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PROCEDES NOUVEAUX

POUR OBTENIR DES ÉPREUVES POSITIVES SUR PAPIER d'uNE COLORATION TRÈS-VARIÉE ET d'uNE FIXITÉ PLUS COM- PLÈTE QUE PAR LES ANCIENS PROCÉDÉS.

§ 20. — Depuis quelque temps, les amateurs de photographie se plaignent de voir leurs plus belles épreuves s'efFacer graduellement et quelquefois même s'annihiler complètement. Ils signalent surtout cet effet dans les épreuves aux tons noirs-sépia et jaunes.

Ils sont en cela, je crois, dans l'erreur; ces tons, avec les procédés ordinaires , étant au contraire les plus solides lorsqu'ils sont obtenus dans de bonnes conditions.

Le peu de fixité de ces sortes d'épreuves vient généralement de l'emploi mal calculé des vieux hyposulfites de soude trop chargés de sels d'argent.

Gomme j'ai été un des premiers à indiquer cette sorte d'hyposulfite pour obtenir des tons noirs et

chauds, et que j'ai été par conséquent une des causes premières de ce mal , je me fais un devoir de signaler ici les précautions à prendre pour y remédier et donner une solidité parfaite aux épreuves.

L'épreuve positive s'efface par deux causes : ou parce qu'elle retient dans la pâte du papier des sels d'argent, ou parce qu'elle retient du soufre ou bien de l'hyposulfite de soude.

Le premier accident est produit : 1 par un séjour trop court dans l'hyposulfite de soude, ce qui laisse dans le papier du chlorure d'argent , et alors l'épreuve noircit; 2" par l'emploi d'hyposulfite de soude trop chargé et quelquefois saturé de sels d'argent qu'il a enlevés aux épreuves précédemment soumises à son action , et auxquelles il a pris tout le chlorure d'argent non altéré par la lumière. Dans ce cas l'hyposulfite a perdu sa propriété dissolvante; le chlorure d'argent, au lieu d'être enlevé, est transformé en sel double qui reste dans le papier, et qui, étant en partie insoluble dans Teau , ne peut être enlevé par les lavages même répétés ; dans de telles circonstances , les blancs de l'épreuve se salissent avec le temps et les noirs s'effacent.

Le second accident est produit : i"* par Taddition d'un acide à l'hyposulfite de soude, qui se trouve alors décomposé et abandonne du soufre. 2" Par l'immersion, dans le bain d'hyposulfite de soude, d'un trop grand nombre d'épreuves à la fois. La quantité de chlorure et d'azotate d argent conte-

nue dans ces épreuves se trouvant dans une proportion trop considérable relativement à celle du bain d'hyposulfite , il y a dégagement d'acide azoteux, le bain est décomposé, et il se précipite également du soufre sur chaque épreuve.

On comprendra que dans ces deux cas les épreuves seront maculées et ternes , et que de plus elles s'effaceront avec le temps , le soufre qu'elles contiennent ayant une action dévorante sur les parties noires.

Si les lavages à l'eau, au sortir de l'hyposulfite ^ n'ont pas été assez répétés, l'épreuve retiendra encore de ce sel, et elle s'effacera également avec le temps.

Je viens de signaler les causes qui produisent la destruction des épreuves , je vais maintenant indiquer le moyen de les éviter.

De ce que je viens d'exposer, il résulte que le fixage parfait d'une épreuve vient de l'absence complète, dans la pâte du papier, de toute matière étrangère autre qtie les sels d'argent noircis et réduits par la lumière.

L'hyposulfite de soude neuf et l'ammoniaque liquide , dissolvant entièrement le chlorure d'argent , sont les corps qu'il faut préférablement employer pour en débarrasser les épreuves.

Le sulfure de carbone et l'alcool dissolvant le soufre, doivent être employés pour l'enlever aux épreuves qui peuvent en retenir.

