CHAPITRE VIII
Le télégraphe sous-marin. — Pose du fil télégraphique entre Douvres et Calais en 1850. — Reprise et fin des travaux en 1851. — Télégraphe sous-marin entre l'Angleterre et l’Irlande, entre l’Angleterre et la Hollande, entre l’Angleterre et la Belgique. — Télégraphe sousmarin de Varna à Sébastopol à travers la mer Noire. — Télégraphe sous-marin entre la France et l’Algérie. — Tentative pour l’établissement d’un télégraphe sous-marin entre l’Europe et l’Amérique. — Insuccès de l’opération.
Nous n’avons encore parlé que des télégraphes électriques établis sur la terre ; nous n’avons considéré jusqu’ici que ces fils métalliques élevés dans l’espace, et abrités par la niasse non conductrice de l’air, contre la déperdition du fluide pendant le trajet. Il nous reste à faire connaître l’entreprise extraordinaire qui a eu pour résultat de créer des communications du même genre à travers l’Océan , c’est-à-dire au milieu de la substance la moins propre, en raison de son extrême conductibilité électrique, à servir au fluide de moyen de transmission. Considérée longtemps comme un beau rêve , cette œuvre glorieuse a été enfin réalisée avec un complet bonheur, et maintenant plusieurs contrées , séparées les unes des autres par la mer sur une distance considérable, sont en relation électrique continue, et correspondent d’une manière instantanée, comme si elles n’étaient séparées que par un intervalle de quelques lieues.
La théorie démontrait qu’il serait possible d’établir des communications électriques à travers l’Océan. Quelle que soit la conductibilité électrique de l’eau chargée de sels qui occupe le bassin des mers, un fil métallique n’a besoin pour la franchir, sans laisser disséminer l’électricité qui l’anime, que d’être revêtu sur toute son étendue d’une enveloppe isolante. Mais les
5* ÉDIT. — m. 12
difficultés pratiques étaient immenses pour la réalisation de ce projet , car les substances de nature à servir de fourreau isolateur étaient toutes d’un prix élevé ou éminemment cassantes. Une matière nouvelle qu’à apportée en Europe la mission envoyée en Chine par le gouvernement français, la gutta-percha, vint fournir la substance si longtemps cherché. La gutta-percha est un corps qui ressemble beaucoup au caoutchouc , niais qui a sur lui l’avantage, capital dans le cas qui nous occupe, d’être éminemment mauvais conducteur de l’électricité. M. Walker, en Angleterre, fut le premier à saisir l’importance des applications que l’on pourrait faire de la gutta-percha à l’isolement des fils d’un télégraphe. Le 10 janvier 1849, il constata, dans une expérience ad hoc , qu’un fil conducteur télégraphique enveloppé de gutta-percha et placé sous l’eau , dans le port de Folkstone, conduisait parfaitement le courant électrique et permettait de former des signaux comme sur la terre.
En Amérique, M. Morse a fait, en 1849, des essais relatifs à la télégraphie sous-marine; mais le premier télégraphe qui ait été jeté à travers un bras de mer, est celui de la Manche , entre Douvres et Calais : c’est à un ingénieur anglais, M. Jacob Brett, qu'il était réservé d’exécuter cette belle entreprise. *
Far une faveur toute spéciale, M. Jacob Brclt obtint du gouvernement français le privilège exclusif de l’exploitation du télégraphe électrique qui serait établi entre Douvres et Calais. Un décret, en date du 10 août 1849, accorda à M. Brett le droit privilégié d’exploiter pendant une durée de dix ans à partir du 1 er septembre 1850, la communication télégraphique entre l’Angleterre et la France. Celte autorisation obtenue , une compagnie anglo-française se forma pour mettre le projet à exécution. Un fil de cuivre d’une longueur continue de 45 kilomètres , recouvert d’une enveloppe de gutta-percha de 6 millimèlres et demi d’épaisseur, fut préparé pour servir de
TELÉtiRAl'UtK ÉLECTRIQUE. 207
conducteur entre les deux villes. Les points choisis pour l’immersion du fil étaient : la côte de Douvres en Angleterre; en France , le cap Grinez, situé a sept lieues de Douvres , entre Boulogne et Calais.
Tout étant prêt, le 28 août 1850, le bateau à vapeur anglais le Goliath sortit du port de Douvres pour se rendre à l’extrémité de la jetée. On avait disjwsé au milieu du bateau un immense treuil autour duquel s’enroulait toute la longueur du fil métallique recouvert de son fourreau de gutta-percha. Sur le bâtiment se trouvaient , Al. Jacob Brett, AIAI. Wollaston et Crampton, ingénieurs chargés de l’exécution des appareils, MM. Francis Edwards, lteid et quelques autres savants ou principaux actionnaires de l’entreprise. La première opération devait consister à amarrer solidement le fil conducteur sur la côte. La portion du fil destinée à reposer sur le sol était con- ' tenue dans une enveloppe de plomb de la longueur de 300 mètres , afin de la préserver du frottement contre le rivage. Cette opération terminée , et le bout du câble solidement fixé sur la terre, le Goliath se dirigea vers le cap Grinez. Au signal de laissez tomber , l’opération du dévidement et de la pose du fil commença. Le conducteur venait porter, au sortir du treuil , sur un rouleau de bois placé ü l’avant du bateau ; on le retenait de temps en temps, pour en lester les portions successivement immergées. A cet effet , on le chargeait de poids de plomb de 8 à 12 kilogrammes, destinés à l’entraîner au fond de la mer; le nombre de ces poids était de vingt-quatre à quarante-huit par lieue.
