‹ PhotographieChapitre 15 sur 38 · A B C D E F G OP Q R S T U · texte numérisé non relu

A B C D E F G OP Q R S T U

Il IJ KL M N V W X Y Z etc.

Cependant l’emploi de la coupe de mercure pour établir ou interrompre le courant électiique présentait dans la pratique certaines difficultés. M. Morse a remplacé celle partie de l’appareil par un instrument plus simple que nous représentons dans la figure qui suit. Il se compose d’une sorte de petite enclume métallique A, dont le bout inférieur placé au-dessous de la plate- forme BC est soudé au fil conducteur de la pile a , et

d’une sorte de marteau métallique C , fixé à l’extrémité d’un

ressort d’acier ü, soudé lui-mème au bloc métallique E ; le

second fil de la pile b, qui sert à compléter le circuit, est soudé

a ce dernier bloc métallique. Lorsque le marteau repose sur

l’enclume, le courant voltaïque est établi ; il est, au contraire,

suspendu quand le marteau est séparé de l'enclume par l’action

du ressort qui tend constamment à le soulever. Il suffit donc

de toucher légèrement le marteau avec le doigt pour établir le

courant, et de retirer le doigt pour l’interrompre. Le petit

instrument est aujourd’hui le seul employé comme clef du /

16a DÉCOUVERTES SCIENTIFIQUES,

télégraphe, c’est-à-dire pour former, par l’établissement ou l'interruption du courant, la série de signes qui correspondent aux lettres de l’alphabet.

Dans le premier modèle du télégraphe américain, on se servait, pour tracer les signes sur le papier, d'un crayon domine de plomb. Comme il fallait à chaque instant aiguiser ce crayon, on le remplaça par une plume à laquelle un réservoir fournissait constamment de l’encre. Cette plume donna d’assez bons résultats, mais l’écriture était confuse ; d'ailleurs si l’instrument s’arrêtait quelque temps, l’encre s’évaporait et laissait dans la plume un sédiment qu’il fallait retirer avant de la mettre de nouveau en activité. Ces difficultés forcèrent l’inventeur à chercher d’autres manières d’écrire. Après beaucoup d’expériences, il s’arrêta à l’emploi d’un levier d’acier à trois pointes, qui imprime sur le papier tournant des traces nettes et durables. Ces pointes métalliques laissent sur le papier, qui est très épais, des marques qui ne le percent pas, mais qui s’y impriment en relief, comme les caractères à l’usage des aveugles (1).

C’est au mois de mai 18aa que fut inaugurée, aux États- Unis, la première ligne télégraphique; elle était établie entre Washington et Baltimore, sur une longueur de seize lieues.

(1) L’emploi du crayon est cependant bien préférable à celui des pointes d’acier, auxquelles M. Morse a été contraint d’avoir recours, par suite de la difllcullé qu’il a éprouvée à faire retailler le crayon à mesure qu'il s’use par le travail. M. Froment a beaucoup mieux résolu cette ditliculté. Il a construit un appareil de ce genre portant un crayon qui se taille lui-môme en écrivant, parce qu’il tourne continuellement sur son axe, tout en exécutant ses mouvements; ce frottement contre le papier use le crayon dans le sens convenable pour l’entretenir constamment taillée. Les signes formés par ce télégraphe présentent la forme suivante :

LMMWMM /mn/V 1/m IWU l/W ~UUL JWU UM~ n nn ri p r

MJW LAAMM/1 fl/ui M ~ f l a — \ n nnnmm nna mi — VAT

D'après le nombre de ces traits , on peut construire un alphabet en chiffres qui suffit à toutes les nécessité; de la correspondance.

"“Vi

Les nouvelles relatives à lelection du président furent transmises avec tant de rapidité, que tout le monde fut dès ce moment convaincu des immenses avantages de ce nouveau moyen de communication. Tout aussitôt se formèrent plusieurs compagnies particulières pour doter le pays de cet inappréciable bienfait. La ligne de "Washington à Baltimore fut bientôt prolongée jusqu’à Philadelphie et New- York, sur une étendue de cent lieues. En 1845, elle atteignait Boston, et formait la grande ligne du Nord, sur laquelle d’autres lignes vinrent plus tard s’embrancher.

