‹ Philosophie suivant les principes de saint Thomas (volume 2)Chapitre 13 sur 52 · PRINCIPALES OPINIONS TOUCOANT LE SYSTÈME DU MONDE · texte numérisé non relu

PRINCIPALES OPINIONS TOUCOANT LE SYSTÈME DU MONDE

Touchant le système du monde, les opinions ont fort varié : les trois plus remarquables ont formé trois systèmes qui, du nom de leurs auteurs ou reproducteurs, s'appellent systèmes de Plolémée, de Copernic et de Tycho-Brahé. Expliquons-les brièvement.

Dans le système de Plolémée, les corps du monde sont disposés de cette façon : la Terre est au centre, elle est entourée de SCS éléments, l'eau, l'air, et le feu ; ce dernier lui est presque extérieur. Autour de son globe immobile roulent tous les corps célestes : la Lune avec son ciel, le plus rapproché de tous , ensuite Mercure , puis Vénus , le Soleil en quatrième lieu. Mars cinquième, Jupiter sixième , Saturne septième, enfin à la huitième distance le firmament, avec son armée innombrable d'étoiles fixes. Au delà de toutes ces

sphères mobiles et constellées, il y a la sphère suprême qui

QUESTION IV. DU SYSTÈME DU MONDE. l5l

conduit les autres, qui est elle-même sans étoiles, c'est le prerrder mobile; non- seulement il accomplit autour de l'axe du monde, qui est l'axe de la Terre prolongé dans les deux sens , en vingt - quatre heures une révolution entière , mais il entraîne toute la multitude des cieux que son sein renferme, avec une rapidité effrayante, il est vrai, mais non supérieure à la force du Moteur tout-puissant, ni à la solidité d'une machine dont un art infini a combiné tous les ressorts et toutes les pièces. Bien que cette disposition et le nombre de ces sphères célestes soient suffisamment justifiés pour les Ptolémaïstes , certains mouvements, vulgairement dits de lihraiion et de trépidation, auxquels la sphère des fixes parait soumise , ont obligé d'augmenter le nombre de ces sphères , par l'insertion entre le firmament et le premier mobile de deux autres sphères, dites cristallines, qui, dépourvues entièrement d'étoiles, seraient entièrement diaphanes. Nous donnons dans le tableau ci-contre l'ensemble de ce système, en y ajoutant même celui des sphères cristallines , que tous pourtant n'admettent pas.

Quant au système Copernicien , il tire son nom de Nicolas Copernic, chanoine de Thann, qui a restauré et rendu célèbre au siècle passé une théorie très-ancienne , mais oubliée et abandonnée depuis longtemps. Les Pythagoriciens jadis, et parmi eux surtout Philolaûs et Aristarque de Samos, le soutinrent. On dit même que Platon ne le rejeta que vers ses vieux jours. Selon ce système, c'est le Soleil qui se tient immobile au centre du monde; il en est le cœur, il est le foyer universel de la chaleur; autour de lui se répand la région des étoiles fixes ; ce sont les bornes dernières du monde, immobiles elles-mêmes. Mais dans cette enceinte commune et autour d'un centre si éclatant, les planètes accomplissent leurs révolutions, comme la Terre, chacuneàson rang; la planète la plus rapprochée du Soleil ayant le cercle le plus court, c'est Mercure, et il accomplit sa révolution en trois mois. Véims décrit un circuit plus étendu, et met sept

mois et demi à revenir au point de son départ. La Terre vient après , elle entraîne la Lune dans un circuit tracé en douze

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mois autour du Soleil. En quatrième lieu serait Mars qui, dans un cercle plus étendu, met environ deux ans à parcourir sa route. Suivent Jupiter et ses satellites, qui mettent douze ans pour accomplir leur révolution. Saturne est le sixième et le dernier ; son vaste ciixuit s'accomplit en trente années. Ceux qui soutiennent ce système disent que la Terre, outre sa révolution annuelle autour du Soleil, a un mouvement de rotation diurne autour de son axe d'occident en orient, à l'instar de la toupie des enfants, qui , en décrivant lentement d'amples circonférences sur le sol, pivote en même temps rapidement sur elle-même; ils attribuent encore un troisième mouvement à la Terre, celui d'une inclinaison alternative de ses pôles. Ainsi, par un premier mouvement autour du Soleil , elle produit l'année ; par un second mouvement autour de son axe, elle produit l'alternance du jour et de la nuit, et par ce troisième mouvement,

se rapprochant d'un pôle pour s'éloigner de l'autre, elle produit la variété des saisons, et reçoit les rayons du Soleil, tantôt plus , tantôt moins verticalement.

On a sous les yeux dans le tableau ci-contre la disposition complète des corps célestes d'après ce système. Il faut remarquer seulement que l'espace entre Saturne et les fixes ne peut être représenté, à cause de l'exiguïté de la place, et qu'il doit se concevoir comme immense, c'est-à-dire infiniment plus grand que l'espace entre Saturne et le Soleil, et non-seulement le Soleil, mais tout l'espace que comprend autour du Soleil l'orbite terrestre , que les Goperniciens appellent le grand orbite^ est comme un point en comparaison de cette distance des fixes. Il semble que cet espace considérable ait été nécessaire aux Goperniciens pour éviter les difficultés dont on les accable.

