‹ Photographie au charbonChapitre 10 sur 27 · PRODUITS : GÉLATINE. — MATIÈRES COLORANTES. — SELS DE CHROME · texte numérisé non relu

PRODUITS : GÉLATINE. — MATIÈRES COLORANTES. — SELS DE CHROME

Gélatine. — Nous avons dit en débutant, d'après M. Poitevin, que la gélatine, l'albumine, la gomme, le sucre, l'amidon, sont impressionnés par la lumière quand ils sont additionnés d'un chromate alcalin ; mais la gélatine est, de toutes ces substances, celle qui est la plus généralement employée à la préparation du mélange coloré.

La gélatine du commerce est souvent impure et de qualités variables. Il est difficile de donner une règle pour la choisir ; en général, on doit donner la préférence à la gélatine qui fond bien et qui est aussi débarrassée que possible d'alun et de chaux.

L'alun, on le sait, est un obstacle à la solubilité de la gélatine. La gélatine commune, un peu colorée,

donne souvent de bons résultats, mais nous préférons conseiller l'emploi de la gélatine blanche, celle qui, au goût, a la saveur la moins désagréable, et dont d'ailleurs on se sert pour des usages culinaires.

L'un des inconvénients qu'a la gélatine animale, c'est de se ramollir et de se fondre même à une température peu élevée.

Nous avons signalé Tinconvénient d'opérer l'immersion des papiers préparés dans des bains d'eau et de bichromate dont la température atteindrait 20 à 23 degrés centigrades.

Pour obvier à cet inconvénient, fort grave dans les pays chauds, M. Wharton Simpson a pensé à une gélatine végétale qu'on extrait des goëmons de l'Océan, et dont on fait usage à Java, au Japon, pour remplacer, dans les préparations culinaires, la gélatine animale dont Timpressionnabilité par la chaleur élevée de ces régions rend l'usage impossible.

Cette gélatine végétale résiste à une température bien plus grande, et il faut atteindre environ 80 degrés centigrades pour obtenir sa dissolution complète.

Nous avons fait des essais sur cette substance, qu'on nous a vendue sous le nom de gélatine du

Japon^ et nous avons, en effet, constaté avec bonheur que, à la température où nos manipulations ne marchaient plus régulièrement, nous obtenions avec cette matière végétale une régularité normale.

Il faut, en employant la gélatine du Japon, maintenir le bain de développement plus chaud. On obtient, parle fait de cette insolubilité moins grande, à une température suffisante pour fondre l'autre gélatine, une plus grande finesse dans les détails et les demi-teintes.

Le prix de cette gélatine du Japon est actuellement fort élevé, puisqu'elle est vendue à raison de 25 francs le^ 1 000 grammes, tandis que la gélatine ordinaire du commerce ne coûte que 8 francs pour la même quantité. Mais sans doute ce haut prix tient à la rareté de l'emploi de cette matière, et ce prix s'abaisserait beaucoup le jour où l'on en trouverait d'assez fort débouchés.

Matières colorantes, — Toutes les matières colorantes fixes peuvent être employées, pourvu qu'on les réduise à l'état de poudres impalpables.

On a toute latitude pour le choix des couleurs à adopter. Chacun pourra donc se laisser guider par son goût^ par la nature de l'objet à reproduire.

Toutefois il est bon d'indiquer que la réduction en poudre impalpable de bien des substances ter-

reuses ou autres est chose difficile ou tout au moins longue à exécuter; il convient donc de laisser faire ce travail à des fabricants spéciaux et de se procurer les couleurs toutes broyées en poudre ou à l'état liquide.

La couleur noire est, en général, la couleur la plus employée. Il est deux sortes de noirs principaux :

l"* Le noir de fumée, qui donne un ton assez semblable à celui des gravures et des impressions typographiques ;

2° Le noir de Chine, qu'on doit surtout choisir pour les reproductions de portraits et d'images h demi-teintes douces et légères, parce qu'il est dans un état de division qui assure le mieux l'homogénéité des demi-teintes.

On le trouve à l'état de noir liquide, ce qui dispense de le préparer soi-même par la friction d'un bâton d'encre de Chine dans le fond d'un récipient.

Dans le premier et le deuxième cas, on peut couper la froideur du noir et lui donner plus ou moins d'éclat en l'additionnant soit de sépia, soit de purpurine, soit dételle autre couleur convenable au résultat désiré. Mais il est essentiel de ne mélanger ensemble que des matières également bien divisées et d'une densité telle qu'il ne s'étabhsse,

dans le mélange définitif, aucun précipité par séparation.

