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CHAPITRE VI

La télégraphie électrique en Angleterre. — Télégraphe électrique à cinq aiguilles, de M. Wheatslone, pour le service des chemins de fer. — Télégraphe à cadran deM. Wheatslone, pour la correspondance générale. — Nouveau télégraphe à aiguilles. — État actuel de la télégraphie électrique en Angleterre.

La plupart des lignes de télégraphie électrique qui fonctionnent aujourd’hui sur les chemins de fer anglais ont été créées par M. Wheatstone , dont le nom mérite une place à part dans l’histoire de la grande invention qni nous occupe. S’il n’est pas prouvé que M. Wheatslone ait le premier conçu l’idée de la

télégraphie électro-magnétique, on ne peut lui contester l’houneur d’avoir le premier rattaché deux villes entre elles par un lien de correspondance électrique.

M. Wheatstone, l’un des physiciens les plus distingués de notre temps , fut conduit à l’invention de ses appareils télégraphiques par les expériences qu’il fit , en 1834, sur la vitesse de transmission de l’électricité. Il s’assura que cette vitesse est de 333,800 kilomètres par seconde , ou , si l’on veut , que l’électricité pourrait faire , dans l’espace d’une seconde, huit fois le tour du globe (1). Pour exécuter ces expériences, I\l. Wheatstonc avait employé des fils de plusieurs lieues. Les effets produits à d’aussi grandes distances lui prouvèrent que les communications télégraphiques par l’électricité étaient non-seulement possibles , mais très-praticables. Il se mit donc à rechercher les appareils les plus convenables pour réaliser ce projet, et il arriva bientôt aux résultats les plus satisfaisants.

Le premier télégraphe construit par M. Wheatstone fut établi , en 1838, sur une partie du chemin de fer de Londres à Liverpool. Fondé , comme les télégraphes d’Alexander et de Schilling, sur le principe de la déviation de l’aiguille aimantée par le courant voltaïque , il se composait de cinq fils qui servaient à faire apparaître instantanément les diverses lettres de l’alphabet.

Cependant ce télégraphe ne représentait guère que l’enfance de l’art L’emploi de cinq conducteurs était une source de complications dans le jeu de l’appareil et d’augmentation de dépenses pour son établissement; suffisant pour les besoins du service d’un chemin de fer, il n’était point applicable à un service étendu de communications quotidiennes. C’est en effet pour l’usage des chemins de fer que M. Wheatstone avait con-

(I) Des expériences récentes ont conduit à élever le chiffre donné par M. Wheatstone pour représenter la vitesse de la lumière.

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struitcet instrument , qui resta en usage, depuis l’année 1838 jusqu’à l’année 1848, sur les railways du Great-Western , de Blackwall, de Manchester à Leeds, d’Édimbourg à Glasgow, de Norwick à Yarmouth , et de Dublin à Kingstown.

Les résultats avantageux obtenus, avec les appareils de M. Wheatstone , sur les chemins de fer du Great-Western et de Blackwall , décidèrent la rapide extension que la télégraphie électrique ne tarda pas à prendre en Angleterre. Pendant l’année 1846, il se forma à Londres, sous le nom de Compagnie du télégraphe électrique , une compagnie puissante qui se proposait d’étendre ce genre de communications à toutes les villes importantes de l’Angleterre et de l’Écosse. Le système adopté sur la plupart de ces lignes fut le télégraphe à cadran queM. Wheatstone avait imaginé en 1841. Ce système, étant un peu compliqué , a besoin d’être décrit avec soin.

Le télégraphe américain dont nous avons donné la description plus haut , est un télégraphe écrivant , c’est-à-dire qui transcrit lui-même sur un ruban de papier les dépêches qu’il expédie. Le télégraphe à cadran est fondé sur un combinaison toute différente. Indiquons d’abord le principe général sur lequel repose son mécanisme.