Enfin avec le système de Tycho-Brahé, la Terre est immobile au centre du monde. Les étoiles fixes et le premier mobile forment une circonférence qui en vingt-quatre heures accomplit sa révolution autour de ce centre, comme dans le système de Ptolémée. Mais on emprunte au systèm,e de Copernic la révolution des planètes autour du Soleil; la Lune seule en est exceptée, parce qu'elle est entraînée autour de la Terre. Mercure et Vénus tournent aussi autour du Soleil dans des cercles plus restreints; mais Jupiter et Saturne ont des cercles plus étendus et qui enveloppent la Terre. Tycho-Brahé veut aussi que depuis la Terre placée au centre du w onde jusqu'au firmament l'espace soit libre et très-fluide : c'est Tm espace éthcré, comme il dit. Dans cet espace le Soleil exécute une course annuelle et tourne autour de la Terre, en entraînant dans son parcours cinq étoiles errantes, qui conservent autour de lui leurs mouvements propres, Mercure en trois mois, Vénus en huit, Mars en deux ans, Jupiter en douze ans , et Saturne en trente. Les planètes accomplissent ainsi leurs mouvements. Non-seulement il veut que le firmament avec l'armée entière des étoiles

fixes ait autour de la Terre un mouvement diurne, mais que la Lune aussi, et le Soleil avec les planètes qu'il entraîne inséparablement avec lui, accomplissent le même parcours. Ci-contre on a aussi un tableau de ce système.

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ARTICLE SECOND

CE qu'il faut penser de ces trois systèmes.

Tels sont les systèmes les plus célèbres. Voyons ce qu'il faut absolument rejeter en eux , et ce qui peut y être admis comme probable.

Le système de Copernic ne peut être admis ; il a été à bon droit repoussé comme téméraire, -parce qu'il faisait la terre mobile et la déplaçait du centre du monde.

Première preuve. Une opinion est à bon droit déclarée téméraire, quand sans fondement grave elle s'éloigne des notions communes , et surtout de la manière de s'exprimer

de l'Écriture sainte. Or cette inculpation tombe sur l'opinion de Copernic , qui rend la Terre mobile bors du centre du monde, à l'instar des planètes : elle est donc à bon droit rejetée comme téméraire. La majeure d' abord est certaine. Il est absolument possible que l'opinion la plus répandue soit fausse, et le but de l'Ecriture sainte n'étant pas de nous donner la science des cboses naturelles, celle-ci peut dans ses termes se mettre à la portée des notions vulgaires, et exprimer les choses naturelles telles qu'elles se produisent par rapport à nous, plutôt que telles qu'elles sont réellement; cependant nous devons au genre humain, et surtout à Dieu, qui nous parle dans les Écritures, de ne pas nous écarter des pensées communément reçues sans un fondem.ent grave, et de suivre religieusement le sens littéral de l'Écriture à moins d'une contradiction manifeste avec des faits constatés. Nous devons certainement entre toutes les doctrines philosophiques préférer celle qui s'accommode à ce sens.

La mineure se démontre. Que l'opinion de Copernic s'éloigne dos notions communes du bon sens et du langage de rÉcriture , les défenseurs eux-mêmes du système en conviennent. Toutes les nations ont toujours été persuadées que la Terre ne tourne pas autour du Soleil, mais que les cieux et le Soleil tournent autour de la Terre, que le Soleil se lève et s'abaisse par rapport à la Terre , et non celle-ci par rapport au Soleil. Ce sentiment est confirmé d'une manière très-expresse par l'Écriture. Il est dit (au premier chapitre des Paralip., y . 15) : Deum fundasse orhem immohilem; (( Dieu a fondé l'orbe dans l'immobilité, » et le contexte montre qu'il s'agit ici de l'orbe ou du globe terrestre; ensuite (au Ps. cm) : Fnndasti terram super stahilitatem suam, in sœculum sœculi non incïinahitur. « Vous avez. Seigneur, établi la terre dans sa stabilité, elle ne s'inclinera pas jusque dans les siècles des siècles. »

Dans les passages cités, les mots stahilité, inimohilité^ne sont pas pris par manièi^e de dire ; ils indiquent une œuvre

de la Puissance divine, et par conséquent ils ne se tiennent pas aux apparences, mais expriment la réalité. Ainsi (au livre de YEcclésiaste, chap. i) il est dit : Terra in œternum stat. OriUtr sol et occidit, et ad locum suum revertitur, ïhique renascens gyrat per meridiem, et ftectitur ad aqiiilonem. « La terre est à sa place pour réternité. Le soleil se lève et se couche, il retourne à son lieu, puis il renaît, tournant devant nous au midi, infléchi et disparu quand il est au nord. » et ailleurs (au livre des Juges, chap. x) : Steiit sol. « Le soleil s'arrêta. » Enfin Copernic met la terre au niveau des planètes, et l'Écriture fait entre celles-ci et notre globe une grande différence; voyez la Gejièse (chap. i).

Qu'il n'y ait pas de motif suffisant pour s'écarter de cette notion commune si clairement confirmée par l'Ecriture; c'est la seconde partie de la mineure, tout homme en conviendra, à moins qu'il ne soit prévenu par l'amour des nouveautés hardies , et nous le verrons tout à l'heure en répondant aux objections. Urbain A'^III a donc justement proscrit cette opinion dans les ouvrages de Galilée comme étant peu conforme aux données de l'Ecriture. Non- seulement les solides raisons font défaut au système de Copernic^ mais encore ce sysfèwe présente d'immenses inconvénients; nous les dirons tout de suite.

