DIVISIONS DES ÉLÉMENTS
Quant à Vêlement du feu, le plus éloigné de nous, on ne sait quelles sont ses divisions. Toutefois remarquons qu'autre chose est le feu élémentaire , qui est plus pur, parce qu'il est en sa propre matière et en son propre lieu , et que, par conséquent, il n'a pas besoin d'aliment; autre chose le feu terrestre , dans une matière plus épaisse et plus dense , tel qu'il existe près de nous : celui-ci a besoin d'aliment; il
raréfie sans cesse sa matière , et la dissipe : partant il lui en faut toujours une nouvelle; ensuite, placé clans une région hostile, et, comme on dit, hors de sa sphère, étant de sa nature moins apte à la concentration , il a besoin d'un foyer pour résister avec plus d'énergie : de là il résulte que quand sa chaleur a épuisé la matière à laquelle il s'était pris, il n'y peut rester davantage; il périt s'il n'envahit une autre matière plus dense. Le feu élémentaire diffère sans doute du feu terrestre, comme Veau de la glace: c'est Aristote qui le dit, et il en donne cette explication : De même que la glace est de Y eau dans un état contre nature, ainsi le feu que nous voyons est du feu, mais dans un état qui ne lui convient qu'imparfaitement.
L'aiV se divise en trois régions, qu'on dénomme supérieure, infime et moyenne. L'infime est celle où nous respirons : elle est mélangée de vapeurs diverses; la supérieure est immédiatement au - dessous du feu élémentaire ; la moyenne est située entre les deux autres. La supérieure est la plus chaude, à cause du voisinage du feu et du ciel; la moyenne est toujours froide, à cause de la quantité de vapeurs froides dont elle est remplie , et parce que la réflexion des rayons solaires qui réchaufl'e l'air inférieur ne remonte pas jusqu'à elle; enfin parce que la Providence l'a ainsi spécialement ordonné : car, comme l'ouvrier refroidit la partie supérieure de son alambic quand il veut distiller les vapeurs et les réduire plus facilement à l'état liquide, ainsi l'Auteur de la nature laisse froide la région moyenne pour réduire plus facilement en pluies les vapeurs qui s'élèvent de la terre et de la mer; la région infime est alternativement soumise au froid et au chaud : cette région peut se délimiter aux points où finit la réflexion des rayons solaires, et où se forment les nuages, c'est-à-dire un peu au-dessous des plus hautes montagnes; cependant^ comme la réflexion des rayons est d'autant plus grande et plus élevée que ces rayons eux-mêmes sont vibres plus perpendiculairement, il
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arrive que la région infime n'est pas partout ni toujours la même : elle est bien plus élevée dans l'été que dans l'hiver, et dans les pays chauds que dans les pays froids.
Pour les eaux, on appelle les unes pluviales : ce sont celles que Yair tient en suspension ; d'autres sont mêlées à la terre, qui s'en imbibe; enfin il en est qui constituent proprement Vêlement aqueux, qui se divise en mers, en lacs et en fleuves. La mer est l'origine et le réceptacle de tous les fleuves; on la divise principalement en Océan et en Méditerranée : l'Océan, ou la grande mer, entoure comme une ceinture la terre entière : le Psalmiste (ps. cm) le nomme le vêtement et V enveloppe de la terre (vestimentum et amictus terrœ). De cette mer dérivent, vers les régions danoises, la mer Baltique; vers l'Arabie, du côté de l'Afrique, la mer Rouge; du côté de la Perse, le golfe Persique. II y a d'autres mers encore, comme des bras de cet Océan , qui étreignent la terre , mais s'éloignent peu de lui : ces bras n'ont point pris des noms dictincts. La mer Méditerranée dérive de l'Océan par le détroit de Gadès, ou Cadix, qu'on appelle maintenant Gibraltar ; de cette Méditerranée sort le Pont-Euxin par le détroit dit Bosphorede Constantinople; la mer Caspienne se relie au Pont par des méats souterrains : cette mer Caspienne , de toutes parts close , recevant cependant les fleuves les plus abondants , déborderait si elle ne pouvait, par de secrètes voies, se vider dans une mer voisine : de là vient que le Pont-Euxin, gonflé par ces eaux qu'il reçoit, a un courant continuel dans la Méditerranée par le détroit de Constantinople ; ce courant est si violent, que Smyrne, la Crète, et même les bords de l'Afrique le ressentent quelquefois.
