Photographie
Il y a bien des motifs divers pour aimer, poui admirer cette invention brillante de la photographie, qui sera Fhôfiifeur de ce siècle et la gloire de notre patrie. Mais parmi les titres si nombreux qui la désignent à nos hommages, il en est un qui frappe surtout : c’est le témoignage éclatant qu’elle a fourni de la puissance et de la haute portée des sciences physiques de notre époque. Si l’on demandait quelque preuve irrécusable de la valeur des méthodes scientifiques actuelles et des résultats auxquels peut conduire leur application bien entendue , il ne faudrait pas chercher cette preuve ailleurs que dans la découverte de la photographie et dans la série admirable de ses perfectionnements successifs. Où trouver, en effet, un plus merveilleux enchaînement de créations fécondes? Il y a trois siècles, un physicien napolitain, Jean-Baptiste Porta, imagina la chambre
2 découvertes scientifiques.
obscure. En plaçant une lentille convergente au-devant de l’orifice percé sur l’une des parois d’une boîte fermée de toutes parts, on obtenait , sur un écran placé à l’intérieur, la reproduction exacte de toutes les vues environnantes. Dans cet espace étroit venaient se peindre, avec une fidélité et une précision extraordinaires, le spectacle changeant, les aspects variés du paysage extérieur. Mais ces tableaux si parfaits n’étaient qu’une fugitive empreinte qui s’évanouissait avec la clarté du jour. Trois siècles durant, on les considéra d’un œil d’envie, avec le regret de n’en pouvoir fixer la trace éphémère : le petit nombre de physiciens qui, dans ce long intervalle, avaient essayé d’aborder un tel problème, avaient reculé tout aussitôt, effrayés et comme honteux de leur audace. Plus tard, la chimie naissante vint s’exercer à son tour sur cet objet difficile : l’illustre Humphry Davy tenta de mettre à profit, pour fixer les images» .c]e lu UÜambre obture , la modification chimique que les* composés lï’argeiVT sitbissçnt au contact des rayons lumineux. Malgré lqs* Ressources *de son génie si pénétrant, Davy fut contfahÀ*tffdii»iqlonîfler l’entreprise. Tout espoir sous ce rapporkSdçôblâjt jamais perdu, lorsque tout d’un coup
un brdit 'étrange fch'Quîa parmi les savants. Un homme s’était rencontré qui avait résolu le problème extraordinaire de fixer à jamais les dessins de la chambre obscure. Cet homme, cet artiste habile s’il en fut, c’était Oaguerre. Jamais la science n’avait remporté une aussi brillante victoire, jamais preuve aussi merveilleuse de son pouvoir n’était venue s’offrir à l’admiration de tous. Personne n’a oublié le concert d’acclamations enthousiastes qu’excita l’annonce de cette découverte imprévue. Tout n’était pas dit néanmoins, car bientôt la rapide série des perfectionnements apportés à l’art photographique vint ajouter encore à l’admiration qu’avaient provoquée ses débuts. Quand les produits du daguerréotype furent connus pour la première " c’est à peine si l’on osait s’attendre à les voir s’enrichir de
quelques progrès importants. Cet étrange problème de fixer l’image des objets extérieure par l’action spontanée de la lumière paraissait alors résolu d’une manière si complète, qu’exiger des perfectionnements nouveaux semblait, à cette époque, une injustice et comme une offense envers le génie de l’inventeur. Cependant les améliorations progressivement apportées à la méthode primitive changèrent peu à peu la face entière de la photographie, de telle sorte que les résultats obtenus à l’origine ne devaient plus être considérés que comme les ébauches de l’art. Les épreuves qui, au début, exigeaient un quart d’heure d’exposition à la lumière, purent s’obtenir en quelques secondes. L’empreinte du dessin photographique, d’abord si légère et si fugace, que le souffle d’un enfant aurait suffi pour l’enlever, fut bientôt fixée d’une manière inaltérable. Le miroitement métallique, qui ôtait tant de charme à ces images, disparut en grande partie, et le trait acquit en même temps une netteté incomparable. GrâGe aux procédés électro-chimiques, l’or, le cuivre ou l’argent, déposés en minces pellicules, prêtèrent des tons séduisants à ces tableaux. Bientôt les plaques dagucrriennes, transformées en planches propres à la gravure, permirent de multiplier à volonté ces types inimitables. Enfin, cet art déjà si merveilleux est entré dans une phase nouvelle. Le vœu, tant de fois exprimé, d’obtenir sur le papier les images photographiques, a été rempli avec un entier bonheur, et la découverte de procédés irréprochables pour l’exécution de la photographie sur papier est venue marquer notre dernier pas dans cette carrière d’inventions inattendues. Rien n’est plus propre à donner une idée exacte de la haute portée de nos sciences physiques que cette rapide et brillante série de créations successives qui, en quelques années, ont conduit la photographie à des résultats qu’il était à peine permis de soupçonner au début. Cette découverte, la plus remarquable de notre siècle, est encore celle qui fait le mieux apprécier '
pouvoir et les ressources de la science contemporaine. Tel est aussi le double motif qui nous porte à présenter avec une certaine étendue les faits qui la concernent. Rappeler les circonstances qui ont présidé à la découverte de la photographie, faire connaître les perfectionnements divers qu’elle a reçus depuis son origine, indiquer son état présent, signaler enfin les derniers problèmes qu’elle doit résoudre, tel est l’objet que nous avons à remplir pour cette Notice.