La seconde preuve setire des raisons physiques : l» A un corps simple, lequel est grave, inerte et froid, l'on ne peut attribuer des mouvements naturels multiples et variés. Or dans le système de Copernic on donne à la Terre des mouvements naturels fort variés. Nous savons cependant que la Terre est un corps simple et peu apte de sa nature à la mobilité; nous la voyons même de nos yeux pesante, froide , inerte , et demandant plutôt le repos que le mouvement, il est clair pour nous qu'elle ne se meut que pour arriver à se reposer ; or les mouvements que Copernic attribue à la TeiTe sont : 1" un mouvement de rotation sur ellemême; 2'' un mouvement de révolution autour du Soleil;

3° un mouvement d'inclinaison et de déclinaison de ses pôles ; 4° un mouvement de procession et de rétrocession qui la rapproche du Soleil, et c'est le périhélie, ou qui l'en éloigne , et c'est Vaphélie. Enfin d'autres mouvements sont nécessaires encore pour expliquer de nouveaux phénomènes observés , sans parler de celui que chacun connaît , et qui meut toute chose terrestre vers le centre. Il n'y a donc pas lieu d'admettre le système de Copernic.

2° L'expérience nous donne la certitude que cette masse élémentaire est disposée pour un état de passivité , et pour être le théâtre des générations ; tandis que les corps célestes sont disposés pour un état d'activité, et pour servir aux générations et à l'utilité des choses animées. Il faut assigner à la masse élémentaire la situation qui convient le plus à l'état de passivité ; c'est le repos stable dans le centre, où se réunissent les influx des agents supérieurs, et attdbuer aux corps célestes la disposition qui convient le plus à l'état d'activité : c'est le mouvement autour de l'objet passif, mouvement par lequel ces corps sont diversement appliqués à cet objet. Or cet ordre est entièrement bouleversé par le système de Copernic; il faut donc le rejeter.

3« Enfin, le système du monde doit être tel, qu'à des effets naturels insignes, une cause insigne soit afl'ectée, et que cette cause soit physique; mais Copernic, en supposant un si insigne effet que le mouvement annuel delà Terre, ne lui assigne qu'une cause assurément légère et presque inepte : donc son système n'est nullement admissible. Dé~ velojypons la mineure. Copernic veut que la Terre et même toutes les planètes tournent autour du Soleil, et que ce Soleil , tournant sur lui-même au centre du monde planétaire , mette en mouvement , par l'émission de ses rayons , tous les corps environnants, etl'éther, et la Terre elle-même. Je le demande: peut-on imaginer une cause physique moins suffisante? Les rayons du Soleil, qui ne peuvent mouvoir dans l'air la moindre feuille de papier ni la moindre plume

d58 PHYSIQUE. II. PARTIE. THÈSE UNIQUE.

qai y vollige, arriveront -ils à mouvoir une aussi grande masse que celle de la Terre et des planètes d'un mouvement si rapide? Mais en admettant que dans son mouvement le Soleil entraîne autour de lui la Terre et les autres planètes, pourquoi ne les cntraîne-t-il pas d'un mouvement uniforme sur le même axe? Pourquoi, tandis qu'il entraine la Terre dans l'écliplique , la Lune et les autres planètes suivent-elles des cercles qui coupent l'écliptique, et se décrivent sur la latitude du zodiaque avec d'autres centres? Pourquoi la Lune, au lieu de se mouvoir autour du Soleil, se meut-elle autour de la Terre? Pourquoi éloigner tantôt et tantôt rapprocher du Soleil les planètes et la Terre? Qu'est-ce qui protège les révolutions des satellites de Jupiter et de Saturne, celle de la Lune autour de la Terre, et les empêche d'être entraînées dans le ciel iluide par le commun et si rapide mouvement de la substance élhérée autour du Soleil? Qu'est-ce qui fait mouvoir la Terre autour de son axe, et la Lune autour do la Terre, etc.?

Une contre-preuve se tire des inconvénients qui résultent de ce système, en tant qu'il rend la Terre mobile.

1" Si la Terre tournait autour du Soleil d'un mouvement annuel , par ce mouvement d'une insigne rapidité, et dépassant infiniment celle du projectile sortant d'une bouche à feu , vingt-cinq lieues environ par minute, elle fendrait la substance éthérée comme ferait , dans un mouvement si rapide , tout corps solide entrant dans un fluide : le navire dans l'eau, la flèche dans l'air : nous sentirions donc, non-seulement un vent violent et perpétuel , mais les nuages et les vapeurs, qui ne sauraient si vigoureusement fendre cette substance éthérée, seraient laissés en arrière, comme la fumée du canon après que le boulet vient d'en sortir.

Les Copernieiens disent que la Terre et les planètes accomplissejit ce parcours immense autour du Soleil dans le zodiaque non pas en fendant la substance éthérée, à l'inslar d'une flèche qui traverse l'air, mais comme eu y nageant ,

parce que cette substance , qui entoure de sa plénitude le Soleil , les planètes et la Terre, se meut sans doute rapidement, mais elle entraîne tout avec elle-même, par un circuit plus court et plus rapide, les planètes les plus rapprochées, et, par un circuit plus grand et plus lent, celles qui sont plus éloignées : ainsi le tourbillon d'eau , dans des cercles concentriques , entraine plus ou moins vite les objets qu'il a rencontrés et qui surnagent.