De la terre, certaines parties sont connues, d'autres encore inconnues. On ne sait à peu près rien de la terre qui se trouve sous les pôles , notamment sous le pôle sud : là sont de vastes régions non suffisamment explorées. La terre connue était autrefois divisée en trois parties : Europe,
Asie el Afrique. Une nouvelle partie, égalant à elle seule les trois autres ensemble ou à peu près , a été découverte vers Tan 1491 par Christophe Colomb : on la nomme Amérique ou. Indes occidentales ; elle a été rencontrée en cherchant du côté du couchant un passage vers les Indes plus anciennement connues et dites orientales. Il semblerait pourtant qu'elle ne fût pas absolument inconnue des anciens : Platon en fait assez clairement mention dans le Timée, la nommant les Iles d'Éon; TertuUien, au livre de Pallio et dans V Apologétique, déplore que la mer l'ait fait disparaître aux regards des hommes; Pline la désigne, et il en parle merveilleusement (liv. II, chap. lxviii) : Les mers partout répandues, dit -il, sur le globe divisé nous enlèvent une partie du monde: nous devrions la connaître mieux ; mais l'on ne peut arriver de là ici, et l'on ne peut parvenir d'ici là par une voie praticable.
L'Europe est la partie du globe qu'enclôt l'Océan , le Palus-Méolide, et une ligne tirée droit du fleuve Tanaïs à la mer du Nord. En cette partie, de toutes la plus peuplée, bien que la plus petite, il y a des royaumes divers : la France, l'Italie, rAllcmagne, l'Espagne, l'Angleterre, la Norwége, le Danemark, la Suède, la Pologne, la Russie, etc., puis des îles : dans la Méditerranée, la Sicile, la Sardaigne, et mille autres dont elle est parsemée ; cependant quelquesunes aussi appartiennent à l'Afrique.
L'Asie est cette autre partie de la ten-e qui s'étend de la ligne mentionnée à l'océan Indien ou Oriental, et de la mer Rouge à l'océan PaciCque. Cette vaste partie du monde paraît composée de cinq empires principaux : le premier est celui des Turcs, qui sont aussi les maîtres de beaucoup de terres en Europe; le deuxième est celui des Perses; le troisième, celui du Mogol; le quatrième, celui de la Chine; le cinquième est celui des Tartares , dont l'empereur est dit vulgairement le Grand Khan. Ensuite il y a des régions très-vastes, et des îles remarquables, qui ont leurs rois, et
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dont la plus grande partie est comprise sous les nom d'Indes orientales.
L'Afrique est une péninsule très-vaste, qui est séparée de l'Asie par la mer Rouge , et de l'Europe par la mer Méditerranée; le reste est ceint par l'Océan. Elle est divisée en extérieure et intérieure : dans la première on nomme l'Egypte et la Barbarie ; cette dernière comprend plusieurs royaumes sur le littoral de la Méditerranée. Dans l'Afrique intérieure sont des contrées très-vastes, en partie désertes et inhabitables : la terre y est trop aride; indiquons les plus peuplées: Beled-ul-Djerid, Ninritie, Guinée, Congo, le pays des Cafres, Monomotapa, 'Ethiopie, Abyssinie : celle-ci a son empereur, vulgairement appelé le prêtre Jean, etc. A cette partie de la terre se rapportent aussi plusieurs lies : l'ile de Saint -Laurent, dite Madagascar, et d'autres îles répandues dans l'océan Africain.
L'Amérique est cette portion de la terre opposée à notre hémisphère, et que l'Océan sépare de nous. Il en est qui pensent qu'autour du pôle arctique elle rejoint l'Asie. Elle est divisée en septentrionale et méridionale ; ces deux parties se joignent par l'isthme de Panama.
