PAUL, APÔTRE
On veut exciter l’homme au bien, et le détourner du mal par l’appât de récompenses et la crainte de châtiments, mais si ces châtiments sont présentés de manière à ce que la raison se refuse à y croire, ils n’auront sur lui aucune influence; loin de là, il rejettera tout : la forme et le fond. Qu’on lui présente, au contraire, l’avenir d’une manière logique, et alors il ne le repoussera pas. Le spiritisme lui donne cette explication.
La doctrine de l’éternité des peines, dans le sens absolu, fait de l’être suprême un Dieu implacable. Serait-il logique de dire d’un souverain qu’il est très bon, très bienveillant, très indulgent, qu’il ne veut que lo bonheur de ceux qui l’entourent, mais qu’en môme temps il est jaloux, vindicatif, inflexible dans sa
rigueur, et qu’il punit du dernier supplice les trois quarts de ses sujets pour une offense ou une infraction à ses lois, ceux mêmes qui ont failli pour ne les avoir pas connues? Ne serait-ce pas là une contradiction? Or Dieu peut-il être moins bon que ne le serait un homme?
Une autre contradiction se présente ici. Puisque Dieu sait tout, il savait donc en créant une âme qu’elle faillirait ; elle a donc été, dès sa formation, vouée au malheur éternel : cela est-il possible, rationnel ? Avec la doctrine des peines relatives, tout est justifié. Dieu savait, sans doute, qu’elle faillirait, mais il lui donne les moyens de s’éclairer par sa propre expérience, par ses fautes mêmes ; ilest nécessaire qu’elle expie ses erreurs pour être mieux affermie dans le bien, mais la porte de l’espérance ne lui est pas fermée à tout jamais, et Dieu fait dépendre le moment de sa délivrance des efforts qu’elle fait pour y arriver. Voilà ce que tout le monde peut comprendre, ce que la logique la plus méticuleuse peut admettre. Si les peines futures eussent été présentées sous ce point de vue, il y aurait bien moins de sceptiques.
Le mot éternel est souvent employé, dans le langage vulgaire, comme figure, pour désigner une chose de longue durée et dont on ne prévoit pas le terme, quoique l’on sache très bien que ce terme existe. Nous disons, par exemple, les glaces élernelles des hautes montagnes, des pôles, quoique nous sachions, d’un côté, que le monde physique peut avoir une fin, et d’autre part, que l’état de ces régions peut changer par le déplacement normal de l’axe ou par un cataclysme. Le mot éternel, dans ce cas, ne veut donc pas dire perpétuel jusqu’à l’infini. Quand nous souffrons d’une longue maladie, nous disons que notre mal est éternel ; qu’y a-t-il donc d’étonnant à ce que des Esprits qui souffrent depuis des années, des siècles, des milliers d’années même, en disent autant ? N’oublions pas surtout que leur infériorité ne leur permettant pas de voir l’extrémité de la route, ils croient souffrir toujours, et que c’est pour eux une punition.
Au reste, la doctrine du feu matériel, des fournaises et des tortures empruntées au Tartare du paganisme, est aujourd’hui complètement abandonnée par la haute théologie, et ce n’est plus que dans les écoles que ces effrayants tableaux allégoriques sont encore donnés comme des vérités positives, par quelques hommes plus zélés qu’éclairés, et cela bien à tort, car ces jeunes imaginations, une fois revenues de leur terreur, pourront augmenter
le nombre des incrédules. La théologie reconnaît aujourd’hui que le mot feu est employé au figuré, et doit s’entendre d’un feu moral (974). Ceux qui ont suivi comme nous les péripéties de la vie et des souffrances d’outre-tombe, dans les communications spirites, ont pu se convaincre que, pour n’avoir rien de matériel, elles n’en sont pas moins poignantes. A l’égard même de leur durée, certains théologiens commencent à l’admettre dans le sens restrictif indiqué ci-dessus, et pensent qu’en effet le mot éternel peut s’entendre des peines en elles-mêmes, comme conséquences d’une loi immuable, et non de leur application à chaque individu. Le jour où la religion admettra celte interprétation, ainsi que quelques autres qui sont également la conséquence du progrès des lumières, elle ralliera bien des brebis égarées.
Résurrection de la chair.
1010. Le dogme de la résurrection de la chair est-il la consécration de celui de la réincarnation enseignéo par les Esprits?
« Comment voulez-vous qu’il en soit autrement? 11 en est de ces paroles comme de tant d’autres qui ne paraissent déraisonnables aux yeux de certaines personnes que parce qu’on les prend à la lettre, c’est pourquoi elles conduisent à l’incrédulité; mais donnez-leur une interprétation logique, et ceux que vous appelez les libres penseurs les admettront sans difficulté, précisément parce qu’ils réfléchissent; car, ne vous y trompez pas, ces libres penseurs ne demandent pas mieux que de croire; ils ont, comme les autres, plus que d’autres peut-être, soif de l’avenir, mais ils ne peuvent admettre ce qui est controuvé par la science. La doctrine de la pluralité des existences est conforme à la justice de Dieu; elle seule peut expliquer ce qui sans elle est inexplicable; comment voudriez-vous que le principe n’en fût pas dans la religion elle-même? d
PEINES ET JOUISSANCES FUTURES. 44 l
— Ainsi l’Église, par le dogme de la résurrection de la cliair, enseigne elle-même la doctrine de la réincarnation ?
« Cela est évident; cette doctrine est d’ailleurs la conséquence de bien des choses qui ont passé inaperçues, et que l’on ne tardera pas à comprendre dans ce sens; avant peu on reconnaîtra que le spiritisme ressort à chaque pas du texte même des Écritures sacrées. Les Esprits ne viennent donc pas renverser la religion, comme quelques-uns le prétendent; ils viennent au contraire la confirmer, la sanctionner par des preuves irrécusables; mais comme le temps est venu de ne plus employer le langage figuré, ils s’expriment sans allégorie, et donnent aux choses un sens clair et précis qui ne puisse être sujet à aucune fausse interprétation. Voilà pourquoi, dans quelque temps, vous aurez plus de gens sincèrement religieux et croyants que vous n’en avez aujourd'hui. »
SAINT LOUIS
La science, en effet, démontre l’impossibilité de la résurrection selon l’idée vulgaire. Si les débris du corps humain restaient homogènes, fussent-ils dispersés et réduits en poussière, on concevrait encore leur réunion à un temps donné ; mais les choses ne so passent point ainsi. Le corps est formé d’éléments divers: oxygène, hydrogène, azote, carbone, etc.: par la décomposition , ces éléments se dispersent, mais pour servir à la formation de nouveaux corps; de telle sorte que la même moléculo, do carbone, par exemple, sera entrée dans la composition de plusieurs milliers de corps différents (nous ne parlons que des corps humains, sans compter tous ceux des animaux); que tel individu a peut-être dans son corps des molécules ayant appartenu aux premiers âges du monde; que ces mêmes molécules organiques que vous absorbez dans votre nourriture proviennent peut-être du corps de tel autre individu que vous avez connu , et ainsi de suite. La matière étant en quantité définie, et ses transformations en quantités indéfinies, comment chacun de
ces corps pourrait-il se reconstituer des mêmes éléments? 11 y a là une impossibilité matérielle. On ne peut donc rationnellement admettre la résurrection de la chair que comme une figure symbolisant le phénomène de la réincarnation, et alors rien qui choque la raison, rien qui soit en contradiction avec les données de la science.