Les images seraient infailliblement tachées par des inégalités auxquelles on ne pourrait remédier.

M. Jeanrenaud cite M. Colcomb - Poignant ^ comme un des fabricants de couleurs auxquels on peut s'adresser en toute confiance pour obtenir des teintes toutes préparées.

Les couleurs essayées par M. Jeanrenaud sont : la sépia^ la purpurine, le bleu de Prusse et le noir de bougie, couleurs toutes inaltérables.

Elles sont broyées en pâte et enfermées dans des tubes qui en assurent la conservation à l'état humide.

On obtient, en les mélangeant les unes avec les autres, les diverses teintes que l'on peut désirer.

En général, il ne faut user que de matières colorantes insolubles, parce que celles qui se fondent dans l'eau teignent le fond des épreuves dans cer-

^ M. Poignaut, successeur de M. Colcomb au Spectre solaire^ quai de l'École, Paris.

^ La sépia a la propriété d'insolubiliser promptement la gélatine sans aucune intervention de l'action lumineuse. Il conyient, quand on veut l'employer, de ne faire les mélanges qu'au moment même d'an. user.

tains cas et exposent à perdre une partie de l'intensité des images dans des bains prolongés \

Le graphite réduit en poudre produit Teflet de la mine de plomb.

La sanguine est très-heureusement employée à l'imitation de bien des cartons originaux.

Nous n'approuvons pas la tendance qu'ont quelques photographes vers l'imitation, avec des substances inaltérables, des tons que fournit la photographie courante. Pourquoi ne pas imiter plutôt le beau ton noir de gravure, avec une teinte un peu plus chaude si Ton veut, au lieu de l'otomber dans les couleurs violacées qui, si belles qu'elles soient, ont contre elles de rappeler trop les images altérables et dont la conservation est si douteuse.

C'est d'ailleurs ici, nous le répétons, une pure question de goût. A l'œuvre on reconnaîtra toujours les vrais artistes.

Sels de chrome, — D'après M. Wharton Simpson, on peut indifféremment employer pour obtenir l'insolubilité par l'action de la lumière des substances organiques susindiquées solubles à l'état ordinaire, soit de l'acide chromique, soit divers sels de chrome ; mais dans la pratique, et pour bien des

* De ce nombre sont les couleurs d'aniline.

raisons, il vaut mieux se servir des bichromates de potasse ou d'ammoniaque.

Le bichromate de potasse étant le moins cher est le plus généralement employé, mais le bichromate d'ammoniaque présente sur lui différents avantages. Il est un peu plus sensible, et les papiers sensibihsés par lui auraient, dit-on, une moindre tendance à l'insolubilité spontanée, ce qui assurerait leur plus longue conservation.

Cette dernière qualité paraît douteuse à l'auteur que nous venons de citer, et il lui semble, au contraire, que ce sel doit faciliter l'insolubilité spontanée de la mixtion.

Il base sa pensée sur l'opinion émise par M. Swan, relative à l'action nuisible de l'humidité sur le papier sensible, laquelle amène graduellement l'insolubihté. Or le bichromate d'ammoniaque est plus hygroscopique que le bichromate de potasse.

Un papier sensibilisé au bichromate d'ammoniaque sera donc plus apte à absorber de Thumidité que s'il était sensibilisé au bichromate de potasse; mais ce qui constituerait au profit du bichromate d'ammoniaque un avantage important, c'est qu'il est soluble dans quatre fois son poids d'eau à 20 degrés, tandis que le bichromate de po-

tasse ne Test à la même température que dans dix fois son poids.

On a proposé, comme offrant des avantages sur le bichromate de potasse seul, l'emploi d'un sel double de potasse et d'ammoniaque.

M. Emile Kopp, qui le premier l'a. indiqué, le préfère comme bien plus convenable.

M. Carey Lea observe que son principal avantage résulte de ce qu'il est moins apte à une décomposition spontanée et d'une sensibilité à l'action de la lumière qui n'est pas moindre. Il n'est pas nécessaire de préparer un sel double d'ammoniaque et de potasse, mais il suffit de neutraliser une dissolution saturée de bichromate de potasse avec de l'ammoniaque en dissolution dans l'eau.

Les sels d'uranium ont quelquefois été proposés à la place des sels de chrome, mais leur action est bien différente et ne répond pas suffisamment aux exigences d'un procédé pratique.

