un plus grand cas, tu les croies plus louables, plus sages :

A d'autres ! à moi la victoire ! nous ne nous mesurons plus ;

Laisse-moi, et qu'un mot te sufiise, — tu es Homme, tu es Immortel!

3Bnfant de la lumière, étudiant de la vérité, je t'ai oublié trop longtemps :

C'est assez parlementer avec un étranger ; que je m'entretienne agréablement avec un frère.

De glorieuses espérances, d'ineffables conceptions, sur un thème divin, arrivent en foule,

La Crainte fut immolée dans le portail, le Doute repoussé dans les ténèbres:

Car le Messie est mort, et nous en Lui ; par la foi son Tout est à nous ;

Croix et couronne, amour et vie ; et nous régnerons en Lui !

De plus, il y a convenance, il y a beauté, dans l'attribution de l'immortalité à l'ame.

Afin qu'il soit permis à ses énergies, à ses hautes aspirations, de prendre leur essor, et de se déployer indéfiniment.

Apprendre tout, avec une capacité toujours croissante, est le privilège de la raison,

Mais, dans l'époque du travail, le temps, nous effleurons à peine les alphabets :

Qu'il est difi&cile, dans le tumulte de la vie, à l'homme, heurté par tant de soucis.

De se tirer à l'écart, afin d'approfondir de merveilleux secrets ;

Jouissant à peine des heures, à peine des moyens de s'acquitter de ses

devoirs journaliers, Que cette faible lueur de science que son œil surpris entrevoit est peu de

chose !

La science, cependant, est l'observation de l'ordre dans lequel les attributs de Dieu se développent.

Et elle est, par conséquent, digne de la créature, digne des recherches de

l'ange ; Oui, la science humaine, quoique la récolte soit chétive, A ses racines à la fois profondes et fortes ; mais les plantes sont étrangère

au climat ; Tout ce que nous croyons savoir exige de plus longues études. L'histoire et la science, la prophécie et l'art, sont tous l'œuvre de Dieu : Et il y a des galaxies de globes, des millions d'êtres que jamais homme

n'imagina.

De nouveaux sens, des sons merveilleux, des pensées de feu, transperçant

l'ame, Des influences dont la force étonne, vivifiant des éléments inconnus, Des attributs, des énergies célestes, qu'homme ne devinera jamais.

ait n'est pas, en vain, mon frère, que l'entreprise aiguillonne l'ame,

Et que l'ame veillant dans la caverne du mystère, attend avec ardeur

quelque aventure :

Ce n'est pas en vain que la coupe de la curiosité, douce, et richement

aromatisée, A l'œil est un rubis, au goût de l'ambroisie, exhalant une odeur exquise : Tu en boiras largement, et elle remplira ton esprit de merveilles ; Tu ne veilleras plus, tu ne languiras plus, frustré de ton espoir ; Tu erreras à plaisir, où il n'y a point de sentiers, voyageur sans entraves, Transportant à souhait l'ame afi'ranchie oii les étoiles sont des soleils !

Compte?, comptez vos espérances, héritiers de l'immortalité et de l'amour, Ecoutez le symbole d'un ami, retournez-vous, et bénissez-moi. Voilà, j'ai une forte persuasion qu'un jour j'habiterai plusieurs mondes, Et que j'y recueillerai, des lèvres de mes frères innombrables, des connaissances précieuses, toujours nouvelles:

Je soupire après ces régions on l'imagination sera satisfaite, où l'homme

éprouvera l'extase de la liberté, Et où l'ame, élevée aux honneurs de la royauté, sa destinée, régnera dans la gloire.

262 del'immortalite.

Je cherche à reconnaître, sous le masque ravissant de leur perfection,

Les traits familiers et chers que j'aimais sur la terre.

Je désire que ma langue reconnaissante entretienne mes amis de tempêtes et de périls passés,

Et qu'elle loue le grand Pilote qui nous à conduits à travers les rapides :

C'est lui qui sera le foyer de tout, le centre de la joie, —

Mon ame a soif de Dieu, de Dieu en l'Homme !

Prophète, prêtre, et roi, sacrifice, garant. Sauveur,

Transport des bienheureux dans le persécuté de la terre, celui qui pardonne et qui est la victime ;

Que de siècles de joie se concentrent dans ce thème, .

Que de fois Methuséla compterait ses mille ans, sans l'épuiser !

Et voilà la Jérusalem céleste, avec toutes ses portes, une perle,

Cette perle sans pi'ix, la porte par laquelle nous sommes entrés, —

Venez, marchez dans ses rues d'or, et joignez cette multitude triomphante.

Les bienheureux du ciel et de la terre, dix mille fois dix mille :

Écoutez, ils chantent le cantique, — et ils jètent leurs couronnes devant le trône ;

Leurs âmes rayonnent d'amour, — de Gloire, de Louange, et d'Immortalité ! —

Voile tes yeux ; nul fils du temps ne verra cette vision divine,

Et le séraphin même à côte de toi, couvre son front de ses ailes.

"Ne BOnUcz pas là des paraboles? — chacun continue son voyage. Vous qui écoutez, et moi qui conseille, nous oublions tout, chemin faisant. Les réalités terribles vers lesquelles nous tendons, sont cachées à nos yeux, Nous le savons, mais nous n'y prenons pas garde ; nous marchons comme

si le temps était tout.