Aux deux extrémités de la ligne télégraphique sont installés deux cadrans circulaires parfaitement semblables , et qui portent inscrits sur leur circonférence les vingt-quatre lettres de l’alphabet et les dix chiffres de la numération. Ces deux cadrans communiquent entre eux par le fil conducteur de la pile. A l’aide de dispositions mécaniques que nous décrirons plus loin, chacune des lettres du cadran placé à la station d’arrivée peut, par l’action du torrent voltaïque établi ou interrompu, apparaître au-devant d’une sorte de fenêtre. Les deux cadrans sont liés entre eux de telle manière que les mouvements qui s’exécutent sur l’un sont répétés exactement et au même instant par l’autre. D’après cela, si l’on fait passer l’électricité fournie par la pile

dans le conducteur qui relie les deux cadrans, et qu’à la station d’où partent les dépêches on amène successivement les diverses lettres de l’alphabet devant un point d’arrêt qui existe sur le cadran indicateur , les memes lettres apparaîtront instantanément à la fenêtre du cadran de la station extrême.

Quelles sont les dispositions mécaniques qui permettent de faire reproduire, sur le cadran de l’une des deux stations, les divers mouvements que l’on imprime au cadran de l’autre station ? C’est ce que nous allons exposer en donnant la description complète de l’instrument.

La figure que nos lecteurs ont sous les yeux fera saisir facilement les principes sur lesquels repose la construction du télégraphe à cadran. AA , représente un électro -aimant double , formé de deux cylindres de fer doux parcourus , suivant le procédé ordinaire, par un long fil de cuivre qui donne passage au courant. Ces deux cylindres ont une longueur d’environ

deux pouces et un demi-pouce de diamètre; le fil de cuivre qui les entoure est long de 25 à 30 mètres : les extrémités de ce fil a , 6, communiquent avec les conducteurs de la ligne

télégraphique. La pile voltaïque qui donne naissance au courant, et que l’on n’a pas représentée sur la figure, est nécessairement placée sur leur trajet. Quand le courant électrique vient circuler autour des deux cylindres, il les transforme en aimants artificiels, et par l’elFet de l’attraction magnétique, le disque de fer B, placé à quelque distance au-dessus d’eux , est instantanément attiré ; lorsque le courant voltaïque est interrompu, l’attraction magnétique cesse, et le disque B est ramené à sa position primitive par l’action d’un ressort d’acier G, qui le relève dès que sa pression n’est plus contre-balancée par l’attraction magnétique. Ainsi, en établissant et rompant alternativement le circuit voltaïque, on peut imprimer au disque B un mouvement de va-et-vient dans le sens vertical. Ce mouvement vertical , on le transforme en mouvement circulaire à l’aide de la disposition très simple que l’on voit représentée sur la figure. Le disque de fer B est muni de deux petites tiges montantes c , d , dont les extrémités sont en contact avec les dents d’une petite joue à rochete. Quand le disque s’abaisse , la tige C tire la dent à laquelle elle est fixée ; quand il se relève, la lige d pousse une autre dent : il résulte de ce double mouvement que la roue c tourne d’un pas toutes les fois que l’attraction et la répulsion magnétiques sont établies ou supendues. Or, un disque de papier DU, recouvert d’un cadran portant différentes lettres, est fixé sur celte roue et la suit dans ses mouvements; par conséquent, ce disque de papier ou ce cadran tourne autour de ce centre, par l’effet de l’attraction et de la répulsion magnétiques ; il avance d’un pas à chacun de ces doubles mouvements. Sur la circonférence de ce cadran, on a inscrit les vingt-quatre lettres de l’alphabet ou différents autres signes , en nombre double du nombre des dents de la roue d’échappement ; enfin une plaque de cuivre, qui ne peut être représentée sur la figure qui précède, est placée au-devant du cadran et porte seulement une petite ouverture qui ne per-