Les deux opérations du déroulement du fil et de son chargement s’exécutèrent avec une grande précision. Le Goliath était précédé d’un autre bateau à vapeur, le Widgeon , qui indiquait par des bouées flottantes , la ligne à suivre. La profondeur de l’eau aux points choisis pour la submersion variait de 10 à 75 mètres. Tout en se dévidant et allant se fixer ainsi
sur le fond de la mer , le fd conducteur était entretenu en communication constante avec la station de Douvres, et servait à envoyer et à recevoir des dépêches qui indiquaient les phases successives de la submersion.
Aux abords de la station de Douvres, se pressaient un nombre immense de curieux , avides de suivre , de minute en minute, la marche de l’opération. L’enthousiasme fut grand dans cette foule palpitante d’émotion et d’anxiété, lorsque, à huit heures du soir, une dépêche télégraphique partie du cap Grinez, sur la côte de France , vint annoncer à Douvres l’heureuse fin de ce travail.
Pendant les jours suivants , un échange de correspondance s’établit entre les deux jvoints unis par le magique lien. Mais, hélas ! quelques jours après , une dépêche partie de Douvres ne parvenait pas à sa destination ; le télégraphe restait muet, la dépêche s’était noyée dans le détroit. On reconnut bientôt que le fil s’était brisé près des côtes de France. Là se trouvent des écueils et des rochers constamment battus par les vagues. Ou avait cru que le tube de plomb enveloppant le fil le préserverait des chocs résultant de l’action des lames contre les rochers situés près du rivage; mais ce moyen de défense n’avait pas suffi.
Cet accident, qu’il eût été facile de prévenir, compromit le succès de cette grande entreprise et amena la dissolution de la société formée par M. Jacob Brett. Cependant, dix mois après, une compagnie nouvelle , autorisée par charte royale , était constituée avec un capital de 2,500,000 francs. Un nouveau fil fut construit, qui présentait cette fois des conditions rigoureuses de solidité. Cet appareil , qui devait réunir à une résistance considérable assez de souplesse pour s’enrouler sans peine autour d’un treuil, élait disposé de la manière suivante. Quatre fils de cuivre de la grosseur d’un fil de sonnette ordinaire, contenus dans une gaine de gulta-percha , étaient entrelacés avec
quatre cordes de chanvre, et le tout était réuni par un mélange de goudron et de suif, de manière à former un cordon unique d’environ 3 centimètres de diamètre. Une seconde corde de chanvre pareille à la précédente, sauf l’absence des fils de cuivre, enveloppait la première et lui servait de fourreau. Enfin , pour préserver de rupture l’appareil intérieur , le tout était fortement serré au moyen de dix fils de fer galvanisés. Ce système composait une sorte de câble métallique, souple et solide à la fois, offrant quatre pouces et demi de diamètre. Il avait été construit dans les ateliers de M. Bloke, à Wapping, et coûtait plus de trois cent mille francs.
MM. Wollaston et Crampton, les deux ingénieurs chargés par la compagnie d’exécuter toutes les opérations relatives à l’installation du télégraphe sous-marin, choisirent pour le point d’arrivée du fil sur la côte de la France, une dune située près du village de Sangatte, à une lieue et demie de Calais. Enfoui dans le sable à sa sortie de la mer, le conducteur devait cheminer sous terre jusqu’à la station de Calais. Le point choisi sur la côte anglaise fut le cap Southerland, près de Douvres. Le bout du câble, enfermé dans un tuyau, descend perpendiculairement sous le sol par un puits creusé dans la falaise, et se dirige ensuite vers la mer par un petit tunnel formant un angle droit avec le puits; il s’avance de cette manière jusqu’à une assez grande distance dans la mer et se trouve ainsi préservé du choc des lames qui déferlent sur la plage.