L'hyposulfite de soude précipitant en noir l'azotate d'argent à l'état de sulfure, et dissolvant au contraire entièrenoent le chlorure d'argent, on doit, avant de soumettre une épreuve à son action, transformer à l'état de chlorure tout l'azotate d'argent libre qu'elle peut contenir. On arrive à ce résultat en faisant subir à Tépreuve un bain légèrement acidulé par l'acide chlorhydrique, et des lavages multipliés à l'eau.

Une épreuve positive devra toujours être exposée à la lumière assez de temps pour pouvoir supporter au moins une heure Faction de l'hyposulfite neuf, sans perdre les détails des parties les plus claires. Ce fixage donne généralement des tons rouges et violacés.

On devra laver ensuite l'épreuve en plein bain pendant quatre heures, en renouvelant l'eau toutes les heures , afin de bien la débarrasser de Thyposulfite de soude, qui détruirait également l'image s'il en restait dans le papier.

Si Ton désire avoir encore plus de solidité, il faut, après l'avoir épongée dans du papier buvard , au sortir de l'eau, laver l'épreuve avec de l'esprit-devin à 36 degrés, qui enlèvera le soufre qui pourrai I s'y trouver. L'esprit-de-vin qui a servi à ce lavage sert à brûler.

Lorsque l'on emploie l'hyposulfite vieux, ayant déjà servi à dégorger des épreuves et contenant des sels d'argent en dissolution , il faut avoir soin d'en

retirer l'épreuve avant qu'elle soit arrivée au ton que Ton veut obtenir; on la ramène à ce ton en la mettant dans un bain d'hyposulfite de soude neuf, après l'avoir préalablement passée dans l'eau une minute. On termine le fixage, comme précédemment, par les lavages à l'eau répétés.

On enlève ainsi les sels d'argent qui sont restés dans l'épreuve sous l'action du premier bain d'hyposulfite vieux, qui n'a pu les dissoudre entièrement, et on obtient des tons très-vigoureux et trèssolides qui résistent parfaitement à Faction du temps.

Ce moyen donne une série de tons très - variés , depuis la sépia violette jusqu'aux jaunes, en passant par les noirs et les sépias colorées.

Les épreuves que j'ai obtenues depuis trois ans , en observant ces précautions, ne sont pas altérées, tandis que celles pour lesquelles je les ai négligées, se sont effacées.

Contrairement à l'avis de plusieurs honorables auteurs, je proscrirai complètement l'emploi des acides ajoutés à l'hyposulfite de soude, pour obtenir les tons noirs, si l'on tient à la solidité.

Le dégagement d'acide sulfureux, établi par cette addition, donne bien, en effet, de beaux tons noirs à l'épreuve; mais, comme il se précipite en même temps du soufre, l'épreuve en retient toujours une certaine quantité, et alors elle s'efface.

Si cependant on voulait employer ce moyen , il faudrait , après un premier lavage à l'eau , traiter

répreuve par l'alcool mélangé de moitié ou d'un tiers de sulfure de carbone, enlever le sulfure par un second lavage à l'alcool seul , puis continuer les lavages à l'eau comme à l'ordinaire.

On doit aussi ne mettre, dans un même bain d'hyposulfite de soude, que quatre ou cinq épreuves ensemble, et avoir soin de les changer plusieurs fois de position , pendant leur séjour dans le bain , afin d'éviter les dépôts formés par une épreuve sur Tautre.

Si, malgré cette précaution, on remarquait que les épreuves fussent empâtées, il faudrait les traiter par les mêmes lavages alcooliques que précédemment.

En général , toutes les fois qu'une épreuve présentera un aspect terne et empâté dans les lumières, ou que le blanc du papier ne sera pas conservé pur au revers, cette épreuve s'effacera.

Les épreuves fixées à l'aide de Thyposulfite de soude chaud s'altéreront également, la chaleur décomposant l'hyposulfite de soude.

L'ammoniaque liquide fixe parfaitement l'épreuve positive et donne généralement des tons rouges, puis des tons jaunes chauds , participant du rouge. L'image ainsi fixée est très-solide , si elle a été bien lavée à l'eau. Il faut que le bain soit neuf et un peu concentré.

