DES DIRECTION'^; DES MOUVEMENTS CÉLESTES, OU DE LA SPHÈRE
Toute la machine des det*x mobiles, étant de forme ronde, constitue un globe, une sphère. Les mathématiciens définissent la sphère : Un corps solide contenu soiis une seule surface, de laquelle surface tous les points sont également éloignés du centre; ou bien tel que toutes les lignes menées du centre à la circonférence sont égales. Dans cette sphère céleste sont désignés certains points, certaines lignes , certains cercles , destinés à préciser la connaissance des mouvements célestes. D'abord , puisqu'un mouvement circulaire se fait sur un axe, comme dans la roue, ou comme pour un globe qui tourne sur lui-même, il faut se figurer dans les deux une ligne passant par le centre de la terre, et allant d'un côté du ciel à l'autre. Cette ligne s'appelle Vaxe du monde ; les points extrêmes sont les pôles ou les points cardinaux : l'un est le pôle arctique, ou septentrional, ou boréal; l'autre est le pôle antarctique, ou méridional, ou austral. Le mouvement diurne s'effectue sur cet axe autour de ces points.
Ceci posé , dans la sphère céleste sont encore déterminés dix cycles : six grands, qui partagent la sphère céleste en deux parties égales; et quatre plus petits, qui la séparent en deux parties inégales, l'une plus grande, l'autre plus petite. Les grands cercles sont : Véquateur, le zodiaque, le méridien, le colure des solstices, le colure des équinoxes, et Yhorizon; les plus petits sont: le tropique du Cancer, le tropique du Capricorne, le cercle arctique, et le cercle antarctique.
"Véquateur ou cercle équinoxial, que, par antonomase, les marins appellent la ligne, est un cercle qui partage la sphère en deux parties égales, parce qu'il est également distant des deux pôles. On l'appelle équateur, de ce que,
QUESTION II. DU MONDE CÉLESTE. i23
quand le soleil est dans ce cercle, par toute la terre les nuits égalent les jours : ce qui arrive deux fois par an , au 20 mars et au 22 septembre.
Le zodiaque est un cercle qui partage aussi la sphère en deux parties égales; il coupe l'équateur obliquement, de façon que l'une des moitiés est vers le pôle arctique, l'autre vers le pôle antarctique, s'éloignant de l'équateur de vingt-trois degrés et demi environ. Cette inclinaison du zodiaque fait toute la variété des saisons de l'année dans tout l'univers, l'inégalité des jours, et la dispensation commode et appropriée de la lumière et de la nuit sur toute la terre , sur un dessein divin très-simple et en même temps très-admirable. Dans ce cercle sont les douze constellations, qu'on appelle les signes du zodiaque, et que le soleil parcourt chaque année. Voici les noms et les caractères par lesquels les astronomes les désignent : T, le Bélier; "o*, le Taureau; H, les Gémeaux; g, le Cancer; ©^, le Lion;n]j, la A'^ierge ; «A-, la Balance; ■^1^, le Scorpion; ■H , le Sagittaire ; % ,\e Capricorne; i:::, le Verseau; )( , les Poissons. On lésa réunis , pour aider la mémoire, dans les deux vers latins que voici :
Sunt Aries, Taurus, Gemini, Cancer, Léo, Virgo, Libraque, Seorpius, Arcitenem, Caper, Amphora, Pisces.
Le soleil entre dans un nouveau signe chaque mois : vers le 20 mars, dans le signe du Bélier; vers le 19 avril, dans celui du Taureau ; au 21 mai , dans le signe des Gémeaux ; au 21 juin , dans le signe du Cancer ; vers le 23 juillet , dans celui du Lion; au 23 août, dans celui de la Vierge; au 22 septembre, dans le signe de la Balance ; au 23 octobre, dans le signe du Scorpion ; au 22 novembre , dans le signe de l'Archer ou du Sagittaire ; au 20 décembre , dans celui du Capricorne; au 19 janvier, dans celui de l'Amphore ou du Verseau; au 19 février, dans le signe des Poissons. Les astronomes partagent ce cercle du zodiaque, et les autres
cercles proportionnellement, en trois cent soixante degrés, dont le soleil parcourt un chaque jour; l'année solaire se compose de trois cent soixante -cinq jours et environ six heures. Cinq jours se trouvent en supplément, parce que le soleil quitte moins vite les signes de la partie boréale que ceux de la partie australe : cela vient de ce que l'apogée du soleil se rencontre dans les signes boréaux, et le périgée dans les signes austraux; par suite, si l'on coupe le cercle qui porte le soleil par une ligne menée du Bélier à la Balance , la moitié qui est du côté des signes boréaux sera plus grande , et comme le soleil va toujours le même pas, il emploie plus de temps à parcourir cette partie que l'autre.