Mais, pour n'en pas dire plus, s'il en était ainsi, la Lune, lorsqu'elle est en opposition, étant plus éloignée que la Terre du Soleil de quatre-vingt-dix mille lieues, décrivant alors autour du Soleil un circuit d'un temps plus grand , semblerait se mouvoir plus lentement que la Terre; et quand elle est en conjonction, étant plus rapprochée du Soleil, elle aurait un mouvement plus rapide que celui de la Terre : ainsi le mouvement de la Lune, tantôt en opposition et tantôt en conjonction, serait considérablement inégal: or l'expérience nous montre le contraire.

On alléguera sans doute ici la force magnétique qui enchaîne la Lune à la Terre, et qui donne à celle-ci le moyen d'entraîner celle-là; mais il faudra inventer une autre force qui empêche la Lune de s'approcher trop. Yeut-on que la Terre soit le centre d'un tourbillon spécial, à l'extrémité duquel la Lune se trouve placée pour exécuter chaque mois son mouvement autour de la Terre, qui serait son centre, pour que ce tourbillon tout entier, enveloppé dans le tourbillon plus vaste du Soleil, en suive le mouvement annuel? Mais on ne peut concevoir comment le Soleil, dans son mouvement, entraîne également les globes les plus lointains comme les plus rapprochés. Copernic est même obligé d'avouer que les planètes éloignées du Soleil sont mues plus lentement : donc ce tourbillon moindre qui entraînerait la Lune autour de la Terre étant composé de parties qui sont plus rapprochées du Soleil les unes que les autres, ne pourrait donner à toutes un mouvement égal ; donc la Lune devrai^

se mouvoir plus rapidement quand elle est plus près du Soleil , et plus lentement quand elle est plus loin ; et il n'en est pas ainsi.

2° Si la Terre avait une rotation diurne sur son axe, elle ferait sept lieues par minute pour accomplir en vingt-quatre heures le tour entier ; dans ce tourbillon si rapide elle rejetterait celles de ses parties qui lui seraient peu adhérentes, comme nous voyons la toupie des enfants secouer loin d'elle la poussière qui la couvre : nous ne pourrions donc pas plus nous maintenir sur la Terre, que ne le pourraient les mouches sur une toupie en mouvement; l'eau de la mer, dans cette secousse, serait ébranlée , comme l'eau d'un bassin qu'on excite. L'on ne saurait invoquer ici la force magnétique de la Terre attirant à elle toutes ses parties; car assurément ni l'eau, ni la poussière, ni les pailles ne sont rendues suffisamment adhérentes par cette attraction: la moindre force les détache , et à plus forte raison un mouvement aussi insigne.

'3° Par cette rotation vertigineuse, chaque lieu sur la Terre fuirait avec une rapidité extrême les objets suspendus audessus de lui: les nuages, les oiseaux, les pierres projetées, etc.

On répond que les pierres projetées en l'air, et pendant quelque temps en suspens , ont deux mouvements : l'un perpendiculaire, de la main qui les a lancées en l'air, et l'autre horizontal, que la Terre leur imprime, et qu'elles suivent exactement, même après avoir été lancées par la main , et être restées suspendues librement dans l'air : c'est ainsi qu'elles répondent au point de leur départ , et y retombent perpendiculairement ; pour preuve décisive on donne l'exemple d'un homme qui, dans un bateau entraîné rapidement, jette en l'air une pièce de monnaie pour la recevoir; cette pièce retombe verticalement tout comme si le bateau était immobile, et cela parce que la pièce de monnaie lancée par la main et montant verticalement retient

QUESTION TV. DU SYSTÈME DU MONDE. iCl

aussi le mouvement horizontal que lui a donné le bateau , et s'élève en continuant les deux mouvements ensemble.

Mais celte solution est insuffisante pour les nuages formés dans l'air même , et pour les oiseaux qui le parcourent librement, comme font les milans, qui se soutiennent par un mouvement insensible de leurs ailes. Dans ces cas il ne peut y avoir d'impression conservée de la Terre , comme il n'y a pas d'impression du bateau dans le nageur qui, l'ayant quitté, va où il lui plaît, tandis que le bateau s'éloigne de lui ; ainsi la Terre , si elle était en mouvement , devrait ici se soustraire aux nuages et aux oiseaux. On dira peut-être que l'air tout entier est emporté avec la Terre, et avec l'air tout ce qui y est contenu : mais c'est précisément là ce qui combat le mouvement de la Terre. Nous Talions voir.

4° Si la Terre avait un mouvement de rotation autour de son axe, il faudrait qu'avec elle simultanément, et d'un même mouvement uniforme, elle entraînât l'air tout entier à la hauteur d'au moins cinq milles. Sans cela les nuages et tous les objets en suspens dans le haut de l'air seraient laissés en arrière et déclineraient à l'occident, absolument comme font les étoiles. Or il est impossible que l'air soit emporté d'un mouvement tellement uniforme : donc la Terre elle-même n'est pas en mouvement. La majeure est évidente. Prouvons la mineure. D'abord par l'expérience : Un corps solide en mouvement dans un fluide entraîne de ce fluide les parties les plus voisines, mais son impulsion perd presque toute sa vigueur en arrivant aux plus éloignées ; elle n'a pas d'uniformité, et bien vite la confusion survient dans le mouvement de ces parties. Ensuite par cette démonstration : Pour que les parties les plus élevées de l'air fussent uniformément en mouvement avec la Terre, placée au-dessous d'elles, elles devraient être entraînées par une force plus rapide que ne le sont les parties moins élevées et configuës à la Terre. Or il est impossible que la Terre emporte les parties supérieures de l'air, d'un mouvement plus rapide que celui m. 11