Le réseau télégraphique embrasse aujourd’hui aux États- Unis un territoire immense; il relie le golfe du Mexique aux forêts du Canada. L’une des lignes télégraphiques partant de Burlington-Vermont, sur la frontière du Canada, traverse Boston, New- York et Washington, en passant par Baltimore et Philadelphie; elle parcourt la Virginie, la Caroline, la Géorgie, et descend par Richmond, Raleigh, Colombia, Augusta et Mobile jusque vers le golfe du Mexique, et jusqu’à l’embouchure du Mississipi, qu’elle atteint à la Nouvelle-Orléans. Une seconde ligne principale part de cette dernière ville et remonte les vallées du Mississipi et de POhio jusqu’à Louisville. Quelques autres partent des côtes de l’Océan pour se diriger vers le centre du pays, en remontant vers les grands lacs qui le bornent au nord. La ligne de Burlington-Vermont présente une étendue considérable, en raison de la grande distance qui sépare les diverses villes qu’elle embrasse. Entre Burlington-Vermont et Boston, elle a 116 lieues à parcourir; entre Boston et New- York, 102 lieues; entre New-York et Washington 137 lieues ; entre Washington et Colombia, 20 > lieues ; entre Colombia et la Nouvelle-Orléans, 485 lieues. La ligne de la Nouvelle-Orléans à Louisville présente, y compris l«s> embranchements, une étendue de 460 lieues.

Dans les divers États de l’Union américaine, la télégraphie

électrique occupait au mois de juillet 1849, d’après un re!e\é

officiel, uue étendue totale de 1 1 ,(*51 milles ou 4,446 lieues de

France.

Il résulte d’un rapport adressé en novembre 1852. par M. Jules Coutin, au ministre de l’intérieur à Paris, que la longueur totale des lignes de télégraphie électrique dans les États-Unis et le Canada, est de 19,000 kilomètres (4,750 lieues de France). Ce réseau met en communication environ 550 centres de population, grands ou petits.

On a dit, enfin, mais sans invoquer de relevés authentiques, qu’au commencement de 1854, le télégraphe électrique parcourait 41,392 milles dans les États-Unis.

Depuis l’année 1845, dans les États de l’Union américaine, le télégraphe électrique a été mis à la disposition du public. Au mois de décembre 1844, M. Morse écrivait au Congrès des États-Unis pour l’engager à s’emparer du télégraphe électrique dans un but d’intérêt général et comme source importante de revenu pour le trésor. Quelques mois après, le Comité des routes, dans un rapport au Congrès, concluait au monopole du télégraphe électrique par l’État, en le considérant comme une branche nouvelle du post-office (poste aux lettres), et par suite, comme un cas prévu par la Constitution. Mais l’existence d’un tel monopole s’accordait mal avec les habitudes et les mœurs libérales de la république américaine. Le Congrès rejeta cette proposition, abandonnant à la concurrence industrielle l’exploitation du service général de la nouvelle télégraphie ; le gouvernement se réservait seulement l’usage d’un ou de deux fils sur les lignes établies. Aussi la concurrence n’a-t elle pas tardé à multiplier singulièrement le nombre des lignes et à perfectionner les appareils. Entre certaines villes, il existe quelquefois deux ou trois établissements rivaux pour l’exploitation de la correspondance électrique.

- 1 Par suite de ces faits, la télégraphie électrique a pris aux

TELEGRAPHIE ÉLECTRIQUE. 167

États-Unis un développement immense, et depuis plusieurs années, elle rend au commerce, à l’industrie, aux relations privées des citoyens, des services qui sont de tous les jours et de tous les instants. Grâce à cet agent merveilleux, les commerçants américains sont instantanément informés du départ et de l’arrivée des navires dans les ports de l’Océan, des mercuriales, du prix des cotons et des cafés dans les différentes villes du littoral et de l’intérieur. Les producteurs du pays qui expédient des blés, des cotons, des bestiaux et des fourrures, par les fleuves l’Ohio et le Mississipi, sont avertis, pendant tout le cours de cette longue navigation, des différentes particularités et des accidents qui peuvent signaler le voyage, des variations du temps pendant la traversée, et du moment précis de l’arrivée des bateaux. Les particuliers ont très fréquemment recours au télégraphe électrique ; cet instrument est pour eux une seconde poste aux lettres qui, souvent, n’est guère moins occupée que son aînée. Aussi la plupart des lignes télégraphiques, surtout dans les villes importantes, telles que New-York, Boston et Washington, sont-elles presque toujours employées au service public. 11 faut souvent attendre plusieurs heures son tour de transmission, et il arrive quelquefois que les bureaux doivent rester ouverts une partie de la nuit. Les journaux américains, si nombreux et si utilement remplis, donnent chaque jour un grand nombre de renseignements arrivés par la même voie. Il est même assez remarquable que, grâce au télégraphe électrique, les nouvelles d’Europe sont connues à New-York deux jours avant l’arrivée du bateau-poste d’Europe, et voici comment : en arrivant en Amérique, le paquebot touche à Halifax; là, on fait rapidement un résumé des nouvelles qu’il apporte, et ce résumé, immédiatement transmis à New-York par le télégraphe électrique, arrive par conséquent dans cette dernière ville avant le paquebot lui-même, qui doit employer 'deux jours pour rette dernière traversée.

