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DES IDÉES

H'îEsprft médiocre n'aperçoit rien au delà de ses yeux et de ses oreilles : Les palissades du parc des sens entourent ce chevreuil captif: Toutefois, quoique entravé selon la cliair, il ne sent point ses chaînes, L'extérieur est son monde, et la circonstance son atmosphère. Voilà pourquoi les voluptés palpables suffisent à l'homme animal ; Il est prorapt à parler-, lent à penser, redoutant sa conscience nébuleuse, Pour lui la solitude est terrible, la solitude pire que la mort, Il ne saurait vivre à part, ni respirer loin de la foule : Mais les âmes d'une plus noble trempe, marquées au coin du ciel, Marchent, indépendantes, isolées, affranchies du monde extérieur : Munies de provisions de voyage, elles n'ont pas besoin de rafraîchissements sur la route. Ni de boire à d'autres sources que leur fontaine intérieure. Qu'un tel homme se soucie peu des accidents de la vie ! Il porte des ailes, et à quoi lui sert un bâton ? si le bâton se rompt,

l'homme ne tombe point :

Daignant à peine se souvenir des frivolités insipides qui l'entourent, Il vit dans le royaume de la pensée, au delà du monde visible ; Ce monde n'est que Matière, et transitoire, il est lui-même Esprit, et

permanent :

Le mondain rit aux éclats de cette sagesse exaltée. Le sage ouvrant les yeux, ne voit qu'un cachot, les murailles sont nues,

et l'imagination les décore ; Son oreille est pleine d'exécrations, mais elles éeoutent la douce harmonie

de ses pensées ; Il habite un taudis, mais son cœur est celui d'un héros, et le pavillon de

son indigence est la paix, C'est que l'ame est un royaume à celui qui dérive des Idées tout son

plaisir.

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duanîi Dieu eut fait les créatures, Adam les nomma,

Car Dieu les avait fait venir vers l'homme, afin qu'il vît comme il les

nommerait.

Selon qu'elles frappèrent ses sens, il proclama leurs titres. Chacun eut un nom caractéristique, le chiffre qui le désigna : Il indiqua la perdrix par son cri, (^') et le monstre des forêts par son

rugissement.

L'arbre par son utilité, la fleur par sa beauté, tout selon la vérité.

ïl g a un nom arbitraire, auquel l'idée s'attache ;

Et il y a un nom raisonnable, qui s'ajuste à l'idée :

Ces deux, toutefois, suivent la même direction.

Et il n'est pas facile de distinguer l'habitude de la nature,

Vu que l'ame se plaît à marier les idées et les noms,

Sans s'arrêter à l'examen minutieux de la priorité ;

Et, malgré tant de vaines fantaisies, les sons sont peu de chose,

Le même ton, en différentes langues, représente des idées disparates :

En veux-tu un exemple familier ? considère des mots qui se ressemblent :

Que les pensées que ces mots analogues suggèrent ont peu de rapport !

Le mot palais ne semble pas mal convenir à une demeure spacieuse et

magnifique, Et celui de vallée convient tout autant à l'idée qu'il représente. Montagne, comme par nécessité, est un mot majestueux et sublime, — Mais que diras-tu de Fontaine, dont l'onde argentée coule au soleil ?

|9lus d'une jolie fleur est surchargée de titres absurdes,

Quoiqu'elle ait été nommée, par la sage simplicité des rustres, d'après ses

charmes ; Et maintefois la science présomptueuse, affectant le cosmopolitisme,

Fait un mélange de noms de tous les climats, également inconnus à chacun.

Donner à une chose le nom qui lui convient, c'est sagesse ; le nom doit être fondé sur les détails

Et fournir un caractëre qui soit évident à tous, et digne de leur acception immédiate.

L'herboriste avait une raison simple pour chaque mot de son catalogue,

Mais aujourd'hui des sons vains et pompeux enflent les joues du botaniste ;

Plus d'un villageois, néanmoins, donne réponse, au sujet de quelque fleur outragée,

Bien plus fine que la phrase ampoulée, dont les philosophes l'afi'ublent.

