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Ces deux expériences montraient qu’il était facile de reproduire les lésions. Dans la première, le produit était simplement déposé sur la peau. II était maintenu en place par un verre de montre fixé par du leucoplaste, mais, celui-ci ne couvrait pas tout le bord du verre et le produit pouvait rester en contact avec l'air extérieur. Dans ces conditions, 7 jours avaient été nécessaires pour voir apparaître les vésicules et l’érythème n'était survenu qu’au bout de 5 jours. Dans le second cas, le produit était disposé sur une peau préalablement enduite d’un corps gras et maintenu en place par un pansement fait d’une compresse de gaze (pliée 3 fois, soit 8 épaisseurs) et de quelques tours de bandes. En 24 heures, l’érythème survint et en 48 heures toute la surface était pustuleuse. IL était donc permis de supposer que l'huile favorisait la formation des lésions et peut-être aussi l’air, puisque la seconde expérience laissait beaucoup plus le sesquisulfure de phosphore en contact avec lui. 3
Pour éclairer ces points, les auteurs de ce travail ont institué de nouvelles expériences. Dans une nouvelle série, ils ont recherché l’action de l’air atmosphérique. Deux nouveaux sujets ont eu des applications du produit sur les régions deltoïdiennes sous des verres de montre qui ont été fixés par de larges bandes de leucoplaste qui fermaient hermétiquement ces verres. Le produit était ainsi en vase clos. Chaque jour les sujets étaient surveillés. Aucune modification de la peau ne fut observée. Au bout de trois semaines, ces dispositifs furent enlevés, On constata
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un très léger érythème dans la partie supérieure du cercle et en bas, seulement au point où le produit s’était ramassé, une légère ulcération dessinant le rebord du verre et n’intéressant que l’épiderme.
Deux autres malades ont reçu sur les bras et sur les jambes des applications du produit sous des compresses de gaz fixées par du leucoplaste. En une huitaine de jours, on put observer des lésions vésiculeuses sur un fond d’érythème apparu entre le cinquième et le septième jour. Après l'apparition de l’érythème, il y avait encrage des follicules pileux autour desquels le produit formait un petit cône, vers le huitième ou le dixième jour les vésico-pustules apparaissaient.
De cette première série d'expériences, nous croyons pouvoir conclure que l’air atmosphérique est indispensable pour la production des lésions. C’est probablement à la suite de sa transformation par l’oxygène de l’air que le produit devient irritant pour la peau.
Dans une seconde série d'expériences, ils ont recherché le rôle de l’eau. Deux sujets ont reçu sur les régions deltoïdiennes, préalablement mouillées, des applications de sesquisulfure de phosphore, maintenues par des compresses de gaze. Un autre a reçu dans les régions pectorales des applications dans les mêmes conditions, mais sous des verres de montre non hermétiquement clos. Les résultats obtenus sont en tous points comparables à ceux que donne le produit appliqué sur la peau sèche, quoique les compresses aient été humectées d’eau chaque jour. Un autre sujet a porté pendant 3 semaines des verres de
montre remplis d’eau et de sesquisulfure de phosphore sur chaque région pectorale (ils étaient hermétiquement clos par des bandes de leucoplaste) sans présenter de lésions.
Il ne nous semble donc pas que l’eau, et, par conséquent la sueur, joue un rôle dans le mécanisme de l'affection.
Dans une troisième série d'expériences, les auteurs ont recherché le rôle des corps gras.
Un nouveau sujet a reçu une application sur une région deltoïdienne après badigeonnage à l’huile de paraffine. En 48 heures, les lésions habituelles apparurent sans différence appréciable des deux côtés. Chez un deuxième sujet, le même résultat fut obtenu après application de vaseline. Ces expériences étaient faites sous des compresses de gaze.
Chez un troisième sujet, le produit avait été appliqué après badigeonnage à l’huile de noyaux sous un verre de montre hermétiquement clos. Au bout de 48 heures, un léger érythème apparut ; au bout de 10 jours, la partie supérieure du cercle était très rouge et la partie inférieure formait une vaste pustule. Le lendemain, le verre de montre étant enlevé, on put voir que toute la surface présentait un épiderme mortifié sous lequel existait un caséum blanchâtre, épais, qui, enlevé, laissait un derme à nu par place avec des ulcérations polycycliques entre des points blanchâtres péripilaires très surélevés. La lésion nettoyée, il s’écoulait une sérosité limpide de toutes les érosions laissées par les phlyctènes.