Le rapport de ML Jules Coutin, dont nous avons parlé plus haut, renferme des détails intéressants que nous allons rapporter concernant l'organisation et le service de la télégraphie électrique aux États-Unis.

Aux Étals-Unis, le télégraphe électriqne n’est ni la propriété de l’État, comme en France et dans les principaux pays de l’Allemagne, ni l’objet d’un monopole concédé à une compagnie unique, comme en Angleterre. La transmission des dépêches par l’électricité est une industrie particulière, exploitée par des compagnies nombreuses, qui ne relèvent en rien, pour leur administration, du gouvernement central ou de celui des États, et qui, dans beaucoup de parties de l’Union américaine, peuvent se former sans aucune sanction de l’autorité publique. Tout citoyen, toute réunion de citoyens a le droit d’établir, d’un point à un autre, dans certains États, une communication électrique, à la seule condition de se soumettre aux lois et ordonnances pour l’établissement des lils dans les villes, sur les routes, sur les chemins de fer, sur les monuments publics, et dans les propriétés particulières. La constitution politique et sociale du pays permet à cet égard une entière liberté.

Nulle part, si l’on en excepte la Suisse, l’usage du télégraphe électrique n’est entré dans les habitudes du peuple comme aux États-Unis. L’activité du commerce, la vaste étendue du territoire, les grandes distances qui séparent les centres de population, et le besoin de travailler rapidement, qui forme un des traits distinctifs du caractère de l’Américain du Nord, ont puissamment contribué au développement de la télégraphie électrique dans cette partie du Nouveau-Monde. Toutes les villes importantes sont aujourd’hui reliées par un fil télégraphique, et bien plus, on trouve souvent entre deux villes plusieurs lignes de télégraphie qui se font une concurrence très vive.

Les lignes de télégraphie électrique sont loin d être con- ’truilos en Amérique avec le soin qu’on y apporte en France

TtLICtmiE ELECnt>JCI.

et en Allemagne. Pour les télégraphes e- 5 ctriq«es comme pour les chemins de fer. on se préoccupe de créer rapidement plutôt que de bien faire. Les poteaux qui servent à soutenir tes fils élevés dans l'espace, ne sont pas. comme ceux des lignes européennes, de bonnes et seii<ies branches de sapin , bien sècbes et injectées de sels, qui en assurent la conservation. Le sont tout simplement de jeunes arbres à peine dégrossis. Dans les villes, ces poteaux sont très élevés et très solides; fixés sur les bords des trottoirs, iis supportent de 12 à 15 fils. Hors des villes, le télégraphe est placé le long des chemins de fer, sur le bord des roules, des canaux ou des rivières. Aucune difficulté ne retarde, aucun obstacle u* arrête dans leur installation. S'il se rencontre d'immenses forêts où l’homme n’ait jamais pénétré, on n’bésite pas de\ant cet obstacle : le surveillant du télégraphe sera peut-être la seule créature humaine qui traversera ces déserts. On fixe contre le tronc des arbres de longs clous à tète recourbée, et l’on y attache un goulot de verre qui livre passage au fil. Tel est, dans les forêts d’Amérique, le système économique de suspension et d’isolement du fil de télégraphe. Aussi résulte-t-il de cette disposition, par trop simple, de fréquentes interruptions dans les communications. Des accidents nombreux, tels que la chute des arbres pourris, des orages, des ouragans, la présence de la sève dans l’arbré qui établit une conductibilité vers le sol, occasionnent très souvent la rupture des communications télégraphiques.

Des brigades d’hommes sont chargés de la surveillance des fils et poteaux ; ils parcourent sans cesse la ligne, munis des outils nécessaires pour les réparations. Dans les pays où la population est un peu compacte, ces cantonniers sont placés à d’assez grandes distances, par exemple, à 50, 100 et quelquefois 150 kilomètres les uns des autres. Mais sur les lignes qui traversent les épaisses forêts du sud, il a été reconnu indispeusable de ne pas les séparer de plus de 30 à U0 kilomètres.

