‹ PhotographieChapitre 19 sur 38 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Description des appareils accessoires de la télégraphie électrique. — Pile voltaïque. — Poteaux. — Supports isolateurs. — Fil conducteur, etc. — Services rendus par la télégraphie électrique. — Messages télégraphiques.

L’ordre historique que nous avons adopté pour l’exposition des faits qui concernent la télégraphie électrique nous a contraint de négliger certains détails généraux qui se rapportent à la construction et à l’installation des appareils. Nous allons réparer cette omission en décrivant , dans ce dernier chapitre, les instruments accessoires qui sont indispensables pour établir un télégraphe électrique, quel que soit d’ailleurs le système que l’on adopte pour le mécanisme destiné à former les signaux. Pile. — Nous n’avons à entrer ici dans aucun détail parti) Voir, pour plus de détails sur l’entreprise du télégraphe transatlantique, sur la confection du câble, et sur les circonstances qui ont accompagné sa rupture, l’Année scientifique et industrielle, 2* année.

5’ édit. — ni. ' 13.

ticulier sur la construction et les effets de la pile voltaïque; tout ce qu’il importe de noter, c’est le genre particulier de pile électrique que l’on adopte selon le système télégraphique dont on fait usage. Ce choix est d’ailleurs assez indifférent, car de tous les instruments qui sont nécessaires au matériel d’un télégraphe électrique , la pile est celui dont on se préoccupe le moins, tant son emploi est simple et régulier. Bornons-nous à dire que pour mettre en action les télégraphes où l’on fait usage d’un courant électrique assez énergique, on se sert de la pile de Bunsen : un très petit nombre d’éléments suffit d’ailleurs pour donner au courant voltaïque l’intensité nécessaire. En Amérique, AI. Morse fait encore usage delà pile de Grove, qui offre cependant dans la pratique moins d’avantages que la précédente. Sur les lignes anglaises, où l’on n’emploie jamais que des courants d’une faible intensité, on se sert d’un appareil générateur connu sous le nom de pile à sable , et qui se compose d’un assemblage de lames de zinc et de cuivre plongées dans de petites cellules dont les intervalles sont remplis par du sable imbibé d’une petite quantité d’eau acidulée par de l’acide sulfurique. Le nombre de couples est proportionné à la distance qui sépare les stations; en général, on emploie vingt-quatre couples pour une distance de quatre à six lieues, quarante-huit couples pour une distance de quinze h vingt lieues, etc. Montée avec soin, une pile de ce genre fonctionne pendant six ou huit mois, sans qu’il soit nécessaire d’y toucher.

Fils conducteurs. — Les fils qui servent à réunir les stations télégraphiques peuvent se disposer de deux manières : sur des poteaux élevés à quelques mètres au-dessus du sol et munis de supports isolants , ou dans une tranchée profonde pratiquée dans le sol. Examinons d’abord la première de ces dispositions , la seule adoptée en France, et la meilleure sans aucun doute, puisqu’elle dispense d’isoler les fils sur toute leur étendue.

télégraphie électrique. 227

Au début de la télégraphie électrique , le cuivre fut le seul métal employé pour former la matière des conducteurs; on regardait ce métal comme le seul capable, en raison de son extrême conductibilité, de transporter commodément le fluide électrique à des distances considérables. Cependant on ne se sert plus aujourd’hui que de fil de fer, auquel on donne en France U millimètres de diamètre. Le fer a été galvanisé, c’està-dire plongé' dans un bain de zinc fondu ; il se recouvre ainsi d’une enveloppe de zinc; ce métal se combinant bientôt avec l’oxygène atmosphérique, donne naissance à un oxyde qui entoure le fil de toute part et le préserve d’une oxydation ultérieure. On pensait, à l’origine, qu’il serait nécessaire de recouvrir le fil, sur toute son étendue, d’une enveloppe de matière isolante, comme on le fait pour le fil des électro-aimants; mais on ne tarda pas à reconnaître que cette précaution est de tous points superflue, et que des supports, mauvais conducteurs de l’électricité , disposés sur les poteaux, et sur lesquels le fil vient reposer de distance en distance, suffisent pour assurer un isolement parfait. Seulement, lorsque plusieurs fils sont supportés par le môme poteau, il faut ménager entre eux un certain intervalle, afin d’empôcher que les différents courants qui parcourent les fils placés l’un près de l’autre ne s’influencent et ne se troublent mutuellement.