dont elle emporte les parties les plus voisines : donc les parties supérieures de l'air ne peuvent suivre la Terre d'un mouvement égal et simultané. La mineure est évidente. La Terre, en effet, n'entraîne les parties supérieures de l'air que par l'intermédiaire des parties inférieures qui lui sont contiguës; donc le mouvement qu'elle leur communique , loin d'être plus puissant, est, au contraire, plus faible. A^otts poMvons également prouver la majeure. Un corps mobile parcourant dans un temps donné un espace plus grand que celui parcouru par un autre, doit marcher plus rapidement; et par conséquent, toutes choses égales , il doit céder à une force supérieure ; or, plus les parties de l'air sont éloignées du centre de la terre, plus le cercle qu'elles décriront est étendu, plus aussi l'espace à parcourir sera considérable , si elles doivent toutes simultanément et pendant le même espace de temps se transporter autour du centre : il faut donc qu'elles se meuvent plus rapidement , et partant qu'elles soient entraînées avec une plus grande force.

Les Coperniciens ont compris la force de cet argument ; ils ont avoué que l'air ne peut exactement suivre le mouvement de la Terre mais ils ont essayé d'y trouver une confirmation de leur si/stème. Sous l'équateur, disent-ils , où le mouvement de la Terre est le plus rapide, l'air résiste tellement à la Terre, qui se porte en orient, que lui-même il semble se porter en occident. C'est la cause des vents alizés qui régnent perpétuellement dans les régions équatoriales.

Mais, comme on dit vulgairement, « les adversaires nous donnent ici des armes pour les battre. » (Faciunt de gladio culcitram.) Ils reconnaissent l'inconvénient que nous objectons à leur s.'/stème, et cette concession mûrement pesée suffît à renverser ce système. Reprenons nos arguments, nous verrons que plus les parties de l'air sont élevées , plus elles doivent marcher lentement quand marche le globe de la Terre dans l'air. Si donc, de l'aveu des Coperniciens, l'air contigu à la terre équatoriale ne peut la suivre que lente-

ment, et doit être par conséquent laissé en route parla Terre, l'air plus élevé jusqu'à trois mille, par exemple, doit être entraîné beaucoup plus lentement, non-seulement parce qu'il aurait un plus grand espace à parcourir, mais en outre parce que le mouvement de la Terre imprimé à l'air, s'il commence à se ralentir dans les parties contiguës, ne pourra arriver que très -faiblement aux parties supérieures ; il n'y en aura même plus aucun à une certaine hauteur. Ainsi les nuages et les autres objets en suspens dans les hautes régions de l'air, surtout sous l'équateur, seront abandonnés par la Terre à une certaine distance et à chaque instant dans sa marche plus rapide du côté de l'orient, de sorte que pour les habitants de l'équateur les nuages paraîtront avoir un mouvement égal et continu vers l'occident, absolument comme les étoiles, et ceci ne s'accorde pas avec l'expérience.

On peut en dernier lieu produire des raisons mathématiques. Les astronomes démontrent que la Terre est au milieu du firmament. Mais, selon le système de Copernic, elle devrait être bien éloignée de ce centre, qui est occupé par le Soleil. Il faut donc absolument rejeter le système de Copernic.

Copernic pourvoit à cette difficulté ; il avoue que la terre n'est pas au milieu du monde et du firmament, et que la distance qui l'en sépare est celle qui la disjoint du Soleil, auquel cette place appartient. Mais, dit-il, toute cette distance, si énorme qu'elle soit, n'est qu'un point insensible par rapport au firmament. Et de même qu'au sentiment des autres astronomes , l'homme à la surface de la Terre voit exactement le milieu du firmament comme s'il était au centre de la Terre, parce que l'épaisseur de la Terre par rapport au firmament n'est rien , ou est insensible; de même, suivant lui, la partie centrale du firmament se prend exactement de la Terre , comme si la Terre était au centre du monde. Cet espace immense qui éloigne la Terre du centre,

c'est-à-dire du Soleil, ou ce grand orbite qu'annuellement elle décrit autour du Soleil , en comparaison de la grandeur du firmament, n'est qu'un point , et partant ne nous cache rien du firmament qui soit sensible et de quelque importance.

Or cette raison est non-seulement gratuite , Copernic en conviendrait lui-même , mais elle est absolument inadmissible. Gomment, en effet, concevoir que la distance de la Terre au Soleil, qui n'est rien moins que de cent quarante-deux mille rayons terrestres, soit insensible par rapport au firmament, et que cet orbite que Copernic appelle le grrand orbî'it?^ que d'autres appellent le ciel du Soleil, par rapport auquel la Terre n'est qu'un point, et le Soleil lui-même que comme une petite boule, ne soit lui - même qu'un point dans ce firmament? Il suivrait de là que les étoiles fixes seraient nonseulement plus grandes que le Soleil, mais plus grandes que tout ce grand orbite, ce ciel du Soleil. Comme cet orbite est insensible par rapportau firmament, non-seulement les étoiles prendraient dans le firmament une masse sensible, mais une masse très-notable. Bien que les disciples de Copernic accordent eux-mêmes cette énorme grandeur aux étoiles fixes, et que parmi eux Matthieu Laensberg dise avec assurance que les étoiles de première grandeur sont soixantesept fois et demi plus grandes que ce grand orbite , c'està-dire dépassent la grandeur du Soleil de plus d'un milliard de fois , nous ne voyons néanmoins pas qu'on puisse tolérer de pareilles assertions. Nous ne parlons pas de cette distance démesurée, de cet immense espace vide, dépourvu d'étoiles, que Copernic est forcé d'admettre entre Saturne et les étoiles fixes, pour éloigner celles-ci davantage de cette planète, ni de mainte autre assertion aussi gratuite et incroyable, qui découle de cette hypothèse.

