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DE LA CHAMBRE NOIRE ET DES OBJECTIFS

§ 48. — La chambre noire est le principal instrument du photographiste (i ). C'est elle qui dirige l'action de la lumière pour en faire un agent chimique — V image photographe — opérant la décomposition de la couche sensible qui en reçoit la radiation.

Je crois devoir placer cet instrument avant les agents chimiques et à leur tete, comme étant le conducteur du plus puissant d'entre eux : la lumière.

La chambre noire a été inventée dans le seizième

(1) Le mot 'photographiste (qui fait écrire par la lumière) doit désigner, je crois, Tartiste qui fait des dessins à l'aide de l'instrument de Daguerre.

Le mot photographe (j'écris par la lumière) ne doit s'appliquer qu'à l'image formée par la lentille sur le verre dépoli, qui, de fait, trace seule le dessin sur l'épreuve , action que le photographisle ue fait que diriger : le photographe, c'est donc l'instrument.

L'image photographique désigne l'épreuve finale obtenue par le pholographiste à l'aide du photographe.

siècle par Baptista Porta. C'était simplement alors une boîte en bois noircie à l'intérieur et garnie d'une lentille unique biconvexe adaptée à un tube à coulisse servant à mettre l'image au foyer. Cette image était reçue sur un écran blanc en papier, puis plus tard sur un verre dépoli; elle était frangée à ses arêtes par les couleurs du spectre solaire. Cet instrument était destiné par Porta à copier exactement les vues les plus difficiles en suivant les contours sur l'écran à l'aide d'un crayon. L'image ainsi obtenue était renversée du haut en bas; — pour parer à cet inconvénient et rendre l'usage de l'instrument plus facile pour dessiner, on redressa plus tard les images en les recevant sur un miroir plan incliné a 45\ L'image était alors réfléchie et reçue en dessus de la boîte sur un verre dépoli, de manière qu'elle se trouvait dans une situation droite, et non sens dessus dessous comme avant. C'est avec cet instrument imparfait que il Canaletto fit, en 1697, les vues de ses admirables tableaux de Venise. Déjà, à son enfance, cette découverte avait une influence sur Tart. Que ne doit-on pas attendre maintenant avec Tinstrument parfait et les admirables procédés de reproduction de rimage optique que nous possédons, grâce aux découvertes de MM. Niepce et Daguerre !

Successivement on a substitué à la lentille biconvexe la lentille périscopique, concave vers les objets et convexe vers l'image. On gagna déjà de la netteté; mais cette netteté ne devint réellement parfaite

que depuis qu'à la place des lentilles simples, composées d'une matière unique donnant aux objets des franges irisées composées des sept couleurs du spectre solaire et en même temps autant de foyers distincts, Ton put mettre des lentilles achromatiques , formées d'un verre convexe de crown-glass tourné à l'intérieur de la chambre noire et d'un verre biconcave ou plan concave de flint-glass placé vers l'objet. Par cette disposition on parvint à réunir tous les rayons possibles au même foyer. En même temps que M. Daguerre faisait subir ce dernier perfectionnement à la lentille qui porte le nom d'objectif, il déterminait d'une manière très-savante la grandeur relative de la chambre noire et sa disposition, qui est celle adoptée généralement aujourd'hui. L'intérieur en était noirci scrupuleusement, afin d'arrêter la réflexion des rayons lumineux, qui n'arrivaient pas directement de la lentille sur le champ destiné à l'image. M. Blanquart-Évrard a voulu dernièrement renverser toutes les théories établies en proposant , d'après les données venant d'Allemagne , l'usage d'une chambre blanchie à l'intérieur, et cela pour obtenir plus de rapidité. Ce moyen serait très-défectueux; il ne suffit pas de faire vite, il faut avant tout faire bien. Les rayons tombant sur les parois blanches de la chambre et représentant une partie de l'image sacrifiée se trouvant alors réfléchis à angle égal à celui d'incidence arrivent justement sur la bonne partie de T image, où ils se superposent d'une manière peu appaiente, il

est vrai ; mais enfin si peu que ce soit, ils s'y superposent. Ce qui se passe sur Tune des parois se passe sur l'autre. Il en résulte donc une multitude de rayons réfléchis se croisant en tous sens de l'image, et il est impossible de faire une image véritablement nette dans ces conditions.