Si le conducteur d’un télégraphe peut être isolé par des moyens fort simples, quand on le tient élevé en l’air au moyen de poteaux, il n’en est plus de même quand on se propose de l’enfouir sous le sol. La conductibilité de la terre oblige, dans ce cas, d’apporter beaucoup de soin à isoler le métal sur toute son étendue. Cette opération présenta longtemps de grandes difficultés, tout en nécessitant des dépenses considérables. On recouvrait le fil de coton et de gomme-laque, on l’introduisait ensuite dans un petit tuyau de plomb, afin de le préserver de l’humidité du terrain. Mais la découverte de la gutta-percha est

venue simplifier beaucoup les procédés pratiques de la télégraphie souterraine. Aujourd’hui, pour assurer l’isolement des fils de cuivre enfouis sous le sol, on se contente de les recouvrir d’une gaine de gutta-percha vulcanisée, c’est-à-dire mélangée, sous l’influence d’une haute température, à 3 ou A pour 100 de soufre. Cette espèce de cordon est couché au fond d’uue tranchée d’environ un mètre de profondeur sur AO à 50 centimètres de largeur. Les différentes portions du fil, qui sont ordinairement d’une longueur de 200 à 300 mètres, sont réunies par une soudure, et les soudures enveloppées de gutta-percha. Le fil est recouvert d’une couche de sable, et l’on s’assure, avant de combler la tranchée, que son isolement électrique est complet. Afin de pouvoir s’assurer toujours de l’état des conducteurs enfouis sous terre, on ménage de distance en distance, sur leur trajet, de petites ouvertures nommées regards. Si la communication électrique vient à être suspendue par la rupture du fil ou de son altération, ces regards servent à rechercher la partie et le point de la ligne où l’accident s’est manifesté.

La plupart des lignes établies en Prusse fonctionnent au moyen de conducteurs de ce genre. Les lignes de télégraphie souterraine sont celles de Berlin à Cologne et à Aix-la-Chapelle; — de Berlin à Hambourg ; — de Berlin à Magdebourg, Brunswick, Hanovre ; — de Berlin à Stettin ; — de Berlin à la frontière d’Autriche ; • — de Halle à Leipzig et Francfort ; — de Berlin à Kœnigsberg et Dantzig.

La Saxe possède des télégraphes souterrains : de Leipzig a Dresde ; — de Dresde à Kœnigsting ; — de Dresde aux frontières de la Bohême ; — de Dresde à Hof. Ils présentent un parcours d’environ A00 kilomètres.

Les télégraphes souterrains achevés n’existent encore, en Autriche, que dans les principale.; villes, telles que Vienne, Lins, Trieste.

La Russie a fait exécuter un télégraphe souterrain de Moscou

à Saint-Pétersbourg, sur un parcours de 200 lieues environ, et l’on en a établi un autre de Saint-Pétersbourg à Varsovie.

On a construit, en Irlande, une ligne télégraphique souterraine sur un parcours de 200 milles. Enfin, Londres est traversé par un télégraphe souterrain qui relie cette ville aux diverses stations de la province.

La télégraphie souterraine donne le moyen d’établir les lignes électriques dans les pays encore dépourvus de chemins de fer : c’est 15 son principal avantage. Aussi quand on s’est occupé, en France, en 1852, d’établir un réseau de télégraphes électriques indépendant des voies ferrées, a-t-on examiné avec beaucoup de soin la question de la télégraphie souterraine. On s’est décidé 5 y renoncer par la crainte de rencontrer, avec ce système, beaucoup de difficultés pratiques, et l’on s’est arrêté à l’établissement des fils sur des poteaux disposés le loug des grandes routes. Ce parti était le meilleur, par cette considération décisive que les poteaux et les fils conducteurs établis sur les routes pourront être transportés sur les chemins de fer, sans nécessiter aucun changement, au fur et 5 mesure de la terminaison de ces nouvelles voies.

