ET DU MOCVEMENT QU'ILS REÇOIVENT DES INTELLIGENCES SUPÉRIEURES
Au sujet de l'influence des astres, deux opinions tout à fait opposées se partagent les esprits. Dans la première , les corps célestes n'exercent aucune action sur notre Terre, si ce n'est par la lumière et la chaleur dont nous connaissons tous la portée. Quelques-uns, qui acceptent que le Soleil agit énergiquement, et la Lune dans une proportion minime, ne veulent reconnaître aucune puissance aux autres astres , fixes ou errants ; on compare ces astres à une faible torche qu'un homme promènerait pendant la nuit sur des plaines immenses. Leur action sur notre Terre ne serait pas autre chose; les Epicuriens ont enseigné cela autrefois, et c'est ■encore accepté de nos jours par tous les Cartésiens. Une deuxième opinion, au contraire, exagère jusqu'à la sottise l'action des corps célestes , et veut que rien de fortuit ou de libre ne se produise en ce bas monde : tout dépendrait de
l'influence des astres : c'est le fondement de l'astrologie dite judiciaire. Les adeptes de cette science en sont venus quelquefois à un point d'impudence vraiment surprenant; des misérctbles, le plus souvent des écervelés, ont prétendu avoir par la divination la connaissance d'un avenir réservé à Dieu seul, et ils soutenaient leurs prétentions contre les textes mêmes de l'Écriture sainte, contre les affirmations de la raison et contre les lois de la nature. Quelques-uns vont jusqu'à annoncer aux gens leur destinée : ce que n'a jamais tenté aucun des saints Prophètes ; et ils le font avec une telle assurance , qu'on croirait qu'ils récitent de mémoire un trait d'une histoire déjà passée et parfaitement connue par eux. Pour ne pas perdre à la discussion de ces niaiseries un temps que réclament les études sérieuses, nous ne dirons pas ici sur quelles règles stupides, captieuses, superstitieuses et contradictoires tout cet art repose. Laissons tout cela; cherchons ce que peut nous apprendre sur cette matière la Philosophie dont nous avons accepté les principes, et consultons les auteurs les plus approuvés , principalement saint Thomas. Voici nos conclusions :
Première conclusion. — Les corps célestes agissent puissamment sur les corps inférieurs, et même toute l'activité de ces derniers dépend de l'influence des premiers. Ainsi le dit saint Thomas (l''^ p., q. cxv^, art. 3, et en mille autres endroits), sur l'autorité de saint Augustin et de saint Denis.
Une première preuve résulte de l'expérience. Lorsque le Soleil décline vers les signes du zodiaque qui amènent l'hiver, une langueur universelle s'empare des créatures; au contraire, lorsque les signes de l'été le reçoivent, chaque être sur la terre semble reprendre la vie : les semences enfantent, la terre s'habille de verdure , les arbres développent leurs feuilles et leurs fleurs; la matière, partout en travail, voit sortir de son sein des êtres à l'infini ; le sang bouillonne dans les veines des animaux , etc,
Les autres astres, planètes ou étoiles fixes, ont, de leur côté, une influence sur les corps sublunaires: ainsi Pline (liv. Ile, chap. xxix) nous dit que les étoiles du Taureau amènent la pluie , et qu'à cause de cela les Grecs les ont appelées pluvieuses ou Hyades; suivant le même auteur, YArcture ne se trouve guère à la portée du Soleil sans amener des vents et de la grêle; à Y opposition de la Canicule, non - seulement les ardeurs du Soleil s'accroissent, mais cet astre produit d'autres effets bien sensibles : la mer s'émeut, le vin travaille dans les celliers, les étangs euxmêmes s'agitent, et les chiens sont facilement pris de la rage. On ne pourrait guère rendre raison de ces changements si fréquents de notre atmosphère par l'influence du Soleil seul, puisqu'il reste toujours le même; ces grêles, ces tempêtes , ces gelées et ces froids venus