OBSERVATION XXIII
(Professeur GAYET)
Hypertrophie prostatique. — Cystostomie.
Mort par embolie au 11° jour.
Docteur M... 62 ans, présente depuis 1919 quelques roubles dysuriques ; actuellement pollakiurie, retard de a miction. Dans la jeunesse, blennorragie compliquée l’abcès prostatique. Syphilis avouée.
A l’examen, grosse prostate molle, adénomateuse. Réidu très important, de plus de 600 grammes.
Examen général négatif.
Constante d’Ambard : 0,12. Urée sanguine : 0,45.
À cause de l’obésité du malade, on décide la prostaectomie en deux temps. La cystostomie est faite le | décembre, sous anesthésie à l’éther. Après cinq jours le fièvre avec sphacèle superficiel et suppuration abonlante de la plaie, la défervescence se produit, non sans ue le malade ait ressenti quelques douleurs rhumatoïles sur les genoux et le pied gauche.
Le 25, le malade venait de causer gaiement avec des
amis, lorsqu'il porte la main à sa poitrine et retombe mort sur son lit.
: Re : al: : ba trois semal- RU TT déni qui TL dei ne ce toS om el ple, c’est-à-dire à une période où habituellement le danger d'embolie est écarté. De plus, il était syphilitique. Or il semble au professeur Gayet que la spécificité exerce sul le sang une action d’'hypercoagulabilité, donc augmente encore chez les opérés, les risques d'embolie.
Dans le cours de la première semaine, au contraire, les embolies sont presque toujours petites, se traduisant par des infarctus d’allure si peu dramatique qu’ils demandent à être dépistés. Un beau jour, l’opéré se plaint d’un vague point de côté qui gêne sa respiration. La petite ascension thermique concommittante, la toux, sont mises sur le compte des suites opératoires locales ; on parle de névralgie intercostale, mais le lendemain ou le surlendemain, un crachat sanglant impose le véritable diagnostic. Fait intéressant à noter : l’infarctus, très fréquent, nous l’avons dit, chez les urinaires, l’est surtout chez les prostatiques, s’il faut en croire GAUTHIER. II n’est pas rare d’en observer plusieurs successifs, et il est remarquable à ce sujet de constater qu’en fait d’embolies, celle qui tue est la première. Quand elles se renouvellent, se produisant à répétition, elles ne seront pas mortelles, et l’on peut par avance rassurer l'entourage du malade. Et pourtant il peut en survenir trois, quatre, et plus. GAUTHIER rapporte le cas d’un opéré qui guérit après cinq infarctus,
L'observation suivante concerne un malade qui en fit trois et se remit parfaitement :
OBSERVATION XXIV (Professeur GAYET)
Hypertrophie prostatique. — Prostatectomie en 2 temps. Infarctus à répétition.
C..., 71 ans, vient consulter parce qu’il perd ses urines. . On s’aperçoit dès l’abord qu’il s’agit de miction par regorgement, et le toucher révèle l’existence d’une hypertrophie de la prostate qui atteint le volume d’un marron d’Inde. Les urines, qui ont toujours été claires, ne contiennent ni sucre ni albumine.
Le malade, hypertendu, a Îles bruits du cœur clangoreux, et présente un œdème léger des jambes.
Le 8 novembre 1928, on fait une cystostomie, suivie, le 23, de l’ablation de la prostate. L’Ambard était de 0,18.
Vers le quinzième jour, la courbe thermique s’élève un peu. On pense tout d’abord à un embarras gastrique, mais le lendemain le malade accuse un point de côté à droite et en avant, et il rejette quelques crachats sanglants.
Pouls à 108. Température à 40° pendant deux jours ; - dyspnée, mais pas de signes auscultatoires.
Cinq jours après cet incident, le 14 décembre, la température est descendue à 38°7. Le 21, elle est à 37°5. Le pouls bat à 96,
Le 24, nouvel infarctus, avec point de côté au même endroit. La fièvre remonte à 38°5, puis recommence à baisser au bout de deux jours.
