APPLICATION DU COLLODION SUR LA GLACE
§ 28. — Cette opération, qui par elle-même est très-délicate et demande du soin, devient extrêmement facile avec un peu d'habitude.
On commence par bien nettoyer la glace avec un tampon de papier de soie et quelques go«ttes d'esprit-de-vin tenant du tripoli en suspension. J'ai toujours à cet effet un flacon contenant 200 grammes d'esprit- de- vin , 10 grammes d'ammoniaque et 50 grammes de tripoli, que j'agite un instant avant de m'en servir de manière à avoir en suspension les parties les plus ténues du tripoli. On essuie parfaitement avec un autre morceau de papier de soie propre, puis on enlève les dernières impuretés avec un morceau de peau de daim qui ne doit servir qu'à cet usage.
On saisit alors la glace par un angle avec la main
gauche, et de la main droite on verse au milieu de la glace une certaine quantité de collodion que l'on étend sur toute la glace par un mouvement de demirotation. Aussitôt que la glace est recouverte dans toutes ses parties , on épanche l'excédant de liquide dans le flacon par l'angle opposé à celui que l'on lient.
Quand la glace est d'une trop grande dimension pour être soutenue par un angle seul , on en pose le centre sur un bouchon de liège entré dans une bouteille et arrondi par le haut, puis, toujours de la main gauche, on imprime à la glace les mouvements nécessaires pour étendre la couche et reverser l'excédant dans le flacon.
Pour éviter les stries qui pourraient se présenter par suite d'une lenteur trop grande à rejeter l'excédant du liquide et par conséquent de son reflux sur les parties moitié sèches , il importe d'abord de ne verser et de ne maintenir sur la glace qu'autant de liquide qu'il est nécessaire, puis ensuite de la placer horizontalement en lui imprimant un léger mouvement de trémolo qui lui donne une égalité de surface parfaite.
Aussitôt que l'on voit que la couche de collodion commence à faire prise , et avant qu'elle soit sèche , on lui fait subir l'opération suivante qui lui donne la sensibiUté.
MANIÈRE DE DONNER LA SENSIBILITÉ AUX GLACES RECOUVERTES DE COLLODION lODURÉ.
§ 29. — Ayez pour cette opération une cuvette verticale en glace ou en gutta perka.
J'ai modifié un peu la structure de ces sortes de cuvettes que j'ai le premier indiquées dans ma première brochure , et qui sont maintenant d'un usage généralement adopté pour la préparation des glaces.
Au lieu de ménager au milieu de la cuvette une rainure dans laquelle entre la glace à préparer, forme qui offre une certaine difficulté d'exécution, et qui oblige à avoir une cuvette spéciale pour chaque dimension de glace, je donne maintenant à l'appareil la forme suivante :
Je tiens une des parois internes de la cuvette de la dimension des plus grandes glaces que j'emploie, 22 centimètres de large, par exemple, sur 30 centimètres de hauteur, et l'autre paroi de la plus
petite dimension, 18 centimètres de large; mais comme cette plus petite glace n'a que 24 centimètres de hauteur, j'ai un petit support en gutta perka de 6 centimètres de hauteur que j'introduis au fond de la cuvette quand je veux y préparer les glaces de cette dimension. Ces deux parois sont ralliées ensemble, des deux côtés de droite et de gauche, par deux bandes de 21 centimètres 1/2 à 3 centimètres de large, qui se trouvent par conséquent former un biseau de chaque côté. Le fond de la cuvette est plat et fermé, le dessus ouvert pour y introduire les glaces.
On comprendra que si dans une semblable cuvette j'introduis une glace, le côté revêtu du collodion tourné vers la plus petite paroi de la cuvette, il sera impossible d'offenser la couche si délicate de collodion , puisque les bords à biseau de la cuvette empêcheront ce côté de la glace d'appuyer sur la plus petite paroi de la cuvette. M^I. Leverd et compagnie, cité Bergère, 6, me fabriquent ces sortes de cuvettes en gutta perka.
Remplissez à peu près cette cuvette d'une solulution d'azotate d'argent composée de 8 grammes d'azotate d'argent pour 1 00 d'eau distillée.
Laissez alors tomber d'un seul coup votre glace dans cette solution et l'y laissez environ deux minutes. Ce temps ne peut être précisé d'une manière certaine. Il faut retirer un peu de temps en temps la glace de ce bain pour l'inspecter; elle devient
presque immédiatement d'une teinte laiteuse, puis presque blanche ; mais elle conserve pendant quelques instants un aspect huileux qui tient à la présence de l'éther et qui fait retirer par place la dissolution d'argent.
Aussitôt que ce phénomène a disparu et que la dissolution laisse une couche sans marbrure sur le collodion , il faut immédiatement retirer la glace du bain et la mettre dans le châssis de la chambre noire pour l'employer le plus rapidement possible ; elle a alors son maximum de sensibilité.