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DE LA FORCE MAGNÉTIQUE

Nous ne pouvons traiter ici au long la question des aimants. Gilbert, Kircher et d'autres y ont consacré des ouvrages considérables. C'est à Gilbert, qui nous paraît le plus exact de tous, que nous empruntons ce qu'il y a déplus important à en dire.

Il y a dans l'aimant trois motivements. D'abord il se dirige vers les pôles, et comporte, comme notre globe, deux pôles, l'un au sud , l'autre au nord ; on s'en peut convaincre en mettant un aimant quelconque dans un récipient flottant sur l'eau . Une aiguille mise en contact avec l'aimant produit le même effet et indique le pôle. Cette découverte, si utile pour la navigation, est due ou à des Portugais, ou, d'après Gilbert (1. 1, chap. i), à un marin d'Amalfl, ville du royaume de Naples; son nom serait Jean Gioia, et la découverte remonterait à l'an 1300 de notre ère. Les anciens navigateurs ne savaient se guider la nuit que par les étoiles et notamment par l'étoile polaire ; or les étoiles sont souvent cachées par le mauvais temps. L'aimant cherche encore à unir ses pôles à ceux du globe. Sous la ligne, les deux extrémités de l'aiguille aimantée restent en équilibre, n'étant pas plus appelées par un pôle que par l'autre, et à mesure qu'on approche d'un des pôles du globe, le pôle de l'aiguille qui le regarde s'abaisse, et l'autre s'élève.

Le deuxième mouvement se manifeste lorsqu'on met en présence deux aimants. Ils s'attirent et cherchent à s'unir. Ce mouvemejit est commun à l'aimant et aux autres corps sympathiques, mais il est ici plus manifeste; en outre, l'aimant affecte une disposition particulière : tout en cédai il au mouvement syt apathique, il cherche à conserver la position relative de ses pôles.

Aussi , lorsqu'on approche l'un de l'autre les deux pôles analogues de deux aimants, ils s'écartent, non pas qu'ils se fuient, comme on dit quelquefois, mais parce qu'ils veulent s'unir dans l'autre sens, c'est-à-dire que le pôle austral de l'un gagne le pôle boréal de l'autre , et vice versa : ainsi unis, les pôles de tous les deux répondent aux pôles de la terre.

Troisièmement , enfin , l'aimant communique sa vertu au fer et à l'acier, et à eux seuls, si bien qu'un morceau de fer aimanté possédera la même force que l'aimant, et exécutera les mêmes mouvements , soit à l'égard d'un aimant, soit à l'égard d'un autre morceau de fer.

Descartes attribue ces mouvements à des molécules de matière subtile contournées en spirales , qui traversent la terre dans le sens de ses pores, contournés eux-mêmes , et qui , après l'avoir traversée ainsi directement d'un pôle à l'autre , en sortent par un pôle pour courir sur l'autre , et revenir ensuite indéfiniment. Il veut que ces molécules , quand elles rencontrent l'aimant, dont les pores sont, suivant lui, disposés de la même manière que ceux de la terre, y exécutent des mouvements analogues. La même chose se reproduirait lorsqu'un aimant est approché d'un autre. La figure ci-jointe explique peut-être son idée. Des aimants A

et B sortent des molécules que l'on suppose cannelées, et qui, prenant la direction de leurs pôles respectifs en S et en M, en sortent bientôt pour gagner le pôle adverse, traverser l'aimant qui le forme, revenir dans la direction première et circuler ainsi sans interruption.

Si les stries du fer ne sont pas disposées de la même manière que celles de l'aimant, ce dernier, en courant ainsi, les disposera facilement, comme il communique au fer ses aptitudes.

Tout cela, comme on le voit, est fort gratuit, et mille impossibilités s'élèvent contre ces assertions; les faits n'y sont pas même bien expliqués : comment comprendre, en etïet, que la matière subtile pousse un corps massif, fer ou aimant, sur un autre ? La cause et la raison du mouvement et de la figure des molécules ne se comprennent pas davantage. Nous l'avons déjà fait voir (Thèse F«, q. l'e, art. 4, § 1 , vers la fin). C'est donc une chose obscure qu'on explique par une plus obscure encore.

Il y en a qui imaginent d'autres causes extérieures ; mais rien ne nous fait voir un rapport certain entre ces causes et les effets connus. Quelques-uns vont jusqu'à donner à l'aimant une âme, d'où lui viendrait le mouvement. Il en faudra alors donner une aussi au fer. Laissons tout cela, et disons que le m.ouvement de l'aimant vient, comme les autres mouvements sympathiques, d'une impulsion intrinsèque et innée. Tout mouvement qui n'a pas de cause e.xtérieure connue doit être attribué à la nature même du mobile ; or on cherche depuis longtemps et avec grand soin la cause extérieure du mouvement magnétique sans la trouver : donc il découle d'une impulsion naturelle.

Disons maintenant quel est le but de cette impulsion , et quels sont les corps qui en sont doués. D'abord son but principal est de donner au corps magnétique une position fixe par rapport aux pôles : c'est cette position qu'il cherche; c'est en elle qu'il se repose : donc c'est la fin propre du magnétisme, comme la fin de la gravité est de rendre les corps au centre.

Les corps magnétiques ont en outre un mouvement par lequel ils tendent à s'unir entre eux; mais celui-ci aussi se réduit à la première fin; car ils ne cherchent pas à s'unir iT. 23

(l'une manière quelconque; il leur faut une certaine disposition déterminée par leurs pôles , qui se correspondent suivant un axe commun.