Le 28, rechute à 39°, sans aucun symptôme. Il s’agit vraisemblablement d’un troisième épisode embolique.
Le 2 janvier 1929, le malade est complètement apyrétique.
Dès lors, les suites opératoires sont simples. Exeat une douzaine de jours plus tard.
La bénignité du pronostic des embolies à répétition ne constitue cependant pas une règle absolue, Gau- HIER eut à déplorer une mort au huitième infarctus,
Sr ES
et le malade dont l'observation suit, succomba à la
quatrième embolie.
OBSERVATION XXV (Professeur GAYET)
Hypertrophie prostatique. — Prostatectomie.
Mort à la quatrième embolie.
A..Claude, 55 ans, vient le 5 février 1927, pour une hypertrophie prostatique dont les premières manifestations ont apparu il y a 2 ans. Actuellement il urine souvent, peu à la fois, et en forçant.
Spécificité probable : sa femme a eu plusieurs faussescouches ou accouchements prématurés. Lui-même a perdu cheveux, cils et sourcils à 18 ans.
A l’examen : grosse prostate. Résidu vésical de 60 gr.
Rien au cœur, rien aux poumons. Ambard : 0,12.
Le 12 février, prostatectomie en un temps, sous anesthésie rachidienne. Les trois lobes sont enlevée séparément.
Suites d’abord bonnes, mais 9 jours plus tard s’installe un état hépato-gastrique avec subictère, langue saburrale, gros foie, ballonnement du ventre.
Le 7 mars, le malade se plaint d’un point du côté gauche et montre dans son crachoir un gros caïllot. Poussée de fièvre.
Les jours suivants se produisent deux autres hémoptysies. Le 14, le malade étouffe brusquement et meurt.
Les chirurgiens, qui ont noté le peu de gravité habituel des infarctus à répétition, ont été également frappés de ce fait, que lorsque les opérés meurent subitement d’une embolie, rien n'avait pu faire prévoir cet accident, il n'existait pas de signe apparent de thrombose des veines, Au contraire, lorsqu'un infarctus survient ultérieurement à l'installation d’une phlé-
Re
bite des membres inférieurs, il ne tue pas le malade, il ne compromet pas sa vie, au moins immédiatement.
Car pour ce que les infarctus des urinaires sont d’ordinaire de pronostic bénin, il ne s’ensuit pas qu’ils évoluent toujours vers la résolution. Ils peuvent donner lieu à des épanchements séreux ou hémorragiques, s’ils sont sous-corticaux, ou se traduire par des signes de pneumonie ou de broncho-pneumonie. Enfin ils peuvent être le point de départ de suppurations du. poumon, ou laisser derrière eux des séquelles pulmonaires : de la sclérose, de l’emphysème, de la bronchite chronique, ou simplement une susceptibilité pulmonaire qui favorisera l’éclosion ultérieure de poussées aiguës fatales au malade.
La seconde particularité des phlébites des urinaires est leur grande tendance à la suppuration, et il est b'en certain que la plupart des suppurations pelviennes consécutives à des interventions sur la vessie ou la prostate ne sont que des phlébites suppurées des plexus vésico-prostatiques, d'autant plus facilement développées que la vessie est plus infectée. Ces abcès pelviens ne se manifestent pas bruyamment, ils évoluent à bas bruit, et on a pu découvrir sur la table d'autopsie de vér'tables abcès dissécants du petit bassin dans le pus desquels baignaient complètement noyés, les plexus veineux du pelvis, sans que jamais on se soit douté du vivant du malade, de l’existence d'une pareïlle collection. Si l’origine de ces abcès est souvent dans Îa suppuration d’une phlébite pelvienne, reconnue ou non, elle se trouve quelquefois, comme nous l'avons indiqué, dans la filtration d’une