Poteaux. — Rien de plus simple que les moyens employés aux États-Unis pour élever au-dessus du sol le fil télégraphique. Dos poteaux de bois plantés le long de la voie des chemins de fer, chacun à la distance de 20 à 30 mètres, le maintiennent en l’air à la hauteur de 2 5 3 mètres. Chaque poteau est muni, à son sommet, soit d’un anneau de verre, soit d’une plaque de porcelaine ou de terre cuite, substances mauvaises conductrices de l’électricité, et dont l’interposition suffit pour maintenir l’isolement du fil. De 500 mètres en 500 mètres, on place des poteaux plus forts nommés poteaux de traction, sur lesquels on établit des espèces de^abestans propi es 5 tendre le fil et à prévenir de trop grandes inflexions.

Cependant cette disposition pour la pose des conducteurs n’est pas la seule adoptée aux États-Unis. Comme on recherche avant tout l’économie, dans le but de multiplier les lignes, on prend en général la voie la plus courte, et l’ou n’hésite pas à placer les conducteurs sur le bord des grandes routes, ou même à- travers champs. Sur le trajet des routes, le fil est soutenu, comme le long des chemins de fer, par des poteaux de bois de sapin. Si la ligne prend à travers la campagne, on utilise souvent les arbres sur pied; on élague les branches, et le tronc, resté debout, sert de support au fil télégraphique. Si l’on rencontre une rivière, un bras de mer qu’on ne puisse franchir, on recouvre le fil de gutta-percha, et on le place tout simplement sous l’eau. C’est ainsi que le télégraphe de New-York à Washington a seize lieues de fil plongé sous l’eau salée. Comme les fils établis dans les champs ont besoin d’ètre surveillés, on a intéressé à leur conservation les propriétaires des terrains traversés, en leur accordant la faculté de transmettre gratuitement les dépêches qui les concernent. En retour de cet avantage, dont ils sont très jaloux, ils gardent et surveillent avec soin la portion de ligne établie sur leurs terres.

Les lignes télégraphiques américaines traversent souvent de vastes forêts et d’immenses étendues de terrains incultes et déserts. Le système de suspension et d’isolement du conducteur est alors plus simple encore que le précédent. De longs clous à tête recourbée sont plantés dans les arbres des forêts ; à ces clous on suspend un anneau de verre qui donne passage au fil. Nous avons déjà fait remarquer que ce système, par trop simple, de suspension, devient une source d’interruptions dans le service de la ligne. La sève végétale, qui vient mouiller le conducteur, rend l’isolement imparfait, et les communications sont en outre fréquemment arrêtées parla chute des troncs d’arbres pourris, par les ouragans et les orages.

En France, les poteaux télégraphiques sont faits de bois de

pin ou (le sapin, de 6 à 9 mètres de longueur, que l’on a préalablement injectés, sur pied, d’une dissolution de sulfate de cuivre, selon le procédé du docteur Boucherie, afin d’augmenter leur durée. On les fiche en terre, les plus petits à une profondeur de 1 mètre 1/2, les plus élevés à une profondeur de 2 mètres : le sulfate de cuivre préserve de toute altération la partie enfouie dans le sol. Quand on doit franchir, sur un chemin de fer, un passage (le niveau, ou passer par-dessus les bâtiments d’une station, on donne au poteau une longueur de 9 mètres et 1 /2 .

Le support destiné à isoler le fil est une sorte de clochette de porcelaine, que nous représentons dans les deux figures cijointes. Dans l’intérieur de la clochette, on scelle, au moyen du soufre, un crochet de fer dont l’extrémité libre se contourne de manière à venir former un anneau dans lequel passe 1 e conducteur. En même temps qu’ils assurent l’isolement du fil, ces petits toits de porcelaine le protègent contre la pluie. Cette précaution est d’ailleurs indispensable, car s’il arrivait que les poteaux fussent mouillés et que les supports isolateurs le fussent également, l’isolement serait imparfait, il s’établirait des courants dérivés, et il faudrait des piles beaucoup plus énergiques pour conserver au courant principal une intensité suffisante. A chaque demi-kilomètre on place un poteau de traction muni d’un petit treuil qui est destiné h maintenir et à assurer l’extension parfaite du fil conducteur.