à temps et à contretemps qu'observent et que dénoncent si souvent les cultivateurs , quelle explication plus plausible leur donner que celle des différentes combinaisons des planètes ou de l'apparition à ces jours d'étoiles fixes accomplissant leur évolution? Attribuer, comme les Épicuriens, ces phénomènes à certains sels nitreux que la terre exhalerait , ou à quelque autre éruption de ce genre, est-ce une explication plus acceptable, ou au moins plus probable? On dit que des astres, si difficiles à apercevoir, doués d'une lumière relativement si faible , et si réellement atténuée par la distance énorme qui les sépare de nous , ne sauraient avoir tant d'action ; mais cette objection est sans valeur : le Soleil n'est-il pas comme rien , si nous ne prenons en lui que la masse lumineuse qui nous apparaît? Combien n'est-il pas, lui aussi, éloigné de nous? On sait pourtant quelle est sa puissance, non-seulement à illuminer, mais encore à modifier toute chose ici-bas? Supposons qu'à un aveugle -né on vînt dire que tous les effets merveilleux de la vie ici-bas sont dus à un corps qui ne nous apparaît pas plus grand que la main , il se récrierait aussitôt, et à une si petite cause il refuserait
d'attribuer de si grands effets ; il chercherait sans doute lui aussi des sels; il appellerait au lieu de ce Soleil des quantités infinies de molécules ou d'atomes , et les mettrait en œuvre , à tort, sans contredit; car c'est bien ce Soleil, si petit en apparence , qui peut revendiquer tous ces résultats : la petitesse apparente des étoiles ne les empêche donc point d'exercer ici-bas une influence considérable.
Notre conclusion se prouve en second lieu par la raison. Saint Thomas, après saint Augustin, nous fournit un argument que nous avons déjà indiqué en parlant de l'incorruptibilité des deux. Dans l'ordre des causes il faut supposer que les inférieures sont soumises aux supérieures, que les moins considérables dépendent des plus nobles, que les variables sont dirigées par les immuables ; par suite il faut accepter qu'à certaines causes venant au premier rang il appartiendra d'agir par elles-mêmes; elles sont les sources de toute l'efficacité des causes secondes; or l'ensemble des causes corporelles est parfaitement ordonné : il faut donc y trouver des corps plus nobles, supérieurs, plus immuables , auxquels appartient l'action en propre , et desquels émane comme d'une source toute l'efficacité des corps inférieurs. Mais quels sont ces corps supérieurs, si ce ne sont les corps célestes? Ils agissent donc puissamment sur les corps d'ici-bas, qui leur sont inférieurs : ils sont même les sources de toute efficacité corporelle, et c'est d'eux que dépendent , comme de causes primordiales , toutes les causes inférieures.
La majeure est de saint Augustin, qui développe cette idée avec son élégance habituelle (liv. 111« de la Trinité, chap. iv). C'est encore la notion propre de l'ordre des êtres, et des causes multiples qui procèdent d'une seule source ; elles n'en procèdent que par degrés et méthodiquement. La mineure est certaine; car le Monde, étant sorti des mains d'un ouvrier parfaitement sage, doit être parfaitement ordonné. Enfin, rien qu'à observer l'ordre exact qui préside Iir. §
dl4 PHYSIQUE. II. PARTIE. THÈSE UNIQUE.
à la distribution des parties dans le corps d'une mouche , on s'assure qu'un ordre analogue doit exister dans tout l'univers. La conséquence est évidente : c'est la nature elle-même qui nous montre et nous fait concevoir les corps célestes comme supérieurs aux corps élémentaires , par la place qu'ils occupent, parla noblesse de leur substance, par leur activité, leur constance et leur immutabilité. En effet, s'ils subissent un mouvement, ce n'est que le mouvement local, de tous celui qui entraîne le moins d'altération dans son sujet.
