DE LA LUMIÈRE
§ 54. — La lumière est le principal agent chimique employé en photographie. C'est elle qui opère la décomposition des corps que nous employons comme préparation impressionnable.
La lumière a un rapport intime avec l'électricité. Est-ce un corps à part, ou n'est-ce qu'un de ses effets ? La question est latente , je ne tenterai pas de l'éclaircir.
Je ne considérerai la lumière que dans son rôle sur les opérations photographiques.
Son action principale est d'opérer la désoxydation , la réduction de certains oxydes métalliques. C'est ainsi qu'elle se comporte sur les iodures et les chlorures d'argent. Une feuille de papier couverte
de chlorure d'argent et exposée un certain temps aux rayons solaires finira par devenir complètement argentée , et supportera même le brunissoir.
Ce que produisent les rayons solaires, ceux si faibles d'une bougie le produisent également; mais dans un temps beaucoup plus long.
Dans les deux cas, l'oxygène de l'oxyde d'argent a été enlevé par l'action de la lumière.
Examinons ce qu'il peut être devenu. — Je prétends qu'il a été enlevé et consumé, dans le premier cas, par le corps qui brûlait, par le soleil, qui est un astre en combustion, et, dans l'autre, par la flamme de la bougie.
Je définis la lumière comme étant l'émanation, l'action d'un corps en combustion.
La combustion produit dans l'air le même effet qu'un courant galvanique dans un bain métallique. Il y a déplacement des molécules en ligne directe de la force d'attraction.
Un corps ne peut brûler qu'en consommant une grande quantité de l'oxygène de l'air. Ainsi le soleil, l'agent comburant d'où émane la lumière par excellence, étant un astre immense en combustion, doit enlever et consommer à l'élher, à l'air ambiant, une quantité incalculable d'oxygène. Le vide se forme autour, et est immédiatement remplacé par de nouvel oxygène enlevé aux couches plus éloignées; celles-ci en prennent aux suivantes, et ainsi de suite jusqu'à nous.
Nécessairement, si nous présentons à la radiation lumineuse un corps où Foxygène se trouve en trèspetite quantité, et où la force d'affinité pour lui, du corps qui le retient combiné, soit très-faible, plus faible que la force d'attraction du corps en combustion , ce qui arrive avec les sels d'argent , son oxygène sera enlevé pour remplacer celui pris à l'air ambiant par l'action du corps en combustion.
D'après cette argumentation, on devrait définir la lumière : un courant électrique produit par le déplacement incessant, en ligne droite, de l'oxygène de l'air.
Tout rayon lumineux de couleur blanche se compose de sept rayons colorés qui sont le rouge , l'orangé, le jaune, le vert, le bleu, l'indigo et le violet dans leur ordre de production par le spectre solaire. Ces sept rayons , dont se compose un seul rayon lumineux, dans leur passage à travers des milieux plus ou moins denses se trouvent réfractés d'une manière inégale entre eux , et par conséquent dans leur passage à travers une lentille simple non achromatique ont des foyers différents. Ainsi en mettant au foyer l'image d^un objet obtenu avec une telle lentille , on pourra obtenir la frange colorée de cette image ou rouge ou jaune ou bleue, etc., suivant que le foyer choisi sera celui de tel ou tel rayon. C'est cette propriété de la lumière qui forme le manque d'achromatisme d'une lentille composée d'une seule espèce de verre. On remédie à ce défaut par l'union
de deux verres , dont Tun fasse subir aux rayons déviés par l'autre la déviation inverse.
C'est à Taide du prisme que Ton arrive à la décomposition d'un rayon de lumière blanche; l'image produite porte le nom de spectre solaire.
Dans leur action chimique sur nos matières sensibles, les rayons violets du spectre sont ceux qui ont le plus d'action sur elles ; cette action est surtout intense sur le bord des rayons. Ces rayons violets s'emparent de l'oxygène des oxydes métalliques; les rayons rouges, au contraire, leur en rendent. Le chlorure d'argent noirci redevient blanc sous l'influence d'un rayon rouge du spectre.
§ 55. — Ne pourrait-on pas tirer parti de cette propriété pour obtenir une épreuve positive immédiatement dans la chambre noire? Il suffirait de faire désoxyder très-légèrement à la lumière une feuille de papier sensible, puis de l'exposer à la chambre noire avec une lentille en verres rouges. Je me propose d'étudier cette question aussitôt que j'aurai pu me procurer un verre rouge convenable. — L'action chimique des rayons du spectre va donc en augmentant dans Tordre de leur production du rouge au violet.