5* KDIT. — III. H

met d’apercevoir à la fois qu’un seul des caractères qui viennent successivement apparaître à cette sorte de fenêtre. En établissant ou suspendant le courant voltaïque un nombre suffisant de fois , on peut donc amener à volonté chacune des lettres devant celte ouverture , de manière à les montrer à uu employé placé en station devant l’instrument, et chargé de lire les différentes lettres composant la dépêche, à mesure qu’elles apparaissent à la fenêtre du cadran. I.a partie du télégraphe à cadran que nous venons de décrire porte le nom d'indicateur : elle est placée à la station extrême où les dépêches sont reçues. La seconde partie de cet appareil , désignée sous le nom de communicateur , est placée à la station du départ; elle est destinée à faire mouvoir à distance les lettres de l’indicateur. Voici la disposition mécanique du communicateur :

A est un disque de bois mobile autour de son axe, sur lequel on a gravé , entre deux cercles concentriques , deux rangées de lettres et de chiffres. Autour de sa circonférence , on a planté une série de petites tiges de bois placées en face de chaque lettre ; en saisissant une de ces tiges saillantes , on peut faire tourner le disque A de manière à amener une lettre

TtL££S&rSfE ILOTI -XI- 1S3

quelconque du cadran ea tare d une pake fixe oa arrêt B. Mais comment peu! -ou faire répéter, à ta station extrême, par le cadran indicateur, ta lettre amenée aa-devant du j»iut d’arrêt B sur le commmicaieitr * La tizure ci-dessous, qui représente une coupe , dans k sens vertical , du communicateur , dont la figure précédente représentai!: i'ékva-Joa , va k taire comprendre.

Au-dessous du disque tournant A. et fui servant de support, se trouve un cylindre métallique BB , mobile autour de sou centre, lequel, à l'aide de la tige roéialiique a , établit la communication avec 1e fil conducteur du télégraphe. Ce cylindre métallique est pourvu, sur sa circonférence, d’un certain nombre de petites bandes de bois ou d'ivoire , corps qui ne conduisent pas l'électricité. Ces bandes sont en nombre exactement

correspondant à celui des lettres du cadran. Ce cylindre est donc formé mi-partie de substances conductrices, et mi-partie de substances non conductrices de l’électricité. Or, une sorte de ressort métallique b auquel est attaché , par son extrémité inférieure , le second fil conducteur de la pile , se trouve en contact immédiat avec ce cylindre formé de substances alternativement conductrices et non conductrices. Quand ou fait

tourner le disque , le courant voltaïque doit donc être établi , puis interrompu, à chacun des contacts du ressort métallique b avec les différentes bandes conductrices et non conductrices. Toutes les fois , par exemple , que le ressort b touche une des portions métalliques du cylindre , le courant électrique s’établit dans l’appareil , puisque le circuit est alors tout entier formé de substances conductrices de l’électricité; lorsque , au contraire , ce ressort est en contact avec l’ivoire, le courant électrique s’interrompt. Le circuit voltaïque est donc alternativement établi ou suspendu , selon qu’il passe devant le ressort b une bande de métal ou une bande d’ivoire. Or, et c’est là le point important à remarquer pour l’intelligence de l’instrument, les bandes conductrices et non conductrices sont exactement , comme nous l’avons déjà fait observer, en même nombre que les lettres du cadran; il en résulte qu’à chaque lettre qui passe devant le ressort b , le courant voltaïque est établi ou suspendu. Mais on se rappelle que , d’après la disposition de Y indicateur représenté sur la figure de la page 180 , à chacune des interruptions et des rétablissements successifs du courant, le cadran de l’indicateur marche d’une lettre ; par conséquent, les deux cadrans une fois mis d’accord, toutes les fois que l’on amènera une lettre quelconque au-devant de l’arrêt B dans le communicateur, la même lettre apparaîtra instantanément à la fenêtre du cadran placé à la station extrême : de telle manière qu’il suffira d’amener un signe quelconque en face de ce point d’arrêt à la station du départ , pour que la même lettre apparaisse instantanément à la station d’arrivée sur le cadran de l’indicateur. Admettons, par exemple, qu’on veuille transmettre d’une station à l’autre le mot Paris, voici les différentes manœuvres qu’il faudra exécuter. Avant de transmettre aucun signe , on commencera par mettre d’accord les deux cadrans , c’est-à-dire les disposer tous les deux de telle manière que la lettre (pii se montre à l’ouverture du cadran indicateur soit la