Il est vrai que, selon le dogme, cette résurrection ne doit avoir lieu qu’à la fin des temps, tandis que, selon la doctrine spirite, elle a lieu tous les jours; mais n’y a-t-il pas encore dans ce tableau du jugement dernier une grande et belle figure qui cache, sous le voile de l’allégorie, une de ces vérités immuables qui ne trouvera plus de sceptiques quand elle sera ramenée à sa véritablesignificalion?Qu'ou veuille bien méditer la théorie spirite sur l’avenir des âmes, et sur leur sort à la suite des différentes épreuves qu’elles doivent subir, et l’on verra , qu’à l’exception de la simultanéité, le jugement qui les condamne ou qui les absout n’est point une fiction , ainsi que le pensent les incrédules. Remarquons encore qu’elle est la conséquence naturelle de la pluralité des mondes, aujourd’hui parfaitement admise, tandis que, selon la doctrine du jugement dernier, la terre est censée le seul monde habité.
Paradla, enfer et purgatoire.
1012. Un lieu circonscrit dans l’univers est-il affecté aux peines et aux jouissances des Esprits, selon leurs mérites?
« Nous avons déjà répondu à cette question. I.es peines et les jouissances sont inhérentes au degré de perfection des Esprits; chacun puise en soi-même le principe de son propre bonheur ou malheur; et comme ils sont partout, aucun lieu circonscrit ni fermé n’est affecté à l’un plutôt qu’à l’autre. Quant aux Esprits incarnés, ils sont plus ou moins heureux ou malheureux, selon que le monde qu’ils habitent est plus ou moins avancé. »
— D’après cela, l’enfer et le paradis n’existeraient pas tels que l’homme se les représente?
« Ce ne sont que des figures : il y a partout des Esprits heureux et malheureux. Cependant, comme nous l’avons dit aussi, les Esprils du même ordre se réunissent par sympathie; mais ils peuvent se réunir où ils veulent quand ils sont parfaits, p
La localisation absolue des lieux de peines et de récompenses n’existe que dans l’imagination de l'homme ; elle provient de sa tendance à matérialiser et à circonscrire les choses dont il ne peut comprendre l’essence infinie.
1013. Que doit-on entendre par le purgatoire ?
« Douleurs physiques et morales : c’est le temps de l’expiation. C’est presque loujours sur terre que vous faites votre purgatoire et que Dieu vous fait expier vos fautes. »
Ce que l’homme appelle purgatoire est de même une figure par laquelle on doit entendre, non pas un lieu déterminé quelconque, mais l’état des Esprits imparfaits qui sont en expiation jusqu’à la purification complète qui doit les élever au rang des Esprits bienheureux. Cette purification s’opérant dans les diverses incarnations , le purgatoire consiste dans les épreuves de la vie corporelle.
1014. Comment se fait-il que des Esprits qui, par leur langage, révèlent leur supériorité, aient répondu à des personnes très sérieuses , au sujet de l’enfer et du purgatoire, selon l’idée que l’on s’en fait vulgairement?
« Ils parlent un langage compris des personnes qui les interrogent ; quand ces personnes sont trop imbues de certaines idées , ils ne veulent pas les heurter trop brusquement pour ne pas froisser leurs convictions. Si un Esprit allait dire, sans précautions oratoires, à un musulman que Mahomet n’est pas un prophète, il serait très mal reçu. »
— On conçoit qu’il puisse en être ainsi de la part des Esprits qui veulent nous instruire ; mais comment se fait-il que des Esprits interrogés sur leur situation aient répondu qu’ils souffraient les tortures de l’enfer ou du purgatoire?
« Quand ils sont inférieurs, et pas complètement dématérialisés, ils conservent une partie de leurs idées terrestres, et ils rendent leurs impressions par les termes qui leur sont familiers. Ils se trouvent dans un milieu qui ne leur permet qu’à demi de sonder l’avenir, c’est ce qui est cause que souvent des Esprits errants, ou nouvellement dégagés, parleront comme ils l’auraient fait de leur vivant. Enjer peut se traduire par une vie d’épreuve extrêmement pénible, avec Y incertitude d’une meilleure; purgatoire, une vie aussi d’épreuve, mais avec conscience d’un avenir meilleur. Lorsque tu éprouves une grande douleur, ne dis-tu pas toi-même que tu souffres comme un damné? Ce ne sont que des mots, et toujours au figuré. »
1015. Que doit-on entendre par une âme en peine?
« Une âme errante et souffrante, incertaine de son avenir, et à laquelle vous pouvez procurer un soulagement que souvent elle sollicite en venant se communiquer à vous. » (664.) '
1016. Dans quel sens doit-on entendre le mot ciel ?
« Crois-tu que ce soit un lieu, comme les Champs- Élysées des anciens où tous les bons Esprits sont entassés pêle-mêle sans autre souci que de goûter pendant l’éternité une félicité passive? Non; c’est l’espace universel; ce sont les planètes, les étoiles, et tous les mondes supérieurs où les Esprits jouissent de toutes leurs facultés, sans avoir les tribulations de la vie matérielle, ni les angoisses inhérentes à l’infériorité. »
1017. Des Esprits ont dit habiter le 4e, le 5» ciel, etc.; qu’entendaient-ils par là?
« Vous leur demandez quel ciel ils habitent , parce que vous avez l’idée de plusieurs ciels placés comme les étages d’une maison ; alors ils vous répondent selon votre langage; mais pour eux ces mots 4e, 5e ciel expriment différents degrés d’épuration, et par conséquent de bonheur. C’est absolument comme quand on demande à un Esprit s’il est dans l’enfer; s’il est malheureux, il dira oui, parce que pour lui enfer est synonyme de souffrance ; mais il sait très bien que ce n’est pas une fournaise. Un païen aurait dit qu’il était dans le Tartare. »
Il en est de même d’autres expressions analogues, telles que celles de cité des fleurs, cité des élus, première, seconde ou troisième sphère, etc., qui ne sont que des allégories employées par certains Esprits, soit comme figures, soit quelquefois par ignorance de la réalité des choses et même des plus simples notions scientifiques.