Première objection en faveur de Copernic. La nature tend à simplifier les choses et à les ajuster le plus commodément possible; or il est plus simple en même temps que

plus commode de supposer que la Terre ait un mouvement diurne sursonaxe, que de faire tourner dans l'espace de vingtquatre heures l'immense macliine des deux avec toute cette grande armée des astres : c'est donc la Terre qui se meut. En deuxième lieu. Si le premier ciel entraînait les autres dans un mouvement diurne , il leur imprimerait une violence continue, ce qui est évidemment absurde. Troisièmement. Si dans l'espace de vingt- quatre heures les étoiles accomplissaient une révolution céleste, il leur faudrait attribuer une célérité indicible, et à chaque minute elles parcourraient des milliers de lieues. Une telle rapidité n'a pas de sens ; on ne peut l'admettre, et il faut lui substituer le mouvement plus modelée de la rotation de la terre. Quatrièmement, enfin, en admettant le mouvement de la Terre, surtout le mouvement annuel autour du Soleil, il est remarquable que tous les phénomènes s'expliquent simplement et d'une manière harmonieuse, comme le passage de Mars sur le disque du soleil , la révolution de Mercure et de Vénus autour de cet astre, et l'on voit pourquoi les planètes tantôt rétrogradent, tantôt paraissent stationnaires, tantôt directes. Je réponds. Pour la première objection. La nature prend, il est vrai, les voies les plus simples, mais suivant ce qu'il convient de faire et en se conformant aux nécessités des choses sur lesquelles elles opère, or il ne convient pas que la Terre ait un mouvement de révolution si rapide et que les cieux restent inactifs, la rapidité du mouvement étant une perfection et l'inertie une imperfection ; les cieux sont à la Terre ce que l'agent est au patient, or, c'est à l'agent que le mouvement convient bien plus qu'au patient, qui en général est inerte. Le mouvement éveille et entretient la puissance active engourdie en quelque sorte par l'inaction, tandis que l'inertie approprie et adapte le patient à subir l'action. Enfin, les cieux étant incorruptibles et la Terre étant le siège et le théâtre des corruptions, il faut que des divers corps qui sont au monde les uns subissent le mouvement local , qui ne

compromet pas l'incorruptibilité, tandis que dans l'autre domine le mouvement d'altération intrinsèque qui prédispose à la corruption.

En deuxième lieu, je nie que le mouvement par lequel le premier ciel entraîne les autres soit pour ceux-ci un mouvement violent. Il est naturel à un corps enveloppé par un autre de suivre le mouvement de celui-ci. Les cieux inférieurs contenus dans le premier mobile ne subissent donc pas une impulsion violente, mais naturelle; ensuite, même sous son action , ils accomplissent leurs mouvements propres ; et ces mouvements leur sont aussi naturels que ceux du sang, qui, bien qu'il subisse les mouvements du corps, conserve toujours son mouvement propre à travers les veines et les artères.

Troisièmement. Cette célérité n'a rien d'inconcevable; au contraire, elle est toute rationnelle. Les cieux ne possédant point d'autre mouvement que le mouvement local, il fîillait que ce mouvement fût en eux dans les conditions de la plus haute perfection, c'est-à-dire le plus rapide possible. La lenteur et le retard sont des imperfections dans le mouvement local , et nous admirons la vélocité dans les corps inertes dont nous sommes entourés ; quelquefois les masses les plus pesantes font preuve d'une célérité que nous ne soupçonnerions pas. Nous en avons des exemples ; ainsi nous ne savons que nous étonner à l'occasion des boulets, des bombes et des obus lancés par nos engins de guerre.

Quatrièmement. Ces phénomènes peuvent être expliqués par d'autres hypothèses aussi bien que par celle-ci, et les avantages qui résultent du mouvement de la Terre sont compensés par de graves inconvénients. Il parait inadmissible qu'une chose si neuve, si opposée au sens commun, si éloignée de la manière de parler de l'Écriture, qu'est le mouvement de la Terre, puisse prendre place dans la philosophie , à cause des petits avantages que l'on en retire pour

expliquer les révolutions astrales, surtout quand la difficulté peut se résoudre par une autre voie.

§ II

Ce qu'il faut penser du système de Tycho-Brahé et du système de Ptolémée.

Première conclusion. — Le système de Tycho-Brahé, bien que plus admissible que celui de Copernic, ne parait néanmoins pas suffisamment probable.

