‹ Phosphorides cutanées: Contribution expérimentale à l'étude de cette affectionChapitre 7 sur 25 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Etude chimique et préparation du sesquisulfure de phosphore

Avant toute autre chose, nous allons donner, rapidement, quelques notions sur le sesquisulfure de phosphore, produit dont la manipulation a provoqué la dermite, qui fait l’objet de notre travail.

Le sesquisulfure de phosphore a été découvert, et étudié pour la première fois par LEMOINE, en 1864. C’est un corps solide jaune pâle. Son point de fusion est aux environs de 142 degrés, d’après LEMOINE ; HAMME le place aux environs de 166 degrés. Il s’évapore entre 410 et 420 degrés. Il est très soluble dans le sulfure de carbone, dans le protochlorure et dans le chlorosulfure de phosphore.

L'alcool et l’éther le décomposent en le dissolvant ; le chlore et le brome secs le décomposent également. La réaction est très vive et se produit même en présence d’eau ; il se forme alors de l’acide sulfurique. L’iode est sans action ; le soufre le transforme vers

A Dee 200 degrés en trisulfure de phosphore. Le phosphore, à son contact, se liquéfie.

Ni l’eau ni l’air ne l’attaquent à la température ordinaire.

Chauffé à l’air, il s’oxyde à 50 degrés et s’enflamme à 100 degrés. Dans un courant d’anhydride carbonique, il s’altère rapidement si l’on dépasse la température de 100 degrés : il se forme du phosphore rouge.

La potasse, la soude et les sulfures alcalins l’attaquent et le décomposent à la température ordinaire. Il se dégage de l'hydrogène et de l'hydrogène phosphoré ; il y a de plus production de sulfoxyphosphites alcalins.

Sa préparation peut se faire au laboratoire de différentes manières. LEMOINE le prépare en faisant agir du phosphore rouge en léger excès sur du soufre pulvérisé : on prend une grande cornue en grès dans laquelle on fait un mélange de phosphore et de soufre bien secs ; on chauffe au bain de sable ; au bout d’un certain temps, une vive projection se produit ; l’opération est alors terminée. Il suffit d'attendre le refroidissement de la cornue et d’en retirer le sesquisulfure qui se présente sous l’aspect d’un culot jaunâtre. Pour avoir un produit tout à fait pur, il faut par la suite dissoudre ce sesquisulfure dans du sulfure de carbone : le sesquisulfure de phosphore dissout, abandonne ainsi le phosphore rouge qu'il pouvait encore contenir et peut être retiré aisément par évaporation.

Il faut remarquer qu’il y a une nécessité absolue à

des

employer du phosphore et du soufre bien secs ; la projection qui se produit, et qui est déjà vive, le serait encore davantage si ces deux métalloïdes étaient imprégnés d’eau, constituant alors un danger pour le matériel et les opérateurs.

Ce mode de préparation n’est pas, comme nous l'avons dit, le seul. LEMOIKE, lui-même, en a donné un second : il suffit de chauffer à plus de 100 degrés le sulfure liquide de P#S.

ISAMBERT prépare le sesquisulfure de phosphore directement en partant du phosphore blanc.

BEsson le prépare, enfin, en traitant par le gaz hydrogène phosphoré les oxychlorures SOCL et DOC

La préparation industrielle du sesquisulfure de phosphore serait très intéressante à étudier, mais nous n’avons pu nous procurer de renseignements suffisamment précis pour aborder ce sujet. Nous avons d’ailleurs constaté que les malades, dont on lira plus loin les observations, n’étaient pas employés à la fabrication du produit, mais, seulement, à sa manutention et en particulier à son emballage et à son pesage.

Le sesquisulfure de phosphore, une fois préparé, est disposé sur les rayons d’un séchoir dans un local non chauffé. Des ouvriers jettent, au moyen de pelles en bois (pour éviter les incendies), ce sesquisulfure dans un conduit menant à un «moulin» qui le broie en une poudre très fine. À sa sortie du moulin, le sesquisulfure est recueilli dans des bidons qui doivent peser, une fois pleins, 5 kgs. Une machine spéciale le

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