Philosophie sensualiste au 18. siecle
En 1816 et 1817, nous nous étions bien plus occupé de l’étude des problèmes philosophiques que de l’histoire même des systèmes En 1818, notre effort avait été de recueillir et de coordonner les résultats de nos précédents travaux, et de constituer dans toutes ses parties la doctrine qui nous paraissait digne d’être offerte à la jeunesse du dix-neuvième siècle*. Une fois en possession de cette doctrine, il nous restait à l’éprouver, à la développer et à l’affermir par l’histoire entière de la philosophie, surtout par l’histoire de la philosophie moderne, sc-
1 Premiers Essais de Philosophie, etc.
* llti Vrai, db Beac et do Bips, clc.
AVEISTISSEÏIKST
Ion le titre et l’objet de la chaire qui nous était confiée. Voilà comment nous entreprîmes une histoire de la philosophie morale au dix-huitième siècle chez les nations les plus avancées de l’Europe. Le champ était vaste et pourtant circonscrit. Nous avions à faire paraître et à mettre en lumière des systèmes et des personnages célèbres, mais encore fort mal connus, par exemple Reid en Écosse, Kant en Allemagne; et nous pouvions instituer contre les disciples français de Hobbes et de Locke de sérieuses et régulières polémiques, qui ne pouvaient manquer de porter leurs fruits dans notre jeune et cher auditoire. Nous avions choisi la philosophie morale, parce qu’à nos yeux la morale représente et juge toutes les autres parties de la philosophie, et qu’elle est la grande fin où celle-ci doit tendre pour répondre à son nom et servir l’humanité. Nous avions enfin choisi le dixhuitième siècle, parce que, tout en reconnaissant ce qu’il y a de vrai, de noble même dans les vœux et les tendances générales du siècle d’où nous sortons, nous nous proposions fermement de combattre et d’interrompre la tradition.de matérialisme et d’athéisme, de haine aveugle du christianisme, de violence révolutionnaire à la fois et de servilité, qu il nous a transmise, et qui, au début de la Restaura -
DE CETTE TnolSIÈME ÉDITION ni
lion, pesait encore d’un poids fatal sur les esprits et sur les âmes, et faisait obstacle à l’établissement de la liberté aussi bien qu’à celui de la vraie philosophie.
L'Histoire de la philosophie morale au dix-huitième siècle a rempli deux années. Elle comprenait naturellement deux parties, deux grandes écoles; l’une qui, en morale comme en métaphysique, ramène tout à la sensation, l’autre qui aspire à un principe plus élevé. Le premier semestre de 1819 fut consacré à l’école sensualiste; le second semestre de la même année, à la philosophie écossaise; et toute l’année 1820, à l’exposition et à la critique de la philosophie de Kant. Le présent volume contient le résumé de nos leçons sur la Philosophie sensualiste au dix-huitième siècle.
Dans ce résumé, la vivacité, la chaleur, la variété de l’improvisation ont péri sans doute, mais le fond même et le corps de l’enseignement subsistent. On s’y peut donner le spectacle instructif du mouvement et du progrès naturel de la philosophie sensualiste depuis les premiers éléments de sa métaphysique jusqu’à ses dernières applications morales et politiques. Les idées et leurs représentants, tout marche, tout avance, tout se déduit dans un ordre nécessaire. Dès