Ces dispositions parfaitement entendues faisaient présager le succès qui couronna l’entreprise. Le 2û décembre 1851, le câble métallique fut enroulé sur le bateau à vapeur le Blazer , autour d’un vaste treuil où il formait un énorme cylindre de 10 mètres de hauteur. Le lendemain, au point du jour, l’opération de la pose du fil commença sous la direction de MM. Wollaslon et Crampton. Dans la soirée, le conducteur était déroulé tout entier, et reposait sur le fond de la Manche. Mais l’opéra-
tion terminée, on reconnut avec douleur que la longueur du fil avait été mal calculée et que son extrémité s’arrêtait à près d’un kilomètre de la côte de France. La nuit arriva ; la mer était mauvaise, le câble exerçait sur le bateau à vapeur une traction violente qui menaçait à chaque instant de le faire chavirer; il fallut se décider à abandonner le fil à lui-même. On attacha donc une bouée à son extrémité, et on le laissa tomber, non sans appréhensions, au fond de la mer. On prit sur-le-champ les dispositions nécessaires pour préparer en toute hâte un bout de câble provisoire. Ce câble supplémentaire ne fut terminé que le jour suivant. Tout faisait craindre que l’agitation de la mer et le choc des vagues contre le câble, abandonné deux jours au fond de la mer, n’eussent fait perdre le fruit de tant de travaux. Heureusement la bouée fut retrouvée à sa place, retenant encore parfaitement intacte l’extrémité du câble métallique. On bissa à bord ce bout libre. Une dernière fois, on essaya de tirer sur le conducteur, de manière à le rapprocher des côtes de France. N’ayant rien pu obtenir par ce moyen, on se contenta d’attacher fortement au câble la corde provisoire préparée la veille : c’était un petit câble enveloppé d’un mélange de goudron et de gutta-percha, et renfermant dans son intérieur quatre fils de cuivre qui furent soudés aux fils du câble principal. On put ainsi atteindre le cap de Sangatte.
Vussitôt des dépêches furent échangées entre Calais et Douvres ; les appareils transmirent les communications avec une entière facilité.
Pendant la semaine suivante, on s’occupa de fabriquer le bout de câble définitif nécessaire pour compléter le conducteur : ce morceau supplémentaire fut suhtitué à la corde provisoire, et le 13 novembre 1851, s’effectua l’intéressante cérémonie de l’inauguration du télégraphe sous-marin. Ce jour-là, le courant électrique, parti du rivage français, vint mettre le
icu à un canon placé sur le rempart de Douvres. Une corrcs-
pondance s’établit immédiatement entre la station anglaise et les bureaux du ministère de l’intérieur à Paris, et l’on célébra à Douvres, dans un banquet solennel, le succès de cette merveille de notre siècle. La première dépêche électrique expédiée d’Angleterre à travers l’Océan fut déposée entre les mains du Président de la République française, juste hommage rendu au prince éclairé dont le persévérant concours avait puissamment contribué à la réalisation de cette belle entreprise.
Pendant près d’une année les communications entre l’Angleterre et la France se sont faites exclusivement de Douvres à Calais. Pour atteindre Londres ou Paris, les dépêchés devaient passer de chaque station sous-marine à la ligne télégraphique de Douvres à Londres, ou de Calais à Paris. Depuis le 1 er novembre 1852, les stations intermédiaires de Douvres et de Calais ont été supprimées, et le fil télégraphique, à l’aide de travaux nouveaux et de dispositions convenables, se trouve réuni h la ligne ordinaire du télégraphe, de manière à faire communiquer Londres et Paris sans aucune station intermédiaire sur la côte.
Aujourd'hui le télégraphe électrique fonctionne de Londres à Paris, à travers l’Océan, avec une facilité merveilleuse. Un courant incessant de pensées s’échange d’un pays à l’autre, et ce lien qui rattache les deux rivages est comme une main fraternelle que se tendent deux peuples amis à travers la mer qui les sépare. Perdu au fond de l’Océan, cet humble fil de métal semble un obstacle bien fragile, mais que des circonstances, dont tout contribue à écarter la pensée, viennent jamais à se produire, et l’on verra quelle barrière puissante il dresserait aussitôt contre tout esprit de divisions et de guerre !
Le succès du télégraphe sous-marin de Douvres à Calais, la certitude de braver avec ce merveilleux messager l’insulte des Dots et la fureur des tempêtes, ont amené l’extension rapide
de cet admirable système de communication. Un télégraphe sous-marin semblable à celui de Douvres à Calais réunit aujourd’hui l’Angleterre et l’Irlande, en traversant le canal Saint- George, sur une distance supérieure encore à celle qui sépare Douvres et Calais. Le fil est établi entre Holyhead et Howth. Le câble ne se compose point de quatre fils métalliques, comme celui de Douvres ; il consiste en un seul fil de laiton isolé au moyen de la gutta-percha, et recouvert extérieurement d’uu assemblage de fil de fer galvanisé qui le préserve de toute atteinte extérieure. Afin de le mettre à l’abri du contact des rochers et de l’agitation produite par la marée, le câble est recouvert, sur chacun des deux rivages, d’une double enveloppe de fil de fer, et cette enveloppe se prolonge autour du fil jusqu'à une étendue considérable dans la mt r .