Par tous ces moyens, qui sont ceux employés généralement, sauf les modifications que je viens d'indiquer, on obtient de fort belles épreuves de tons

puissants et chauds ; mais on a difficilement le noir absolu dans les ombres et le blanc complet dans les lumières.

D'un autre côté, les blancs des épreuves sont presque toujours dévorés avec une énergie plus grande que les noirs , ce qui donne souvent une épreuve qui paraît solariée.

Avec le procédé suivant, je suis parvenu à obtenir le noir et le blanc purs , le noir bleu , le noir d'impression sur papier de Chine et le bleu vert; et cela avec des blancs propres et un aspect général de fraîcheur, ce qui ne pouvait être obtenu avec les précédents procédés.

Mais ce que les amateurs apprécieront surtout , c'est que je parviens ainsi à ne perdre , dans Tépreuve positive , aucun des détails qui se trouvent dans le négatif ; dans les lumières, dans les ombres, rien n'est solarié ni perdu, quel que soit le contraste du négatif.

Quant à la solidité, à l'inaltérabilité de l'épreuve, je la crois complète par la nature même du précipité formé dans les noirs de l'épreuve.

Voici la manière dont j'opère ;

Mon papier positif est préparé par la méthode ordinaire avec le chlorure de sodium ou le chlorhydrate d'ammoniaque et l'azotate d'argent.

J'expose répreuve à faire à la lumière un temps plus considérable que lorsque je veux fixer par les procédés ordinaires, de manière à arriver, au sortir

du châssis à reproduction : 1" au ton violacé clair dans les plus grands clairs de l'épreuve, si je veux obtenir une épreuve noir - bleu dans les ombres ;

au ton violet bien déterminé dans les mômes clairs , quand je veux une épreuve d'un ton noir bien franc dans les ombres ; 3" au ton sépia dans les mêmes clairs pour une épreuve au ton noir- vert et vert-bleu.

Après l'exposition à la lumière, je lave l'épreuve à l'eau ordinaire, pour la débarrasser de l'azotate d'argent resté libre à sa surface. Si cependant les bains de chlorhydrate d'ammoniaque et d'azotate d'argent, employés à la préparation du papier positif, ne sont pas trop concentrés, cette précaution devient inutile.

Lavée ou non, je pose l'épreuve, en la retournant des deux côtés et agitant la cuvette , sur un bain , de quelques millimètres d'épaisseur, de la solution suivante :

Eau distillée 1,000 gr.

Chlorure d'or i gr.

Acide chlor hydrique ... 25 gr.

L'image se dépouille immédiatement après son immersion dans ce bain , les tons jaunes olivâtres passent aux tons noirs , et les tons des lumières se dégradent, mais ne s'enlèvent pas.

Lorsque les ombres sont parfaitement dépouillées et que tous les détails du négatif y sont découverts ,

je retire Tépren ve de ce bain pour la laver à cinq ou six eaux, afin d'enlever toute trace de l'acide chlorhydrique.

Il est très-important que ce lavage soit fait avec le plus grand soin , autrement il se formerait dans l'épreuve un précipité de soufre en lui faisant ensuite subir l'action de l'hyposulfite de soude qui termine le fixage.

Un premier bain d'eau , contenant quelques parties d'ammoniaque liquide, neutralise l'acide, et par conséquent évite le précipité de soufre ; par ce moyen deux lavages à l'eau suffisent ensuite.

Je mets alors l'épreuve dans un bain d'hyposulfite de soude composé d'une partie d'hyposulfite sur six d'eau. L'hyposulfite ramène l'épreuve des tons bleus aux tons noirs sans enlever aucun détail ; son action très-prolongée modifie le ton en le faisant passer par plusieurs séries jusqu'aux verts pour extrêmes.