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même que celle qui se trouve au point d'arrêt du communicateur. L’instrument ainsi réglé , on fera tourner le disque du communicateur de manière à amener la lettre P au-devant du point d’arrêt. On fera la même manœuvre pour les lettres suivantes, et toutes ces lettres viendront à tour de rôle se reproduire dans le même ordre sur le cadran de la station d’arrivée, Le signe — porté sur le cadran indique la fin d’un mot : le point marque la fin d’une phrase.

Telles sont les dispositions principales du télégraphe à cadran qui est surtout en usage aujourd’hui pour le service spécial des chemins de fer en Angleterre et en France.

On a renoncé en Angleterre à l’emploi de ce télégraphe , pour les lignes de la correspondance générale, en raison des dérangements qui survenaient dans le mécanisme destiné à faire marcher les cadrans. Le nouveau système dont on fait usage aujourd’hui sur la plupart des lignes anglaises a été imaginé par M. AVheatstone, et diffère en touts points de celui dont il vient d’être question. Cet appareil , qui porte le nom de télégraphe à deux aiguilles, est l’instrument télégraphique réduit à sa plus simple expression : l’intelligence de l’opérateur y tient , pour ainsi dire , lieu de mécanisme.

Le télégraphe à deux aiguilles de M. AVheatstone se compose tout simplement de deux aiguilles fixées chacune au centre d’un cercle ; ces aiguilles peuvent se mouvoir autour du cercle en s’arrêtant à volonté à l’un des points de sa circonférence. Elles sont mises en mouvement à l’aide de deux manivelles ou poignées que l’opérateur tient dans les mains. Grâce à un mécanisme analogue à celui que nous avons décrit pour le télégraphe à cadran, le mouvement imprimé aux manivelles établit ou interrompt le courant électrique, et l’aiguille peut, de cette manière, prendre sur la circonférence du cercle la place que I on désire. Ces deux aiguilles et leurs cadrans sont fixés sur

le panneau antérieur d’une sorte de grande boîte oITrant à peu

près l’aspect d’un tombeau antique.

La figure suivante représente l’ensemble du télégraphe à double aiguille de M. Wheatstone. sont les deux aiguilles que mettent en mouvement , par l’intermédiaire du courant

électrique, les deux manivelles B, B. La caisse supérieure (1 renferme la sonnerie , ou le timbre qui, par sa résonnance , doit attirer l’attention de l’employé ; I) est une autre manivelle qui fait agir la sonnerie en mettant son conducteur en communication avec la pile.

Les positions combinées que peuvent prendre les deux aiguilles ont servi h former un alphabet. Les signes adoptés pour désignation des lettres sont les suivants :

Googj

TÉLÉGRAPHIE ÉLECTRIQUB. 187

A, un coup à gauche de l’aiguille à gauche.

B, deux coups de la môme aiguille à gauche.

C, trois coups de la môme aiguille à gauche.

D, quatre coups de la môme aiguille à gauche.

E, un coup de l’aiguillé de gauche et deux de l’aiguille de droite.

F, un coup de l’aiguille de gauche et trois de l’aiguille de droite.

C’est , connue ou le voit, un alphabet de sourd et muet: ou forme, avec les aiguilles du télégraphe , des signes analogues à ceux que le sourd-muet exécute avec ses doigts. M. Wheatslonc a compté sur l’adresse , sur l’habileté particulière des employés, pour suppléera l’insuffisance du mécanisme de sou instrument. L’expérience a justifié la confiance que l’inventeur avait mise dans les ressources de l’organisation humaine servie et réglée par l’intelligence. Le moyeu physiologique est destiné à suppléer ici à l’imperfection de la combinaison mécanique.