DEUXIÈME CONCLUSION. — L'action des corps célestes sur les corps inférieurs consiste d'ahord dans la lumière, et ensuite dans la chaleur, qui en est une conséquence; elle consiste encore en d'autres propriétés qui ne tombent point sous nos sens , et qui sont appelées pour cette raison qualités occultes.
Personne ne peut nier la première partie de cette conclusion. Nous éprouvons tous, dit saint Denis (chap. iv des Noms divins) que la lumière du Soleil concourt à la génération des corps sensibles; qu'elle y excite la vie, la soutient, l'augme7ite et la complète; et cela principalement par la chaleur qui l'accompagne : c'est pour cela qu'à l'ombre ou pendant l'hiver, la chaleur du Soleil étant presque nulle, tout s'engourdit, ^youions à cette observation un raisonnement qui la confirme. Une qualité noble entre toutes, et qui est la propriété essentielle de corps éminemment actifs , doit être active elle-même ; or la lumière est une noble qualité de cette nature; elle est l'attribut des corps célestes: donc elle est active , et son activité s'aide de la chaleur, qui dérive d'elle , et sert de ministre principal pour la génération des êtres sublunaires.
La seconde partie de la conclusion prend ses preuves : d'abord dans l'expérience; car les astres agissent jusque dans les entrailles de la terre, où la lumière ne parvient pas, et on attribue à quelques-uns de ces astres des vertus
remarquables , quoiqu'ils ne nous envoient que fort peu de chaleur et de lumière ; secondement dans l'analogie, car nous voyons les corps sublunaires agir par des qualités qui échappent à nos sens : qui dira, en effet, la propriété par laquelle l'aimant attire le fer, celle par laquelle la peste tue un homme, celle qu'a la rhubarbe pour purger les bilieux, etc.? Or nous ne devons point refuser des influences semblables aux corps célestes.
En troisième lieu, cette seconde partie se prouve par le raisonnement. Nos sens ne sont pas aptes à apprécier toutes les qualités des corps actifs sans exception, mais seulement à connaître certaines choses nécessaires à la conservation et au soutien de notre vie : ainsi nous ne sentons même pas en nous l'action par laquelle les aliments se convertissent en chyle, le chyle en sang rouge, etc. Or il n'est point nécessaire à la conservation de notre existence que nous connaissions sensiblement toutes les vertus des astres : donc ils peuvent avoir et ils ont des qualités qui nous restent inconnues ; on peut les nier : mais les aveugles de naissance nient quelquefois l'existence de la lumière ; et la lumière n'en est pas moins fort réelle et fort utile.
Troisième conclusion. — Pour que les deux agissent sur les corps inférieurs , il faut nécessairement qu'ils soient régis et appliqués par des Intelligences qui leur impriment le mouvement local.
Cette conclusion ne se trouve pas seulement dans Aristote, chez tous les Péripatéticiens, et dans les œuvres de saint Thomas , qui la formule expressément, elle est encore conforme à la Théologie et aux saintes Écritures , qui donnent les Anges comme les agents de Dieu dans le gouvernement du Monde.