Ainsi, en présence d’un corps gras, le produit donne
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très rapidement des lésions, même à l'abri de l'oxygène de l'air, mais, dans ce dernier cas, elles sont plus longues à se constituer.
On s’est proposé ensuite de voir si les sujets étaient sensibilisés par une première atteinte, Chez trois de ceux qui avaient présenté des lésions après une première application, une seconde a été faite dans les mêmes conditions (sous un pansement de gaze, sur une peau non préparée). Dans deux cas, les résultats ont été les mêmes que ceux obtenus habituellement
par les applications de cette sorte.
Chez le troisième sujet, au contraire, la seconde application a donné des lésions qui tendaient à se généraliser loin de la région en contact avec le pro-
duit. Voici d’ailleurs la note rédigée à ce moment-là
sur cette expérience :
R.…., 35 ans, entré pour orchite blennorragique actuellement complètement guérie, reçoit le 2 février une application de sesquisulfure de phosphore sur la région deltoïdienne droite sous un pansement de gaze. Cinq jours après on constate un érythème avec encrage des follicules pileux. Deux jours après des vésico-pustules se développent sur l’érythème. Au dixième jour, alors que les lésions sont bien typiques on arrête l’évolution de l'affection par des pansements humides avec une solution de permanganate de potasse et de bicarbonate de soude. Au bout d’une semaine la peau au point d’application est normale sauf un très léger érythème.
Le 20 mars on fait une application dans les mêmes conditions expérimentales sur la malléole droite sur une étendue d’une petite paume de main. Le 24 mars on constate un léger érythème. Deux jours après, les vésico-pustules commencent à apparaitre, le lendemain’elles sont très nombreuses et con-
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fluent en plusieurs points. À ce moment-là les lésions réalisées sont absolument typiques.
Le 28 mars on remarque qu’il s’est formé un abcès superficiel de la grosseur d’un haricot dans la région du tendon d’Achille.
Le 1° avril un autre abcès de la même grosseur se forme sur la face externe du pied au-dessus de la malléole. A ce moment-là on rédige la description suivante des lésions observées :
Les lésions se sont étendues autour du point d’application du produit à la face dorsale du pied jusque sur la plante et en remontant sur la jambe au creux poplité et sur la partie interne et inférieure de la cuisse. Elles se présentent autour de la surface d’application sous la forme d’une dermite congestive, violacée, œdémateuse, couverte d’éléments papuleux, vésiculeux et même phlycténulaires, mais à contours irréguliers. A distance il s’agit d'éléments papuleux ou papulo-vésiculeux, rouges, violacés, séparés les uns des autres.
Le sujet dit que c’est dans la nuit que l’extension des lésions s’est produite. Il en a été averti par une sensation de prurit.
Dans la journée, malgré le traitement immédiatement institué sur les lésions malléolaires l’extension se poursuit sur les bourses, sur la verge et sur la cuisse droite. Le lendemain on note que les lésions papuleuses et papulo-vésiculeuses se sont développées mais d’une façon beaucoup plus discrète au niveau et autour de la malléole interne gauche. On trouve également quelques éléments isolés sur la face dorsale des mains. Ces lésions sont prurigineuses, mais on ne trouve pas de sérosité puriforme dans les vésicules ou dans les phlyctènes.
Le 3 avril, une éruption purpurique se développe qui dé- ‘ bute par la face interne de la jambe gauche et qui s’étend bientôt à la cuisse et au membre inférieur opposé.
Le 4 avril il s’agit d’une véritable dermite purpurique sur la jambe droite. Les vésicules des lésions à distance sont remplies d’une sérosité purulente. Beaucoup se rompent ce jour-là.
Tout rentre dans l’ordre les jours suivants et le 9 avril
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on note que les lésions desquament tandis que le purpura disparaît. Le sujet guérit très simplement au bout de quelques jours.
L'examen général montre un foie normal. Le coefficient de Maillard pratiqué à deux reprises donne des chiffres normaux. Le malade nie l’éthylisme et la syphilis, il n’a jamais quitté la France et n’a jamais eu le paludisme.
Chez tous les sujets on a prélevé du liquide des bulles aux différents stades. On n’a jamais vu de microbes à l’examen direct. Les cultures tentées sont restées stériles. La cytologie a toujours montré, dès le début de la formation, une formule mixte, les polynucléaires et les mononucléaires étant à peu près en nombre égal. Tout à fait au début quelques préparations ont pourtant montré quelques éosinophiles. Très rapidement on observe de la pycnose.
Le pus des deux abcès du sujet R.. a donné les mêmes résultats, Les cultures en sont restées stériles.