En somme, le bichromate de potasse est bien suffisant, et c'est dans la généralité des cas le sel de chrome qu'il convient d'employer.

Théorie de P action de la lumière sur les jelsde chrome en présence d'une matière organique. — Il nous paraît utile, à propos des sels de chrome, d'indiquer ici comment ils agissent dans les pré-

parations du mélange organique et quelle est la réaction qui se produit sous l'influence de la lumière. Les opinions, à cet égard, présentent encore un certain caractère d'incertitude, et les divers expérimentateurs qui ont étudié cette question n^attiibuent pas à la même raison le fait de l'insolubilité produite dans un mélange d'une matière organique et d'un sel de chrome par l'action de la lumière.

Mungo Ponton l'attribuait à la mise en liberté de l'acide cliromique, lequel se combinerait avec le papier.

M. Becquerel était aussi amené à croire que l'insolubilité était produite par une combinaison entre l'acide chromique libre et l'encollage du papier.

On a plusieurs fois émis l'opinion que la gélatine devenait insoluble par son mélange avec de l'acide chromique.

M. Wharton Simpson n'est pas de cet avis, et il affirme que de l'acide chromique peut être employé au lieu d'un bichromate pour opérer la mixtion, l'insolubilité, dans ce cas-là, ne résultant que de Faction de la lumière.

Une pensée paraît prévaloir à ce sujet, c'est que, durant la décomposition produite par la lumière,

de l'oxygène est mis en liberté, et l'oxydation de la gélatine est la cause de l'insolubilité. M. Poitevin pense qu'au moment de la décomposition produite par la lumière, il se forme un sel organique de potasse et de l'oxyde de chrome, combinaison qui est insoluble.

Mais M. Wharton Simpson fait remarquer que la présence d'un sel de potasse ou de toute autre base alcaline n'est nullement utile à la réaction.

Les recherches de M. Swan ont amené la connaissance de plusieurs faits importants d'où résulte une explication assez claire du phénomène de Finsolubilité du mélange de gélatine et -de bichromate impressionné par la lumière; il assure qu'en mélangeant un sel de sesquioxyde de chrome avec de la gélatine, de la gomme, de l'albumine, on obtient une composition absolument insoluble.

La réaction sur la gélatine serait la plus frappante. Il suffit pour la vérifier d'ajouter quelques gouttes d'une dissolution de chromate d'alun à une solution de gélatine ; celle-ci se coagule et devient complètement insoluble.

Le sel de chrome paraîtrait se combiner chimiquement avec la gélatine, car un lavage dans l'eau n'en révèle aucune trace.

Cette découverte a conduit M. Swan à plusieurs applications spéciales. Ainsi il se sert de cette propriété des sels de sesquioxyde de chrome pour rendre insoluble Tendait de gélatine sur lequel a été transportée Timage définitive ; il Femploie aussi à produire la rapide coagulation de Tencre gélatineuse et l'insolubilité parfaite de l'image dans les épreuves obtenues par l'impression héliographique en relief.

En faisant agir sur le mélange insoluble de gélatine et de chrome un corps oxydant, tel qu'une solution d'hypochloritc de chaux, il ramène la solubilité, ce qui conduit M. Swan à formuler l'explication de la réaction qui se produit durant l'impression des images au charbon ainsi qu'il suit :

Durant l'exposition à la lumière, l'acide chromique du bichromate est désoxydé et prend un caractère basique , l'oxyde de chrome ou le sel d^oxyde de chrome qui résulte de cette désoxydation se combine avec la gélatine et forme une combinaison insoluble. Quant à l'oxygène de l'acide chromique, on ne sait ce qu'il devient. Quelques expérimentateurs pensent qu'il va former de l'acide carbonique, mais il est bien évident surtout, qiie, comme on le pensait, la gélatine ne devient pas insoluble en s'oxydant.

On ne saurait trop étudier la véritable raison chimique de l'insolubilité produite sous Faction de la lumière, parce que dans cette réaction gît le procédé au charbon tout entier. La connaissance parfaite de la vraie réaction peut seule conduire à une pratique intelligente et au perfectionnement d'un procédé appelé à rendre de si grands services.

Pour compléter cette étude des sels de chrome, nous empruntons encore au si remarquable ouvrage de M. Wharton Simpson quelques considérations relatives aux effets physiologiques de ces sels.