La chambre noire à l'intérieur est encore maintenant le seul instrument employé par les véritables amateurs de belles images.

La lentille achromatique indiquée par M. Daguerre est d'une grande perfection, et l'on n'a pas construit depuis d'objectif beaucoup plus parfait et mieux calculé pour la reproduction du paysage; cependant on est parvenu, à foyer égal, à augmenter un peu plus le champ de l'image , dans les dernières constructions qui ont été faites chez quelques opticie ns Si l'on veut éviter l'aberration des lignes droites, il faut se servir d'objectifs à longs foyers; on ne devrait jamais employer d'instrument ayant moins de 40 à 50 centimètres de foyer pour reproduire une image de la grandeur de la plaque normale.

§ 49. — La lentille de M. Daguerre est périscopique et a la partie convexe tournée en dedans de la chambre noire. Elle est garnie à l'extérieur d'un tube de 8 centimètres de longueur environ, qui porte à son extrémité des disques mobiles percés de trous ronds d'un plus ou moins grand diamètre. Ces disques sont appelés diaphragmes; ils servent à diminuer l'aberration de sphéricité en

arrêtant les rayons extrêmes, et donnent, — les grands , — plus de lumière , mais une image plus vague; — les petits , — une netteté extrême , mais moins de lumière. On peut employer des diaphragmes depuis 5 centimètres de diamètre d'ouverture jusqu'à 1 centimètre seulement. C'est en variant la grandeur des ouvertures, suivant la lumière et la nature des objets que l'on doit copier, qu'on parvient à donner aux épreuves le caractère propre d'une chose bien réussie et appropriée au sujet reproduit.

Le disque non percé qui sert à fermer l'objectif porte le nom d'obturateur.

§ 50. — Depuis quelques années on a formé des objectifs combinés à deux lentilles achromatiques, qui fournissent une image plus lumineuse en permettant une ouverture plus grande. Ces objectifs sont surtout excellents pour le portrait. Les Allemands et M. Charles Chevalier en revendiquent l'invention. Ce dernier me paraît avoir la priorité.

La théorie complète des lentilles nous entraînerait trop loin pour la portée de cet ouvrage. Les lentilles biconvexes concentrent la lumière à leur foyer, et sont appelées, pour cette raison, lentilles convergentes. Le point de réunion le plus voisin de la lentille des rayons lumineux qui la traversent se nomme foyer principal. Les lentilles biconcaves dispersent, au contraire, la lumière, et ont reçu le nom de lentilles divergentes. Ces lentilles n'ont donc

pas de foyer réel. On a donné le nom de foyer virtuel au point que Ton établit par la section sur l'axe, des rayons dispersés prolongés dans le sens contraire à leur direction. Les lentilles ont un centre optique qui est un point particulier, tel que tout rayon qui y passe sort dans une direction parallèle à celle qu'il avait avant son entrée dans la lentille : de sorte qu'à cause de la petitesse de la lentille la déviation est insensible.

Le centre optique d'une lentille biconvexe ou biconcave formée de deux courbures égales se trouve au milieu de la lentille; dans une lentille plane convexe ou plane concave , au sommet de la partie courbe ; enfin , dans une lentille concave convexe il est hors de la lentille.

Pour tracer la marche de la lumière dans une lentille , il faut mener à chaque point d'incidence une perpendiculaire sur la tangente : si le passage se fait d'un milieu plus rare dans un milieu plus dense, la lumière se rapprochera de la perpendiculaire; elle s'en éloignera dans le cas contraire. C'est en mettant en rapport les courbes avec les pouvoirs réfractifs et dispersifs des matières employées et par un choix convenable des foyers que l'on arrive à l'achromatisme et à éviter le foyer chimique , ou mieux à faire coïncider les deux foyers d'un objectif.