Selon l’idée restreinte qu’on se faisait autrefois des lieux de peines et de récompenses, et surtout dans l’opinion que la terre était le centre de l’univers, que le ciel formait une voûte et qu’il y avait une région des étoiles, on plaçait le ciel en haut et l’enfer en bas; de là les expressions : monter au ciel, être au plus haut des cieux , être précipité dans les enfers. Aujourd’hui que la science a démontré que la terre n’est qu’un des plus petits, mondes parmi tant de millions d’autres, sans importance spéciale; qu’elle a tracé l’histoire de sa formation et décrit sa constitution, prouvé que l’espace est infini, qu’il n’y a ni haut ni bas dans l’univers, U a bien fallu renoncer à placer le ciel au-dessus des nuages et l’enfer dans les lieux bas. Quant au purgatoire, aucune place ne lui avait été assignée. I! était réservé au spiritisme de donner sur toutes ces choses l’explication la plus rationnelle, la plus grandiose, et en même temps la plus consolante pour l’humanité. Ainsi l’on peut dire que nous portons en nousmêmes notre enfer et notre paradis; notre purgatoire, nous le trouvonsdans notre incarnation, dans nos vies corporelles ou physiques.
1018. Dans quel sens faut-il entendre ces paroles du Christ : Mon royaume n’est pas de ce monde?
« Le Christ en répondant ainsi, parlait dans un sens figuré. 11 voulait dire qu’il ne règne que sur les cœurs purs et désintéressés. 11 est partout où domine l’amour du bien ; mais les hommes avides des choses de ce monde et attachés aux biens de la terre, ne sont pas avec lui. »
1019. Le règne du bien pourra-t-il jamais avoir lieu sur la terre?
« Le bien régnera sur la terre quand, parmi les Esprits qui viennent l’habiter, les bons l’emporteront sur les mauvais; alors ils y feront régner l’amour et la justice qui sont la source du bien et du bonheur. C’est par le progrès moral et par la pratique des lois de Dieu que l’homme attirera sur la terre les bons Esprits, et qu’il en éloignera les mauvais; mais les mauvais ne la quitteront que lorsqu’il en aura banni l’orgueil et l’égoïsme. »
« La transformation de l’humanité a été prédite, et vous touchez à ce moment que hâtent tous les hommes qui aident au progrès; elle s’accomplira par l’incarnation d’Esprits meilleurs qui constitueront sur la terre une nouvelle génération. Alors les Esprits des méchants que la mort moissonne chaque jour, et tous ceux qui tentent d’arrêter la marche des choses en seront exclus, car ils seraient déplacés parmi les hommes de bien dont ils troubleraient la félicité. Ils iront dans des mondes nouveaux moins avancés, remplir des missions pénibles où ils pourront travailler â leur propre avancement, en même temps qu’ils travailleront à l’avancement de leurs frères encore plus arriérés. Ne voyez-vous pas dans cette exclusion de la terre transformée, la sublime figure du Paradis perdu , et dans l’homme venu sur la terre dans de semblables conditions, et portant en soi le germe de ses passions et
les traces de son infériorité primitive, la figure non moins sublime du péché originel. Le péché originel , considéré sous ce point de vue, tient à la nature encore imparfaite de l’homme qui n’est ainsi responsable que de lui-mcme et de ses propres fautes, et non de celles de ses pères.
« Vous tous, hommes de foi et de bonne volonté, travaillez-donc avec zèle et courage au grand œuvre de la régénération, car vous recueillerez au centuple le grain que vous aurez semé. Malheur à ceux qui ferment les yeux à la lumière, car ils se préparent de longs siècles de ténèbres et de déceptions; malheur à ceux qui mettent toutes leurs joies dans les biens de ce monde, car ils endureront plus de privations qu’ils n’auront eu de jouissances; malheur surtout aux égoïstes, car ils ne trouveront personne pour les aider à porter le fardeau de leurs misères. *
SAINT LOUIS
CONCLUSION
Celui qui ne connaîtrait en fait de magnétisme terrestre que le jeu des petits canards aimantés qu’on fait manœuvrer sur l’eau d’une cuvette, pourrait difficilement comprendre que ce joujou renferme le secret du mécanisme de l’univers et du mouvement des mondes. Il en est de même de celui qui ne connaît du spiritisme que le mouvement des tables; il n’y voit qu’un amusement, un passe-temps de société, et ne comprend pas que ce phénomène si simple et si vulgaire, connu de l'antiquité et même des peuples à demi sauvages, puisse se rattacher aux questions les plus graves de l’ordre social. Pour l’observateur superficiel, en effet, quel rapport une table qui tourne peut-elle avoir avec la morale et l’avenir de l’humanité? Mais quiconque réfléchit, se rappelle que de la simple marmite qui bout et dont le convcrcle se soulève , marmite qui , elle aussi, a bouilli de toute antiquité , est sorti le puissant moteur avec lequel l’homme franchit l’espace et supprime les distances. Eh bien ! vous qui ne croyez à rien en dehors du monde matériel, sachez donc que de cette table qui tourne et provoque vos sourires dédaigneux , est sortie toute une science ainsi que la solution des problèmes qu’aucune philosophie n’avait encore pu résoudre. J’en
CONCLUSION
appelle à tous les adversaires de bonne foi , et je les adjure de dire s’ils se sont donné la peine d’étudier ce qu’ils critiquent ; car en bonne logique la critique n’a de valeur qu’autant que celui qui la fait connaît ce dont il parle. Se railler d’une chose qu'on ne connaît pas, qu’on n’a pas sondée avec le scalpel de l’observateur consciencieux, ce n’est pas critiquer, c’est faire preuve de légèreté et donner une pauvre idée de son propre jugement. Assurément si nous eussions présenté cette philosophie comme étant l’œuvre d’un cerveau humain , elle eût rencontré moins de dédains, et aurait eu les honneurs de l’examen de ceux qui prétendent diriger l’opinion; mais elle vient des Esprits ; quelle absurdité! c’est à peine si elle mérite un de leurs regards ; on la juge sur le titre, comme le singe de la fable jugeait la noix sur l’écorce. Faites, si vous le voulez , abstraction de l’origine; supposez que ce livre soit l’œuvre d’un homme, et dites en votre âme et conscience si, après l’avoir lu sérieusement , vous y trouvez matière à raillerie.
