PRÉPARATION DU COLLODION
§ 27. — Je dois d'abord recommander de ne faire la préparation du coton-poudre que par petites proportions comme celles que je vais donner ; si on agissait autrement , il serait très-difficile de mettre le coton en contact dans toutes ses parties avec l'acide, ce qui donnerait un coton-poudre qui ne se dissoudrait pas entièrement dans Téther.
Mettez dans un grand verre à expérience ou dans une capsule en porcelaine 80 grammes d'azotate de potasse en poudre, versez dessus 1 20 grammes d'acide sulfurique pur, mais non fumant ; incorporez bien le mélange en remuant avec un agitateur en verre pendant une ou deux minutes. Ajoutez alors 4 grammes de coton bien net y comme celui qui sert pour le polissage des plaques daguerriennes , et assurez-en le contact intime avec la préparation acide en le remuant et le pressant en tout sens avec l'agi-
tateur en verre. Après dix minutes de séjour depuis le moment où vous avez mis le coton , il se trouve convenablement préparé pour l'usage ; plus ou moins de temps lui nuirait ; il faut le laver alors immédiatement à grande eau courante pour le débarrasser de l'acide.
La précédente opération doit se faire en plein air ou sous une cheminée qui tire bien, parce que, pendant tout son cours , il y a dégagement d'acide nitreux, qui est un gaz très-délétère.
Le lavage doit être d'abord fait avec de l'eau ordinaire , jusqu'à ce que le papier tournesol ne rougisse plus en le mettant en contact avec le coton ; on termine alors dans l'eau distillée.
On presse avec la main le coton pour en faire sortir Peau, que l'on exprime ensuite plus complètement entre du papier de soie.
Puis on étend le coton-poudre obtenu sur du papier, et on le fait sécher à l'air ou au soleil en le recouvrant d'une mousseline-gaze, pour le garantir de la poussière et du vent.
Etant bien sec, vous en faites la dissolution dans réther, pour préparer le collodion photographique de la manière suivante :
Prenez un flacon bouché à l'émeri et y mettez :
Ether sulfurique à 62 degrés 100 grammes.
Alcool pur à 36 degrés. . . 25
Coton-poudre 21 gr.
Ammoniaque liquide .... 5 gouttes.
Agitez le flacon pour aider à la dissolution du coton-poudre, qui se dissoudra rapidement et entièrement s'il a été préparé avec les précautions que j'ai indiquées.
Quand il est dissous, ajoutez :
Un gramme d'iodure d'ammoniaque en sel , qui s'y dissout aussi assez rapidement.
Filtrez alors le tout à travers un linge fin , dans un autre flacon bien propre , que vous aurez lavé préalablement avec un peu d'éther.
Le collodion ainsi obtenu est exempt de coloration , et devient très-limpide et bon pour l'usage, après un jour de repos. Sa densité est très -convenable, et il me donne une couche très-solide et trèssensible après les subséquentes opérations.
Si on n'a pas d'iodure d'ammoniaque, on peut remplacer ce sel par de l'iodure de potassium ; mais comme ce dernier sel ne contient pas autant d'iode que le premier, il faut y ajouter 0,1 0 centigr. d'iode pur pour arriver au même résultat et 2 gouttes d'ammoniaque liquide.
Ces préparations vont aussi vite que celles où on fait entrer l'iodure d'argent, et elles ont sur ces dernières l'avantage d'être beaucoup plus stables et beaucoup plus faciles à préparer.
Le collodion préparé à l'iodure d'argent perd sa sensibilité en très-peu de temps, le produit se décomposant; et de là viennent les échecs que tant d'opérateurs ont éprouvés avec des préparations qui,
peu de jours avant, leur donnaient des résultats admirables. La présence de l'eau ou d'une trop grande quantité d'alcool que Ton est obligé d'ajouter pour dissoudre une assez grande quantité d'iodure d'argent rend la couche moins adhérente à la glace et plus fragile.
J'engage donc les amateurs qui en ont le temps à faire toutes ces préparations eux-mêmes, c'est le seul moyen d'être sûr de la réussite.
MM. Laurent et Casthelaz, il, rue de la Vieille- Monnaie, fabriquent d'excellents collodions d'après ma formule.
Je ferai encore remarquer qu'il est bon de tenir sa provision de collodion préparé dans un grand flacon, et d'en décanter dans un plus petit, seulement au moment de s'en servir, la quantité nécessaire pour quelques portraits. On évite ainsi le dépôt qui se forme toujours au fond des flacons avec le temps, et dont la moindre parcelle, entraînée sur la couche sensible, donne des taches sur l'épreuve.
Le travail du jour terminé, on reverse ce qui reste du petit flacon dans le grand.