§ 51 . — On appelle foyer chimique (1) un foyer qui

(1) M. Claudel a été le premier à découvrir et indiquer ce phé-

n'est pas celui apparent où l'image se trouve au maximum de netteté sur le verre dépoli, mais bien un autre qui est latent et que l'on peut déterminer le plus simplement en faisant une épreuve d'objets échelonnés à différentes distances. On met exactement au point sur l'objet du milieu, on tire une épreuve que Ton fait développer sans déranger la chambre noire. On marque alors par un trait sur le tube à coulisse de l'objectif la longueur du foyer; puis la différence qui est trouvée dans la distance de ce trait pour ramener au foyer l'objet qui est devenu net dans l'épreuve est la longueur du foyer chimique dont il faut tenir compte en mettant au point. Un objectif exempt de ce défaut sera toujours supérieur, et donnera toujours plus facilement une bonne épreuve.

§ 52. — C'est à une distance relative derrière la lentille et toujours plus grande que son foyn- principal que vient se former l'image des objets placés devant son axe visuel. Tout le monde sait que cette image est renversée du haut en bas, et ordinairement petite. Pour qu'une image soit formée, il faut que l'objet à reproduire ne soit pas à une distance de la lentille moindre que son foyer principal. A celte distance l'image est formée généralement beaucoup plus grande que l'objet réfracté. Pour faire l'image grande

nomène , dont l'explication théorique et les moyens de correction sont consignés dans le Traité de photographie de MM. Lerebours et Secretan.

iO.

il faut approcher l'objet de la lentille, et pour l'avoir petite il faut l'en éloigner. On peut varier beaucoup ces effets en se servant de lentilles de différentes longueurs focales. Plus la lentille est d'un court foyer, plus l'image obtenue pourra être grossie.

§ 53. — Une lentille convexe ajoutée à une autre lentille augmente son pouvoir grossissant; une lentille concave, au contraire, le diminue. J'ai appliqué ce principe pour changer à volonté le foyer d'un objectif simple normal ou autre, d'une manière trèséconomique. Il suffit d'adapter derrière le diaphragme dans un petit barillet des verres à lunettes ordinaires. Ceux qui sont généralement d'un bon usage sont les n'' 100 jusqu'au n" 50, tant pour les convexes que pour les concaves ; ces numéros donnent Ja longueur en pouces des foyers : pour les premiers, c'est le foyer principal; pour les seconds, c'est le foyer virtuel.

Les lentilles simples ou composées employées pour l'usage de la photographie portent le nom d'objectifs. Voici la définition que m'en a donnée M. Secretan , un de nos plus habiles opticiens :

(( Dans l'acception la plus générale, on entend par le mot — objectif — un système ou assemblage de lentilles destiné à reproduire à quelque distance l'image d'un objet quelconque placé de l'autre côté dudit système. Si le système ne se compose que d'une seule lentille, l'image est nécessairement défectueuse. Si on le forme de deux lentilles en contact de den-

sités et de verres différents, l'image pourra être alors exempte de couleurs étrangères et bien plus nette. Dans ce cas Tobjectif est dit achromatique; et c'est mal à propos qu'on l'appelle souvent simple, puisqu'il est composé pourtant de deux lentilles. Si le système est formé de deux objectifs achromatiques simples placés à quelque distance l'un de l'autre, on dit alors que l'objectif est double. Telles sont jusqu'à présent les seules combinaisons de verre employées en photographie. Pour qu'un objectif fût parfait, il devrait remplir plusieurs conditions qui , très-probablement , s'excluent les unes les autres; ainsi l'image produite devrait être parfaitement nette et lumineuse sur une grande étendue; les lignes droites de l'objet devraient conserver leur rectitude dans l'image, même vers les bords de celle-ci; le foyer chimique et le foyer apparent devraient être confondus en un seul. L'objectif le meilleur est celui où ces conditions ont été suffisamment atteintes et où chacune d'elles a été obtenue à un degré qui n'a pas nui à la réalisation approchée des autres. Un objectif photographique sans défaut quelconque doit être regardé comme un chefd'œuvre d'optique, et sera peut-être toujours une sorte de pierre philosophale pour les opticiens. »

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