La figure qui suit représente le poteau le plus employé en Angleterre comme soutien du fil télégraphique. Une plaque de bois posée sur une plaque pareille de faïence brune qui sert de corps isolant, est fixée contre le poteau à l’aide de boulons

de fer. Cette plaque porte quatre petits cylindres de faïence. Les fils conducteurs traversent l’axe de ces cylindres et se trouvent ainsi parfaitement isolés. Un pareil système est établi de l’autre côté du poteau, qui peut de cette manière supporter huit fils. Les deux plaques fixées de chaque côté du poteau sont maintenues au moyen d’une vis commune et de deux écrous. Enfin un petit toit de faïence ou d’ardoise recouvre le poteau et l’abrite contre la pluie.

Une particularité de la figure précédente n’échappera point au lecteur : c’est la pointe métallique qui surmonte le toit du poteau.

Cette partie de l’appareil est loin d 'être indifférente ; c’est un véritable parcifoudre destiné à prévenir les effets perturbateurs que l’électricité atmosphérique pourrait exercer sur le courant qui traverse les fils.

L’électricité qui existe à l’état libre dans l’atmosphère peut en effet exercer une certaine influence sur les conducteurs électriques ; cette question offre assez d’importance pour être ici examinée en passant.

Les perturbations que l’électricité météorique peut introduire dans le jeu des appareils télégraphiques varient selon l’état de l’atmosphère. Par un ciel serein, l’électricité répandue dans l’air n’exerce aucune action appréciable sur les instruments. Seulement, si le vent vient brusquement à changer, il s’établit un courant qui influence faiblement le conducteur : dès lors l’appareil parle, c’est-à-dire que les signaux, subitement mis enjeu, exécutent pendant quelques instants de brusques oscillations. Si le ciel est couvert et les nuages fortement électrisés, quand le vent vient à les chasser dans la direction du fil, ces nuages agissent sur le conducteur, et les signaux se mettent encore en branle. Dans ces deux cas, cependant, ces

effets n’ont rien de fâcheux ; ils ne peuvent aucunement troubler le service, car les employés tiennent aisément compte de ces perturbations passagères.

Mais si la foudre éclate, si l’étincelle électrique partant d’un nuage fortement électrisé, vient à frapper le sol, le fil métallique du télégraphe offrant à l’écoulement du fluide un passage facile, le conducteur peut être foudroyé. Quels sont les effets de ce coup de foudre? Quelquefois le fil est rompu, les communications sont alors interceptées entre les deux stations ; mais ces événements sont extrêmement rares, le fil étant d’un trop fort diamètre pour être aisément fondu. Dans tous les cas, si le fil est fondu, il ne l’est jamais que sur quelques points de sa continuité, et tout se borne à cette rupture. Le plus souvent la foudre, en frappant le conducteur, n’a d’autre effet que de fondre, h l’une des stations télégraphiques, le fil très fin qui s’enroule autour de l’électro-aimant, c’est-à-dire de l’appareil qui forme les signaux ; alors les communications sont arrêtées.

Quand la foudre vient frapper un conducteur, tout le dommage est habituellement supporté par les poteaux. Ils sont renversés ou mis en pièces. Le 17 août 1859, sur la ligne de Vienne, un orage qui avait éclaté à Ollmütz se propagea jusqu’à Triebitz, c’est-à-dire à une distance de 10 milles: un ouvrier occupé à cette station à monter les fils ressentit une douleur qui le renversa, et éprouva une véritable brûlure aux doigts qui avaient touché le métal. Le 25 août, par suite d’un autre orage à Ollmütz, l’électricité, conduite par les fils du télégraphe, foudroya un support aux environs de Brodek. Une partie du courant s’échappa dans le sol le long de ce support, une autre partie fila jusqu’à Prague ; on put s’en assurer par l’inspection du conducteur dont l’extrémité était fondue. Dans la nuit du 18 au 19 juin 1859, un violent orage éclata entre Brunn et lleigem ; la foudre brisa complètement deux supports et en endommagea neuf autres. Le 9 juillet, la foudre anéantit trois