Le zodiaque a cela de spécial que , tandis que les lignes des autres cercles sont sans largeur, celle qui le marque a une largeur de douze degrés, à travers laquelle les planètes accomplissent leurs révolutions : le soleil occupant toujours le centre, cette ligne du milieu s'appelle la ligne écliptiqne, parce que, lorsque la lune, dans son plein ou revenant nouvelle , se trouve sur cette ligne , il y a forcément éclipse : éclipse de lune dans la pleine lune , éclipse de soleil dans la nouvelle lune. De là on infère que l'éclipsé de soleil qui eut lieu pendant la Passion de Notre- Seigneur n'était pas naturelle, puisque alors la lune était pleine. En effet, Notre-Seigneur souffrit le quinzième jour de la lune : or il est impossible que durant la pleine lune une éclipse de soleil ait lieu naturellement.
Si vous me demandez pourquoi il n'y a pas d'éclipsé à chaque nouvelle lune et à chaque pleine lune, je vous répondrai que, la lune oscillant comme les autres planètes d'un côté et de l'autre de la ligne écliptique , elle ne se trouve que rarement sur cette ligne au moment précis de la pleine lune ou de la nouvelle lune ; par suite elle n'est pas toujours, dans la nouvelle lune, placée directement sous le soleil; pour peu qu'elle soit de côté, elle ne couvre pas le
soleil à nos yeux, n'étant pas parfaitement entre la terre et lui. Dans la pleine lune, elle n'est pas toujours exactement opposée au soleil de manière à rencontrer la ligne qui passerait par le centre du soleil et par le centre de la terre ; elle est souvent de côté , et ne rencontre pas l'ombre de la terre, qui se projette directement.
Le méridien est un grand cercle mené d'un pôle à l'autre, en passant par le sommet de n'importe quelle région : par conséquent il est différent pour diverses régions, parce que le sommet de l'un n'est pas le même que le sommet de l'autre. Ce sommet s'appelle zénith; le point opposé s'appelle nadir; le nom de méridien vient de ce que, au moment où le soleil, dans son mouvement diurne, y est arrivé , il est midi {meridies) pour les gens qui habitent la région désignée. Ce qui fait la variation des cercles méridiens^ c'est le plus ou moins grand rapprochement vers l'orient : ainsi les régions qui sont à égale distance de l'orient ont le même méridien; et deux régions dont l'une sera plus à l'orient que l'autre auront des méridiens différents.
Le colure des solstices est un grand cercle mené d'un pôle à l'autre pôle , et coupant le zodiaque aux points où sont les signes du Capricorne et du Cancer. On l'appelle colure des solstices, parce que quand le soleil atteint le point où ce cercle coupe le zodiaque il s'arrête {sol stat), et, sans redescendre plus loin, remonte vers l'équateur.
Le colure des équinoxes est un grand cercle conduit d'un pôle à l'autre , passant pas le zodiaque , et le coupant aux points où sont le Bélier et la Balance, c'est-à-dire aux points où le zodiaque lui-même coupe l'équateur. On l'appelle colure des équinoxes, parce que c'est aux points où il coupe le zodiaque qu'ont lieu les équinoxes : les jours sont égaux aux nuits {œqui noctihus) pour la longueur.
Vhorizon, ou terminateur, est un grand cercle partageant le ciel en deux moitiés égales, dont la supérieiu^e nouîj
est visible , tandis que l'inférieure nous est cachée : ainsi quand la vue s'étend dans une plaine qu'aucune montagne ne termine , et quand du regard on embrasse la moitié du ciel, le cercle qui finit cette moitié s'appelle horizon, parce qu'il termine la vue.
Le tropique du Capricorne est un petit cercle que parcourt le soleil le 20 décembre : c'est pour notre hémisphère le jour le plus court de l'année. A cette époque, l'astre se trouve sous le signe du Capricorne.
Le tropique du Cancer est un petit cercle que le soleil décrit le 21 juin , le jour le plus long de l'année, à l'époque où il se trouve sous le signe du Cancer. Ces cercles sont appelés tropiques, c'est-à-dire réversifs, parce que lorsque le soleil les atteint, il revient vers l'équateur, sans jamais les dépasser : ils déterminent de part et d'autre le plus grand écartement du zodiaque par rapport à l'équateur. Par conséquent le soleil , parcourant le zodiaque dans son mouvement annuel , ne peut aller au delà de ces cercles.