Le spiritisme est l’antagoniste le plus redoutable du matérialisme; il n’est donc pas étonnant qu’il ait les matérialistes pour adversaires; maiscommele matérialisme est une doctrine que l’on ose à peine avouer, (preuve que ceux qui la professent ne se croient par bien. forts, et qu’ils sont dominés par leur conscience) ils so couvrent du manteau de la raison et delà science; et, chose bizarre, les plus sceptiques parlent même au nom de la religion qu’ils ne connaissent et ne comprennent pas mieux que le spiritisme. Leur point de mire est surtout le merveilleux
CONCLUSION
et le surnaturel qu’ils n’admettent pas ; or selon eux le spiritisme étant fondé sur le merveilleux, ne peut être qu’une supposition ridicule. Us ne réfléchissent pas qu’en faisant, sans restriction, le procès au merveilleux et au surnaturel, ils tout celui de la religion; en effet, la religion est fondée sur la révélation et les miracles ; or, qu’est-ce que la révélation? sinon des communications extra-humaines? Tous les auteurs sacrés, depuis Moïse, ont parlé de ces sortes de communications. Qu’est-ce que les miracles? sinon des faits merveilleux et surnaturels par excellence, puisque ce sont, dans le sens liturgique, des dérogations aux lois de la nature; donc, en rejetant le merveilleux et le surnaturel, ils rejettent les bases mêmes de la religion. Mais ce n’est pas à ce point de vue que nous devons envisager la chose. Le spiritisme n’a pas à examiner s’il y a ou non des miracles , c’est-à-dire si Dieu a pu, dans certains cas, déroger aux lois éternelles qui régissent l’univers; il laisse, à cet égard, toute liberté de croyance; il dit, et il prouve, que les phénomènes sur lesquels il s’appuie n’ont de surnaturel que l’apparence; ces phénomènes ne sont tels aux yeux de certaines gens que parce qu’ils sont insolites et en dehors des faits connus ; mais ils ne sont pas plus surnaturels que tous les phénomènes dont la science donne aujourd’hui la solution , et qui paraissaient merveilleux à une autre époque. Tous les phénomènes spirites, sans exception , sont la conséquence de lois générales ; ils nous révèlent une des puissances de la nature, puissance inconnue, ou pour mieux dire incomprise jusqu’ici, mais que l’observation démontre être dans l’ordre des choses. Le spiritisme repose donc moins sur le merveilleux et le surnaturel que la religion elle-même ; ceux qui l’attaquent sous ce rapport, c’est donc qu’ils ne le connaissent pas, et fussent-ils les hommes les plus sa-
CONCLUSION
vants, nous leur dirons : si votre science, qui vous a appris tant de choses, ne vous a pas appris que le domaine de la nature est infini, vous n’êtes savants qu’à demi.
Vous voulez, dites-vous, guérir votre siècle d’une manie qui menace d’envahir le monde. Aimeriez-vous mieux que le monde fût envahi par l’incrédulité que vous cherchez à propager ? n’est-ce nas à l'absence de toute croyance qu’il faut attribuer le relâchement des liens de famille et la plupart des désordres qui minent la société? En démontrant l’existence et l’immortalité de l’âme, le spiritisme ranime la foi en l’avenir, relève les courages abattus, fait supporter avec résignation les vicissitudes de la vie ; oserez-vous appeler cela un mal ? Deux doctrines sont en présence : l’une qui nie l’avenir, l’autre qui le proclame et le prouve; l’une qui n’explique rien, l’autre qui explique tout et par cela même s’adresse à la raison; l’une est la sanction de l’égoïsme, l’autre donne une base à la justice, à la charité et à l’amour de ses semblables; la première ne montre que le présent et anéantit toute espérance, la seconde console et montre le vaste champ de l’avenir ; quelle est la plus pernicieuse ?
Certaines gens, et parmi les plus sceptiques , se font les apôtres de la fraternité et du progrès ; mais la fraternité suppose le désintéressement , l’abnégation de la personnalité ; avec la véritable fraternité, l’orgueil est une anomalie. De quel droit imposez-vous un sacrifice à celui à qui vous dites que quand il est mort tout est fini pour lui ; que demain peut-être il ne sera pas plus qu’une vieille • machine disloquée et jetée à la borne ? quelle raison a-t-il
CONCLUSION
de s’imposer une privation quelconque? n’est-il pas plus naturel que pendant les courts instants que vous lui accordez, il cherche à vivre le mieux possible? De là le désir de posséder beaucoup pour mieux jouir; de ce désir naît la jalousie contre ceux qui possèdent plus que lui ; et de cette jalousie à l’envie de prendre ce qu’ils ont , il n’y a qu’un pas. Qu’est-ce qui le retient ? Est-ce la loi? mais la loi n’atteint pas tous les cas? Direz-vous que c’est la conscience, le sentiment du devoir ? Mais sur quoi basez-vous le sentiment du devoir? Ce sentiment a-t-il une raison d’ôlre avec la croyance que tout finit avec la vie ? Avec cette croyance une seule maxime est rationnelle : chacun pour soi ; les idées de fraternité, de conscience, de devoir, d’humanité, de progrès même, ne sont que de vains mots. Oh! vous qui proclamez de semblables doctrines, vous ne savez pas tout le mal que vous faites à la société, ni de combien de crimes vous assumez la responsabilité ! Mais que parlé-je de responsabilité? pour le sceptique, il n’y en a point ; il ne rend hommage qu’à la matière.