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L* i iccif-ua v->graçr»e éJ^ctrique est loin

4 >cre «u une «ai Lj64i& imt k* n'exigeant l’obaenaCMa «e eraue r^re* ta cwtw'vom. chaque comparai* rnastrw **«■ aççar*tb «ï»» ses nuance» ou ses besoins. II esc assez cÉkie. as cr.aaé^wc*:*. de ëofiuer une moyenne esarv des sais de cMsanKOn* far LLoaètit Cependant, on ixe :ece ■«««■■£. pcor um ligne dam les con-

<fcar.-«* «rdtaare, à i*.'*) ô.dan par mi lie, soit 621 francs par kMOOKtre.

Troe syîfcfaes de fettgrapbs êiec triques brevetés fonctionnent «ir fes dn-rves lm sa» des États-Unis : le système Morse, qui «st ao oorii bai é £r&nka»rat répandu en Europe, celui d'Alexandre Bain et cefed de Home.

Sur presque toutes les lignes oo se sert des appareils de M. Morse, qui retire des sommes énormes de 1’expioitation de ton brevet : la moitié des dividendes de la compagnie lui est dévolue.

Le télégraphe de M. Bain, c'est-à-dire le télégraphe qui imprime les déj*-chfcs en caractères colorés sur une feuille de papier revêt ne d'une préparation chimique, est assez fréquemment employé aux États-L ois. Il imprime les dépêches au moyen d'une pointe de fer qui se meut sur un papier imbibé de cyanure jaune de potassium. Lorsque le courant passe, le fer est attaqué chimiquement au contact du cyanure, et laisse sur le papier une trace de bleu de Prusse. Dans ce système, la transmission de la dépêche se fait avec une tris grande rapidité ; mais la composition préalable que l'on est obligé de faire de cette dépêche à la station opposée, demande un temps assez long. Le télégraphe imprimant est employé par plusiimrs compagnies dont le réseau forme environ 2,500 kilomètres. Il est aussi d’un beau revenu pour l’inventeur.

L’appareil de House marque des lettres ordinaires d’imprimerie sur une bande de papier, de telle sorte que l’on envoie

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Amérique.

Les dépens d'aèinètnô.e « d'eqMtXM es» général, sont restreintes autant que posâhte. Les osmpaçuMO, n étant que des entreprises ioditsîrkttes. wd n èwii lewrs affaires (Wb mercialement. Mais sur les ligues de grandes distances, on ailministre avec une économie mal entendue, qui nuit souvent i la promptitude et à ia régularité d» senice. I ne ligue de grande distance étant toujours la propriété de plusieurs compagnies, il en résulte, à chaque point où la dépêche est retranscrite pour être réexpédiée par une autre, de fâcheux retards» qu’il est impossible d’éviter par aucun moyen, lui duréi> ordinaire du temps nécessaire pour envoyer de New-York à la Nouvelle-Orléans une dépêche et pur en recevoir la réponse, est de deux jours : la distance aller et retour par les lils, est de 6,300 kilomètres environ (1,575 lieues). L’est que les lignes, rarement en bon état, traversent d’immenses forêts, et que do nombreuses transcriptions sont nécessaires. Les longues lignes laissent donc beaucoup à désirer sons lo rapport do la régularité, mais celles qui sont entre les mains d’une seule compagnie sont généralement bien servies.

Outre les retards qui proviennent de l’étendue des lignes et

de l’imperfection de leur établissement, une des causes qui produisent les plus nombreuses interruptions dans le service des télégraphes électriques aux États-Unis, est la fréquence des orages. Plusieurs compagnies ont cru trouver un moyen de remédier à cet inconvénient, en posant sur le sommet de chaque poteau un morceau de lil fer taillé en pointe, de 15 à 20 centimètres de haut, et mis en communication avec le sol. C’est le même appareil qui sert en Angleterre pour le même objet, et qui se trouve placé également sur le sommet de chaque poteau.

Le personnel chargé de la transmission des dépêches est toujours très restreint en Amérique. Chaque station emploie en moyenne quatre jeunes gens, stationnaires ou commis, dans les bureaux où règne une grande activité. Dans les provinces et les petites villes, une ou deux personnes suffisent. Quelques compagnies ont un directeur qui a le contrôle immédiat de toutes les affaires de l’administration.