Des vétilles, bourdonnées à l'oreille, en peuplent les sombres dormitoires, Qui se soucient peu des terreurs à venir, du tonnerre et de la trompette ; Des atomes, exhalaisons légères, ternissent nos faibles yeux. Incapables d'entrevoir la sphère majestueuse de l'Immortalité qui

approche :

Entouré d'ennemis, un être frivole s'amuse à aiguiser une épigramme ; (*) Le bœuf stupide, conduit à l'abattoir, ne pense, chemin faisant, qu'à

paître.

Hélas, les trésors de la vérité, les montagnes éternelles. Les espérances glorieuses dont nous parlions, et la conviction de nos

cœurs, —

Hélas, le vaste avenir, et ses faits de diamant.

Obscurcis par le présent de vapeurs enivrantes, —

Ne paraissent, même à nous, héritiers expectants d'une félicité si

grande, A nous, responsables et libres, enfants timides de la raison. Qu'un chant, agréable, des sons mélodieux et solennels, Une voix qui nous plaît, voilà tout, — ne sont-ce pas des paraboles ?

3.3citse à ton ame, ô homme, puisque personne n'est garant pour son

frère :

Sache que, soit le ciel, soit la terre, — tu ne saurais te soustraire à

l'Immortalité !

BbB âîlfBB,

2<*3BS|)rît est une essence volatile, planant ça et là dans les airs, Sentinelle isolée de sa forteresse, le corps, se montrant partout, chaque

lieu à son tour :

L'esprit est indivisible, immédiat, sans parties, sans organes. Ce qu'il fait, il le fait promptement, mais tout l'esprit le fait : Agent versatil et mobile, principe infatigable d'énergie. Ni l'espace, ni le temps, ni le repos, ni le travail, n'affectent le tenancier

du cerveau.

Sa demeure, il est vrai, peut être endommagée, l'ameublement peut être

dérangé.

Mais cette particule de Dieu en l'homme ne sommeille point, ne se fatigue

point; Quoique aussi prompte à changer que le champ d'un kaléidoscope. Elle n'embrasse qu'une idée à la fois, et elle la modèle, pour un instant,

à son image :

L'esprit, comme le vif-argent, transvasé de vaisseau en vaisseau, Prend tout à coup une forme, et s'en défait aussitôt ; Car, faculté intelligente, il comprend les propriétés de la Matière, Il se dilate pour envelopper un monde, il se contracte pour emprisonner

un atome :

Comme, de nuit, une variété de figures bizarres s'offre à tes yeux irritables, Maintenant, c'est une roue, tout à coup un point, une ligne, une courbe,

un zigzag, Chaos de changements, dance de moucherons dans un rayon, Rapide, confuse, dont on ne saurait ni prévoir la forme, ni se rappeler

les mouvements successifs.

Ainsi l'esprit de l'homme, seul, perpétuellement mobile. Voltige de pensée en pensée, et à chaque idée il change Métamorphosé, pour l'instant qui s'écoule, dans l'image de ce qui est

en vue,

DESIDEES. 265

Et versant ses perceptions immédiates dans chaque nouvelle source de contemplation.

n regarde un arbre ; et, sans le savoir, examine, tour-à-tour,

Sa couleur, sa forme, son usage, conceptions entières et individuelles

Il lit, il écoute le récit d'un crime, et s'identifie avec l'auteur ;

Il remarque une action généreuse, et son cœur brûle, comme s'il l'avait faite ;

Il imagine l'orgueil ou le plaisir, touchant du pied le précipice des tentations ;

Ou, transformé de gloire en gloire, voit Dieu et son Christ.

C'est pourquoi, il est prudent, il est juste, de bien diriger l'ame,

Afin quelle soit propre et sensitive au bien, et qu'elle évite le mal, objet

de son antipathie :

L'habitude la moule et l'imprime, l'inaccoutumance l'hébète et l'émousse; — Ainsi, quand nous parlons d'esprit selon l'analogie matérielle. Et l'analogie est un guide plus sûr, que nos instructeurs ne l'avouent, Les ressemblances sont répandues à l'entour, pour nous aider, non pour

nous faire tort ; Moïse, dans chacun de ses types, et un plus grand que Moïse dans ses

paraboles, Prêchent, en termes intelligibles à tous, les leçons philosophiques de

l'analogie :

Ici, malgré l'immatérialité du sujet, l'analogie est juste ; Que l'habitude donne du nerf à l'ame, et dresse avec soin le gladiateur: Vu que la pensée fortifie la pensée, et que les images vivifient l'imagination, Jusqu'à ce que ton esprit familier grandisse comme le géant d'Otranto.

îîren'ûs flarîie, toutefois, que cet Athlète, le produit de ton cerveau,

Soit un Génie bienfaisant, non un maudit Afrite ;

Soumets sa vigueur à la discipline, et que ta discrétion lui indique un but;

Nourris-le d'humilité et de choses saintes, le sevrant de désirs avides ;

Heure après heure, jour après jour, inspire-lui des idées d'excellence,

N'arrachant le mal que pour le faire haïr, comme l'Ilote ivre du Spartiate:

Gagne ainsi, peu à peu, d'une manière attrayante, l'ame encore expansible.

Et qu'elle s'élève, de la contemplation de l'univers, à la Main qui l'a fait

Page 1