poteaux situés entre Kiiulberg et Krieglach, dans la Styrie, et respecta le conducteur. C’est encore aux environs de Kindberg que le tonnerre détruisit les supports télégraphiques le 19 juillet 1850. Les ouvriers occupés à proximité éprouvèrent un éblouissement, et l’on observa, à l’extrémité d’un des fds situés le long d’un poteau, une aigrette lumineuse. Ainsi, dans ces divers cas, les poteaux de bois avaient seuls supporté les effets de la décharge électrique.

Cependant l’événement a prouvé que la foudre, conduite par les fds conducteurs, peut pénétrer dans l’intérieur d’une station télégraphique et y provoquer des dommages d’une certaine gravité. Un fait de ce genre a été observé, le 21 juin 1853, sur la ligne télégraphique de Poitiers à Tours. Le Jouj'nal de Châtellerault a donné à ce sujet les détails suivants :

t Mardi 21 juin, vers trois heures de l’après-midi, la foudre, dont les éclairs et les détonatious étaient à la fois si intenses et si rapprochés , est tombée entre Ingrande et Châtellerault.

» C’est sur l’un des ponts du chemin de fer, le plus rapproché de la station d’ingrande, que s’est fait sentir la plus forte commotion. Ces ponts sont construits en pierre, en fer et en bois. Chaque culée ou butée est formée par une maçonnerie très solidement établie en pierre dure de Chauvigny, avec de petits parapets de couronnement, dont les pierres cubent 75 centimètres. Entre ces culées se trouve jeté un tablier de fonte surmonté de deux rampes faisant l’office de garde- fou.

«Projetée sur ces conducteurs métalliques, la foudre s’est rendue dans les postes télégraphiques. Celui de la station d’ingrande, qui n’était distant que d’environ 800 mètres du foyer de l’explosion, a été violemment atteint. Les employés avaient quitté la salle et s’étaient réfugiés à l’étage supérieur de la station, lorsque tout à coup une détonation semblable à celle d’un coup de pistolet se lit entendre et remplit l’air et les appartements de fumée, en ébranlant toute l’habitation.

i La foudre, amenée dans l’intérieur du poste par les fils conducteurs, avait brisé ceux-ci, et, rencontrant des fils plus lins à mesure qu’elle se rapprochait de l’appareil télégraphique , elle

les avait brûlés en mettant tout d’abord en fusion les petits fils faisant office de paratonnerre, et isolés à l’intérieur de cylindres de verre ; les boussoles furent cassées, une aiguille fondue, et les bobèches sur lesquelles sont enroulés les fils de fer entortillés de fils de soie furent brûlées.

b Pendant que tous ces événements se passaient au pont et à la station d’ingrande, voici ce qu’éprouvait, de son côté, le poste télégraphique de Châtelleraut. Dans le môme moment, et presque à la môme heure où le tonnerre grondait si fort, les employés étaient occupés à faire passer une dépêche , lorsque l’un d’eux, très expérimenté , reconnut à certains pétillements de l’appareil qu'il y avait une surcharge d’électricité. « Retirons-nous, messieurs , s’écria-t-il, il pourrait y avoir du danger.

» A peine étaient-ils sur le seuil de la porte, qu’une détonation violente avec production de flamme se fit entendre. On regarde, et l’on constate que l’appareil télégraphique est brisé, son paratonnerre brûlé, les cylindres de verre sont jetés à distance. Chose remarquable, l’électricité avait laissé la trace de son passage sur le mur en ligne droite, en enlevant le papier p^r ricochets et en sens opposé des autres conducteurs, restés intacts et dans une direction qui était celle du calorifère du cabinet.