Les bureaux des télégraphes sont ouverts, pendant la semaine de sept heures du matin à dix heures du soir ; le dimanche, de neuf heures à dix heures le matin, de deux à trois et de sept à neuf le soir. Toute personne qui le demande, peut néanmoins, pendant la semaine, expédier une dépêche en dehors des heures ordinaires de travail, à la charge par elle de payer par heure

2 francs 50 c. pour chaque stationnaire ainsi occupé, ou 5 francs par bureau. Les journaux attendant des nouvelles intéressantes de quelque point du territoire usent fréquemment de cette faculté.

Les dépêches sont transmises toutes d’après leur ordre d’inscription. Cependant, quelques messages d’une nature urgente ont droit à une expédition plus rapide et prennent un tour de faveur. Telles sont, par exemple, les dépêches du gouvernement ou de la justice, celle pour la découverte des criminels, les nouvelles de mort ou de maladie, etc., enfin les communications très importantes qui intéressent la presse. La personne

qui envoie un message peut le transmettre en langue anglaise ou en chiffres secrets. Contrairement à ce qui existe en France sous ce rapport, le public jouit de la plus grande liberté quant au contenu de la dépêche ; beaucoup de messages sont écrits en langues étrangères, en français, espagnol, allemand, etc. Les dépêches secrètes deviennent de jour en jour plus fréquentes, car le commerce croit y trouver un puissant moyen de spéculation.

L’expédition à domicile des dépêches se fait ordinairement avec rapidité, économie et fidélité. Cette expédition est à la charge des compagnies de télégraphie, excepté pour la ville de New-York. Dans cette ville, à chacun des douze bureaux de télégraphe sont attachés cinq jeunes garçons, en tout soixante, qui sont chargés de la distribution des dépêches. La ville a été partagée par toutes les compagnies en deux zones : le quartier commerçant et industriel, et le quartier non commerçant où se trouvent presque toutes les habitations particulières. Un tarif a été fixé pour chacune de ces zones. Pour le quartier commerçant, le prix est de 0,75 c. ; dans les faubourgs,

1 fr. 25 c. Chaque porteur est muni d’un registre, sur lequel la personne qui reçoit la dépêche inscrit son nom, son adresse * et l’heure de la réception. Ces livres sont toujours à la disposition de ceux qui voudraient les consulter. L’enveloppe de la dépêche porte le nom du destinataire, son adresse ; et en tête de la dépêche , dans l’intérieur, est mentionnée l’heure de la transcription au point de départ et celle de la réception au bureau d’arrivée.

Une exception aux prix mentionnés dans le tarif ordinaire, est faite aux États-Unis en faveur de la presse. Une publicité commerciale et- politique aussi grande et aussi prompte que possible, est un besoin que le peuple américain a toujours placé en première ligne. Les journaux, aux États-Unis, sont en effet plus nombreux qu’en aucun pays du monde, et ils

sont, en général, mieux informés, et à moins de frais, que ne

le sont les journaux anglais.

Pendant les premières années qui suivirent l’apparition du télégraphe électrique, les communications pour la presse étaient rares, les dépêches courtes, rédigées souvent d’une manière obscure par les correspondants, et dans tous les cas très coûteuses. C’est seulement à dater de 1847, à l’occasion de la

guerre du Mexique, que les relations devinrent plus fréquentes entre les journaux et les télégraphes. Comme le public était vivement intéressé à recevoir promptement les nouvelles, chaque feuille importante avait des correspondants sur le théâtre de la guerre, et des estafettes sur les lacunes des télégraphes. Tous les journaux rivalisèrent de rapidité et d’exactitude. Mais le système qui fut employé alors était trop dispendieux ; il a été remplacé par un autre plus simple, plus sûr et plus économique.

Aujourd’hui, dans presque toutes les grandes villes de rUnion, les journaux ont formé une association pour leur correspondance électrique. Cette association est entretenue par un fonds commun, auquel tous les journaux contribuent par por- ' lions égales. Cn directeur, mis à la tète de ce service, est chargé de recueillir, par la voie la plus prompte et au moyen d’agents à lui, les nouvelles de tous les points du globe. Ces nouvelles, dès qu’elles sont parvenues au bureau sont expédiées sans appréciation à chaque feuille en même temps. Les six journaux les plus importants de New-York ont été les premiers à fonder une association de ce genre (1). Les dépenses de cette association se sont élevées en 1851 h 150,000 francs, soit 25,000 francs pour chaque feuille.