C’est le 1 er juin 1852 que la comm inication électrique a été complétée entre l’Angleterre et l’Irlande. On lisait dans le Moming Advertiser du 2 juin l’article suivant :
< Le Britannia et le Proxpero ont quitté, hier matin , Holyhead à quatre heures ; le premier suivait le til métallique avec une rapidité moyenne de cinq milles par heure , tandis que l’autre pilotait la marche. Le steamer ayant le câble à bord a atteint la chaussée est de Jlowtli peu après huit heures du soir ; alors a etc immédiatement effectuée la jonction avec la terre , et il y a eu sur-le-champ échange de messages entre Howth et Holyhead. Dès que le Brilannia a eu atteint la côte d’Irlande, le fait a été communiqué à Holyhead. Alors le fil métallique a été appliqué à l’un des canons du navire, et la note transmise à Holyhead a reçu presque aussitôt une réponse par la détonation de l’un des canons du bâtiment. »
Une communication du même genre a été établie entre l’Angleterre et la Hollande. Le 2 juin 1853, le bateau à vapeur le Monarch déposai: le câble télégraphique, qui, parlant d’Oxferdness, sur la côte de SulTolk, en Angleterre, aboutit à
TÉLÉCIurUIË ÉLËCTRiyUE . 213
Schevening, eu Hollande. Ce câble a une longueur de 115 railles.
Enfin, la compagnie établie à Londres, pour l'exploitation de la télégraphie sous-marine [sub-marine telegraph Company), a jeté un conducteur sous-marin entre l’Angleterre et la Belgique : ce télégraphe part de Douvres pour aboutir à Ostende.
Le 13 avril 185A, un câble télégraphique fut jeté à travers la mer Noire, reliant la Turquie avec la Crimée ; il partait de Varna pour aboutir au camp des alliés devant Sébastopol. Malgré l’immense étendue de cette ligne et les difficultés de la navigation sur la mer Noire, l’exécution des travaux ne rencontra aucuii obstacle, et quelques jours suffirent pour terminer les opérations.
La longueur du câble électrique qui fut déposé au fond de la mer Noire, était de 377 milles anglais, ou en nombre rond de 600 kilomètres (150 lieues de U kilomètres), c’est-àdire environ les trois quarts de la distance de Paris àMarseille.
Le télégraphe électrique de la mer Noire a fonctionné sans interruption avec le plus complet succès jusqu’à la prise de Sébastopol. Après la conclusion de la paix avec la Russie, cette ligne a été supprimée.
Nous avons à parler maintenant du télégraphe sous-marin qui relie la France et le continent européen à l’Afrique française. Commencée en 185&, arrêtée par deux insuccès eu 1855 et 1856, cette belle ligne sous-marine a été menée à bonne fin au mois de septembre 1857. Quelques détails sur les diverses phases des opérations accomplies ou essayées pendant ces trois années ne seront pas déplacés ici.
Quand il fut question pour la première fois de relier élec-
21 fl DÉCOUVERTES SCIENTIFIQUES,
triquement l’Afrique française au continent européen, deux plans furent proposés au gouvernement français pour la réalisation de cette entreprise hardie. Une compagnie française offrait d’établir la ligne télégraphique en traversant l’Espagne, de manière à diminuer autant que possible l’étendue du câble sous-marin. Le fil partant de Perpignan serait descendu le long du littoral méditerranéen de l’Espagne jusqu’à Gala ou Alméria. Arrivé là, il aurait plongé dans la Méditerranée pour aboutir à Oran ; le lil sous-marin aurait présenté, dans ce cas, une longueur de lfiO kilomètres (35 lieues de terre). D’un autre côté, une compagnie anglaise, sous la direction de M. John Walkins Brett, proposait une autre direction, ayant cet avantage pour l’Angleterre de permettre de pousser ultérieurement la ligne télégraphique le long du littoral de l’Afrique et de l’Asie, de manière à atteindre jusqu’à l’Australie et aux possessions anglaises dans les Indes orientales.
Une loi promulguée le 10 juin 1853 accorda la préférence au projet de la compagnie anglaise. Voici donc quel fut le trajet adopté pour la ligne télégraphique sous-marine, destinée à relier avec l’Afrique le continent européen.
Partie de Douvres, la ligne télégraphique sous-marine aboutit à Ostende, en mettant à profit le télégraphe sous-marin établi entre ces deux villes. Arrivé en Belgique, il traverse ce pays et atteint Cologne, d’où il descend, le long des possessions allemandes, de Cologne à Carlsruhc et Bille. La Suisse et les États sardes sont ensuite traversés; le lil télégraphique descend de Chambéry à Turin, et de Turin au port de la Spezzia, situe en face de la pointe septentrionale de la Corse. C’est en ce point que le fil s’enfonce dans la mer pour aller toucher au cap Corse. L’île de Corse est traversée, du nord au sud, par une ligne de télégraphie terrestre. Le détroit de Bonifacio, qui sépare la Corse de la Sardaigne, est franchi ensuite au moyen d’un câble sous-marin. La Sardaigne franchie, le fil descend de
[le
nouveau dans ia Méditerranée ; enfin il part du cap Teulada pour plonger dans la Méditerranée et pour aborder à la côte d’Algérie entre la ville de Bone et la frontière de Tunis. L’étendue totale de la partie sous-marine de cette ligne est de 449 kilomètres (110 lieues terrestres).