Les cercles arctiques et antarctiques sont les petits cercles que décrivent autour des pôles du monde les pôles du zodiaque dans le mouvement diurne. Les pôles du zodiaque, en effet , étant éloignés de vingt-trois degrés et demi des pôles du monde , c'est-à-dire d'autant que le zodiaque s'écarte lui-même de l'équateur , il arrive forcément que , le ciel exécutant son mouvement diurne, ces points, en tournant eux-mêmes , décrivent un cercle autour des pôles du monde. Le cercle décrit autour du pôle arctique s'appelle cercle arctique ; le cercle décrit autour du pôle antarctique s'appelle cercle antarctique.
On représente tout cela aux yeux par une sphère artificielle , dont nous donnons ci-contre la figure.
Le petit globe du milieu représente la Terre. Le zénith , c'est-à-dire le point vertical , est le point Z; le point opposé, qui est le nadir, est Y. Le pôle arctique , P ; le pôle antarctic^ue, 0. L'axe est la ligne droite tirée de P à 0. L'horizon
QUESTION n. DU MONDE CÉLESTE.
est le cercle CD. Un méridien est le cercle ZPGOZ. L'équateur, le cercle G H. Le zodiaque, le grand cercle
EN. Le tropique du Cancer, le petit cercle EAF; le tropique du Capricorne, le petit cercle SN. Le cercle polaire arctique est le cercle LK; le cercle antarctique, QR, Le
colure des équinoxes est le grand cercle PFTO. Le colure des solstices est un grand cercle coupant le précédent à angles droits en passant par les pôles ; on ne peut le figurer ici.
Par rapport aux habitants de la terre, la sphère peut se trouver dans trois positions différentes: droite, oblique et inverse ou parallèle. La sphère est droite pour ceux qui ont à leur horizon les pôles du monde, comme si P était en C , et 0 en D : pour ceux qui occuperaient cette position , tous les astres se lèveraient chaque jour. La sphère est oblique pour ceux pour lesquels l'un des pôles se trouve au-dessus de l'horizon et l'autre au-dessous, ainsi qu'on le voit ici : pour ceux-là tous les astres ne se lèvent pas ; ceux qui sont autour du pôle déprimé ne paraissent jamais : ainsi la partie OR du ciel ne s'élève jamais au-dessus de l'horizon de la sphère ci- contre, et avec elle restent cachés les astres qu'elle contient : c'est le cas dans lequel nous sommes en France. La sphère est inverse, ou bien parallèle, pour celui qui aurait un des pôles verticalement au-dessus de lui , et l'autre sous ses pieds , comme P en L et D en V : pour celui-là c'est toujours la même partie du ciel qui est au-dessus de l'horizon, la même toujours qui est au-dessous; par suite, les astres que contient cette dernière partie ne se lèvent jamais pour lui. On dit alors que la sphère est parallèle, parce que tous les cercles, excepté le zodiaque et les colures , sont dans ce cas parallèles à l'horizon.
Cette description générale une fois donnée , nous réunissons ici diverses remarques importantes.
D'abord , pour tous les peuples qui habitent sous l'équateur, c'est-à-dire pour ceux qui voient la sphère droite , les jours sont égaux durant toute l'année : c'est ce qui a lieu pour l'île de Sumatra , en Asie , pour l'intérieur de l'Afrique, pour l'ile Saint-Tliomas, en Amérique, et pour les régions ùe 1 Amérique centrale : la raison en est que l'horizon de^
peuples ainsi placés coupe l'équateur et les deux tropiques en deux parties égales; et par suite, que le soleil se trouvant sur l'équateur ou sur les tropiques , il est nécessaire qu'il reste au-dessus de cet horizon autant de temps qu'audessous.
Ensuite, dans les régions qui s'éloignent de l'équateur et se rapprochent de l'un ou l'autre des pôles , c'est-à-dire où la sphère est obhque , les jours sont d'autant plus inégaux qu'on est plus éloigné de l'équateur et plus rapproché du pôle : ainsi en Afrique les jours d'été sont moins longs qu'en Europe, et en Europe les régions les plus septentrionales ont une prolongation très -sensible des jours en été et des nuits en hiver : cette inégalité des jours et des nuits va en croissant jusqu'à ce qu'on arrive aux régions placées directement sous le pôle, pour lesquelles la sphère est inverse : pour celles-là il n'y a dans l'année qu'une seule nuit et qu'un seul jour; chacune de ces phases dure six mois.