Preuve. Tout en évitant quelques inconvénients du système de Copernic, il en renferme qui lui sont propres : 1° il considère les cieux comme fluides, tandis qu'il paraît plus convenable de les croire solides ; 2« à des corps qui sont uniques et simples il attribue des mouvements propres et cependant contraires , disant que le Soleil et la Lune se meuvent d'une part en un jour d'orient en occident, et d'autre part dans le zodiaque d'occident en orient, car il n'admet pas le premier mobile qui emporte le Soleil et la Lune dans son mouvement, et d'après lui ce second mouvement serait propre à ces astres, comme le premier; 3° aux étoiles de nature et de situation les plus diverses il concède le même mouvement naturel : la Lune, le Soleil et les étoiles fixes seraient tous également emportés d'un mouvement propre et diurne ; 4° enfin , en considérant les cieux comme fluides, il ne montre pas assez comment le Soleil peut emporter avec lui les planètes dans un mouvement diurne autour de la Terre, ou annuel dans le zodiaque. Ce que Tycho-Brahé dit du Soleil attirant les planètes par une certaine force magnétique, est une hypothèse toute gratuite. Et comme les planètes tantôt précèdent le Soleil et tantôt le suivent, si dans le second cas il a la force magnétique nécessaire pour les entraîner, on se demande comment dans le premier cas il pourra les repousser dans cet éther ou elles sont si^pposées nager.

Deuxième conclusion. — Le système de Ptolémée semble plus probable que les autres, toutefois en corrigeant la position de Vénus et de Mercure.

Des phénomènes suffisamment étudiés et connus exigent que la position de Vénus et de Mercure soit corrigée. Il en résulte, en effet, clairement au dire des astronomes les plus graves, que ces deux planètes tournent autour du Soleil, de même que les satellites de Jupiter autour de cette dernière planète.Elles ne peuvent donc être fixées aux sphères inférieures au Soleil, ni menées autour de la Terre , comme le veut le s[istème de Ptolémée; il faut les attacher aux sphères comprises dans l'épaisseur du ciel au Soleil , et leur donner le Soleil pour centre.

Une fois cette correction faite, ce système est plus soutenable que les autres, car il ne renferme pas les inconvénients que l'on reproche à celui de Copernic et à celui de Tycho-Brahé. Un seul point le rendrait discutable, c'est celui de la descente de Mars au-dessous du Soleil; mais ce point n'a pas encore été suffisamment étudié ; on n'a donc nul droit de s'en prévaloir comme d'un fait acquis, ni de passer condamnation contre Ptolémée. Deux indices seulement accusent cette descente : le premier, c'est que Mars grandit sensiblement quand il est dans l'opposition avec le Soleil ; le second, c'est que dans ce cas il a une parallaxe. Le premier indice, tout en prouvant que Mars en opposition est plus voisin de la Terre que lorsqu'il est en conjonction , ne prouve pas encore qu'il soit plus bas que le Soleil lui-même. La parallaxe , tout en prouvant que Mars en opposition se rapproche de nous , ne prouve pas nécessairement par cela qu'il se rapproche aussi du Soleil. Comme il est difficile d'observer la parallaxe du Soleil et de la déterminer, comment dire que Mars en opposition a une parallaxe plus grande? On ne peut donc, de la parallaxe de Mars en opposition, déduire qu'alors il est plus rapproché du Soleil.

La parallaxe est, on le sait, la diiTérence entre le lieu où

QUESTION IV. DU SYSTÈME DU MONDE. i6^

l'on voit l'étoile et celui où elle est réellement. Le lieu vrai (le la planète est la partie du firmament où elle serait vue si l'observateur était au centre de la Terre. Cette différence est de tout un rayon de la circonférence terrestre, et elle fait que les planètes ne nous apparaissent pas toujours dans les parties du firmament où elles sont réellement. Elle augmente sensiblement à mesure que les planètes se rapprochent de nous, et d'une parallaxe plus grande on peut inférer avec certitude que la planète est plus rapprochée de nous. Ainsi une lampe suspendue à la clef d'une voûte ne paraît pas suspendue où elle l'est quand on la regarde en se mettant de côté ; il faut se mettre sous la clef même pour bien apprécier sa position. Cette différence entre le lieu vrai et le lieu apparent trompe d'autant plus les yeux, que la lampe est plus rapprochée du spectateur, et plus éloignée de la clef de voûte à laquelle elle est suspendue. C'est ce qu'on nomme la parallaxe. On en peut voir une description, figure III, à côté des figures des éclipses.

L'étoile B, vue du centre de la terre A , paraît en D , ainsi que l'étoile C. Mais si le spectateur est hors du centre, en I, par exemple, il veiTa l'astre le plus rapproché en F, et l'astre plus élevé C en E. Et ainsi la parallaxe de l'astre le plus rapproché est plus grande que celle de l'aslre le plus éloigné. Mais, pour que cette différence ait pour nous une certitude constante, il faut connaître la partie du firmament où l'astre paraît se trouver et la partie qu'il occupe réellement. Or on ne peut le faire qu'en prenant pour point de départ une étoile quelconque , dont la planète paraît se rapprocher ou s'éloigner plus qu'elle ne le fait réellement. Les autres voies offrent peu de certitude , et comme le Soleil par son éclat efface toutes les étoiles, il est difficile d'observer sa parallaxe. Nous renvoyons pour plus de développement aux ouvrages spéciaux.

Troisième conclusion. — Si la descente de Mars audessous du Soleil était constante, on pourrait en induire

170 niYsiQUE. n. partie, thèse unique.

un quatrième système qui serait un tempérament entre le système de Tycho-Brahé et celui de Ptolémée. De ce dernier on retiendrait la solidité des deux, et de l'autre la disposition des sphères et des astres.