(fzBt que la folie de l'orgueil, et l'adulation d'un hommage rampant, Jonchent de paille les aires de la science ; les noms embarrassent tous

les amateurs :

L'entomologiste, qui cherchait à pénétrer la nature d'un insecte, l'a

décoré de son nom ; H a bien des qualités, des caractères très remarquables, — mais, surtout,

c'est le plus vain des observateurs ; Le géographe visite le pôle, en dépit de la glace qui le morfond, de la

nature désolée.

Et pour flatter quelque patron innocent, il nomme ce pays, fortuné : Le géologue a trouvé un os, la côte de quelque lézard énorme, Et aussitôt il lui sert de parrain, il se lie à l'immortalité d'un reptile: Le chasseur, s'amusant au Cap, vit une antilope étrange. Les taches sont nouvelles, la célébrité peu coûteuse, la bête prend le nom

de l'homme.

Ainsi la science s'encombre de ténèbres, grâce à la vanité des hommes Qui jouent à jeu égal à cette sotte nomenclature.

2,0» ^NTonts des hommes sont divers, puisés à une variété de sources,

Air, physionomie, caractère, la première idée qui nous frappe :

Les uns sont des noms de métier, les autres des titres de dignité ou

d'office ; Quelques-uns s'ajoutent à celui du père, beaucoup d'autres tirent leur

origine des lieux :

Les animaux, les sciences, les choses, — les combinaisons, l'association

d'idées.

Ont contribué jadis leurs symbolisations, pour décorer l'homme : Et le blason a orné son cimier d'attributs figurés, ses insignes. Par lesquels, à l'instar d'un nom concret, on signale celui qui les porte.

2,'HQDptc montra l'exemple, investant ses dieux de qualités ; Cornes de puissance, plumes de vélocité, mitres de domination universelle, L'aspic souverain, le cercle éternel, la houlette et le fouet de la justice, Par tant de formes, tant de sons mystiques, manifestèrent le nom de

l'idole.

Vinrent ensuite des guerriers superbement empanachés, les chefs de

l'Etrurie et de Troie, Xerxes précipitant ses myriades dans la tombe de l'orgueil, les Thermo-

pyles, Hiéron aux vaisseaux bondissants, toutes leurs proues ornées de figures, Les étendards prétoriens de Rome, amas d'étranges emblèmes, Enfin d'intrépides croisés, s'élançant dans la mêlée, vêtus d'acier brillant: Tous ceux-ci, entourés de symboles éloquents, portèrent ou conquirent

un nom.

Eve, la mère de tous les vivants, et Abraham, père d'une multitude, Jacob, celui qui supplante, David, le bien-aimé, et tous les illustres d'autrefois, Noé, qui apporta la consolation, et Bénoni, fils de douleur, Rois et prophètes, enfants de l'Orient, chacun s'appropria un titre vraiment significatif.

îH g a des noms de haute lignée, et, par conséquent, des honneurs historiques ; Des noms justement célèbres, portant l'empreinte du mérite : Mais prêter de nobles noms à des êtres ignobles, c'est répandre sur eux

le ridicule et le mal ; Oui, plus d'une mauvaise herbe pullule d'orgueil, si les hommes les ont

qualifiées de cèdres.

Introduire, avec les fanfares bruyantes de la renommée, la triste médiocrité ; Lui acquiert un mépris plus profond ; c'est faire un mamouth de la taupe. L'enfant du commerçant n'en est pas moins illustré de titres sonores, Et le père ne soupçonne guères l'injure qu'il fait à son fils : Soit que de si beaux titres enfantent le mécontentement, de sombres murmures contre sa position, Soit qu'ils fassent montrer du doigt la mule sous le harnais de l'éléphant: C'est un vol que d'escroquer les dénominations des hommes célèbres, C'est laisser souiller les autels de la gloire, par la troupe de la folie. La prudence a souvent rougi du nom ajouté à celui de son père, 23*

Si des âmes de marque, des hommes renommés pour leurs exploits, l'ont

illustré ; Car elle ressemble au geai de la fable, quoique nullement responsable de

cette absurdité ; La cause de son malheur, ce n'est pas elle ; c'est celui qui lui fait subir

le martyre d'un nom.

3la ÎTanclje est-elle une baleine ? la torche est-elle Orion ?

Voilà, toutefois, ce que plus d'un sot a pensé de son nourrisson.

