‹ Philosophie spiritualisteChapitre 5 sur 181 · L’homme peut-il comprendre la nature intime de Dieu · texte numérisé non relu

L’homme peut-il comprendre la nature intime de Dieu

« Non ; c’est un sens qui lui manque. »

11. Sera-t-il un jour donné à l’homme de comprendre le mystère de la Divinité?

« Quand son esprit ne sera plus obscurci par la matière et que, par sa perfection, il se sera rapproché de lui, alors il le verra et il le comprendra. »

L’infériorité des facultés de l’homme ne lui permet pas de comprendre la nature intime de Dieu. Dans l’enfance de l’humanité, l’homme le confond souvent avec la créature dont il lui attribue les imperfections ; mais à mesure que le sens moral se développe en lui , sa pensée pénètre mieux le fond des choses, et il s’en fait une idée plus juste et plus conforme à la saine raison, quoique toujours incomplète.

12. Si nous ne pouvons comprendre la nature intime de Dieu, pouvons-nous avoir une idée de quelques-unes de ses perfections?

t Oui, de quelques-unes. L’homme les comprend mieux à mesure qu’il s’élève au-dessus de la matière; il les entrevoit par la pensée. »

13. Lorsque nous disons que Dieu est éternel, infini, immuable, immatériel, unique, tout-puissant, souverainement juste et bon, n’avons-nous pas une idée complète de ses attributs?

DIEU

t A votre point de vue, oui, parce que vous croyez tout embrasser ; mais sachez bien qu’il est des choses au-dessus de l’intelligence de l’homme le plus intelligent, et pour lesquelles votre langage, borné à vos idées et à vos sensations, n’a point d’expressions. La raison vous dit en effet que Dieu doit avoir ces perfections au suprême degré, car s’il en avait une seule de moins, ou bien qui ne fût pas à un degré infini, il ne serait pas supérieur à tout, et par conséquent ne serait pas Dieu. Pour être au-dessus de toutes choses Dieu ne doit subir aucune vicissitude, et n’avoir aucune des imperfections que l’imaginalion peut concevoir. »

Dieu est éternel; s’il avait eu un commencement il serait sorti du néant, ou bien il aurait été créé lui-même par un être antérieur. C’est ainsi que de proche en proche nous remontons à l’infini et à l’éternité.

Il est immuable ; s’il était sujet à des changements, les lois qui régissent l’univers n’auraient aucune stabilité.

Il est immatériel; c’est-à-dire que sa nature diffère de tout ce que nous appelons matière, autrement il ne serait pas immuable, car il serait sujet aux transformations de la matière.

Il est unique ; s’il y avait plusieurs Dieux il n’y aurait ni unité de vues, ni unité de puissance dans l’ordonnance de l’univers.

Il est tout-puissant, parce qu’il est unique. S’il n’avait pas la souveraine puissance, il y aurait quelque chose de plus puissant ou d’aussi puissant que lui ; il n’eût pas fait toutes choses, et celles qu’il n’aurait pas faites seraient l’œuvre d’un autre Dieu.

11 est souverainement juste et bon. La sagesse providentielle des lois divines se révèle dans les plus petites choses comme dans les plus grandes, et cette sagesse ne permet de douter ni de sa justice, ni de sa bonté.

Panthéisme.

14. Dieu est-il un être distinct, ou bien serait-il, selon l’opinion de quelques-uns, la résultante de toutes les forces et de toutes les intelligences de l’univers réunies?

« S’il en était ainsi, Dieu ne serait pas, car il serait l’elTet et non la cause; il ne peut être à la fois l’un et l’autre. »

« Dieu existe, vous n’en pouvez douter, c’est l’essentiel ; croyez-moi, n’allez pas au delà ; ne vous égarez pas pas dans un labyrinthe d’où vous ne pourriez sortir; cela ne vous rendrait pas meilleurs, mais peut-être un peu plus orgueilleux, parce que vous croiriez savoir, et qu’en réalité vous ne sauriez rien. Laissez donc de côté tous ces systèmes; vous avez assez de choses qui vous touchent plus directement, à commencer par vous-mêmes; étudiez vos propres imperfections afin de vous en débarrasser, cela vous sera plus utile que de vouloir pénétrer ce qui est impénétrable. »

15. Que penser de l’opinion d’après laquelle tous les corps de la nature, tous les êtres, tous les globes de l’univers seraient des parties de la Divinité, et constitueraient, par leur ensemble, la Divinité elle-même ; autrement dit de la doctrine panthéiste?

« L’homme ne pouvant se faire Dieu, veut tout au moins être une partie de Dieu. »

16. Ceux qui professent cette doctrine prétendent y trouver la démonstration de quelques-uns des attributs de Dieu : Les mondes étant infinis, Dieu est, par cela même infini ; le vide, ou néant n’étant nulle part, Dieu est partout; Dieu étant partout, puisque tout est partie intégrante de Dieu, il donne à tous les phénomènes de la nature une raison d’être intelligente. Que peut-on opposer à ce raisonnement?

« La raison; réfléchissez mûrement, et il ne vous sera pas difficile d’en reconnaître l’absurdité. »

Cette doctrine fait de Dieu un être matériel qui, bien que doué d’une intelligence suprême, serait en grand ce que nous sommes

DIEU

en petit. Or la matière se transformant sans cesse, s’il en était ainsi Dieu n’aurait aucune stabilité ; il serait sujet à toutes les vicissitudes , à tous les besoins même de l'humanité ; il manquerait d’un des attributs essentiels de la Divinité : l’immuabilité. Les propriétés de la matière ne peuvent s’allier à l’idée de Dieu, sans le rabaisser dans notre pensée, et toutes les subtilités du sophisme ne parviendront pas à résoudre le problème de sa nature intime. Nous ne savons pas tout ce qu’il est, mais nous savons ce qu’il ne peut pas ne pas être, et ce système est en contradiction avec ses propriétés les plus essentielles ; il confond le créateur avec la créature, absolument comme si l’on voulait qu’une machine ingénieuse fût une partie intégrante du mécanicien qui l'a conçue.

L’intelligence de Dieu se révèle dans ses œuvres comme celle d’un peintre dans son tableau ; mais les œuvres de Dieu ne sont pas plus Dieu lui-même que le tableau n’est le peintre qui l’a conçu et exécuté.

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