Le progrès de l’humanité a son principe dans l’application de la loi de justice, d’amour et de charité ; cette loi est fondéesur la certitude de l’avenir; ôtez cette certitude, vous lui ôtez sa pierre fondamentale. De cette loi dérivent toutes les autres, car elle renferme toutes les conditions du bonheur de l’homme; elle seule peut guérir les plaies de la société, et il peut juger, par la comparaison des âges et des peuples , combien sa condition s’améliore à mesure que cette loi est mieux comprise et mieux pratiquée. Si une application partielle et incomplète produit un bien •
CONCLUSION
réel, que sera-ce donc quand il en aura fait labase de toutes ses institutions sociales! Cela est-il possible? oui; car puisqu’il a fait dix pas , il peut en faire vingt , et ainsi de suite. On peut donc juger de l’avenir par le passé. Déjà nous voyons s’éteindre peu à peu les antipathies de peuple à peuple ; les barrières qui les séparaient s’abaissent devant la civilisation; ils se donnent la main d’un bout du monde à l’autre; une plus grande justice préside aux lois internationales ; les guerres deviennent de plus en plus rares , et elles n’excluent point les sentiments d’humanité; l’uniformité s’établit dans les relations; les distinctions de races et de castes s’effacent, et les hommes de croyances différentes font taire les préjugés de sectes pour se confondre dans l’adoration d’un seul Dieu. Nous parlons des peuples qui marchent à la tête de la civilisation (789-793). Sous tous ces rapports on est encore loin de la perfection, et il y a encore bien de vieilles ruines à abattre, jusqu’à ce qu’aient disparu les derniers vestiges delà barbarie; mais ces ruines pourront-elles tenir contre la puissance irrésistible du progrès, contre cette force vive qui est elle-même une loi de la nature ? Si la génération présente est plus avancée que la génération passée, pourquoi celle qui nous succèdera.ne le serait-elle pas plus que la nôtre ? Elle le sera par la force des choses; d’abord, parce qu’avec les générations s’éteignent chaque jour quelques champions des vieux abus , et qu’ainsi la société se forme peu à peu d’éléments nouveaux qui se sont dépouillés des vieux préjugés; en second lieu, parce que l’homme voulant le progrès, il étudie les obstacles, et s’attache à les renverser. Dès lors que le mouvement progressif est incontestable, le progrès à venir ne saurait être douteux. L’homme veut être heureux, c’est dans la nature, or il ne cherche le progrès que pour aug-
CONCLUSION
menter la somme de son lwnheur, sans cela le progrès serait sans objet; où serait le progrès pour lui, si ce progrès ne devait pas améliorer sa position ? Mais quand il aura la somme de jouissances que peut donner le progrès intellectuel, il s’apercevra qu’il n’a pas le bonheur complet; il reconnaîtra que ce bonheur est impossible sans la sécurité des relations sociales; et cette sécurité, il ne peut la trouver que dans le progrès moral; donc, par la force des choses, il poussera lui-même le progrès dans cette voie, et le spiritisme lui otîrira le plus puissant levier pour atteindre ce but.
Ceux qui disent que les croyances spirites menacent d’envahir le monde, en proclament par cela même la puissance , car une idée sans fondement et dénuée de logique ne saurait devenir universelle ; si donc le spiritisme s’implante partout, s’il se recrute surtout dans les classes éclairées, ainsi que chacun le reconnaît , c’est qu’il a un fond de vérité. Contre cette tendance tous les efforts de ses détracteurs seront vains, et ce qui le prouve, ?c’est que le ridicule même dont ils ont cherché à le couvrir, loin d’en arrêter l’essor, semble lui avoir donné une nouvelle vie. Ce résultat justifie pleinement ce que nous ont maintes foisditles Esprits : « Ne vous inquiétez pas de l’opposition ; tout ce que l’on fera contre vous tournera pour vous, et vos plus grands adversaires serviront voire cause sans le vouloir. Contre la volonté de Dieu, la mauvaise volonté des hommes ne saurait prévaloir. »
Par le spiritisme, l'humanité doit entrer dans une phase nouvelle, celle du progrès moral qui en est la conséquence inévitable. Cessez donc de vous étonner de la rapidité
CONCLUSION
avec laquelle se propagent les idées spirites ; la cause en est dans la satisfaction qu'elles procurent à tous ceux qui les approfondissent, et qui y voient autre chose qu’un futile passe-temps ; or, comme on veut son bonheur avant tout, il n’est pas étonnant qu’on s’attache à une idée qui rend heureux.
Le développement de ces idées présente trois périodes distinctes : la première jpst celle de la curiosité provoquée par l'étrangeté des phénomènes qui se sont produits ; la seconde celle du raisonnement et de la philosophie; la troisièmecelle de l’application et des conséquences. La période de la curiosité est passée ; la curiosité n’a qu’un temps : une fois satisfaite , on en quitte l’objet pour passer à un autre; il n’en est pas de même de ce qui s’adresse à la pensée sérieuse et au jugement. La seconde période a commencé, la troisième suivra inévitablement. Le spiritisme a surtout progressé depuis qu’il est mieux compris dans son essence intime, depuis qu’on en voit la portée, parce qu’il touche à la corde la plus sensible de l'homme: celle de son bonheur, même en ce monde; là est la cause de sa propagation, le secret de la force qui le fera triompher. Il rend heureux ceux qui le comprennent, en attendant que son influence s’étende sur les masses. Celui même qui n’a été témoin d'aucun phénomène matériel de manifestations se dit: en dehors de ces phénomènes il y a la philosophie; cette pilhosophie m’explique oeque nulle autre ne m’avait expliqué; j’y trouve, par le seul raisonnement, une démonstration rationnelle des problèmes qui intéressent au plus haut point mon avenir ; elle me procure le calme, la sécurité, la confiance; elle me délivre du tourment de l’incertitude; à côté de cela la question des faits matériels est une question secondaire. Vous tous qui l'attaquez, voulez -vous un moyen de le combattre
CONCLUSION
avec succès? Le voici. Remplacez-le par quelque chose de mieux ; trouvez une solution plus philosophique à toutes les questions qu’il résout; donnez à l’homme une autre certitude qui le rende plus heureux, et comprenez bien la portée de ce mot certitude , car l’homme n’accepte comme certain que ce qui lui parait logique; ne vous contentez pas de dire cela n’est pas, c’est trop facile ; prouvez, non par une négation , mais par de% faits, que cela n’est pas, n’a jamais été et ne peut pas être; si cela n’est pas, dites surtout ce qu’il y aurait à la place ; prouvez enfin que les conséquences du spiritisme ne sont pas de rendre les hommes meilleurs, et partant plus heureux, par la pratique de la plus pure morale évangélique, morale qu’on loue beaucoup, mais qu’on pratique si peu. Quand vous aurez fait cela, vous aurez le droit de l’attaquer. Le spiritisme est fort parce qu'il s’appuie sur les bases mêmes de la religion : Dieu, l’àme, les peines et les récompenses futures; parce que surtout il montre ces peines et ces récompenses comme des conséquences naturelles de la vie terrestre, et que rien , dans le tableau qu’il off re de l’avenir, ne peut être désavoué par la raison la plus exigeante. Vous , dont toute la doctrine consiste dans la négation de l’avenir, quelle compensation offrez-vous pour les souffrances d’iei-bas? Vous vous appuyez sur l’incrédulité, il s’appuie sur la confiance en Dieu ; tandis qu’il convie les hommes au bonheur, à l’espérance, à la véritable fraternité, vous, vous lui offrez le néant pour perspective , et l’égoisme pour consolation ; il explique tout , vous n’expliquez l ien ; il prouve, par les laits, et vous ne prouvez rien ; comment voulez- vous qu’on balance entre les deux doctrines ?