Elle se prouve par le raisonnement déjà exposé, tiré de saint Thomas et de saint Augustin (III^ liv. de la Trinité, chap. iv). De même que l'ordre du Monde exige que les corps inférieurs soient soumis aux corps supérieurs, pour que
ceux-ci diligent leurs forces actives, de même il faut que les corps supérieurs soient soumis suivant un certain ordre à une nature spirituelle qui les régisse , les dirige, et vivifie en quelque sorte leur activité. Or, toutes les natures supérieures et spirituelles étant désignées par les noms d'Anges ou d'Intelligences, il est naturel de croire que les corps supérieurs, à savoir les corps célestes, sont soumis aux Anges, ou bien aux Intelligences, et qu'ils ne sont que comme des instruments dans la main de ces natures supérieures et ordonnatrices : celles-ci les appliquent par le moyen du mouvement local, qui est l'effet propre et premier de la nature spirituelle sur la nature corporelle ; ainsi se trouve sauvée, avec l'enchaînement parfait de tous les êtres de l'univers, cette loi de la Providence tant de fois répétée par saint Thomas , après saint Denis , que les choses inférieures sont régies par les moyennes , et celles-ci par les supérieures. De là nous conclurons que, le mouvement une fois supprimé, les forces des corps célestes se reposeront, comme font les instruments une fois l'action de l'ouvrier arrêtée; par suite encore les générations seront suspendues dans ces régions sublunaires , puisqu'elles dépendent absolument de l'action céleste : c'est ce qu'enseigne saint Thomas (q. v, de \a. Puissance , art. 8). Toutefois, d'après le même Docteur, et au même passage , il y a une certaine action spéciale , dite intentionnelle, qui est la production de la lumière, et l'émission d'espèces visibles, qui ne dépend pas du mouvement local , et qui , par conséquent, subsistera dans les deux alors que cessera le mouvement local , après le Jugement; et même cette action, au dire des écrivains sacrés, sera bien plus parfaite.
Quatrième conclusion. — L'influence céleste ne s'exerce point directement sur la volonté de Vhomme, mais elle a une puissance indirecte sur cette volonté.
La première partie de cette conclusion est définie par l'Eglise, et l'on peut la prouver par le raisonnement,
D'abord , puisque l'inclination suit la nature , celui-là seul l'eut directement changer l'inclination, qui a donné la nature, ainsi que le dit saint Thomas (I^^e p.^ q, xi). Or la nature d'une âme raisonnable n'a pas pour cause les deux : donc l'inclination de cette âme, la volonté, ne peut être changée directement par une action des corps célestes. Ensuite, il n'est pas naturel qu'un corps agisse directement sur un esprit, ainsi que le dit le même Docteur (Fe p. de la II®, q. V, art. 5); or la volonté est purement spirituelle, puisqu'elle n'est ni attachée ni liée à un organe corporel , comme on le dira dans la quatrième partie de ce traité, à la dernière question : donc les cieux n'agissent pas directement sur la volonté. Troisièmement, la volonté est mue par la raison ; or la raison ne dépend point des cieux, mais des premiers principes, dont la vérité est éternelle; elle n'est nullement soumise à Jupiter, ni au Soleil, ni à quelque astre que ce soit : donc la volonté elle-même ne dépend pas de ces corps.
La seconde partie est de saint Thomas (I'*^ p. de la 11«, q. TX, art. 5). Ce saint Docteur expose deux moyens par lesquels les deux changent indirectement notre volonté. D'abord, du côté des objets, alors que les objets se trouvent modifiés à notre égard par l'influence céleste , notre sensation à leur sujet se trouve aussi changée : par exemple, si le froid nous menace, nous recourons au feu pour nous défendre; ensuite du côté de l'appétit sensitif, car, d'après les influences du ciel, les uns seront enclins à la colère, les autres à la mélancolie; ceux-ci seront avares, ceux-là ambitieux; d'autres enfin seront avides de science : mais la volonté peut par la raison et la vertu réprimer ces tendances , et conduire à une manière de vivre toute différente de celle que nous inspire cette action céleste : ainsi lit l'illustre Socrate; et Ptolémée disait : Le Sage dominera les astres (Sapiens dominahitur astris).