Développons notre conclusion. La solidité des deux n'est pas si contraire aux opinions de Tycho-Brahé qu'on le pense généralement. Il y a mieux : cette solidité admise, les inconvénients que nous trouvions dans le système de Tycho- Brahé disparaissent. Il suffit de considérer un peu la figure que nous avons donnée, et d'admettre qu'à l'exception du cercle marqué par des points , et n'indiquant que le parcours diurne du Soleil autour de la Terre, tous les autres cercles sont autant de sphères solides. Rien ne s'oppose avant tout à ce que la plus petite de ces sphères tourne par un mouvement diurne autour de la Terre son centre, en même temps que le Soleil tourne sur la voie tracée par de petits points ainsi que les planètes. Rien ne s'oppose encore à ce que les planètes, par un mouvement propre, tout en étant transportées dans le mouvement diurne autour de la Terre, soient emportées, chacune avec sa sphère^ autour du Soleil, leur centre commun. Ainsi Mars, en conjonction avec le Soleil, sera plus éloigné de la Terre ; et en opposition, il en sera plus rapproché que le Soleil lui-même. En ce cas, en effet, la pénétration n'est pas nécessaire; il y a tout simplement révolution des cercles autour du centre. Bien que le mouvement annuel du Soleil dans le zodiaque paraisse plus compliqué que les autres mouvements, il peut lui-même s'effectuer sans aucune pénétration des sphères, par d'autres voies , et par l'eflet du cercle dans l'épaisseur duquel est comprise la Terre, cercle dont les mouvements se règlent sur les mouvements des autres sphères, de manière à maintenir constamment la Terre au centre du firmament, comme je Tai entendu expliquer moi-même de la bouche du célèbre Cassini, qui me rendait ainsi raison des stations , des rétrogradations et des directions des planètes sans qu'il fût besoin

d'épicycles. Qu'il me suffise d'avoir indiqué la chose en passant; on n'a pas encore suffisamment constaté les phénomènes qui me forceraient d'y recourir ; on ne saurait rien dire au delà de ce que disent les gens compétents, s'ils sont impartiaux , et en ces matières , je m'en rapporte pleinement à l'astronome si expérimenté que je viens de nommer.

Il faut seulement tenir pour certain , et ceci rentre dans l'office du philosophe, que dans le système du monde la Terre remplit un rôle principal, et que non-seulement elle est immobile au centre du monde , mais encore que les astres ont été disposés par Dieu pour lui fournir tout ce qui peut être utile et agréable à l'homme. La petitesse relative de la Terre et sa réduction à la valeur d'un grain de poussière n'empêcheront point que, suivant l'expérience, la raison et l'Écriture , la masse tout entière du monde n'y soit accommodée : l'expérience nous fait voir d'une manière sensible que les corps qui nous entourent, quelque nobles qu'ils soient, le Soleil et les étoiles, par exemple, n'ont de position, de mouvement, d'influence, que pour servir unanimement aux habitants de la Terre ; la raison nous l'assure : il est dans l'ordre que les êtres inanimés servent aux êtres animés, les êtres dépourvus d'intelligence à ceux qui en sont doués , les êtres moins nobles aux plus nobles. Or la Terre ne contient pas seulement des animaux , mais encore et partout des êtres raisonnables faits à l'image de Dieu , et bien supérieurs en excellence à toute cette masse corporelle : il est donc permis de considérer la masse entière du monde comme destinée à leur production , à leur éducation et à leurs délassements: ils en doivent tirer des enseignements, y prendre à chaque pas l'occasion d'admirer, de louer et de bénir le Créateur; l'autorité de l'Écriture, enfin, nous le fait voir, non - seulement en nous racontant la création et la disposition des choses du monde entier en vue de la Terre, objet principal des attentions du Créateur {Genèse, chap. i),

172 PHYSIQUE. II. PARTIlî. THÈSE UNIQUE.

mais encore en nous enseignant que tout a été fait pour les élus (omnia propter electos); que ces élus sont des enfants de prédilection auxquels le Père a donné, comme en compensation de leur petitesse corporelle, et les vastes palais, et les serviteurs innombrables, et les champs étendus, et même, s'il est possible, des provinces entières et un Royaume : ainsi les élus ont une double vie : la première est corruptible, et se passe sur la Terre; la seconde est immortelle, elle sera au siècle futur et dans les Cieux, qui lui sont préparés. La masse du monde doit avoit une double disposition : l'une dans le présent, accommodée à la génération des choses, à notre existence mortelle, et à l'agencement convenable de notre demeure terrestre ; une autre dans l'avenir et pour ce jour sans fin où nous ne connaîtrons plus le changement ni la corruption. Quelle surabondance de preuves ne trouverons-nous pas, si nous considérons ce que Dieu a accompli sur notre Terre? C'est dans ce coin du monde, c'est sur ce grain de poussière, que son Fils unique a bien voulu naître; c'est là qu'il a grandi, qu'il a vécu comme nous vivons. Comment nous étonner si, non-seulement tous les autres corps, mais l'armée entière des esprits bienheureux est employée au service de cette partie si petite et en même temps si privilégiée? Arrêtons-nous, car nous n'avons ici à parler que des corps: no craignons pourtant pas de dire qu'autour de cette partie immobile, comme autour d'un centre approprié, les corps célestes accomplissent leurs révolutions, accommodent leurs mouvements. Mais voilà ce sujet du monde et de son système suffisamment développé.

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