Action des sels de chrome sur la santé. — Les sels de chrome contiennent un poison actif, mais on observe un bien petit nombre de cas d'empoisonnement par cette substance, malgré son emploi très-répandu dans l'industrie.

Le docteur Cloet, qui a fait une étude toute spéciale de la santé des ouvriers employés à la fabrication des bichromates, indique que, pris à l'intérieur, ces sels. ne sont pas aussi vénéneux que le cyanure de potassium et ne produisent pas, comme cette dernière substance, l'empoisonnement en quelques minutes, puisqu'il en faut environ quinze grains pour causer la mort d'une personne adulte.

Mais ils sont surtout dangereux lorsqu'on les met en contact soit avec les membranes muqueuses, soit avec une écorchure, même faible, de la peau; il s'ensuit des ulcérations graves , persistantes, déterminant la destruction complète de la partie attaquée.

On doit remarquer toutefois, comme correctif à cette effrayante menace, que, lorsqu'on en use avec précaution, on n'a à redouter aucune espèce de danger, car il est sans aucune action nuisible sur la peau lorsqu'il n'y existe aucune déchirure, aucune absorption ne se produisant, si ce n'est par les membranes muqueuses ou par une plaie quelconque.

Les photographes agiront donc avec prudence en évitant tout contact d'un bichromate avec des écorchures ou lésions delà peau, en évitant aussi déporter leurs doigts imprégnés d'un sel de chrome soit au nez, soit aux yeux.

Dans le cas d'un empoisonnement interne, on recommande comme antidote de l'émétiquc et du carbonate de magnésie mêlés avec de l'eau à consistance de crème.

CAUSES d'erreurs ET REMÈDES.

A l'ouvrage si intéressant sur les procédés au charbon de M. Wharton Simpson nous empruntons encore un chapitre, qui nous paraît devoir résumer convenablement Fensemble des prescriptions que nous avons données en exposant les divers procédés de tirage des positifs au charbon. Nous ne pouvons faire mieux que de citer les diverses causes d'erreurs prévues et décrites par ce photographe distingué, et d'adopter les conseils qu'il donne pour les corriger autant que possible ; ces causes d'erreurs sont ici, comme dans tous les procédés, assez nombreuses, mais il en est beaucoup qu'il suffît de signaler une fois pour qu'on les évite toujours, pour peu qu'on y prenne soin. Nous les énumérerons dans l'ordre adopté par M. Wharton Simpson.

CAUSES d'erreurs ET REMÈDES. 127

Insolubilité spontanée des préparations . — Cette insolubilité provient principalement de la lenteur du séchage ou d'un séjour prolongé dans un endroit humide.

L'addition d'une substance telle que la glycérine (comme dans la méthode de M. Jeanrenaud), destinée à retarder le séchage, peut favoriser l'insolubilité spontanée.

La chaleur combinée avec l'humidité accroît cette tendance.

L'emploi d'un excès de bichromate de potasse ou une immersion trop prolongée dans une solution de bichromate produisent aussi cet inconvénient.

L'immersion dans de l'eau très-chaude, avant le développement, expose quelquefois à l'insolubilité spontanée; c'est pourquoi, dans l'emploi du procédé Marion, nous préférons la coagulation de Talbumine par l'alcool à celle par l'eau bouillante.

L'insolubilité spontanée peut aussi se produire dans une atmosphère viciée, dans celle, par exemple, qui résulte de la combustion du gaz de l'éclairage.

On prétend qu'il y a des qualités de gélatine naturellement insolubles, mais le fait mérite confirmation.

Il est encore un cas d'insolubilité tenant à une cause accidentelle, mais qu'il est utile de signaler. Le fait se produit quand on verse à la surface d'une glace couverte de mixtion impressionnée du coUodion normal additionné de quelques gouttes d'huile de ricin; vainement après essayerait-on do développer l'image.

Lenteur du développement. — Les mêmes causes qui produisent l'insolubilité spontanée amènent, lorsqu'elles existent à un degré moindre, un retard, au développement, dans la dissolution de la gélatine non impressionnée. En général, plus la dessiccation a été rapide, plus elle est complète, et plus vite se dissout dans le bain d'eau chaude, la gélatine non attaquée par la lumière, et plus complet aussi est le développement.

Quand le développement est lent, il faut employer de l'eau plus chaude, mais seulement après avoir eu soin de débarrasser la couche, dans l'eau tiède, de tout le bichromate libre qu'elle contenait.