Dans l'Amérique septentrionale il y a la Stotilandie (partie de l'Amérique russe et du pays des Esquimaux), le Groenland, le Labrador, le Canada, ou la Nouvelle-France, la Nouvelle-Ecosse, la Nouvelle-Angleterre, la Nouvelle-Belgique, laNouvelle-Suède, la Virginie, laFloride, laNouvelle- Espagne, etc. Dans l'Amérique méridionale est la Castille d'Or (Venezuela et Grenade), la Guyane, la région des Amazones , le Brésil , la terre de Magellan , le Chili et le Pérou. Il y a aussi plusieurs îles dans la mer d'Amérique; les principales sont les Antilles. C'est au géographe plutôt qu'au philosophe qu'il appartient de fournir de plus amples développements.
Il nous faut cependant dire que les géographes, pour diviser plus commodément la terre, décrivent sur le globe
terrestre les mêmes cercles que nous avons vus sur la sphère céleste : équateur, tropiques, cercles polaires, méridien. Ainsi se détermine la position de chaque région. Dans ce but l'on distingue sur la terre les latitudes et les longitudes. La latitude d'un lieu est la portion du cercle méridien interceptée entre l'équateur d'une part, et le zénith de ce lieu d'autre part; ceux qui se trouvent sous l'équateur n'ont donc point de latitude, parce qu'il leur est vertical ; ceux qui se trouvent sous les tropiques ont vingttrois degrés et demi de latitude, car les tropiques sont à cette distance de l'équateur; ceux qui se trouveraient sous les pôles auraient quatre-vingt-dix degrés de latitude. La latitude est donc la même que l'élévation du pôle. La longitude est la portion de l'équateur interceptée entre le premier méridien, celui des îles Açores, qu'il est convenu entre les géographes de prendre pour le premier et le méridien de chaque lieu. Les îles Açores n'ont donc point de longitude, et les autres régions prennent de la longitude en s' éloignant vers l'Orient. Ainsi est exactement déterminée la position de chaque région. Dès lors que l'on a la longitude et la latitude d'un lieu, on a la position exacte de ce lieu, les cercles qui la déterminent concourant en un point unique d'intersection. Tout cela, ainsi que la division de la terre et des mers, se trouve dans tous les atlas. Pour y montrer le globe dans son ensemble on le divise en deux hémisphères. La ligne qui coupe l'un et l'autre en deux parties égales , c'est l'équateur ; les deux cercles latéraux et équidistants sont les deux tropiques : le Capricorne, pris dans la partie sud ; le Cancer, dans la partie nord.
Les cercles polaires sont décrits près des pôles. Les méridiens sont tirés d'un pôle à l'autre par la verticale de chaque lieu. Les cercles décrits entre l'équateur et les pôles sont ceux des latitudes , sud et nord; il n'y a que ces deux latitudes. Ainsi pour déterminer la position géographique «le Madagascar, ou dira que cette île est située entre les quin-
zième et vingt- cinquième degrés de latitude sud, et les soixante-douziènfie et quatre-vingt-deuxième degrés de longitude. Ces indications suffiront sur la division du globe , elle est l'objet de la géographie; si nous en avons parlé, c'est que le physicien ne doit pas l'ignorer complètement.
QUESTION QUATRIÈME
Après avoir parlé des corps principaux qui forment le monde, examinons la situation ou la disposition relative qu'ils y occupent; c'est ce qu'on entend sous le nom grec de système. La première considération sur ces choses, il faut la prendre dans ces paroles que Dieu adresse, non pas seulement à Job, mais à tous les habitants de la terre : Coiinais-tic l'ordre du Ciel? en établiras-tu la raison sur la terre? Numquidnosti ordinemcœli, et pones rationem ejus in terra? Et encore : Qui donc peut dire la raison des cieux? Quis enarrabit cœlorum rationem? Si Dieu parle ainsi , ce n'est pas pour nous détourner de l'agréable contemplation d'un spectacle si grand , mais pour que sur des choses tellement inexplorées nous ne formions pas prématurément un jugement, nous rappelant toujours notre insuffisance d'une part, et d'autre part la puissance et la grandeur de Dieu, qui a livré à nos disputes ce monde, œuvre insigne de sagesse infinie, sans que nous puissions nous flatter de le comprendre jamais pleinement. Parlons donc avec réserve d'une chose si peu connue. Nous proposerons d'abord les opinions les plus généralement acceptées; nous dirons ensuite ce qu'il faut en penser.
ARTICLE PREMIER