‹ Philosophie spiritualisteChapitre 164 sur 181 · PLATON · texte numérisé non relu

PLATON

« Graviter vers l’unité divine, tel est le but de l’humanité; pour y atteindre, trois choses sont nécessaires : la justice, l’amour et la science ; trois choses y sont opposées et contraires : l’ignorance, la haine et l’injustice. Eh

bien ! je vous le dis en vérité, vous mentez à ces principes fondamentaux en compromettant l’idée de Dieu par l’exagération de sa sévérité; vous la compromettez doublement en laissant pénétrer dans l’Esprit de la créature qu’il y a en elle plus de clémence, de mansuétude, d’amour et de véritable justice que vous n’en attribuez à l’être infini ; vous détruisez même l’idée de l’enfer en le rendant ridicule et inadmissible à vos croyances, comme l’est à vos cœurs le hideux spectacle des bourreaux , des bûchers et des tortures du moyen âge! Quoi donc! Est-ce quand l’ère des représailles aveugles est à jamais bannie des législations humaines que vous espérez la maintenir dans l’idéal? Oh! croyez-moi, croyez-moi, frères en Dieu et en Jésus-Christ, croyez-moi, ou résignez-vous à laisser périr entre vos mains tous vos dogmes plutôt que de les laisser varier , ou bien revivifiez-les en les ouvrant aux bienfaisantes effluves que les Bons y versent en ce moment. L’idée de l’enfer avec ses fournaises ardentes, avec ses chaudières bouillantes, put être tolérée, c’est-à-dire pardonnable dans un siècle de fer; mais au dix-neuvième, ce n’est plus qu’un vain fantôme propre tout au plus à effrayer les petits enfants, et auquel les enfants ne croient plus quand ils sont grands. En persistant dans celte mythologie effrayante, vous engendrez l'incrédulité, mère de toute désorganisation sociale; car je tremble en voyant tout un ordre social ébranlé et croulant sur sa base faute de sanction pénale. Hommes de foi ardente et vive, avantgarde du jour de la lumière, à l’œuvre donc! non pour maintenir des fables vieillies et désormais sans crédit, mais pour raviver, revivifier la véritable sanction pénale, sous des formes en rapport avec vos mœurs , vos sentiments et les lumières de votre époque.

« Qu’est-cc en effet que le coupable? Celui qui, par un

écart , par un faux mouvement de l’âme s’éloigne du but de la création, qui consiste dans le culte harmonieux du beau, du bien, idéalisés par l’archétype humain, par niomme-Dieu, par Jésus-Christ.

a Qu’est-ce que le châtiment? La conséquence naturelle, dérivative de ce faux mouvement; une somme de douleurs nécessaire pour le dégoûter de sa difformité , par l’expérimentation de la souffrance. Le châtiment, c’est l’aiguillon qui excite l’âme, par l’amertume, à se replier sur elle-même, et à revenir au rivage du salut. Le but du châtiment n’est autre que la réhabilitation, l’affranchissement. Vouloir que le châtiment soit éternel, pour une faute qui n’est pas éternelle, c’est lui nier toute raison d’être.

« Oh! je vous le dis en vérité, cessez, cessez de mettre en parallèle, dans leur éternité, le Bien, essence du Créateur, avec le Mal, essence de la créature; ce serait créer là une pénalité injustifiable. Affirmez au contraire l’amortissement graduel des châtiments et des peines par les transmigrations, et vous consacrerez avec la raison unie au sentiment, l’unité divine. »

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