Un développement trop prolongé, pour les épreuves sur papier direct, finit par attaquer les fibres du papier et par les désagréger; il en résulte une image sans vigueur.

Formation sur la couche de gélatine colorée de cristaux de bichromate de potasse. — Quand on

CAUSES d'erreurs ET REMÈDES. 129

prolonge trop longtemps le séjour d'une feuille gélatino-charbonnée dans une dissolution saturée de bichromate de potasse, le sel se cristallise à la surface lors de la dessiccation, et le papier ne peut plus servir. Il faut donc, pour éviter cet inconvénient, employer une solution moins saturée et surtout ne pas laisser trop durer le temps de l'immersion.

Développement inégal, — Si dans le bain d'eau chaude, tandis que le papier est mis à flotter, on laisse deux parties de la surface supérieure se découvrir et se dessécher ; si encore, quelques parties du papier qui portait la mixtion se détachent les premières et assez longtemps avant que l'action directe de l'eau chaude atteigne toute la surface du mélange, il en résulte des inégalités dans le développement, les parties attaquées les dernières demeurent plus foncées, et il n'est plus possible de corriger ces inégalités, même par un développement plus prolongé, il faut donc opérer avec une grande uniformité pour obtenir une image d'une valeur partout bien égale.

Boursouflures durant le développement, — Elles se produisent si, en appliquant le papier impressionné contre le papier caoutchoucté, on n'a pas obtenu un contact parfait sur tous les points des

surfaces rapprochées. Il en résulte des taches sur l'image terminée. Pour obvier à ces taches, il est indispensable d'user d'une forte pression au moment du montage des feuilles qui précède le développement.

Excès d'exposition. — Une épreuve surexposée se développera lentement et finira par rester trop foncée si on la traite comme d'ordinaire.

Quand tout le sel de chrome a été enlevé, on doit élever la température de l'eau et Ton arrive, par un séjour assez prolongé dans l'eau chaude, à réduire notablement l'intensité de l'image.

M. Swan a remarqué qu'une courte immersion dans une très-faible solution de chlorure de chaux ou d'hypochlorite de soude, ou dans de l'eau chlorée, descend rapidement le ton de l'épreuve par le fait de la décomposition d'une partie du mélange insoluble, lequel reprend ses premières conditions de solubilité. La réaction est toutefois trop énergique pour être employée dans la pratique usuelle.

Il vaut mieux, en général, quand l'épreuve n'est pas trop surexposée, recourir à un séjour plus long dans une eau plus chaude que d'ordinaire.

Manque d'exposition. — Dans ce cas-ci, le développement est très-rapide , et Ton voit bientôt

CAUSES d'erreurs ET REMÈDES. 131

disparaître les demi- teintes et les parties légères de l'image. Il n'est aucun moyen de rémédier à ce défaut quand il est trop prononcé, mais, dans une certaine limite, on peut arrêter un peu l'effet de dureté qui se manifeste en plongeant aussitôt l'épreuve dans de l'eau froide, puis on continue le développement lentement, dans une eau à peine chaude, juste assez pour conserver le pouvoir de dissoudre la gélatine non impressionnée.

Le meilleur remède à un pareil défaut, quand il est trop apparent, c'est de tenter une nouvelle épreuve en exposant davantage.

Images faibles et sans relief. — Quand d'un bon cliché négatif on n'obtient qu'un image faible , cela peut provenir de l'emploi d'une mixtion qui contenait une trop faible proportion de matière colorante, ou d'une couche de préparation ancienne et partiellement décomposée par un séchage lent.

Si le négatif est faible, on obtiendra une image vigoureuse en usant d'un mélange fortement coloré. On peut avec un mélange composé des proportions ordinaires obtenir un accroissement de vigueur en sensibilisant seulement le côté du papier, au lieu d'immerger le tout dans le bain de bichromate.

L'impression en plein soleil permet d'obtenir de la vigueur.

Dureté et contrastes exagérés. — Ces imperfections peuvent résulter de l'emploi d'un négatif défectueux, ou bien de l'usage mal entendu d'une eau trop chaude pour une épreuve manquant un peu de pose, ou bien encore de l'emploi d'un mélange, contenant une forte proportion de matière colorante, mis en présence d'un cliché trop peu exposé.

La sensibilisation du mélange, en l'opérant seulement sur le côté de la couche, doit tendre à produire de la douceur, même avec un négatif intense.