Que dirons-nous donc des prédictions faites à l'inspection
des astres? Sinon qu'elles ne peuvent donner jamais rien de certain quant aux actes libres , soit parce qu'ils dépendent de la volonté , qui peut assurément rendre vaines toutes les influences, soit parce que, comme il arrive souvent, ils ne sont pas tant le résultat de notre inclination que la suite d'un concours fortuit de circonstances nombreuses dont une seule suffirait pour troubler tout l'ordre qu'auraient voulu les autres : ainsi, pour un clou mal rivé au pied d'un cheval, le cheval boite, le porte- enseigne qui est dessus tombe dans la mêlée , et le drapeau est renversé , le désordre se met dans les rangs , l'armée est en désarroi , on est vaincu , les provinces sont ravagées par l'armée victorieuse , beaucoup voient leur fortune anéantie , etc. etc. Qui prétendra jamais pouvoir, à l'inspection des astres, prédire à coup sûr des circonstances si minutieuses et si fortuites? C'est donc avec raison que l'Église réprouve les prétentions impudentes de l'astrologie judiciaire au sujet des actes libres; l'impudence ici n'est pas seulement de la superstition , c'est encore de la sottise.
Quant aux pluies , aux grêles et aux autres changements remarquables de l'air et des éléments sublunaires , comme ils ne dépendent ni de la volonté humaine ni des minutieuses circonstances auxquelles nous avons fait allusion , les prédictions peuvent avoir plus de certitude. Mais on sait combien sur ces matières sont souvent menteurs et ignorants ceux qui se hasardent dans ces conjectures ; c'est devenu proverbial , et on dit : Menteur comme un astrologue.
De la complexion , la propension et l'aptitude de tel ou tel homme à certains travaux , on peut dire que cela dépend de l'influence des astres, et qu'elle s'exerce particulièrement sur l'homme aux deux moments de la conception et de la naissance, et, par conséquent, on ne peut rejeter absolument une conjecture fondée sur l'inspection des astres, mais l'art de l'homme a-t-il jamais pu arriver à donner quelque certitude à ces prédictions? D'abord, on ne peut savoir d'une
manière certaine l'heure de la conception; celle de la naissance même reste indéterminée : est-ce,' en effet, dès le premier effort de l'enfant pour sortir du sein maternel, ou lorsqu'il en sort, ou lorsqu'il en est complètement sorti? Faut-il compter les retards résultant souvent de la maladie de la mère? Aura~t-on égard à l'accélération résultant de l'habileté de l'accoucheur, etc. ? Toutes ces questions sont controversées entre les astrologues. Je sais bien quelles règles ils ont imaginées pour obvier à cette incertitude ; mais je sais également combien ces règles mêmes sont incertaines. Ensuite l'action du ciel sur le corps de l'enfant, pendant qu'il se forme , dépend d'une foule de circonstances qui seront toujours mystérieuses. En troisième lieu, non-seulement nous ignorons la vertu des astres, quelquefois même leur existence, ainsi qu'il est arrivé pour les satellites de Jupiter, l'anneau de Saturne, etc., avant l'invention du télescope, mais encore nous n'en connaissons pas tous les mouvements, même pour des astres que tout le monde connaît , et l'on croira deviner des influences secrètes quand ou ne connaît pas d'une façon certaine un mouvement visible ! Quatrièmement , enfin , la face du ciel et la disposition des astres ne s'est jamais représentée deux fois la même depuis le commencement du Monde: par quel moyen donc, par quelle expérience une coïncidence sans précédents peut-elle être prédite d'une manière certaine? Je laisse de côté les règles vaines et futiles sur lesquelles s'appuient les plus habiles en cet art , et pourtant ce serait les réfuter que de les rapporter.
Les patrons de l'astrologie nous opposent des prédictions en grand nombre si merveilleusement confirmées par l'événement, qu'on y a vu de véritables prodiges.