La première partie de cette ligne sous-marine fut exécutée au mois de juillet 1854. Des câbles télégraphiques furent déposés, à cette époque, dans la Méditerranée reliant la France avec la Corse et la Corse avec la Sardaigne, de telle sorte qu’il ne restait plus dès lors qu’à continuer la ligne sous-marine entre la Sardaigne et le littoral de l’Afrique. Cette première partie de l’opération a présenté assez d’intérêt pour que nous en rappelions ici les détails.
Dès le commencement du mois de mai 1854, les deux conducteurs se trouvaient près: ils avaient été construits dans les ateliers de M. Walkins Brett à Greenwich. Le câble est composé de six fils de cuivre réunis de la manière suivante : les six fils de cuivre sont chacun enveloppés dans un tube de gutta* percha ; puis, tous les six sont fortement unis en faisceau par un assemblage de cordages et de goudron, de façon à former un premier câble d’un centimètre cinq millimètres ; vient par làdessus un faisceau de douze liges de fer; chacune d’elles a un diamètre de huit millimètres; elles sont cerclées autour du cible ; l’ensemble de ce système présente donc un diamètre d’environ deux centimètres et six millimètres. La longueur totale du conducteur construit à Greenwich était d’environ quarante-cinq lieues, d’une seule pièce.
Le bâtiment à vapeur Ilnrbinger fut frété pour transporter cet immense conducteur sur la côte du Piémont et procéder aux travaux de la pose du fil entre le Piémont et le rivage de la Corse. Ce navire allait partir lorsque le gouvernement anglais le mit en réquisition pour un transport de troupes en Orient. Il fallut donc en chercher un autre. L’arrimage d’un câble de
plus de quarante lieues de longueur et d’un poids de huit cents tonneaux rendait assez difficile le choix du navire ; on ne put en trouver un qu’au commencement de juin, c’était le Persian, du port de huit cents tonneaux. En raison du poids de son chargement, ce steamer ne put prendre de charbon que pour la traversée jusqu’à Gibraltar. On mit à la voile avec le cable électrique enroulé autour d’un immense treuil installé sur le pont.
Mais après une courte traversée, le Persian, atteint par le gros temps, fut obligé de relâcher à Plymouth, et pour réparer ses avaries, il dut s’alléger de soixante kilomètres de câble. On ne pouvait songer à se procurer un autre bâtiment, car les transporls pour l’Orient absorbaient en ce moment tous les navires convenables. On se borna donc à réparer le Persian, qui, complètement remis en état, repartit le 18 juin, renouvela à Gibraltar sa provision de charbon, et arriva le 18 juillet à Gênes, d’où il se mit eu route pour le Piémont ; le 18 juillet il touchait au cap de la Spczzia, qui forme le point de départ du télégraphe sous-marin,
Le 21 juillet, à trois heures et demie, le câble fut déposé à terre au cap Santa-Croce; et tout aussitôt commença l’opération de la pose du fil, qui fut continuée par le Persian jusqu’à huit heures et demie du soir; le travail fut suspendu pendant la nuit ; le bâtiment n’avait alors pour tout ancre de retenue que le câble électrique.
Le dévidement et la pose du fil furent repris le lendemain matin à huit heures; à midi, trente kilomètres étaient placés; à quatre heures du soir, la sonde indiquait une profondeur de deux cent trente brasses (Ù60 mètres). Mais, en ce moment, le câble se précipita avec une telle vitesse que c’est à peine si les hommes employés à ce travail pouvaient parvenir à l’arrêter; on y réussit cependant, et on le rendit fixe au moyen de pou lies. On fut obligé de couper la partie du câble endommagée par
ccs accidents, et de réunir ensuite les deux bouts. Trente-six heures furent employées à cette opération.
Le 23, on se disposa à reprendre l’opération de la pose du fil; la sonde indiquait une profondeur de plus de six cents mètres.
Les sondages pratiqués quelques mois auparavant sur cette partie du trajet du câble télégraphique n’avaient point accusé l’existence de cette vallée sous-marine qui surpassait de deux cents mètres les plus grandes profondeurs que les ingénieurs avaient signalées entre le Piémont et la Corse ; elle dépassait aussi de beaucoup les profondeurs que l’on avait rencontrées dans l’établissement du télégraphe sous-marin entre Douvres et Calais, comme entre l’Angleterre et la Belgique. Dans ces deux cas, les profondeurs n’avaient pas dépassé un maximum de soixante mètres. Aussi tout le monde était-il convaincu à bord du Persian , que le câble allait se briser sous l’énorme pression qu’il aurait à supporter dans les couches d’eau voisines du sol. Les officiers de la marine sarde, qui prenaient part à celte * grande opération, conseillaient de faire un détour de huit milles pour aller chercher les îles de Gorgona et de Carpuja, où la mer n’a qu’une profondeur de deux cents mètres ; il était à craindre, si l’on persistait à continuer l’opération, de voir le câble électrique se briser, et de perdre ainsi tous les travaux exécutés jusque-là.