M. Swan conseille, dans le cas où un chché donne trop de dureté, d'exposer un instant l'épreuve à la lumière diffuse, de manière à produire une teinte générale très-légère qui, sans voiler l'image d'une manière apparente, recouvrira toutes les duretés et donnera ainsi plus de douceur à l'ensemble.

Portions de l'image qui se déchirent au moment du transport. — Cela peut venir de ce que le papier de transport a été inégalement enduit de gélatine, ou de ce que le papier ou le carton sur lesquels l'image est transportée ont été imparfaitement humidifiés, et encore de ce que le collage n'était

CAUSES d'erreurs ET REMÈDES. 133

pas sec au moment de l'enlèvement da papier caoutchoucté, enfin de taches provenant du contact des doigts. En pareils cas, indiquer les causes c'est fournir le remède.

Teinte verdâtre dans les noirs. — Ce défaut est causé par l'insuffisance du lavage de l'épreuve qui contient encore des traces de bichromate.

Sensibilité inégale. — Elle vient d'une imprégnation inégale de la couche de gélatine par la solution de bichromate. Si, quand on immerge la préparation, une de ses parties reste à sec^ tandis que le reste est mouillé, cette partie sera moins sensible et formera une tache claire sur l'image.

Si le papier gélatino-charbonné est sorti du bain de bichromate de manière à entraîner sur le dos de la feuille des traînées de la dissolution, il se formera sur l'image, dans les parties correspondantes à ces traînées, des taches plus sombres que l'ensemble de l'épreuve.

La fixation d'une bande de papier buvard sur le bord inférieur du papier sensible immédiatement après qu'il a été mis à sécher, facilite le départ de l'excès de solution bichromatée et égalise la sensibilité.

Quand on opère le tirage direct sur papier, il convient, pour égaliser la sensibilité, d'impres-

sionner en posant le papier sur le bain et non le côté gélatiné, surtout quand on a posé la couche au pinceau.

On n'obtient jamais une sensibilité bien égale en sensibilisant au pinceau. L'emploi de la cuvette à cette opération est absolument indispensable \

Dissolution de la couche de gélcitine pendant la sensibilisation, — Ce fait se produit quand la solution de bichromate est trop chaude et quand on prolonge trop l'immersion du papier préparé. En été il faut maintenir la solution de bichromate aussi fraîche que possible et ne procéder à la sensibili-

^ Notre intelligent ami et collaborateur M. Arthur Taylor conseille d'appliquer la feuille à la surface d'une mixtion contenue en quantité convenable dans une cuvette et maintenue au bain-marie à une température telle qu'elle soit assez voisine du point de coagulation. On applique le papier de manière à ne provoquer qu'un contact rapide de tous les points de la feuille avec la mixtion^ après quoi on l'étend sur une surface horizontale pour poser sur ses bords un cadre en bois. L^adhérence de la gélatine à ce cadre suffit pour amener la tension complète et parfaite de la feuille une fois sèche, et cette adhérence n'est pas telle qu'on ne puisse séparer ensuite le cadre de la feuille desséchée, sans qu'aucune déchirure en résulte. Ce mode nous paraît le meilleur. On agit de même au moment de la sensibilisation ; la mixtion, humidifiée de nouveau par le bain de bichromate, redevient encore susceptible d'adhérence, et la séparation du cadre^ après dessiccation, s'effectue avec la même rapidité.

CAUSES d'erreurs ET REMÈDES. 135

sation que dans un appartement très-frais aussi.

L'emploi de la gélatine du Japon conseillée plus haut, p. lis, peut être un remède à cet inconvénient et permettre de travailler dans des températures plus élevées.

Taches noires. — Si un papier préparé est impressionné dans une trop forte pression, on remarque que des taches noires se produisent dans les demiteintes. Cela se produit surtout quand la couche n'est pas parfaitement plane et quand la pression dans le châssis-presse est non-seulement trop forte, mais surtout inégale, par suite d'un tampon grossier.

Aspect pointillé de l'image après le transport définitif. — Cet aspect se produit quand les manipulations du transport n'ont pas été parfaitement exécutées, le papier étant trop humide, ou bien la pression ayant été trop légère, ou bien enfin le drap de feutre s' étant trouvé trop faible pour répartir également la pression sur toute la surface de l'épreuve.

Telles sont les principales causes d'erreur; il en est certainement bien d'autres encore, mais les expérimentateurs sauront bien les éviter ou les corriger une fois qu'ils posséderont parfaitement la pratique générale de ces procédés.

Page 1