IV
Des qualités secondaires.
Les qualités secondaires sont celles qui découlent des qualités primaires; elles naissent d'une ou de plusieurs mixtions de corps contraires: celles qui naissent d'une seule mixtion sont propres aux éléments, et celles qui naissent de plusieurs n'appartiennent qu'aux mixtes.
Les qualités secondaires des éléments sont la densité et la rarité: celle-ci suit la chaleur, et celle-là le froid; l'une convient plus à la terre, l'autre davantage au feu. Le feu pur est très-raréfié, la terre pure est très-dense; de la rarité provient la légèreté, de la densité provient la pesanteur ; car le corps, quelle que soit sa nature, est d'autant plus lourd qu'il est plus dense , et d'autant plus léger qu'il est plus raréfié : les exhalaisons de la terre sont légères parce qu'elles sont raréfiées, tandis que l'air condensé devient pesant.
Aristote énumère d'autres qualités secondaires qui sont élémentaires (liv. V de la Générât., chap. ii) : ce sont le dur et le mou, le visqueux et l'aride, le subtil et le grossier ou épais.
Le dur est ce qui ne cède pas facilement au toucher; le tnou, ce qui y cède facilement. Le dur naît du sec condensé ; ainsi le feu, qui est sec, n'est pourtant pas dur, parce qu'il est très-subtil. La terre, au contraire, est dure, parce qu'elle est dense, mais quand on la raréfie elle se perd en de molles exhalaisons. Le mou naît delà rarité, ou même de l'humi-
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dite : car l'humide, bien que condensé, ne devient point dur. Le mercure, bien que très-dense, est néanmoins mou. Mais si un froid excessif condense l'humide, il devient dur : c'est ce qui fait congeler l'eau.
Le visqueux est ce qui adhère à d'autres corps ; Y aride, ce qui n'y adhère point. Uaride naît de la siccité ; le visqueux, de l'humidité. Le feu n'est point visqueux, non plus que la terre. L'eau l'est beaucoup, et l'air moins.
Le subtil est ce qui passe par les méats les plus exigus ; le grossier ne peut les traverser. La subtilité provient de la rarité, ou même de l'humidité. Le feu est subtil au suprême degré, à cause de sa rarité; les liqueurs le sont à un degré moindre par suite de l'humidité ; car, de ces liqueurs, la plupart , quoique plus denses que l'air, sont néanmoins trèspénétrantes : telles sont celles que les chimistes nomment esprits-de-mercure. La grossièreté semble naître de la densité et de la siccité ; ainsi la terre la plus épaisse, répandue en exhalaisons, devient subtile et pénétrante.
On peut ajouter ce qui est lisse ou poli, et ce qui est inégal ou raboteux. Ces qualités paraissent provenir de la position différente des parties dans le corps. On appelle inégal, ce dont certaines parties sont proéminentes, et lisse, ce dont les parties sont régulièrement nivelées.
Les qualités secondaires des corps m.ixtes sont innombrables. Elles peuvent naître de la mixtion des qualités élémentaires, soit primaires, soit secondaires, car celles-ci peuvent s'allier les unes aux autres dans des proportions qui varient à l'infini. A ces qualités appartiennent les odeurs, les saveurs, et même sous un certain rapport les sons; car le son rendu par tel ou tel corps répercuté provient de la combinaison des qualités élémentaires entre elles. La couleur est aussi une qualité secondaire, bien qu'elle soit nulle , pour ainsi dire , dans les éléments : le feu est clair, la terre opaque; ils ne semblent pas avoir ni l'un ni l'autre de couleur propre ; les deux autres éléments sont diaphanes : néan-
moins la couleur dépend principalement du mélange de l'élément opaque et de l'élément diaphane , et même de l'éclat du feu. Il y a de plus une multitude de qualités secondaires qui naissent, dans les corps mixtes, des qualités élémentaires: \dL souplesse, la rigidité, \dL solidité, la ductilité, Yélasticité et tant d'autres qualités actives ou passives , qui se trouvent dans les métaux, dans les pierres fines, dans les plantes, et qu'il serait trop long d'énumérer.
On peut demander si toutes les qualités des corps mixtes proviennent de la mixtion des qualités élémentaires.
Réponse. Les propriétés suivent la forme, par conséquent elles se font connaître par elle. Or le mixte, ayant une forme parfaite à lui propre et plus noble que les formes élémentaires, peut avoir des propriétés qui lui sont particulières et qui sont plus nobles que celles des éléments. Celles-ci ne dépendent donc pas des qualités élémentaires ; on peut le voir dans les sens de l'animal et dans la configuration de l'organisme de tout être vivant, dans les qualités nombreuses des plantes, des corps métalliques, des cristaux et des matières fossiles. La plupart de ces qualités sont plus nobles que les qualités élémentaires. Mais, comme la forme du mixte elle-même, ces qualités, au moins d'une manière dispositive, dépendent des éléments, car en dernière analyse elles proviennent des causes qui ont donné la forme aux corps mixtes.
ARTICLE TROISIÈME