Ce parti était sans doute le plus prudent à adopter; cependant M. Brclt ne jugea pas à propos de le suivre. Il fit comprendre, avec beaucoup de raison, que le moment était venu de décider une fois pour toutes une question capitale pour la télégraphie sous marine. En effet, la ligne que l’on s’occupait à établir ne devait point s’arrêter à la pointe de la 'Corse; elle ne représentait que le début de la ligne grandiose qui, s’élançant delà Corse à la Sardaigne et de la Sardaigne à l’Afrique, ne doit se terminer qu’au fond des Indes. On aurait à reucon-
5* 1ÎDIT. — III. 13
218 DÎCÜC VERTES SCIE5TTFIQCES.
Irer. dans ce parcours immense, des mers dont la profondeur serait pins considérable encore; il était donc nécessaire de constater tout de suite si l’opération était possible. On se mit résolument à l'œuvre, et le câble fat abandonné à son poids. Il parut d'abord descendre sor la pente d’une montagne sousmarine longue de plusieurs milles, jusqu’à une profondeur de trois cent soixante à quatre cents mètres ; ensuite, on crut sentir qu'il se trouvait tout d’un conp sur le bord d’un précipice dont le fond n’était pas à moins de sept cents mètres, profondeur qui excédait de pins de cent brasses celle que les cartes indiquaient sur la route suivie jusque-là. Le câble se précipita alprs avec une rapidité effrayante, non sans faire courir des dangers et occasionner de graves avaries au navire; s’il n’avait pas été construit avec une solidité parfaite, sa rupture était inévitable. On finit cependant par rencontrer le fond, et la nuit fut employée à réparer les avaries occasionnées au bâtiment par cette opération dangereuse. Le câble fixé au fond ’ de la mer servait seul d’ancre de retenue, et, certes, jamais ancre d’une telle longueur n’avait servi à aucun navire depuis l’époqne où le premier navigateur, au cœur armé d’un triple acier, osa, selon le poète, braver les dangers de l’élément perfide.
Deux jours après, la pose du fil était complètement terminée; le 25 juillet, à la hauteur de la tour d’Aguelto, le câble électrique fut attaché au cap Corse.
Ainsi, tout allait bien de ce côté, et pour continuer la grande entreprise si heureusement commencée, il fallait s’occuper de la ligne de télégraphie terrestre qui devait traverser Sa Corse pour faire suite à ce premier conducteur. Mais en arrhant en Corse, M. Brett y trouva les ingénieurs et ouvriers de la ligne terrestre malades des fièvres intermittentes qui sévissent dans ces climats. Tous les travaux étaient suspendus ; ou ue "*it les reprendre et les terminer qu’au bout d’un mois. Cepen-
dant, le 26 août, la ligne terrestre de la Corse, entièrement construite, put commencer à fonctionner.
Le 29, à quatre heures et demie du matin, le Persian procéda à la pose du fil électrique dans le détroit de Bonifaçie, entre la Sardaigne et la Corse ; à dix heures du soir l’opération était entièrement terminée, et le Persian, ayant définitivement accompli sa tâche, reprit la route de Gènes pour rentrer ensuite à Liverpool.
La seconde partie du câble sous-marin de l’Algérie a présenté beaucoup plus de difficultés dans son établissement que la première, en raison de la grande distance à franchir, de la profondeur de la mer et des brusques inégalités du fond. Deux tentatives faites en 1855 et 1856 échouèrent complètement. Le 25 septembre 1855, l’aviso français le 7 art are, aidé du bâtiment anglais le Resuit, commença l’opération, qui consistait à déposer le câble de Cagliari à Boue ; mais le 26 il se rompit par suite de sa trop grande vitesse de déroulement résultant de l’existence d’une profonde vallée sous-marine.
Un insuccès analogue fut le résultat de la seconde tentative faite en 1856 pour la pose du câble télégraphique de la Sardaigne à la côte d’Afrique. Commencée le 7 août, cette opération se termina le 15 par la perte du câble. Des courants avaient fait dévier le bâtiment dans sa marche, et le conducteur, arrivé près du terme du voyage, ne se trouva pas assez long pour atteindre le rivage de l’Afrique. Pendant que l’aviso le Tartare s’empressait, à toute vapeur, d’aller prendre à Alger les chalands ou bouées nécessaires pour retenir le bout libre du câble, la mer, devenue très forte, brisa et emporta le conducteur.
Enfin, la troisième tentative faite en 1857 pour achever cette œuvre difficile, a pleinement réussi. Les opérations commencèrent le 7 septembre, sous la direction de MM. Ncvval, ingénieurs anglais, et se terminèrent heureusement le 9. La
distance de Cagliari à Bonc est de 150 milles marins. Le câble est formé, comme celui de la Corse à l’île de Spezzia, de quatre fils de cuivre protégés par une enveloppe convenable et pouvant servir par conséquent à expédier quatre messages par le même conducteur (1).