CONCLUSION
Ce serait se faire une bien fausse idée du spiritisme de croire qu'il puise sa force dans la pratique des manifestations matérielles, et qu’ainsi en entravant ces manifestations on peut le miner dans sa base. Sa force est dans sa philosophie, dans l’appel qu’il fait à la raison, au bon sens. Dans l’antiquité il était l’objet d’études mystérieuses, soigneusement cachées au vulgaire ; aujourd’hui il n’a de secrets pour personne; il parle un langage clair, sans ambiguïté; chez lui, rien de mystique, point d'allégories susceptibles de fausses interprétations : il veut être compris de tous, parce que le temps est venu de faire connaître la vérité aux hommes ; loin de s’opposer à la diffusion de la lumière, il la veut pour tout le monde ; il ne réclame pas une croyance aveugle, il veut que l’on sache pourquoi l’on croit; en s’appuyant sur la raison, il sera toujours plus fort que ceux qui s’appuient sur de néant. Les entraves que l’on tenterait d’apporter à la liberté des manifestations pourraient-elles les étouffer? non, car elles produiraient l’effet de toutes les persécutions : celui d’exeiter la curiosité et le désir de connaître ce qui serait défendu. D’un autre côté, si les manifestations spirites étaient le privilège d’un seul homme, nul doute qu’en mettant cet homme de côté, on ne mît fin aux manifestations; malheureusement pour les adversaires, elles sont à la disposition de tout le monde, et l’on en use depuis le plus petit jusqu’au plus grand, depuis le palais jusqu’à la mansarde. On peut en interdire l’exercice public ; mais on sait précisément que ce n’est pas en public qu’elles se produisent le mieux : c’est dans l’intimité; or, chacun pouvant
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être médium, qui peut empêcher une famille dans son intérieur, un individu dans le silence du cabinet, le prisonnier sous les verrous , d’avoir des communications avec les Esprits, à l’insu et à la face même des sbires? Si on les interdit dans un pays, les empêchera-t-on dans les pays voisins, dans le monde entier, puisqu’il n’y a pas une contrée, danslesdeux continents, où il n’y ait des médiums? Pour incarcérer tous les médiums, il faudrait incarcérer la moitié du genre humain; en vint-on même, ce qui ne serait guère plus facile, à brûler tous les livres spirites, que le lendemain ils seraienl reproduits, parce que la source en est inattaquable, et qu’on ne peut ni incarcérer ni briller les Esprits qui en sont les véritables auteurs.
Le spiritisme n’est pas l’œuvre d’un homme; nul ne peut s’en dire le créateur, car il est aussi ancien que la création; il se trouve partout, dans toutes les religions, et dans la religion catholique plus encore, et avec plus d’autorité, que dans toutes les autres, car on y trouve le principe de tout : les Esprits de tous les degrés, leurs rapports occultes et patenls avec les hommes, les anges gardiens, la réincarnation, l’émancipation de l’ême pendant la vie, la double vue , les visions , les manifestations de tout genre, les apparitions, et mêmes les apparitions tangibles.- A l'égard des démons, ce ne sont autre chose que les mauvais Esprits, et, sauna croyance que les premiers sont voués au mal à perpétuité, tandis que la voie du progrès n’est pas interdite aux autres, il n’y a entre eux qu’une différence de nom.
Que fait la science spirite moderne? Elle rassemble en un corps ce qui était épars ; elle explique en termes propres ce qui ne l’était qu’en langage allégorique; elle élague ce que la superstition et l’ignorance ont enfanté pour ne
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laisser que la réalité et le positif: voilà son rôle; mais celui de fondatrice ne lui appartient pas; elle montre ce qui est, elle coordonne, mais elle ne crée rien, car ses bases sont de tous les temps et de tous les lieux ; qui donc oserait se croire assez fort pour bétonner sous les sarcasmes et même sous la persécution? Si on la proscrit d’un côté, elle renaîtra en d’autres lieux, sur le terrain même d’où on l’aura bannie, parce qu’elle est dans la nature, et qu’il n’est pas donné à l’homme d’anéantir une puissance de la nature, ni de mettre son veto sur les décrets de Dieu.
Quel intérêt, du reste, aurait-on, à entraver la propagation des idées spirites? Ces idées, il est vrai, s’élèvent contre les abus qui naissent de l’orgueil et de l’égoïsme; mais ces abus dont quelques-uns profitent, nuisent à la masse; il aura donc pour lui la masse, et n’aura pour adversaires sérieux que ceux qui sont intéressés à maintenir ces abus. Par leur influence, au contraire, ces idées rendant les hommes meilleurs les uns pour les autres, moins avides des intérêts matériels, et plus résignés aux décrets de la Providence, sont un gage d’ordre et de tranquillité.
Le spiritisme se présente sous trois aspects différents : le fait des manifestations, les principes de philosophie et de morale qui en découlent, et l’application de ces principes; de là trois classes, ou plutôt trois degrés parmi les adeptes : 1° ceux qui croient aux manifestations et se bornent à les constater : c’est pour eux une science d’expérimentation; 2° ceux qui en comprennent les conséquences morales; 3“ ceux qui pratiquent, ou s’efforcent de prati-
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quer cette morale. Quel que soit le point de vue, scientifique ou moral, sous lequel on envisage ces phénomènes étranges, chacun comprend que c’est tout un nouvel ordre d’idées qui surgit, dont les conséquences ne peuvent être qu’une profonde modification dans l’état de l'humanité, et chacun comprend aussi que cette modification ne peut avoir lieu que dans le sens du bien.
Quant aux adversaires, on peut aussi les classer en trois catégories : 1° ceux qui nient par système tout ce qui est nouveau ou ne vient pas d’eux, et qui en parlent sans connaissance de cause. A cette classe appartiennent tous ceux qui n’admettent rien en dehors du témoignage des sens; ils n’ont rien vu, ne veulent rien voir,- et encore moins approfondir ; ils» seraient même fâchés de voir trop clair, de peur d’être forcés de convenir qu’ils n’ont pas raison ; pour eux le spiritisme est une chimère, une folie, une utopie; il n’existe pas : c’est plutôt dit. Ce sont les incrédules de parti pris. A côté d’eux on peut placer ceux qui ont daigné jeter un coup d’œil pour l’acquis de leur conscience, afin de pouvoir dire : J’ai voulu voir et je n’ai rien vu ; ils ne comprennent pas qu’il faille plus d’une demi-heure pour se rendre compte de toute une science. — 2° Ceux qui, sachant très bien à quoi s’en tenir sur la réalité des faits, les combattent néanmoins par des motifs d’intérêt personnel. Pour eux, le spiritisme existe, mais ils ont peur de ses conséquences; ils l’attaquent comme un ennemi. > — 3° Ceux qui trouvent dans la morale spirite une censure trop sévère de leurs actes ou de leurs tendances. Le spiritisme pris au sérieux les gênerait; ils ne rejettent ni n’approuvent : ils préfèrent fermer les yeux. Les premiers sont sollicités par l’orgueil et la présomption; les seconds, par l’ambition ; les troisièmes, par l’égoïsme. On conçoit que ces causes d’opposition, n’ayant rien de
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solide, doivent disparaître avec le temps, car nous chercherions en vain une quatrième classe d’antagonistes, celle qui s’appuierait sur des preuves contraires palenles, et attestant une étude consciencieuse et laborieuse de la question ; tous n’opposent que la négation, aucun n’apporte de démonstration sérieuse et irréfutable.