Quant aux corps dans lesquels se trouve cette force, on peut dire qu'elle appartient surtout aux parties intérieures de la terre, et comme à son noyau. C'est l'avis de tous ceux qui ont écrit avec le plus de soin sur la force magnétique, tels que Gilbert, Galilée, Descartes, etc. La preuve qu'ils en donnent est que les corps magnétiques se comportent à l'égard de la terre, comme un corps moins magnétique à l'égard d'un autre qui l'est davantage ; à ses pôles ils cherchent à unir les leurs. Les mêmes phénomènes se produisent dans la boussole : lorsque, par une navigation prolongée, on lui fait faire le tour de la terre, elle se comporte comme lorsqu'on la meut autour d'un globe d'aimant; rapprochée d'un des pôles de la terre, elle incline vers lui son pôle correspondant ; lorsqu'elle est également distante des deux pôles de la terre, elle maintient les siens en équilibre. La raison appuie cette observation. Le but de l'impulsion magnétique est, comme je l'ai dit , de mettre un corps dans une certaine position relativement aux pôles; mais il était particulièrement nécessaire au globe terrestre de conserver toujours la même position vis-à-vis du ciel , autrement la distinction des régions ne serait pas assez certaine : la force magnétique a donc dû lui être donnée. La pesanteur ne lui assure pas ces avantages suffisamment; car, si parla gravité les corps terrestres cherchent à s'unir au centre , cette gravité ne peut pas faire qu'il soit plutôt dans un lieu du ciel que dans un autre.

On dira : Si la terre avait beaucoup de force magnétique , chaque partie de la terre en posséderait un peu ; mais celle que nous foulons n'en possède évidemment pas; ensuite tout ce qui est de fer serait aimanté par le voisinage ; enfin, s'il y avait besoin d'une force distincte de la pesanteur pour conserver à la terre une position rela-

Hvement fixe au ciel, il en faudrait aussi bien une pour qu'un même point de sa surface pût retrouver toujours également le même point du ciel, par exemple l'occident; or la force magnétique la maintient seulement relativement aux pôles du ciel , et ne lui donne pas le reste • c'est à sa pesanteur seule que la terre doit de regarder l'est et l'ouest toujours de la même façon ; à sa pesanteur aussi elle devra sa direction vers les pôles, et elle n'aura que faire de la force magnétique.

Réponse première. La surface de la terre est privée des dispositions convenables au déploiement de la force magnétique par la chaleur du soleil et par diverses altérations : car une chaleur trop élevée enlève à l'aimant sa force, l'expérience le prouve. Cette même force disparaît plus sensiblement quand à l'action du soleil se joint celle de la pluie. Réponse deuxième. La force magnétique , qui est cachée dans les entrailles de la terre , ne peut pas se répandre si abondamment dans les parties extérieures qu'elle se communique promptement et facilement au fer; elle le fait cependant au bout d'un certain laps de temps. En effet, si des tiges de fer demeurent couchées longtemps dans la même position , elles acquièrent la force magnétique ; une tige d'acier en acquiert subitement si on la plonge incandescente dans l'eau par un de ses bouts, en ayant soin de le tenir perpendiculaire.

Réponse troisième. En vertu de la force magnétique, la terre tourne les mêmes points non-seulement vers les mêmes pôles, mais encore vers l'est et l'ouest. L'expérience a prouvé qu'un globe magnétique nageant dans du mercure non-seulement dirige son axe vers les pôles , mais «ncore tourne toujours les mêmes points à l'est et à l'ouest.

Cette force se trouve dans l'aimant, ou parce qu'il renferme quelque portion de cette terre intérieure , ou parce qu'il est disposé de façon à en recevoir facilement l'influence, Cilhert a remarqué qu'il cherche la rnêuiO position

qu'il avait dans la minière, et que si, après en avoir été extrait, il reste longtemps à terre dans une position autre que celle qu'il appelait, il perd peu à peu sa force.

Le fer ne possède pas cette force naturellement, mais il est apte à l'acquérir : elle est chez lui à l'état de sommeil ; faut-il qu'elle y soit seulement excitée par un corps plus magnétique que lui, ou bien n'y est-elle que comme disposition , ainsi que le soufre est disposé à la forme du feu? Cette question n'est pas encore tranchée par les savants.

Aucune expérience ne montre que cette force magnétique se trouve ailleurs, soit actuellement, soit dispositivement. Cependant le Père Honoré Fabri (traité vu de la Phys., prop. 120) rapporte que des briques cuites plus que d'ordinaire prennent une couleur ferrugineuse, et acquièrent peu à peu la force magnétique. Mais cela leur vient sans doute d'un mélange de fer assez facile à constater. Le même auteur rapporte {Ibidem, prop. 263) qu'un disque de bois scié horizontalement sur un tronc d'arbre prend, lorsqu'on le laisse libre sur l'eau, l'orient qu'il avait au temps de sa croissance. Si c'était vrai , la force magnétique serait presque universelle. Peut-être aussi la nature l'a-t-elle donnée aux choses pour qu'elles appellent, en s'y ajustant, la protection des astres qui leur sont le plus propices.

On demande pourquoi l'aimant et l'aiguille qui l'a touché s'éloignent du pôle dans certains lieux , ou même diversement dans le même lieu suivant les temps.

Réponse. On croit pouvoir attribuer cet effet aux mines de fer ou d'aimant qui seraient en ces lieux : ainsi sur mer il y a déclinaison de l'aiguille quand on approche du rivage. Tout corps magnétique en appelle un autre, quand il n'en est pas trop loin : de là vient que ces corps cherchent les pôles de la terre, comme la terre cherche les pôles du ciel. Mais tous ces mouvements peuvent être par d'autres causes déterminés à un autre sens: dans le même lieu, la série des temps jnnèiie de« variations mngnétiques, quand de nouvelles

miiiLS se forment ou que d'anciennes sont abandonnées ou perdent leurs forces par une autre raison. Mais en voilà assez sur ce sujet.

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