La raison en est que ces régions, ayant le pôle pour sommet, ont nécessairement l'équateur pour horizon; par suite, tant que le soleil est dans la partie du zodiaque qui est ellemême au-dessus de l'équateur, il est visible aux yeux des peuples qui les habitent; durant tout le temps, au contraire, qu'il est dans l'autre portion du zodiaque, c'est-à-dire audessous de l'équateur, il ne se lève jamais pour eux. Or le soleil reste six mois dans chaque moitié du zodiaque , d'un côté ou de l'autre de l'équateur: donc nécessairement les régions polaires ont six mois de jour et six mois de nuit. Toutefois, le soleil n'étant pas de beaucoup au-dessous de leur hori'on, mais seulement à vingt-trois degrés et demi, ce qui est Técartement entre le zodiaque et l'équateur, leur nuit n'est pas fort obscure , elle ressemble à notre aurore ou à notre crépuscule, du moins pendant deux à trois mois, c'est-à-dire durant un mois et demi après qu'ils ne voient plus le soleil, et un mois et demi avant qu'ils le revoient : par suite ils n'ont pas de nuit profonde pendant m. 9
plus de trois mois; encore y sont -ils éclairés par la lune : celle-ci, quand elle est dans son plein, ne leur fait jamais défaut. Trois autres mois se passent pour eux dans le crépuscule , ou dans une espèce d'aurore ; et les six autres mois leur donnent un jour perpétuel.
Troisièmement. La terre se divise en cinq zones, dont l'une est dite torride, c'est-à-dire brûlante; deux glaciales, et deux tew,pérées. La zone torride est cette partie de la terre qui est sous l'équateur, entre les deux tropiques : le soleil lui est, en effet, toujours vertical, et, par conséquent l'échauffé très-fortement ; car la chaleur du soleil est d'autant plus forte, que ses rayons tombent plus perpendiculairement , ainsi que nous l'éprouvons en été à midi. Les rayons du soleil étant toute l'année plus perpendiculaires à cette zone qu'ils ne le sont ailleurs au plus fort de l'été, la chaleur y est perpétuelle.
Les anciens croyaient cette région inhabitable, à cause des chaleurs excessives. L'expérience a démontré cependant qu'elle est très-agréable et parfaitement tempérée. D'abord des pluies fréquentes tombant vers le milieu du jour modèrent les ardeurs trop violentes du soleil à ce moment; ensuite la fraîcheur des nuits est bien plus grande que dans nos contrées, et la durée du jour y est bien moindre; enfin il y a des vents toujours frais qui y descendent des régions polaires : car la zone torride , qui se trouve à égale distance des deux pôles , reçoit des deux côtés de l'air et de la fraîcheur : ce sont comme deux ventilateurs que l'Auteur de la nature lui a donnés.
Les zones glaciales sont les régions placées sous les deux pôles; on les appelle ainsi parce que le soleil, toujours plus éloigné de leur verticale qu'il ne l'est de la nôtre même en hiver, ne leur envoie que des rayons obliques, et trop faibles pour les défendre de l'hiver et des glaces perpétuelles. Ces régions étaient aussi considérées par les anciens comme inhabitables à cause du trop grand froid. Elles ont elles-mêmes
quelques adoucissements aux rigueurs de leur température. En effet , la zone torride les avoisine dans toute leur longueur et elle échange avec elles sa trop grande chaleur. Les eaux et l'air viennent de cette zone , portant des influences tièdes qui, tout accidentelles qu'elles sont, tempèrent sensiblement le froid primitif. On sait enfin que les habitants des régions polaires trouvent dans des volcans , ou dans des feux souterrains , comme des points de repère où la vivacité du froid est adoucie et rendue supportable.
Enfin les zones tempérées sont les régions situées sous cette partie du ciel qui s'étend de chaque tropique aux cercles polaires ; c'est dans l'une de ces zones que nous vivons. Mais qu'il nous suffise d'avoir indiqué ces divisions.
QUESTION TROISIEME
Le monde élémentaire est tout ce qui est compris dans l'intérieur du ciel de la lune. Le nom d'élémentaire est pour indiquer que tout ce qui est au-dessous de la lune est ou un élément, ou un composé d'éléments.
Nous n'avons à examiner ici les éléments que comme sujets au mouvement local et parties de l'univers; nous les étudierons, en tant qu'ils sont principes de la génération, dans la thèse suivante. Deux articles suffiront à ce que nous avons à dire ici sur les éléments. Le premier traitera du nombre, de la situation et du mouvement des éléments. Dans le second nous exposerons les diverses divisions de chaque élément.
ARTICLE PREMIER