PRÉFACE
Nous n'avons pas trouvé dans l'histoire ancienne de personnage qui nous ait inspiré une véné--
ration plus profonde que Phocîon. Dans l'histoire moderne , on peut lui comparer lé président Mathieu Mole. Ce sont de ces êtres privilégiés que la vertu place bien au-dessus de la gloire. Qu'on ne cherche point dans les annales du inonde de plus grands caractères ; on ne les trouveroit point. La mort de Phocion fut plus <qu*héroïque. Le récit qu'en fait Mutarque arrache des larmes d'attendrissement et d'admiration.' Ainsi que tous les grands hommes et les sages républicains de l'antiquité , il penchoit pour lé goùvernemeni aristocratique; *ce qui lui attira la haine dé la pôpulacé. : ï .
Banâ lé trajet de la place publique à la prison; où la ciguë l'attendoit^ on lui cracha au visage ; tels sont les passe-temps de la démagogie. Il se contenta de dire tranquillement aux magistrats : « Ne ferez-vous pas cesser cette indignité ? »
ir PRÉFACE.
La cause ou plutôt le prétexte de son désastre est très-remar<|uable : Nicanor^ qui commandoit pour Cassandre un fort dans Athènes, ayant quelque démêlé avec les habitans de cette ville ^ se rendit au sénat sur la foi de Phocion , pour tâcher d'y mettre fin à Tamiable. Le général athénien fut accusé , pour n^avoir pas fait saisir Nicanor. On dît que m bonne foi pouvoif être fatale à la vUle ; il répondit « qu^il aimoit mieux » souffrir le tort que le faire. » Sur quoi Plutarque observe que ce procédé eût pu passer pour magnanime , s'il B^avoit été question que de son seul intérêt; mais^ ajoute-t-il» comme il s'agissoit de cekd de la république, ye ne sais s*il ne transgressoit pas un droit plus sacré -que celui de sa promesse , en n).ettant au hasard le salut de sa patrici
Cette opinion n'étoit pas nouvelle. Dans une circonstance analogue , Aristide avoit fait préférer la justice à Futilité ; mais dans une autre il prit un parti opposé. Plus constant qu'Aristide , plus judicieux que Plutarque, Phocion ne crut pas «a fidélité à sa parole trop payée par le sacrifice de sa vie. U préféra la mort au parjure ; courage d'autant plus louable^ qu'en géaéral les ancien»