Ce serait trop présumer de la nature humaine, de croire qu’elle puisse se transformer subitement par les idées spirites. Leur action n’est assurément ni la même, ni au môme degré chez tous ceux qui les professent; mais, quel qu’il soit, le résultat, tant faible soit-il, est toujours une amélioration, ne fùt-ccque de donner la preuve de l’existence d’un monde extra-corporel , ce qui implique la négation des doctrines matérialistes. Ceci est la conséquence môme de l’observation des faits; mais chez ceux qui comprennent le spiritisme philosophique, et y voient autre chose que des phénomènes plus ou moins curieux , il a d’autres effets ; le premier, et le plus général , est de développer le sentiment religieux chez celui môme qui, sans être matérialiste, n’a que de l’indifférence pour les choses spirituelles. Il en résulte chez lui le mépris de la mort; nous ne disons pas le désir de la mort, loin de là, car le spirite défendra sa vie comme un autre , mais une indifférence qui fait accepter, sans murmure et sans regret, une mort inévitable, comme une chose plutôt heureuse que redoutable, par la certitude de letat qui lui succède. Le second effet, presque aussi général que le premier, est la résignation dans les vicissitudes de la vie. Le spiritisme fait voiries choses de si haut, que la vie terrestre perdant les t rois quarts de son importance , on ne s’afîecle plus autant des tribulations qui raccompagnent : de là, plus de courage dans les afflictions, plus de modération dans les désirs; de là aussi l’éloignement de la pensée d’abréger
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ses jours, car la science spirite apprend que, par le suicide, on perd toujours ce qu’on voulait gagner. La certitude d’un avenir qu’il dépend de nous de rendre heureux, la possibilité d’établir des rapports avec les êtres qui nous sont chers, otfrent au spirite une suprême consolation ; son horizon grandit jusqu’à l’infini par le spectacle incessant qu’il ade la vie d’outre-tombe, dont il peut souder les mystérieuses profondeurs. Le troisième ellet est d’exciter à l’indulgence pour les défauts d’autrui; mais, il faut bien le dire, le principe égoïste et tout ce qui en découle sont ce qu’il y a de plus tenace en l’homme , et par conséquent de plus difficile à déraciner; on fait volontiers des sacrifices, pourvu qu’ils ne coûtent rien, et surtout ne privent de rien; l’argent a encore pour le plus grand nombre un irrésistible attrait, et bien peu comprennent le mot superflu, quand il s’agit de leur personne ; aussi l’abnégation de la personnalité est-elle le signe du progrès le plus éminent.
Les Esprits, disent certaines personnes, nous enseignent-ils une morale nouvelle , quelque chose de supérieur à ce qu’a dit le Christ? Si celte morale n’est autre que celle de l’Évangile, à quoi bon le spiritisme? Ce raisonnement ressemble singulièrement à celui du calife Omar parlant de la bibliothèque d’Alexandrie : « Si elle ne contient, disait-il, que ce qu’il y a dans le Koran, elle est inutile, donc il faut la brûler ; si elle renferme autre chose, elle est mauvaise, donc il faut encore la brûler. » Non, le spiritisme ne renferme pas une morale différente 4e celle de Jésus; mais nous demanderons à notre tour
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si, avant le Christ , les hommes n’avaient pas la loi donnée par Dieu à Moïse? Sa doctrine ne se trouve-t-elle pas dans le Décalogue? Dira-t-on, pour cela, que la morale de Jésus était inutile? Nous demanderons encore à ceux qui dénient l’utilité de la morale spirite, pourquoi celle du Christ est si peu pratiquée, et pourquoi, ceux-là même qui en proclament à juste titre la sublimité, sont les premiers à violer la première de ses lois : La charité universelle. Les Esprits viennent non-seulement la confirmer, mais ils nous en montrent l'utilité pratique; ils rendent intelligibles et patentes des vérités qui n’avaient été enseignées que sous la forme allégorique ; et à côté de la morale, ils viennent définir les problèmes les plus abstraits de la psychologie.
Jésus est venu montrer aux hommes la route du vrai bien; pourquoi Dieu, qui l’avait envoyé pour rappeler sa loi méconnue , n’enverrait-il pas aujourd’hui les Esprits pour la leur rappeler de nouveau et avec plus de précision, alors qu’ils l’oublient pour tout sacrifier à l’orgueil et à la cupidité? Qui oserait poser des bornes à la puissance de Dieu et lui tracer ses voies? Qui dit que, comme l’affirment les Esprits, les temps prédits ne sont pas accomplis, et que nous ne touchons pas à ceux où des vérités mal comprises ou faussement interprétées doivent être ostensiblement révélées au genre humain pour hâter son avancement? N’y a-t-il pas quelque chose de providentiel dans ces manifestations qui se produisent simultanément sur tous les points du globe? Ce n’est pas un seul homme, un prophète qui vient nous avertir, c’est de partout que la lumière surgit; c’est tout un monde nouveau qui se déroule à nos yeux. Comme l’invention du microscope nous a découvert le monde des infiniments petits que nous ne soupçonnions pas; comme le télescope nous a décou-
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veitles milliers de mondes que nous ne soupçonnions pas davantage , les communications spirites nous révèlent le monde invisible qui nous entoure, nous coudoie sans cesse, et prend à notre insu part à tout ce que nous faisons. Quelque temps encore, et l’existence de ce monde, qui est celui qui nous attend, sera aussi incontestable que celle du monde microscopique et des globes perdus dans l’espace. N’est-ce donc rien que de nous avoir fait connaître tout un monde ; de nous avoir initiés aux mystères de la vie d’outre-tombe ? Il est vrai que ces découvertes, si l’on peut y donner ce nom, contrarient quelque peu certaines idées reçues ; mais est-ce que toutes les grandes découvertes scientifiques n’ont pas également modifié, bouleversé même les idées les plus accréditées? et n’a-t-il pas fallu que notre amour-propre se courbât devant l’évidence? Il en sera de môme à l’égard du spiritisme, et avant peu il aura droit de cité parmi les connaissances humaines.
l.es communications avec les êtres d’outre-tombe ont eu pour résultat de nous faire comprendre la vie future, de nous la faire voir, de nous initier aux peines et aux jouissances qui nous y attendent selon nos mérites, et par cela même de ramener au spiritualisme ceux qui ne voyaient en nous que de la matière, qu’une machine organisée; aussi avons-nous eu raison de dire que le spiritisme a tué le matérialisme par les faits. N’eût-il produit que ce résultat, l’ordre social lui en devrait de la reconnaissance; mais il fait plus : il montre les inévitables effets du mal , et par conséquent la nécessité du bien. Le nombre de ceux qu’il a ramenés à des sentiments meilleurs, dont il a neutralisé les tendances mauvaises et détourné du mal , est plus grand qu’on ne croit, et s’augmente tous les jours; c’est que pour eux l’avenir n’est plus dans le vague; ce n’est plus une simple espérance, c’est une vérité que
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l’on comprend, que l’on s’expliqua, quand on voit et qu’on entend ceux qui nous ont quittés se lamenter ou se féliciter de ce qu’ils ont fait sur la terre. Quiconque en est témoin, se prend à réfléchir, et sent le besoin de se connaître, de se juger et de s’amender.