» Enfin, quatre des poteaux de sapin servant de supports aux lignes télégraphiques , et qui étaient voisins du pont d’ingrande, ont été renversés, l’un d’eux tordu sur lui-même et les trois autres brisés en éclats , déchirés avec torsion des fibres ligneuses sur elles-mêmes et jusqu’au centre de l’arbre résineux. »

Un accident du même genre a été observé au mois de juillet 1855 sur la ligne d’Orléans. On lisait à ce sujet les détails suivants dans un journal :

« Le 9 juillet \ 855, vers onze heures du matin, une décharge électrique a eu lieu sur les fils télégraphiques de Paris à Orléans, à 400 mètres environ de la station de Château-Gaillard, vers Artenay, à 7 kilomètres de la magnifique ferme de la Grange, incendiée au même instant par la foudre. Trois poteaux ont été brisés, et les porcelaines sur lesquelles roulent les fils ont volé en éclats sur la voie. Le fluide, parcourant les fils, est entré dans le bureau du chef de gare en faisant une explosion épouvantable.

Son cours a élé arrêté par le paratonnerre, dont il a noirci fl quelque peu émoussé les dentures de la louche de terre, sans pourtant les avoir endommagées. Les aiguilles des deux boussoles ont été mises hors de service.

» Le cantonnier a ressenti, dans sa maison, située à peu de i distance, une violente commotion, et il a vu, dit-il, un globe de feu tomber sur les fils. Le lendemain matin, les poteaux et les aiguilles des boussoles ont dû être remplacés. »

Si le coup de foudre n’a pas assez de violence pour endommager les supports placés le long de la voie, ou pour rompre le fd de l’électro-aimant , il peut cependant produire encore certains effets désagréables. La présence, dans les conducteurs, d’un excès d’électricité étrangère , fait que l’électro-aimant est à diverses reprises fortement attiré, et qu’il s’établit ainsi, dans l’appareil destiné à former les signaux, une série d’oscillations folles qui persistent pendant plusieurs minutes. Sur le télégraphe de Morse, qui, comme on le sait, écrit lui- môme ses dépêches, on voit quelquefois l’instrument, subitement mis en action par l’électricité atmosphérique, inscrire sur le papier une série de signes confus et précipités : c’est l’éclair qui envoie son message et qui consigne lui-même sa présence par écrit.

Ajoutons enfin que l’appareil télégraphique peut être influencé, bien que la foudre n’ait pas directement frappé le conducteur. Quand un nuage électrisé se décharge à quelque distance du fil du télégraphe , il s’établit aussitôt dans le conducteur un de ces courants électriques que l’on nomme courant d'induction , et qui est provoqué par le voisinage de la décharge atmosphérique ; ce nouveau courant- fait encore parler les appareils, mais ce dernier accident n’a aucune importance.

En résumé, et si l’on fait abstraction de quelques événements accidentels dont la gravité ne peut être prise comme règle , il est permis d’affirmer que les troubles occasionnés

dans les appareils télégraphiques par l’électricité de l’atmosphère n’ont habituellement rien de grave , et ne peuvent que très rarement compromettre le service. L’expérience a bien vite éclairé les employés sur la nature de ces perturbations, et la transmission des dépêches ne peut jamais en être compromise d’une manière durable. Pour combattre les mauvais effets de la présence de l’électricité atmosphérique sur les fils conducteurs, il suffit presque toujours d’augmenter l’intensité du courant de la pile, au point de le rendre supérieur au courant perturbateur. Aussi les irrégularités du genre de celles qui nous occupent n’ont-elles été remarquées que dans les télégraphes où le courant électrique se trouve réduit à la plus faible intensité possible ; dans ceux où l’on emploie des courants énergiques, les troubles de ce genre sont rares ou insignifiants. C’est pour cela que sur les lignes françaises où l’on fait usage, comme nous l’avons dit , de courants électriques d’une intensité notable, on se dispense de munir les poteaux d’appareils destinés à combattre les effets de ce genre. Les pointes métalliques cpii, sur les lignes télégraphiques de l’Angleterre, surmontent les petits toits placés sur chaque poteau, suffisent pour détruire l'influence de l’électricité météorique. Comme ces pointes communiquent avec la terre par le poteau qui les supporte, l’électricité atmosphérique s’écoule ainsi, comme par un petit paratonnerre, dans la masse conductrice du sol, et ne peut exercer sur les appareils aucune action fâcheuse. Ce petit instrument peut même préserver le poteau d’un coup de foudre quand la décharge atmosphérique n’est pas trop violente.