D’après les plans et le projet du gouvernement anglais, le télégraphe sous-marin, maintenant parvenu en Afrique, doit se diriger vers l’Égypte et Alexandrie, pour être ultérieurement poussé jusqu’aux Indes. Deux moyens se présentent pour atteindre l’Égypte. On peut déposer les conducteurs télégraphiques dans les bas-fonds, le long des côtes de la Méditerranée, ou bien enfouir sous les sables, le long du rivage, un fil sou • terrain. Al. Brett assure, d’après les rapports des ingénieurs envoyés sur les lieux, que l’un ou l’autre de ces deux moyens, et mieux tous deux ensemble, peuvent être employés sans que l’on ait rien à craindre pour la sûreté de la ligne en ces contrées lointaines.
Pour en finir avec cette étonnante réalisation de rêves que l’on croirait empruntés aux orientales chimères des Mille et une nuits, nous parlerons du projet quia été conçu en Angleterre et en Amérique d’établir un télégraphe sous-marin transatlantique, c’est-à-dire de relier par un câble de télégraphie l’Europe avec le continent américain.
Depuis les premiers succès de la télégraphie sous-marine, depuis que l’expérience eût démontré avec quelle simplicité, avec quelle régularité admirables fonctionnent les fils conducteurs déposés sur le fond des mers, le magnifique projet de relier les deux mondes par un câble électrique sous-marin n’a
(1) Voyez, pour les détails des diverses tentatives faites en 1836 et 1837 pour l’établissement du télégraphe sous-méditerranéen de la France à l’Algérie, l ‘Année scientifique, 1'* et 2* année.
pas cessé un moment d’occuper les esprits en Angleterre et en Amérique.
Cette entreprise a paru longtemps devoir présenter des obstacles insurmontables. En admettant que l’on pût rencontrer, sur le bassin de l’Atlantique, un trajet où la profondeur de l’eau ne fût pas trop considérable pour recevoir le câble, comment trouver un temps assez calme, une mer assez paisible, un conducteur assez long, des moyens de transport assez puissants, pour l’établissement d’une telle ligne? Et, ces obstacles aplanis, pouvait-on espérer que l’électricité dégagée par une pile voltaïque aurait assez de puissance pour s’élancer, sans interruption, d’une extrémité à l’autre de cet immense trajet ? Beaucoup de savants n’hésitaient pas à répondre négativement sur ces questions, et particulièrement en ce qui concerne le dernier point, c’est-à-dire la possibilité de faire traverser à l’électricité , sans déperdition du fluide, l’espace entier de l’Océan. Telle était, par exemple, l’opinion de l’un de nos physiciens éminents, de M. Babinet.
Cependant l’industrie anglaise et l’industrie américaine, à tort ou à raison, tiennent ordinairement peu compte des opinions ou des craintes des savants. En 1853, une compagnie américaine, d’après les ordres du département de la marine aux Etats-Unis, et avec des bâtiments de l’État, fit procéder aux premières études relatives à l’exécution de ce projet. Ces études furent entreprises sous la direction du lieutenant Maury, l’un des physiciens les plus distingués de l’Amérique. Des premiers travaux de ce savant, il résulta que la voie de l’Irlande à Terre-Neuve, dans l’Amérique septentrionale, serait la plus convenable à adopter pour établir les fils télégraphiques. A la fin de l’année 1853, le lieutenant Berryman exécuta une série de sondages depuis les côtes de Terre-Neuve jusqu’à celles de l’Irlande. Ces opérations hydrographiques" eurent pour conséquence de prouver que l’établissement d’un télégraphe élec-
trique sous-marin était possible, ou, du moins, ne pouvait être empêché par les obstacles matériels que présenterait le fond de la mer.
De Terre-Neuve jusqu’en Irlande, en effet, la distance la plus courte est de 2640 kilomètres, et le fond de la mer, entre ces deux points, est une sorte de plateau très propre à recevoir et h conserver, sans dommage, les fils télégraphiques (1). Il est assez profond pour que les fils, après qu’ils auront été posés, soient à jamais en sûreté contre les atteintes des ancres, des glaces ou de tous les corps flottants ; et néanmoins la hauteur de l’eau n’est pas assez considérable pour que l’immersion du conducteur puisse présenter des difficultés sérieuses.
La profondeur du bassin de l’Océan entre Terre-Neuve et l’Irlande croît, par une pente régulière, depuis 2740 mètres, sur les côtes de Terre-Neuve, jusqu’à 3660 mètres, sur celles d’Irlande. A cette profondeur, les eaux de l’Atlantique sont aussi calmes que celles d’un étang, ^et le fil, une fois déposé sur le fond, s’y trouvera à l’abri de toute cause de rupture.
Quels que soient, en effet, l’agitation et le tumulte des flots à la surface de la mer, le mouvement des vagues ne se fait plus sentir à une certaine profondeur au-dessous du niveau de l’eau. Ce résultat important a été mis en évidence par une observation en apparence bien futile, mais qui donne une preuve frappante de la liaison qui existe entre tous les faits scientifiques, et qui montre bien que les remarques les plus insignifiantes au premier aperçu peuvent conduire quelquefois aux plus intéressantes inductions.