Donne à ton enfant un nom distinctif, qu'il soit le seul propriétaire d'un

nom, Car ce serait un grand préjudice que d'en jouir en commun avec cent

rivaux :

Dans cette Babel d'identités confuses la renommée ne se peut guère

obtenir, Le forçat portera atteinte au mérite du philanthrope, et le sage aura part

aux honneurs de l'idiot ; Que, néanmoins, dans ce titre distinctif, il n'y ait point d'assomption

arrogante ; n faut éviter le caprice et l'affectation ; et ne rien faire sans raison suffisante.

L'ambitieux devrait donner à son fils un nom nouveau ; Puisque ceux qui ont servi aux autres, pourraient lui faire tort. Ou être trop glorieux pour lui ; c'est pourquoi tiens-le à l'écart, Et qu'il gagne pour lui seul un éloge distinct et spécial. Il y a eu neuf Homères, tous chantres célèbres, mais quels monuments

nous reste-t-il des huit ?

Un seul poussa, comme la verge d'Aaron, devint fameux et dévora ses

frères: (^) Qui sait ? pour vivre, il ne manquait aux huit autres que des noms plus

distinctifs ; Mais les encensoirs, rangés en cercle, confondirent leurs parfums.

STon Wom est-il celui d'une foule ignoble, malgré tes hautes aspirations ? Il est difi&cile pour toi de monter, — mais tâche: peut-être que, dans cette

tourbe, tu seras un Musée.

Portes-tu le nom d'une famille, le même durant une suite de générations ? Tu peux nourrir l'espoir de gagner, un jour, l'épithète de bon ou de

grand.

Ton nom est-il indiscret ? fais voir que tu es plus sage que tes pères,

Que ta vie, que ton dévouement entier aux devoirs de ton état, fasse honte

à leur vanité, Ton nom est-il discret ? C'est bien, la carrière est libre ; Nul rival ne réclamera tes drapeaux, ni ne t'imputera ses fautes : Hâte-toi d'atteindre le but de la gloire entre les bornes du devoir : Que le monde te bénisse, et que les hommes chérissent ton nom : Et puisse l'onction de ses éloges, parfum bien mérité. Suivre le courant du temps, comme l'ambre gris en mer ; Ainsi tes enfants pourront dire à leurs fils, et ceux-ci en instruiront leurs

enfants, H est mort, comme il a vécu, bon ; — et nous a laissé un nom honorable. Ce qui vaut mieux : il y a un registre oîi ton nom est écrit ; C'est à toi à voir que, dans le Livre du Destin, ce nom brille : Alors, en siireté, dans un meilleur asile, où le temps et ses titres ne sont

plus, Dieu te donnera son Nom nouveau, et il l'écrira sur ton cœur : Un Nom meilleur que celui de fils, un Nom meilleur que celui de filles, Un Nom d'union, de paix, et de louange, le nombre de Dieu.

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^tstratte de toute substance, volant dans la bande ailée des pensées, L'idée d'une chose est de la nature de son Ame, une essence qui semble

séparée :

Se liant intimement à l'idée, suggérant bien des qualités, Le nom d'une chose est de la nature de son Ame ; c'est un interprète

intellectuel :

Et la matière d'une chose, être concret, est le Corps d'une créature parfaite, Trois et un, étroitement unis, comme tout ce qui existe dans l'univers. Tu ne saurais y ajouter ni en ôter rien, puisque toutes choses oifrent ces

proportions, La pensée, la parole, la forme, composant l'Etre : Quoique séparées, toutes s'harmonient, et se confondent. Un tout en plusieurs parties, chaque partie s'étendant pour former un

tout :

L'idée est un tout, et la phrase significative qui exprime l'idée, est, de

même, un tout.

Et la matière, telle que vous la voyez, est un tout, le mystère de la vraie

tri-unité :

Il y a même un mystère plus profond, — que personne, à ce que je pense,

ne saurait approfondir.

C'est la matière, distincte des propriétés qui représentent la substance

solide.

Vu que le volume, la pesanteur, la cohésion, et ainsi de suite, existent,

séparés de la matière.

Comment, toutefois, imaginer la matière sans volume et sans pesanteur ? Comme à l'égard du spirituel, ainsi a l'égard du matériel, que l'homme

prenne patience, Et attende l'œil nouveau à l'aide duquel il lira les livres de Dieu.

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