FÉNELON
On fait sans doute de lçuables efforts pour faire avancer l’humanité ; on encourage, on stimule, on honore les bons sentiments plus qu’à aucune autre époque, et pourtant le ver rongeur de l’égoïsme est toujours la plaie sociale. C’est un mal réel qui rejaillit sur tout le monde, dont chacun est plus ou moins victime ; il faut donc le combattre comme on combat une maladie épidémique. Pour cela, il fauj procéder à la manière des médecins : remonter à la source. Qu’on recherche donc dans toutes les parties de l’organisation sociale, depuis la famille jusqu’aux peuples, depuis la chaumière jusqu’au palais, toutes les causes,
toutes les influences patentes ou cachées qui excitent, entretiennent et développent le sentiment de l’égoïsme; une fois les causes connues, le remède se présentera de lui-même ; il ne s’agira plus * que de les combattre, sinon toutes à la fois, au moins partiellement, et peu à peu le venin sera extirpé. La guérison pourra être longue, car les causes sont nombreuses, mais elle n’est pas impossible. On n’y parviendra, du reste, qu’en prenant le mal dans sa racine, c’est-à-dire par l’éducation ; non cette éducation qui tend à faire des hommes instruits, mais celle qui tend à faire des hommes de bien. L’éducation, si elle est bien entendue, est la clef du progrès moral ; quand on connaîtra l’art de manier les caractères comme on connaît celui de manier les intelligences, on pourra les redresser comme on redresse de jeunes plantes; mais cet art demande beaucoup de tact, beaucoup d’expérience, et une profonde observation ; c’est une grave erreur de croire qu’il suffise d’avoir de la science pour l’exercer avec fruit. Quiconque suit l’enfant du riche aussi bien que celui du pauvre depuis l’instant de sa naissance, et observe toutes les influences pernicieuses qui réagissent sur lui par suite de la faiblesse, de l’incurie et de l’ignorance de ceux qui le dirigent, combien souvent les moyens que l’on emploie pour le moraliser portent à faux, ne peut s’étonner de rencontrer dans le monde tant de travers.
Quo l’on fasse pour le moral autant que l’on fait pour l’intelligence, et l’on verra que, s’il est des natures réfractaires, il y en a plus qu’on ne le croit qui ne demandent qu’une bonne culture pour rapporter de bons fruits. (872.)
L’homme veut être heureux, ce sentiment est dans la nature ; c’est pourquoi il travaille sans cesse à améliorer sa position sur la terre; il cherche les causes de ses maux afin d’y remédier. Quand il comprendra bien que l’égoïsme est une de ces causes, celle qui engendre l’orgueil, l’ambition, la cupidité, l’envie, la haine, la jalousie, dont il est à chaque instant froissé, qui porte le trouble dans toutes les relations sociales, provoque les dissensions, détruit la confiance, oblige à se tenir constamment sur la défensive avec son voisin, celle enfin qui de l’ami fait un ennemi, alors il comprendra aussi quo ce vice est incompatible avec sa propre félicité; nous ajoutons même, avec sa propre sécurité; plus il en aura souffert, plus il sentira la nécessité de le combattre, comme il combat la peste, les animaux nuisibles et tous les autres fléaux; il y sera sollicité par son- propre intérêt. (784.)
PERFECTION MORALE
L’égoïsme est la source de tous les vices, comme la charité est la source de toutes les vertus; détruire l’un, développer l’autre, tel doit être le but de tous les efforts de l’homme s’il veut assurer son bonheur ici-bas aussi bien que dans l’avenir.
Caractères de l'homme de bien.
918. À quels signes peut-on reconnaître chez un homme le progrès réel qui doit élever son Esprit dans la hiérarchie spirite?
« L’Esprit prouve son élévation lorsque tous les actes de sa vie corporelle sont la pratique de la loi de Dieu, et lorsqu’il comprend par anticipation la vie spirituelle. »
Le véritable homme de bien est celui qui pratique la loi de justice, d’amour et de charité dans sa plus grande pureté. S’il interroge sa conscience sur les actes accomplis, il se demandera s’il n’a point violé cette loi ; s’il n’a point fait de mal ; s’il a fait tout le bien qu'il a pu; si nul n’a eu à se plaindre de lui, enfin s’il a fait à autrui tout ce qu’il eût voulu qu’on fit pour lui.
L’homme pénétré du sentiment de charité et d’amour du prochain fait le bien pour le bien, sans espoir de retour, et sacrifie son intérêt à la justice.
Il est bon, humain et bienveillant pour tout le monde, parce qu’il voit des frères dans tous les hommes, sans acception de races ni de croyances.
Si Dieu lui a donné la puissance et la richesse, il regarde ces choses comme dn dépôt dont il doit faire usage pour le bien ; il n’en tire pas vanité, car il sait que Dieu qui les lui a données peut les lui retirer.
Si l’ordre social a placé des hommes sous sa dépendance, il les traite avec bonté et bienveillance, parce qu’ils sont ses égaux devant Dieu; il use de son autorité pour relever leur moral, et non pour les écraser par son orgueil.
Il est indulgent pour les faiblesses d’autrui, parce qu’il sait que lui-même a besoin d’indulgence et se rappelle cetto parole du Christ : Que celui qui est sans péché lui jette la première pierre.