Je ne laisse jamais l'épreuve moins d'une demiheure dans ce bain d'hyposulfite, pour qu'elle soit bien fixée. Je puis cependant prolonger ce séjour jusqu'à trois ou quatre heures , sans que l'épreuve perde rien de sa solidité.

C'est en modifiant ainsi le séjour dans ce bain et dans le premier de chlorure d'or acide que j'obtiens les différentes gammes de ces tons , qui offrent une fraîcheur remarquable et une grande richesse.

Je termine le fixage comme à l'ordinaire , par les lavages à l'eau répétés.

En employant un bain d'hyposulfite de soude , contenant du chlorure d'argent en dissolution , à la place du bain d'hyposulfite de soude neuf et pur, on obtient des tons qui ont encore plus de richesse. Mais , dans ce cas , il faut absolument passer l'épreuve un instant dans Thyposulfite neuf avant de lui faire subir les derniers lavages à l'eau.

L'addition de l'acide chlorhydrique au chlorure d'or, que j'ai déjà indiquée dans ma dernière brochure, sans donner le mode de manipulation, a pour effet de précipiter à l'état de chlorure tout l'azotate d'argent resté libre dans l'épreuve, en même temps qu'elle aide à la précipitation de l'or sur l'argent, tout en nettoyant les blancs de l'image et en dépouillant les noirs.

Par ce moyen , l'hyposulfite de soude ne fait aucun précipité dans les blancs de l'épreuve ; le chlorure d'argent non altéré par la lumière, se trouvant alors pur, est enlevé avec plus de facilité par l'hyposulfite , qui attaque peu le précipité d'or sur l'argent produit dans les parties altérées. Ce sel ne fait plus que changer le ton, en formant des sulfures.

L'action du bain de chlorure d'or est de précipiter l'or sur le sel d'argent réduit par la lumière. Ce précipité n'a pas lieu, au contraire, sur le chlorure d'argent non attaqué par la lumière; par conséquent, les blancs de l'épreuve restent i)urs , tandis

que les parties foncées changent de ton en prenant les tons noirs-violet, qui sont particuliers aux précipités fournis par les sels d'or.

L'hyposulfite de soude ayant un pouvoir beaucoup moins dissolvant sur les réductions de Tor que sur celles de Fargent , on obtient ainsi une image qui ne perd aucun de ses détails dans les clairs et les dernières teintes. Son action sur Fépreuve tend à modifier le ton du précipité d'or, en le faisant participer des tons jaunes que prennent les réductions des sels d'argent qu'il dissout.

Peut-être trouvera-t-on que ces manipulations élèvent le prix de revient d'une épreuve , et par les soins à y donner, et par la dépense de produits chimiques coûteux.

Je ferai observer que ce sont là des considérations auxquelles on ne doit pas s'attacher.

Le progrès de la photographie n'est pas dans le bon marché , mais bien dans la qualité d'une épreuve.

Si une épreuve est belle, complète et durable, elle devient d'une valeur intrinsèque devant laquelle le prix de revient disparaît entièrement.

Pour moi , j'émets le vœu que la photographie , au lieu de tomber dans le domaine de l'industrie , du commerce, rentre dans celui de Part. C'est là sa seule, sa véritable place, et c'est dans cette voie que je chercherai toujours à la faire progresser. C'est aux hommes qui s'attachent à son progrès de se pénétrer

de ce principe. Chercher à diminuer le prix des épreuves, avant de trouver les moyens de faire des œuvres complètes , serait s'exposer à perdre à tout jamais l'avenir de notre art si intéressant.

J'ai mis en pratique ces procédés dans mes ateliers du chemin de ronde de la barrière de Clichy , où une organisation entendue me permet de fournir au commerce 100 épreuves positives par jour, dont la solidité est à l'épreuve de l'action du temps.

Aucun soin , aucune dépense n'ont été négligés par moi pour arriver à la perfection des produits ; aussi engagerai-je les éditeurs, désireux de produire de beaux et durables ouvrages, à venir visiter mon établissement.

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