Les adversaires du spiritisme n’ont pas manqué de s’armer contre lui de quelques divergences d’opinion sur certains points de la doctrine. Il n’est pas étonnant qu’au début d’une science, alors que les observations sont encore'incomplètes, et que chacun l’envisage à son point de vue, des systèmes contradictoires aient pu se produire; mais déjà les trois quarts de ces systèmes sont aujourd’hui tombés devant une étude plus approfondie, à commencer par celui qui attribuait toutes les communications à l’Esprit du mal,commes’il eût été impossible à Dieu d’envoyer aux hommes de bons Esprits : doctrine absurde, parce qu’elle est démentie par les faits ; impie, parce qu’elle est la négation de la puissance et de la bonté du Créateur. Les Esprits nous ont toujours dit de ne pas nous inquiéter de ces divergences, et que l’unité se ferait : or l’unité s’est déjà faite sur la plupart des points, et les divergences tendent chaque jour à s’effacer. A cette question : En attendant que l’unité se fasse, sur quoi l’homme impartial et désintéressé peut-il se baser pour porter un jugement? Voici leur réponse :
« La lumière la plus pure n’est obscurcie par aucun nuage ; le diamant sans tache est celui qui a le plus de valeur; jugez donc les Esprits à la pureté de leur enseignement. IN’oubliez pas que parmi les Esprits il y en a
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qui n’ont point encore dépouillé les idées de la vie terrestre; sachez les distinguer à leur langage; jugez-les par l'ensemble de ce qu'ils vous disent; voyez s'il y a enchaînement logique dans les idées, si rien n’y décèle l’ignorance, l’orgueil, ou la malveillance; en un mot, si leurs paroles sont toujours empreintes du cachet de sagesse qui décèle la véritable supériorité. Si votre monde était inaccessible à l’erreur, il serait parlait, et il est loin de là; vous en êtes encore à apprendre à distinguer l’erreur de la vérité ; il vous faut les leçons de l’expérience pour exercer votre jugement et vous faire avancer. L’unité se fera du coté où le bien n’a jamais été mélangé de mal ; c’est de ce côté que les hommes se rallieront par la force des choses, car ils jugeront que là est la vérité.
u Qu’importent d’ailleurs quelques dissidences, qui sont plus dans la forme que dans le fond ! Remarquez que les principes fondamentaux sont partout les mêmes et doivent vous unir dans une pensée commune : l’amour de Dieu et la pratique du bien. Quels que soient donc le mode de progression que l’on suppose ou les conditions normales de l’existence future, le but final est le même : faire le bien ; or il n’y a pas deux manières de le faire. »
Si, parmi les adeptes du spiritisme, il en est qui diffèrent d’opinion sur quelques points de la théorie, tous s’accordent sur les points fondamentaux ; il y a donc unité, si ce n’est de la part de ceux, en très petit nombre, qui n’admettent pas encore l’intervention des Esprits dans les manifestations, et qui les attribuent, ou à des causes purement physiques, ce qui est contraire à cet axiome que : Tout effet intelligent doit avoir une cause intelligente; ou au reflet de notre propre pensée, ce qui est démenti par les faits. Les autres points ne sont que secondaires, et n’attaquent en rien les buses fondamentales. Il peut donc
CON'CLÜSIOÎi.
y avoir des écoles qui cherclient à s’éclairer sur les parties encore controversées de la science; il ne doit pas y avoir de sectes rivales les unes des autres; il n’y aurait antagonisme qu’entré ceux qui veulent le bien et ceux qui feraient ou voudraient le mal : or il n’est pas un spirite sincère, et pénétre des grandes maximes morales enseignées par les Esprits qui puisse vouloir le mal , ni souhaiter le mal de son prochain , sans distinction d'opinion. Si l’une d’elles est dans l’erreur, la lumière tôt ou lard se fera pour elle, si elle la cherche de bonne foi et sans prévention; en attendant, toutes ont un lien commun qui doit les unir dans une même pensée; toutes ont un môme but ; peu importe donc la route, pourvu que celle route y conduise; nulle ne doit s’imposer par la contrainle matérielle ou morale, et celle-là seule serait dans le faux qui jetterait l’anathème à l'autre, car elle agirait évidemment sous l'influence de mauvais Esprits. La raison doit être le suprême argument, et la modération assurera mieux le triomphe de la vérité que les diatribes envenimées par l’envie et la jalousie. Les bons Esprits ne prêchent que l’union et l’amour du prochain, et jamais une pensée malveillante ou contraire à la charité n’a pu venir d’une source pure. Écoutons sur ce sujet, et pour terminer, les conseils de l’Esprit de saint Augustin.
« Assez longtemps, les hommes se sont entre-déchirés et renvoyé l’anathème au nom d’un Dieu de paix et de miséricorde, et Dieu s’offense d’on tel sacrilège. Le spiritisme est le lien qui les unira un jour, parce qu’il leur montrera où est la vérité et où est l’erreur; mais il y aura longtemps encore des scribes et des pharisiens qui le dénieront, comme ils ont dénié le Christ. Voulez-vous donc savoir sous l’influence de quels Esprits sont les diverses sectes qui se partagent le monde? Jugez-les à leurs œu-
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vres elà leurs principes. Jamais les bons Esprits n’ont été les instigateurs du mal; jamais ils n’ont conseillé ni légitimé le meurtre et la violence; jamais ils ri’ont excité les haines de partis ni la soif des richesses et des honneurs, ni l’avidité des biens de la terre ; ceux-là seuls qui sont bons, humains et bienveillants pour tout le monde, sont leurs préférés, et sont aussi les préférés de Jésus, car ils suivent la route qu’il leur a montrée pour arriver à lui. »
SAINT AUGUSTIN