Nous terminerons cette revue par l’examen des rapports de la télégraphie électrique avec les chemins de fer.

-'tfe.logu,

(i) Nous n’avons pas besoin de faire remarquer que des institutions es existent maintenant en France.

Les chemins de fer aux États-Unis étant encore, à très peu d’exceptions près, tous à simple voie, le télégraphe électrique semble devoir être pour eux un complément indispensable. Il y a généralement sur chaque ligne de fer une ligne de télégraphie ; mais le chemin de fer n’ayant, par économie, aucun fil, aucun poste, aucun personnel à lui, ne retire du télégraphe que fort peu de services.

En Angleterre et en France, les compagnies de chemins de fer qui ont des fils électriques à leur disposition, sont immédiatement informées, dans leurs centres principaux, des moindres événements qui se passent sur leurs lignes. Il en résulte pour l’exploitation une grande sécurité, et dans certaines branches de service, une économie notable. Mais, à cet effet, les compagnies ont des bureaux de télégraphe, un personnel spécial dans leurs gares principales, et de petits postes dans leurs stations secondaires. D’ordinaire, les chefs et employés de ces stations secondaires, sont, en même temps, agents du télégraphe électrique pour la compagnie. Aux États-Unis, au contraire, les chemins de fer n’ont ni postes ni fils télégraphiques dont ils aient la propriété et l’usage exclusifs. Quand les besoins de l’exploitation d’un chemin de fer exigent la transmission de quelque dépêche, l’agent de la compagnie transporte son message a la station du télégraphe ; dans les cas véritablement urgents, il prend un tour de priorité sur ceux du public, et n’est soumis à aucune taxe. Ces faveurs sont accordées en retour de la permission donnée à la compagnie du télégraphe de poser ses poteaux sur la ligne de fer. Cet état de choses ne permet pas, on le voit, aux administrations de chemins de fer d’user du télégraphe pour ces mille dépêches de service qui facilitent tant l’exploitation des chemins de fer dans les diverses parties de l’Europe où presque chaque ligne de chemin de fer est, en même temps, pourvue d’un fil de télégraphie électrique.

On voit, en résumé, que si les États-Unis ont aujourd’hui un

réseau télégraphique important par son étendue, il leur reste pourtant beaucoup à faire encore pour la régularité, pour l’utilité de son exploitation. Mais il est un fait qui frappe l’attention quand on considère la télégraphie américaine : c’est une incessante recherche de procédés nouveaux. Les administrations ne reculent pas devant une expérimentation continuelle d’instruments et d’appareils nouvellement inventés. La rivalité des lignes, le besoin d’économie, et quelquefois aussi le désir, peu louable, d’éluder des brevets très coûteux à acheter, entretiennent cet esprit d’innovation qui ne peut manquer de produire les meilleurs résultats pour le perfectionnement d'un système de correspondance, devenu aujourd’hui l’auxiliaire obligé et indispensable de la civilisation.

La faible élévation des prix du tarif américain pour transmission des dépêches électriques peut expliquer en partie la rapide extension de ce procédé de communication et l’usage fréquent qu’en font les particuliers. Le tableau suivant représente les tarifs adoptés par les compagnies américaines :

De Washington à Neiv-York.

Do Wasliinpton à

Nombre dos

Premiers Chaque mot

milles.

dix mots.

en plu*.

Baltimore

1 0 cents (1)

1 cent

Philadelphie

Trenson (New-Jersey).

Princetown (/ci.) . . .

New-York

Do Washington à New-Orléans

( Louisiane ).

Georges-town

4 ccnt

Alexandria (Virginie). .

Fredericksburg (Id.). .

(t) Le dollar vaut 5 fr. 42 c., et le ccntO fr. 054 c.

Do Washington à

Nombre des

Premiers

Chaque mot

milles.

dix mots.

en plus.

Richmond (Id.)

27 cents.

1 cent,

Petersburg (Id.) ......

Raleigh (Caroline du Nord).

Favelteville

Cheraw (Caroline du Sud).

Cambden (Id.)

Columbia (Id.)

Cbarles-town (Id.)

Augusta (Géorgie)

Savannah (Id.)

Macan (Id.)

Columbus (Id.)

Montgommery (Alabama). .

Cabawba

Mobile

New-Orléans (Louisiane). .

Le prix moyen d’une dépêche n’est que la moitié du tarif français, et le tiers environ du tarif anglais.

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