Il importe d’ajouter pourtant que des erreurs se glissent assez fréquemment dans les messages transmis de cette manière , et que si l’appareil télégraphique anglais est le plus simple que l’on connaisse, il est bien loin d’être le plus parfait II est assez connu qu’en Angleterre , par suite de son emploi , beaucoup de dépêches sont chaque jour incomplètement ou inexactement transmises. Outre l’inconvénient d’exiger deux fils conducteurs, ce qui double les dépenses d’installation, le système anglais présente ce côté très défavorable, que nulle trace du message ne peut y être conservée. C’est la mémoire seule des employés, occupés à lire sur les cadrans les signaux au fur et à mesure de leur transmission, qui répond de l’exactitude de la traduction. Aucun moyen de contrôle ne permet de reconnaître une erreur commise dans leur travail. C’est à ces deux causes, graves toutes les deux, qu’il faut attribuer

l'imperfection relative que présente en Angleterre la pratique de la nouvelle télégraphie. Aussi l’appareil de M. Wheatstone n’a-l-il été adopté par aucune autre nation de l'Europe pour le service télégraphique.

Pour faire manœuvrer les aiguilles des cadrans, on a choisi de jeunes garçons de quinze ou seize années ; on comptait avec raison sur la vivacité et la délicatesse de mouvements naturelles à cet âge pour se plier plus vite aux conditions si nouvelles el si particulières de ce service. Ces enfants n’ont pas tardé, en effet, à acquérir une habileté prodigieuse à comprendre le vocabulaire télégraphique et à exécuter les signaux qui le conposent. Rien n’égale leur dextérité dans le maniement pratique de ce langage de sourd et muet. Les aiguilles s’agitent sous leurs doigts avec la promptitude de la pensée ; les mouvements sont si pressés et si rapides, que l’œil a de la peine à les suivre. On lit en gros caractères sur les murs de la salle : « Ne dérangez pas les employés quand ils sont occupés à leurs appareils. » Cet avis est assez superflu, car on voit les enfants, pendant le cours de leur travail, causer, rire, et s’occuper de ce qui se passe autour d’eux, comme s’ils exécutaient la besogne la plus indifférente; il leur arrive même, pendant l’expédition d’un message , de faire des aparté télégraphiques, et d’assaisonner les dépêches qu’ils sont occupés à transcrire de quelques plaisanteries à l’adresse de leur camarade.

On a observé, en effet, que les jeunes employés du télégraphe finissent par faire, en quelque sorte, connaissance avec leurs correspondants des autres stations. Cette espèce d’intimité est si bien établie entre eux, qu’ils savent reconnaître, aux premiers mouvements des aiguilles , celui de leurs camarades qui se dispose à leur écrire. On entend quelquefois un des employés de Londres s’écrier, en remarquant les mouvements de son appareil que l’on commence à faire agir de Manchester, par exemple: «Ah! voilà George revenu! » Un autre, en

voyant les premières oscillations de ses aiguilles que l’on fait marcher de Liverpoel, prend sa place d'un air de contrariété et de mauvaise humeur, en disant : « Allons, c’est encore ce brutal de John qui est là-bas! » Ces sentiments d’antipathie qui s’établissent ainsi entre les employés d’une môme ligne vont quelquefois au point de forcer l’administration à les séparer; c’est ce que l’on a fait récemment sur la ligne de Londres à Birmingham, où deux jeunes gens étaient sans cesse occupés à se quereller et à échanger des injures par le télégraphe.