II n’est point vindicatif : à l’exemple de Jésus il pardonne les
Tl.
offenses pour ne se souvenir que des bienfaits ;.car ibsait qu’il lui sera pardonné comme il aura pardonné lui-même.
Il respecte enfin dans ses semblables tous les droits que donnent les lois de la nature, comme il voudrait qu’on les respectât envers lui.
ConnaiuAnce de sol-nu1 nie.
919. Quel est le moyen pratique. le'plus efficace pour s’améliorer en celte vie et. résister â ^entraînement du
mal? V"c " *
« Un sage de l’antiquité vous l’a dit : Connak-toi toimême. »
— Nous concevons toute la sagesse de cette maxime ; mais la difficulté est précisément de se connaître soimême ; quel est le moyen d’y parvenir?
« Faites ce que je faisais moi-même de mon vivant sur la terre : à la fin de la journée j’interrogeais ma conscience, je passais en revue ce que j’avais fait et me demandais si je n’avais pas manqué à quelque devoir; si personne n’avait eu à se plaindre de moi. C’est ainsi que j’étais parvenu à me connaître et à voir ce qu’il y fvatt à réformer en moi. Celui qui, chaque soir, rappellerait toutésjses açtions,. de la journée et se demanderait ce qu’il a fait d£ bien ou de mal, priant Dieu et son ange gardien dè l'éclairer* acquerrait une grande force pour se perfectionner; car, croyez-moi, Dieu l’assistera. Posez-vous donc ^des questions, et demandez-vous ce que vous avez fait, et dans quel but vous avez agi en telle circonstance ; si vous avez fait quelque chose que vous blâmeriez de la part d’autrui ; si vous avez fait une action que vous n’oseriez avouer. Demandez-vous encore ceci : S’il plaisait à Dieu de me rappeler en ce moment, aurais-je, en rentrant dans le mon le des Esprits où rien n’est caché, à redouter la vue
PERFECTIONMORÀLE. 391
de quelqu’un? Examinez ce que vous pouvez avoir fait contre Dieu, puis contre votre prochain, et enfin contre vous-même. Les réponses seront un repos pour votre conscience, ou l’indication d’un mal qu’il faut guérir.
« La connaissance de soi-même est donc la clef de l’amélioration individuelle; mais, direz-vous, comment se juger? N’a-t-on pas l’illusion de l’amour-propre qui amoindrit les fautes et les fait excuser? L’avare se croit simplement économe et prévoyant ; l’orgueilleux croit n’avoir que de la dignité. Cela n’est que trop vrai, mais vous avez un moyen de contrôle qui ne peut vous tromper. Quand vous êtes indécis sur la valeur d’une de vos actions, demandez-vous comment vous la qualifieriez si elle était le fait d’une autre personne ; si vous la blâmez en autrui, elle ne saurait être plus légitime en vous, car Dieu n’a pas deux mesures pour la justice. Cherchez aussi à savoir ce qu’en pensent les autres, et ne négligez pas l’opinion de vos ennemis, car ceux-là n’ont aucun intérêt à farder la vérité, et souvent Dieu les place à côté de vous comme un miroir pour vous avertir avec plus de franchise que ne le ferait un ami. Que celui qui a la volonté sérieuse de s’améliorer explore donc sa conscience afin d’en arracher ■les mauvais penchants, comme il arrache les mauvaises herbes de son jardin ; qu’il fasse la balance de sa journée morale, comme le marchand fait celle de ses pertes et de ses bénéfices, et je vous assure que l’une lui rapportera plus que l’autre. S’il peut se dire que sa journée a été bonne, il peut dormir en paix et attendre sans crainte le réveil d’une autre vie.
« Posez-vous donc des questions nettes et précises, et ne craignez pas de les multiplier : on peut bien donner quelques minutes pour conquérir un bonheur éternel. Ne travaillez-vous pas tous les jours en vue d’amasser de
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quoi vous donner le repos sur vos vieux jours? Ce repos n’est-il pas l’objet de tous vos désirs, le but qui vous fait endurer des fatigues et des privations momentanées? Eh bien ! qu’est-ce que c’est que ce repos de quelques jours, troublé par les infirmités du corps, à côté de celui qui attend l’homme de bien? Cela ne vaut-il pas la peine de faire quelques efforts? Je sais que beaucoup disent que le présent est positif et l’avenir incertain ; or, voilà précisément la pensée que nous sommes chargés de détruire en vous, car nous voulons vous faire comprendre cet avenir de manière à ce qu’il ne puisse laisser aucun doute dans votre âme; c’est pourquoi nous avons d’abord appelé votre attention par des phénomènes de nature à frapper vos sens, puis nous vous donnons des instructions que chacun de vous est chargé de répandre. C’est dans ce but que nous avons dicté le Livre des Esprits. »
SAINT AUGUSTIN
Beaucoup de fautes que nous commettons passent inaperçues pour nous ; si , en effet , suivant le conseil de saint Augustin, nous interrogions plus souvent notre conscience, nous verrions combien de fois nous avons failli sans y penser, faute par nous de scruter la nature et le mobile de nos actes. La forme interrogative a quelque chose de plus précis qu’une maxime que souvent on ne s’applique pas. Elle exige des réponses catégoriques par oui ou par non qui ne laissent pas d’alternative ; ce sont autant d’arguments personnels, et par la somme des réponses on peut supputer la somme du bien et du mal qui est en nous.