En examinant au microscope les débris ramenés du fond de la mer par la sonde pendant les opérations du lieutenant
(1) Du cap Freels, à Terre-Neuve , jusqu’à Erri* llcad, en Irlande, on compte 2 593 kilomètres, et du cap Charles au cap Saint-Louis, dans le Labrador, jusqu’en Irlande, la distance est estimée 2 570 kilomètres-
Berrymann, le professeur Baily reconnut que ces débris ne consistent qu’en coquillages excessivement petits, sans aucune parcelle de sable ou de gravier. Or, comme l’a fait remarquer cet observateur, s’il existait au fond de l’Atlantique, sur les points où ont été opérés les sondages, des courants sensibles et de nature à offenser les câbles télégraphiques, ces courants entraîneraient des parcelles enlevées au fond, telles que du limon ou des grains de sable, et mêleraient ces débris aux coquillages. L’absence de tout débris de ce genre dans les coquillages examinés démontre donc qu’à cette profondeur e eaux de l’Océan n’éprouvent aucune agitation.
Ainsi se trouvait avantageusement résolue la première partie du problème, qui consistait à trouver un tracé convenable pour la direction de la ligne de télégraphie transatlantique.
Un point plus difficile à décider, c’était la possibilité de faire franchir au courant électrique la distance de près de 3000 kilomètres qui sépare l'Irlande de Terre-Neuve. Mais les faits connus permettaient d’espérer la solution de cette difficulté. En effet, sur le territoire immense des États-Unis, les lignes télégraphiques fonctionnent à des distances de 1280 à 1600 kilomètres (320 à Ù00 lieues). On est môme parvenu à faire exécuter des signaux par un courant électrique sur la ligne non interrompue de Boston à Montréal, qui embrasse une distance de 2 hUx kilomètres. Enfin le télégraphe a pu jouer sans aucune interruption dans le conducteur sur l’étendue totale de la ligne télégraphique qui s’étend entre New-York et la Nouvelle-Orléans, par Charlestown, Savannah et Mobile, et qui a une longueur de 3164 kilomètres (790 lieues).
La difficulté de transporter la masse énorme du câble transatlantique, dontlc poids s’élèverait à 121 800 000 kilogrammes, ne pouvait non plus sérieusement arrêter. On n’avait qu’à employer un nombre de bâtiments suffisant pour le transporter en
plusieurs fractions. K afin il ne devait pas être impossible de trouver un temps favorable pour l’immersion de ce conducteur, puisque l’on a rencontré des circonstances assez propices pour pratiquer, sur toute celte ligue, des opérations délicates de sondage et d’hydrographie.
Tous ces faits, toutes les études dont nous venons de rappeler le résultat, parurent suffisants, en Angleterre et en Amérique, pour tenter, avec espoir de succès, la réalisation de ce projet admirable. En 1855, deux compagnies, l’une anglaise, l’autre américaine, se réunirent pour le mettre à exécution. La Compagnie transatlantique de télégraphie sous-marine , composée de capitalistes anglais et français , conclut avec la compagnie américaine de New-York, Neiu-foundland and London telegraphy , un traité en vertu duquel la première s’engage à construire et à poser, à ses risques et périls, un câble sousraarjn destiné à relier l’Irlande à Saint-Jean de Terre-Neuve. Le câble devait être installé pendant l’été de 1857.
A l’époque qui avait été arrêtée par la compagnie angloaméricaine , le conducteur du télégraphe transatlantique était terminé. On avait préparé dans les usines de M. Newal à Birkenhead et de MM. Glass et fthot à Greenwich, les 2550 milles de câble jugés nécessaires pour l’opération qui consistait à rattacher électriquement l’île de Terre-Neuve et l’Irlande à travers la distance de 26â0 kilomètres ou 16A0 milles anglais (660 lieues terrestres de k kilomètres) qui sépare en ce point l’Amérique de l’Europe.
Le 31 juillet 1857, une escadrille formée de deux frégates américaines et de trois frégates anglaises commença l’opération difficile du dé\ idement et de la pose du fd télégraphique au fond de l’océan Atlantique. Mais le succès n’a point couronné cette entreprise grandiose. Le L\ août, au moment où l’escadrille se trouvait déjà à la distance de 280 milles de l’Irlande, le fil conducteur se brisa par suite de l’énorme profondeur
de la mer qui dépassait 2000 brasses et par l’action des courants sous-marins qui avaient fait dévier une grande longueur de câble. Le poids énorme qui résultait de la suspension du fil au milieu des eaux sans toucher le fond , amena sa rupture, ainsi qu’il arrive à une corde qui, tendue à ses deux extrémités, se rompt quand ses dimensions en longueur dépassent certaines limites, parce qu’elle ne peut plus supporter son propre poids (1).
L’entreprise a donc été provisoirement abandonnée. On fera prochainement une nouvelle tentative, en adoptant peut-être un autre trajet pour la ligne sous-marine.