RELATIVES A LA PRISE DES POINTS DE VUE
§ 3G. — Lorsque Ton veut prendre une vue, il faut avoir bien soin de ne pas vouloir faire Tirnage trop grande, de manière à courber les lignes qui doivent être droites.
La distance de l'objet à copier doit être de trois ou quatre fois son plus grand côté , pour n'obtenir aucune déformation.
Lorsque le recul nécessaire manque avec un objectif normal, pour avoir l'ensemble d'un site, il vaut mieux alors employer celui de demi-plaque et faire une épreuve plus petite.
Il faut aussi bien se pénétrer que plus on est près de l'objet à copier, plus il faut de temps pour l'exposition à la chambre noire. La végétation et tous les objets verts en général demandent aussi un temps plus considérable.
Il faut aussi faire attention que le soleil ne frappe pas sur la lentille de votre objectif lorsque vous prenez une vue, cela nuirait à la netteté de l'image .
§ 37. — Lorsque l'on va en campagne, il faut nécessairement n'emporter avec soi que ce qui est absolument nécessaire pour pouvoir opérer dans tous les endroits où l'on se trouve.
Voici dé quoi se compose mon bagage dans cette occasion :
Une chambre noire avec objectif normal, pouvant servir aussi pour objectif de 1/2.
Dans l'intérieur de la chambre noire est renfermée une petite pharmacie composée de 5 flacons carrés , qui tiennent moins de place ;
Un flacon d'acéto-azotate d'argent;
Un flacon d'acide gallique;
Un flacon d'eau distillée;
Un flacon de solution de bromure de potassium pour fixer provisoirement les épreuves ; Un flacon d'hyposulfite de soude; Une pipette ;
Trois entonnoirs entrant les uns dans les autres.
J'ai ensuite une cuvette en porcelaine ou en verre, renfermée dans une plus grande de gutta perka, qui lui sert d'emballage.
Cette cuvette de porcelaine sert spécialement pour la solution d'acide gallique.
Il faut encore deux autres cuvettes de gutta perka.
Ces sortes de cuvettes sont excellentes pour toutes
les autres préparations, même pour l'acéto-azotate d'argent.
Un trépied pour mettre les cuvettes de niveau ;
Un portefeuille contenant du papier préparé ;
Deux ou trois mains de papier de soie pour nettoyer les plateaux ;
Un pied brisé pour soutenir la chambre noire, dont la hauteur doit être assez grande pour que l'objectif arrive à peu près à la hauteur de l'œil;
Une tente noire en grosse cotonnade assez grande pour pouvoir recouvrir complètement le pied et la machine montée dessus, de manière à former une petite tente sous laquelle je change le papier préparé dans les châssis.
J'ai ménagé dans un des côtés de la tente une ouverture d'un pied carré où j'ai fait coudre un morceau d'étoffe jaune-orange; le jour qui pénètre ainsi ne nuit en rien à l'opération , qui m'a toujours bien réussi ainsi.
Le tour de l'étoffe noire est muni d'anneaux qui servent à le fixer au sol avec des piquets en cas de vent.
La boîte qui contient tout l'appareil me sert de table.
Avec le papier sec , le bagage pour prendre des vues au loin, comme on le voil, est bien simplifié. Oa peut même se dispenser d'emporter les cuvettes et les flacons, puisque Fépreuve peut attendre huit ou dix jours avant d'être développée après son exposition à la lumière.
Pour les voyages de long cours, j'ai une seconde caisse qui renferme 20 flacons carrés de 250 gr. chacun , où je mets les produits chimiques nécessaires ;
Une boîte en chêne bien assemblée, contenant 8 ou 10 kilogr. d'hyposulfite de soude;
Trois ou quatre olivettes de dimension assez grande pour faire les bains d'hyposulfite ;
Une petite balance et ses poids ;
Une éprouvette graduée pour peser les liquides;
Et un châssis à faire les reproductions. Ce châssis se compose de deux glaces épaisses maintenues par un châssis à feuillure recouvert d'un couvercle à charnière en bois à l'aide duquel on exerce une légère pression sur les glaces au moyen d'un carré de papier plié que Ton met entre lui et les glaces. Ce châssis s' ouvrant par derrière permet d'examiner l'épreuve au dos sans la déranger, et de la remettre à la lumière si Texposition n'a pas été assez prolongée.
M. Troisgros, ébéniste, rue Saint-Gerraain-l'Auxerrois, n'' 93, fait aussi un châssis très-commode pour inspecter les épreuves pendant le tirage. Je le recommande spécialement aux amateurs, qui le trouveront chez MM. Lerebours et Secretan.
C'est avec ces appareils que M. Maxime du Camp, un de mes élèves, a exécuté ses admirables vues dans les déserts de l'Egypte.