Nous voudrions, pour terminer cette exposition, donner quelques indications précises sur les frais d’installation des télégraphes électriques ; mais ces données varient trop, selon les pays , pour se prêter à une élévation générale. C’est ainsi qu’aux États-Unis les frais d’établissement des télégraphes

changent selon la contrée : dans l’ouest , où la main-d’œuvre et les matériaux sont d’un prix élevé, la ligne télégraphique revient à 466 francs par kilomètre ; dans l’est , où les matériaux sont sans valeur, mais où la main-d’œuvre est chère , le prix s’élève à 503 francs par kilomètre. Selon M. Jules Coutin, le prix moyen d’évaluation pour une ligne dans des conditions ordinaires serait fixé, en Amérique, à 621 francs par kilomètre.

En Angleterre, le télégraphe électrique, monté sur poteaux, revient à 770 francs par kilomètre.

En France, la construction d’une ligne électrique formée de cinq fils de fer revient, dit-on*, avec les appareils, la pose des fils, etc., à environ 800 francs par kilomètre.

Les frais d’établissement pour la télégraphie souterraine ont été évalués h 848 francs pour la même distance.

Toutefois les frais de construction d’un télégraphe électrique fussent-ils beaucoup plus considérables qu’ils ne le sont , cette considération ne pourrait, dans aucun cas, opposer à son établissement un obstacle sérieux. La question des frais d’installation est ici entièrement secondaire, car les télégraphes, livrés au public, deviennent pour l’État la source d’un revenu important qui couvre une grande partie de ses avances. D’un autre côté , la vitesse prodigieuse de l’expédition représente une autre source d’économie. La télégraphie aérienne , quand elle était en usage, coûtait annuellement près d’un million au budget ; mais le gouvernement ne s’en inquiétait guère , car cette dépense était couverte en grande partie par les économies que l’on réalisait sur les estafettes et les courriers. Qu’est-ce donc aujourd’hui où la vitesse est centuplée, et quand le télégraphe peut fonctionner en toute saison , à toute heure de la nuit, à toute heure du jour, sans rien perdre de sa prodigieuse rapidité ?

Nous n’avons pas la prétention d’étonner nos lecteurs en leBr parlant de la merveilleuse promptitude avec laquelle les dépêches

sont transmises par le télégraphe électrique. Nous ne pouvons cependant nous dispenser de citer ici quelques exemples susceptibles de donner , en quelque chose, la mesure de cette vitesse. Nous nous bornerons toutefois à un petit nombre de faits, dont la plupart même se rapportent à l’époque des débuts de la télégraphie électrique.

Le discours prononcé en 1846 par le président des États- Unis, annonçant la déclaration de guerre contre le Mexique, discours qui occupait deux longues colonnes en petit caractère, dans un journal de la plus grande dimension , fut transmis en entier par le télégraphe de M. Morse, et copié en moins de trais heures. Pendant celle longue communication , 1e télégraphe transcrivait 84 lettres par minute, c’est-à-dire le double de ce que l’inventeur a\ ait promis.

Le discours de Henri Clay sur la guerre du Mexique, prononcé en 1849, dans le congrès des États-Unis, fut transmis en deux heures de Cincinnati à New- York, avec une exactitude inappréciable , quoique le résumé n’occupât pas moins d’une colonne et demie d’un journal , petit-texte.

En 1849, le volumineux message du président Polk, contenant plus de 30 000 mots , fut transporté en un jour de Baltimore à Saint-Louis, alimentant de copies sur son passage dix-sept villes des États-Unis. Encore faut-il en déduire deux heures perdues à la suite d’un orage.

Le discours du roi des Belges, à l’ouverture des chambres de 1849, était entièrement parvenu à Anvers quarante sept minutes après avoir été prononcé à Bruxelles. Ce discours ne comprenait pas moins de 842 mots formant h 600 lettres. La transmission de cette dépêche avait donné lieu à H 660 mouvements télégraphiques.