Le langage télégraphique permet d’obtenir une vitesse de transmission telle, que l’on expédie facilement en trois secondes un mot d’une longueur ordinaire, ce qui revient à une vingtaine de mots par minute. En cas d’accident arrivé à l’appareil, on peut écrire avec une seule aiguille au moyen d’un alphabet différent préparé pour ces sortes de cas. Mais alors la vitesse n’est plus que de huit à neuf mots par minute.

La télégraphie électrique est aujourd’hui exploitée en Angleterre sur une échelle considérable. En 1 8/(6 , la Compagnie du télégraphe électrique lit construire un établissement magnilique dans la cité de Londres, à proximité de la Bourse et du quartier de la Banque. Ces bâtiments forment le point de jonction où viennent aboutir les ligues télégraphiques qui rayonnentde soixante villes importantes. Londres se trouve ainsi en communication instantanée avec Cambridge , Norwich , Portsmouth; avec Birmingham, Stratford, Derby, Nottingham, Liverpool, Manchester, Glasgow, Édimbourg, etc.; il communique aussi de la même manière avec Folkstone et Douvres. Le bureau central de la Compagnie se trouve relié avec toutes les têtes des chemins de fer qui ont des bureaux de télégraphie électrique, par des fds qui passent dans les rues à travers des conduits souterrains. Ce bureau central communique ainsi avec toutes les lignes électriques d’Angleterre, el il correspond dans ce moment avec cent dix-huit stations ou bureaux éfec-

5* ÉDIT. — III. Il-

trique situés dans Londres et les autres villes importantes de la Grande-Bretagne. Depuis l’année 18 'j 7 jusqu’à cette année, la Compagnie a étendu d’une manière remarquable les fils du réseau électrique. D’après un relevé donné en 1850 par M. Walker, 2,218 milles anglais (917 lieues de France) étaient déjà occupés par les fils du télégraphe électrique.

Depuis cette époque, le réseau télégraphique a presque doublé d’étendue. La Compagnie télégraphique a établi les communications sur une étendue de 4,265 milles. La longueur totale des fils est de 25,233 milles. Dans les six mois qui finissaient en juin 1854, elle avait communiqué près de 36,000 messages, et reçu plus d’un million et demi de francs.

L’administration anglaise a mis, quatre années avant nous, e télégraphe électrique à la disposition du public. La Compagnie du télégraphe électrique, qui, en Angleterre, a le monopole de toutes les communications télégraphiques, est chargée de l’exécution de ce service. Les correspondances du gouvernement ont lieu, comme celles du public, par le bureau central de la Compagnie; seulement le gouvernement obtient, par déférence, la priorité |x>ur le passage de ses dépêches. On assure même que ce privilège peut lui être contesté.

Comme l’organisation des établissements publics de télégraphie électrique est de nature à intéresser nos lecteurs, nous donnerons une idée des dispositions intérieures du Télégraphe central de Londres.

Le Télégraphe électrique central est situé dans la rue Lothbury, en face du mur extérieur de la Banque. Quand ou entre dans l’établissement, on trouve d’abord une grande salle commune éclairée par le haut et contenant trois galeries superposées. Au milieu de la salle, règne une longue table div isée par des rideaux verts en six compartiments ou pupitres. C’est là que le public est admis à écrire les communications destinées à être expédiées par le télégraphe. Les messages doivent être

inscrits sur une feuille de papier à lettre, dont près de la moitié est déjà remplie par une formule imprimée, avec des blaucs destinés à recevoir le nom et l’adresse de l’expéditeur, celui de la personne à qui la communication est adressée, le prix du message et celui de la réponse, la date et l’heure de la réception de la dépêche, enfin la date et l’heure à laquelle la transmission a été commencée et terminée.

A mesure que les messages sont écrits, ils sout passés l’un après l’autre, par un guichet vitré, dans une petite pièce nommée bureau il enregistrement. Là on eu prend note, et on les marque d’un numéro d’ordre; l’employé qui vient de faire cet enregistrement les place ensuite dans une petite boîte et tire le cordon d’une sonnette. Au même instant la boite s’envole par une espèce de cheminée de bois et transporte son contenu à la partie supérieure de l’édifice dans la salle des instruments.

