DE LA CONTRARIÉTÉ DES MOUVEMENTS
En premier lieu, il est notoire que la contrariété desmouveinents résulte de l'opposition des termes ; sont contraires les mouvements qui tendent à des termes contraires. Il n'est pas moins certain que le même mobile peut être afîecté de mouvements contraires successifs ou même de mouvements semblables par le temps, distincts par les parties qu'ils af-
fectent. Il est clair que le même homme peut avoir froid aux mains, et chaud aux pieds; ce qu'on demrinde, c'est si le même mobile peut dans le même temps , et quant à la même partie, être affecté de mouvements contraires.
Première conclusion. — Un seul et même mobile dans la même partie peut accidentellement être mû en même temps de mowremenfs locaux contraires. Je dis locaux, car il ne semble pas qu'on puisse en dire autant d'aucune autre espèce de mouvement.
Preuve. Le corps contenu est mû accidentellement par le mouvement du corps contenant; dans un navire, le passager est mû, et il avance en mer sans perdre le pouvoir de marcher vers un point différent de la direction du navire ; ainsi , il peut y avoir deux mouvements opposés dans un corps, un de ces mouvements est dans la nature de ce corps, l'autre lui est accidentel. Cela s'observe encore pour le soleil , il subit l'impulsion du premier mobile, et chaque jour il va du levant au couchant , tandis que de son propre mouvement il avance tous les ans du couchant au levant.
Seconde conclusion. — Le même mobile ne peut être affecté par lui-même de deux mouvements contraires dans la même partie.
Preuve. Il est impossible qu'un même sujet tende par luimême à un but et s'en éloigne en même temps; or, quand àQw^mouvements sont contraires, l'un approche d'un but, et l'autre s'en éloigne ; donc il est impossible que deux nnouvements contraires entraînent un même sujet. La mineure est évidente, la contrariété des mouvements consiste en ce que l'un s'éloigne du but vers lequel l'autre est dirigé. La majeure est aussi constante, tendre par soi à un but, et tendre par soi à s'éloigner de ce but, ce sont deux contradictoires.
Objection. Il est évident que des qualités contraires peuvent ne pas se repousser quand elles sont à un degré réduit, ainsi le froid et le chaud se combinent dans le tem-
péré : donc le mouvement qui tend à la chaleur et celui qui tend au refroidissement peuvent à un degré peu élevé se concilier.
Réponse. Si ces qualités à des degrés peu élevés ne sont pas formellement contraires, et qu'elles puissent se concilier, les mouvements qui y correspondent ne seront pas non plus contraires. J'avoue pourtant qu'il est plus difficile de concilier ici les mouvements que les qualités, car on ne voit guère comment une même partie sera soumise en même temps à deux agents contraires.
ARTICLE SIXIÈME