Disons d'abord que jusqu'ici on n'a imaginé aucun moyen de deviner l'avenir qui n'ait eu, quelque stupide qu'il fût, mille événements pour sanction : la chiromancie, la géomancie, l'aruspicine , tous les prétendus systèmes de
divination déjà inventés, tous ceux qu'on pourrait inventer encore , une fois mis en usage , ont été et seront quelquefois heureux : à qui n'est-il pas arrivé de tomber sur la vérité en parlant à tort et à travers? Qu'on note un jour tout ce que ces devins avancent avec tant de hardiesse, on y trouvera bien plus de sottises que de vérités. Mais les hommes sont ainsi faits : si le devin se trompe, on n'en parle pas; si quelque événement lui donne raison par hasard , on le répète mille fois. 7Z est vrai encore de dire que si quelque mal a été prédit , Dieu peut très-bien permettre que la prédiction se réalise pour punir une vaine curiosité dans celui qui a été chercher l'avenir : et , de son côté , le démon peut aussi , avec la permission de Dieu, entretenir ainsi la superstition, et procurer quelque bonheur passager. Disons, en troisième lieu, avec saint Thomas (II« p. de la II", q. lxv, art. 5), que dans toute vaine divination s'ingère l'œuvre du démon, lequel, dit saint Augustin (au second livre sur la Genèse, chap. xvii), fait quelquefois parler même ces devins ignorants : de là vient que l'Église exècre tous les arts divinatoires, parce qu'à des singeries sacrilèges de la Divinité se mêlent des superstitions et des invocations tacites aux démons.
Il faudrait dire maintenant, pour terminer, quelle est la vertu particulière attribuée à chaque planète , ce qu'elle produit dans la complexion qui lui est soumise. Pour ne pas passer ce point-là complètement sous silence, disons comment on distribue ordinairement les qualités propres aux planètes : Saturne est froid et sec, et par suite funeste à la vie : il en résulte qu'il inspire la tristesse, la lenteur, les résolutions méchantes et perverses : cette planète est celle des mélancoliques et des songeurs ; parmi les métaux , c'est le plomb qui lui est attribué. Jupiter est l'astre de la chaleur humide; par suite il est favorable à la vie; il inspire la magnanimité, la joie, le désir de la gloire, les qualités royales; il agit sur le sang; le métal de cette planète est
QUESTION II. DU MOMDE CÉLESTE. dSI
l'étain. Mars a une chaleur sèche; sa chaleur est funeste, elle brûle et détruit; son influence est malfaisante; il inspire la témérité, la colère, les querelles, la fureur, etc. ; il agit sur la bile; son métal est l'acier. Le Soleil est chaud et sec; mais il est favorable, parce que sa chaleur est bienfaisante et aide à la vie ; il donne la beauté et une ardeur modérée; il influe sur la bile tempérée par le sang; son métal est l'or. Vénus est humide et froide , favorable à la vie; elle inspire la politesse et la grâce; elle agit sur les humeurs, et les allie justement au sang; le cuivre est son métal. Mercure est d'une nature versatile : comm.e il s'accommode aux planètes avec lesquelles il marche, il inspire à l'esprit ses complaisances ; il est le père de l'habileté, de l'éloquence et de la ruse; il préside à la mélancolie tempérée par la bile ou par le sang; il a pour métal le vif-argent. La Lune est froide et humide, jusqu'à un certain point bienfaisante; elle inspire l'instabilité et la mollesse; elle est l'astre des tempéraments humides et flegmatiques; son métal est l'argent.
Telles sont les vertus attribuées aux planètes, soit d'après des traditions fort anciennes , soit d'après des observations très-diverses, qui ont démontré dans une certaine limite que le plus souvent les eflets prédits aux hommes nés sous l'influence de ces planètes se réalisaient, soit encore^arce que chaque être produisant d'habitude un eflet à lui semblable, on attribue aux astres des efl'ets qui paraissent tenir à eux par quelque ressemblance , et cela autant que le permet la nature des choses sublunaires : par suite le Soleil , de couleur d'or, serait cause efficiente de l'or; la Lune, argentée, produirait de l'argent; à Saturne, couleur de plomb, on attribue le plomb. Il n'est pas impossible que chaque espèce des métaux et des pierres précieuses corresponde à un astre particulier; mais nous ne pouvons rien spécifier ni rien affirmer en ces questions mystérieuses.
ARTICLE SIXIÈME