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Je saisis l’occasion qui m'est offerte ici de toucher à un phénomène intéressant propre au patois de Blonay. J'ai déjà dit que ce patois et celui de Montreux ne font que représenter deux âges différents d'un seul et même patois. Ca qui ést plus remarquable encore c’est que ces deux âges sont représentés d’une façon tout à fait concluante dans le patois de Blonay proprement dit. En effet tous les mots en 4 y ont une double forme: l’une antérieure, qui est celle qui vient d’être indiquée, l’autre postérieure en ez Mais ces deux formes ne sont pas parallèles en ce sens qu’on puissse employer à volonté l’une au l’autre d’entre elles. Elles ont au contraire des fonctions bien tranchées. On emploie l’une lorsque le mot en question termine une phrase ou une période de phrase, l’autre dans le corps du discours! et ainsi que la nature des choses l'indique c’est la forme plus ancienne qui est usitée dans le premier cas, la forme plus moderne dans le second.
Un sentiment d’analogie plus ou moins légitime (que le patois de Montreux a poussé à son extrème comme on le verra plus bas) a fait subir un traitement semblable à la diphtongue aü.? L’analogie toutefois n’est pas encore complète; car tandis qu'il faut pour que läü se change en au qu'il soit intimément lié au mot suivant, il suffit de la présence de ce mot pour opérer le changement de äi en ei La même nuance se retrouve dans le patois de Saint-Légier qui traite l’aü en tout comme à Blonay, tondis que äi et ei s’y sont confondus en un son unique à.
Montreux est allé plus loins encore; car non seulement les désinences ai, aü y ont complètement disparu, mais les formes dérivées ei, au s’y sont en quelque sorte assimilées au point de se confondre en une seule et même diphtongue eü, de sorte que par exemple on dit maintenant à Montreux le fe indifféremment pour les mots latin pisum et pullum (Blonay: pai, paü — St. Légier: pà, paü).
36. Al se réduit régulièrement à 0. à moins toutefois qu’il ne soit suivi immédiatement de la palatale y:
! Ainsi l’on dira: l’e adzetà on pan&, j'ai acheté un panier: mais on pane ryond, un panier rond. le fre: fevræ&, le froid février; mais le fevrez frar, le février froid.
? On dit: l’e adzetä le 0Gÿ, j'ai acheté le boeuf, mais ye lau-z-e de, je leur ai dit: le-y-en a #aü, il y en a neuf, mais le waw female, les neuf femmes: le-y-en a präü, il y en a assez, mais l’e pra dense, il suffit ainsi.
* Ainsi lon dira: le pane ke le adzetä, le panier que j'ai acheté, tandis qu'on doit dire le Gqü ke l’e adzetà, le boeuf que j'ai acheté,
ad vallem ! avo alterum otro galbinum dzono salicem sodze, sode falcem fo psalmum $Gmo falsum, am fo, fossa talpam topa vha. marah-scalc maretso, martso caballum tsavo, tsevo, tsao altum 0, YO calidum tso, tsoda alveum odzo calcem tso aliquid “okye, otye calce+am tsosse, tsoçe, tsofe
Cette tendance à vocaliser l’1 est si forte que les mots qui avaient conservé la terminaison al en français la transforment régulièrement en o en passant dans le patois; ainsi corail devient #£oro, quintal kyento, tyento, métal 1ct0, meto.
Les exemples dane lesquels Sainte-Croix remplace © par à sont plus nombreux que pour l’a libre bien qu'ils aient ici aussi un caractère isolé et en apparence arbitraire: les formes que j'ai pu constater sont: avä, äkye, ätre. Il est possible, comme on l’a prétendu, que 11 soit simplement tombé après s'être transformé en r: les formes atre et larpa toutes deux propres au patois des Ormonts, ainsi que mäbra B mavra O (malvam), semblent appuyer cette manière de voir: il serait toutefois téméraire de l’affirmer d’une façon trop absolue.
37. Ava été traité dans deux mots comme la diphtongue au: duta, djuta, dûa (gabatam), wye, uye (avicam).
Je suis né en Courlande le 25. Septembre 1862. Peu apt è 4 la mort de mon père survenue dès 1866 ma mère alla se fixer dans la Suisse française, son pays d’origine. J'y fis mes études classiqt à au collége et au gymnase de Lausanne à partir du printemps 1871 4 jusqu’en été 1880, époque à laquelle je passai avec succès l'examen “du baccalauréat ès lettres. Six mois plus tard je vins me fai inscrire à l’Université de Leipzig. J'y étudiai jusqu’en 1885 av une interruption d’un an consacrée en majeure partie à un séjo ‘ dans le canton de Vaud en vue d'y rassembler les matériaux dl 2,4 présente dissertation. J'ai suivi entre autres les cours de MM professeurs Curtius, Ebert, Lange, Leskien et Windisch
Leipzig, et ceux de MM. Eugène Rambert et Charles Sec
tan à Lausanne. Je ne puis que leur adresser à tous l’expres
de ma vive reconnaissance. -