Si l’on rejoint la dépêche en suivant la voie plus lente, mais plus commode, de l’escalier, on arrive dans une assez graude pièce où se trouvent disposés huit appareils télégraphiques destiués à transmettre les messages dans les différentes directions. Chacun de ces appareils porte les noms de six ou huit stations avec lesquelles il correspond. L n employé suffit pour desservir trois de ces appareils.

Quand les différents messages sout arrivés à l’étage des instruments, on les place sur l’appareil qui doit en faire l’expédition, et le jeune garçon chargé de ce travail se met aussitôt à l’œuvre. Il commence par faire sonner, à l’aide du courant électrique, une petite sonnette, qui donne simultanément l’éveil à toutes les stations de la ligne. Mais tout en attirant ainsi l’attention des agents placés à chacune des stations, le bruit produit par les sonnettes cesse presque immédiatement partout, excepté à la station vers le nom de laquelle l’enfant dirige l’aiguille indicatrice. A ce signal, l’agent de celte station sait que le message qui va arriver n’est adressé qu’à lui, et,

192 DECOU VEHTES SCIENTIEiyUES.

au moyen d’un signal correspondant, il fait savoir à la station de Londres qu’il est h son poste, prêt à recevoir la communication annoncée. Notre jeune garçon saisit alors de ses denx mains les deux manivelles qui font mouvoir les aiguilles, et se met à transcrire la dépêche, en faisant rapidement manœuvrer en divers sens celte poignée, qui imprime à ses aiguilles et à celles de son correspondant des mouvements saccadés désignant telle ou telle lettre de l’alphabet électrique. Le message, reçu à la station où il a été envoyé, est immédiatement copié et porté à son adresse par un piéton attaché à l’établissement.

Les dépêches expédiées des différentes stations du royaume et aboutissant à Londres sont reçues dans la même salle aux instruments , dont nous venons de voir partir un message. La manœuvre pour la réception est tout aussi simple que celle de l’envoi. Deux employés se tiennent au-devant de l’appareil qui transmet la dépêche. L’un d’eux lit les mots à mesure qu’ils se présentent, et les dicte à son camarade. Cette dictée est si rapide que la plume a de la peine à la sui\ re. Quand un mot n’a pas été bien compris, l’employé en informe son correspondant par un signal particulier, et celui-ci recommence. La dépêche terminée, celui qui l’a reçue relit le manuscrit pour s’assurer qu’aucune erreur n’a été commise. L’heure et la minute de la réception sont notées ; la copie est signée et elle descend au bureau d’enregistrement, où elle est transcrite sur un registre, et enfin envoyée à son adresse par un facteur.

Il nous reste à faire connaître les prix adoptés par la Compagnie du télégraphe électrique pour la transmission des dépêches. Ces prix, encore assez élevés, ont été jusqu’ici un obstacle à l’emploi très général du télégraphe électrique. Le tarif anglais devra subir de grandes réductions, si l’on veut que la correspondance électrique rende en Angleterre les services infinis qu’elle procure aujourd’hui en Amérique.

Le tarif anglais actuel n’admet que deux taxes, suivant la

distance des stations. Dans la première classe on range les \illes les plus rapprochées de Londres, pour lesquelles la taxe d’une dépêché de vingt mots est fixée à 3 fr. 25 c. ; dans la seconde sont comprises les villes plus éloignées, et pour lesquelles la taxe est de 6 fr. 50 c. pour le même nombre de mots.

Liste des villes pour lesquelles la taxe est de 3 fr. 23 c., en partant de Londres.

Banbury.

Glocester.

Portsmouth.

Birmingham.

Gosport.

Rugby.

Brighton.

Hersford.

Soulhaniplon.

Buckingham.

Leicester.

Stamford.

Cambridge.

Lowestoff.

Tamworth.

Chelmsford.

Macclesfield.

Tring.

Cheltenham.

Melton.

Winchester.

Chesterfield.

Newmarket.

Wisebeach.

Colchester.

Norwich.

Wolwerton.

Coventry.

Borchester.

Ely.

Oxford.

Peterborough.

Poole.

Yarmouth.

Liste des villes pour lesquelles lu taxe est de 6 fr. 30 c. en partant de fjmdres. *

Bangor.

Haddington.

Nottingham.

Benvick.

Halifax.

Rochdale.

Birkenhcad.

Harrogate.

Scarborough.

Bradfort.

Holyhead.

Sheffield.

Burton.

Hudersfield.

Shields (South).

Chester.

Hull.

Stafford.

Convay .

Lecds.

Stockport.

Crewe.

Leith.

Stoke-on-Trent.

Darlington.

Lincoln.

Sunderland.

Berby.

Liverpool.

Swinton.

burham.

Malton.

Ullonetcr.

Edimbourg.

Manchester.

Wakefield.

Caleshead.

Ma llock.

Walsall.

Glasgow.

Newcastle.

York.

Granton.

Narmanton.

Si la dépêche excède vingt mots, son prix est déterminé en ajoutant une demi- taxe pour 'chaque dix mots. Ainsi une dépêche composée de trente mots de Londres à Liverpool, par exemple, coûterait 9 fr. 75c.; une dépêche de quarante mots, 13 francs, etc. Il faut ajouter à ce prix le port du message au domicile du destinataire. Ce port est de 1 fr. 25 c. , aux diverses stations de la province. Dans l’intérieur de Londres, le prix de la remise du message varie selon l’éloignement du quartier: 1 fr. 25 pour le premier mille, 1 franc de plus par chaque mille en sus (1).

Indépendamment de la transmission des messages particuiers, la Compagnie du télégraphe éleetnque a établi, au centre des principales villes du royaume, des bureaux où l’on peut recevoir et d’où l’on peut expédier à toutes les autres stations des renseignements et des communications de différente nature. Il y a, à chacune de ces stations, une salle pour les abonnés, dans laquelle on affiche sur des tableaux, au fur et à mesure qu’elles arrivent, toutes les informations d’un intérêt public ou commercial, telles que le cours de la bourse de Londres, les mercuriales des différents marchés, le prix courant des marchandises dans les principaux centres manufacturiers, l’état de la mer et de l’atmosphère pris à neuf heures du matin dans les divers ports, l’arrivée et le départ des navires, les sinistres de mer, les nouvelles du sport et du parlement, les nouvelles générales etc. Les commnnications de celte nature sont confiées, dans l’établissement central de Londres, à un département spécial nommé département des nouvelles, distinct du département des messages privés, et qui a pour mission exclusive de fournir des nouvelles aux salles de souscription d’Édiinbourg, de Glasgow, de Liverpool, de Leeds, de

(1) Le mille terrestre anglais, comme le mille américain , est de

Manchester, de Hull, de Newcastle, etc. A sept heures du matin, tous les journaux de Londres sont apportés au chef de ce département, qui en extrait, pour être transmises sous forme abrégée, aux différentes stations provinciales, les informations qu’il juge devoir être plus particulièrement utiles à chacune d’elles. Les journaux de ces diverses localités attendent pour mettre sous presse l’arrivée des dépêches électriques, et c’est ainsi que le négociant de Manchester reçoit, à huit heures du matin, des nouvelles que le chemin de fer n’apporterait qu’à deux heures moins un quart, et qui ne parviendront a Edimbourg, par cette même voie, qu’à neuf heures et demie du soir. La plupart des journaux de la province ont des abonnements au télégraphe électrique de Londres pour recevoir instantanément les nouvelles de la journée. Il qn résulte pour eux une avance notable sur les journaux de la capitale.

Telles sont les dispositions intérieures de l’établissement central du télégraphe électrique à Londres.

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