Le discours de la reine d’Angleterre pour Ja prorogation du Parlement, en 1849, fut expédié de Londres à Norwich, à la distance de 61 lieues, en moins de dix-huit minutes.

La nouvelle de la mort de l’empereur Nicolas, en 1855, est parvenue de Saint-Pétersbourg à Londres en quatre heures et quart. On a remarqué, h cette occasion, que la dépêche annonçant la mort de l’empereur Paul, eu 1801 , avait mis vingt et un jours à arriver à Londres.

Citons maintenant quelques-uns des nombreux services rendus jusqu’à ce jour par le télégraphe électrique.

Cet instrument a déjà été mis à profit pour la détermination des longitudes. Au mois de juin 1844, la différence de longitude entre 'Washington et Baltimore fut déterminée par ce moyen, sous la direction de M. Morse. Un signal télégraphique permit à deux personnes en station, l’une à Washington, l’autre à Baltimore, de comparer au même instant deux horloges mises respectivement à l’heure exacte de chacune de ces villes. Le même moyen a été employé au mois de mai 1854 par MM. Airy et Le Verrier, directeurs des observatoires de Greenwich et de Paris, pour déterminer la différence de longitude entre ces deux villes.

Le télégraphe électrique est quelquefois employé sur les longues lignes américaines pour annoncer les tempêtes. Il y a peu de temps le télégraphe électrique de Chicago signala aux patrons de navires des ports de Clevcland et de Buffalo, ainsi qu’aux navires qui parcouraient le lac Ontario, l’approche d’une tempête venant du nord-ouest. L’ouragan ne traverse l’atmosphère qu’avec une rapidité d’environ 25 lieues à l’heure ; il est donc facilement devancé par le télégraphe électrique. Un navire qui s’apprête à partir de New -York pour la Nouvelle-Orléans peut apprendre, par ce moyen, vingt heures à l’avance, qu’une tempête règne dans le golfe du Mexique.

Sur les chemins de fer, le télégraphe électrique est d’une utilité immense. Les services qu’il rend dans ce cas particulier sont beaucoup plus étendus qu’on ne l’imagine. Pour la facilité du service, pour la sécurité de la voie, le télégraphe électrique

T’es E^Ecnti;«;x. îil

est uoe aiiKité^eet» « i œrf Itu vue î âü: ioâ^«Bsabii' ô» voies ferrées C ria çn>:-t i 7t*:àiMige rratnmft Àe «àpwn expédiés d'ene üatjiœ ï 7: zrrr cik- c'x»;eiiniùrs îri:*> peuvent, dans one srcà /'«rsée, àrrnier sur o» mtsar hçae. Si donc le u W-graç^t ««îricae a rera des chairs àc fer un appui précieux à l'angine eu hu c«niaM une vcée sûre. mute et bien surveillée, en rtvaoci>e la fcvéçnçiâe électrique a pave au centuple, on peut le dire, les services qu'elle avait reçus d'eux à l’époque de ses d- buts.

Les journaux anglais et américains se pîai>*. nt à raconter des faits particuliers qui viennent, par inten ailes, prouver d'une manière frappante tous les avantages du télégraphe électrique dans les rapports privés des citoyens.

En 1848, un convoi de chemin de fer avait apporté à Norwich la nouvelle de la chute du {vont suspendu de Yarmoutli. Qu’on juge de l'inquiétude et de l'effroi des habitants : ils avaient presque tous leurs enfants en pension à Yannoulh ! Ils coururent en foule à la station du chemin de fer, demandant à grands cris des nouvelles de leurs enfants : « Tous les enfants sout sauvés ! » dit le télégraphe électrique.

Au mois d’octobre 18A6, un déserteur du vaisseau américain la Pensylvania, en rade à Nolfolk, emporta au comptable du navire une somme de 3 000 francs, et prit, avec le produit de ce vol, le chemin de fer de Baltimore. Le fait reconnu, le comptable se rendit en toute hâte à la station télégraphique de Washington, et lit transmettre à Batilmorc le signalement du coupable, avec ordre de l’arrêter. Dix minutes après, la police de Baltimore tenait entre ses mains l’ordre d’arrestation, et au bout d’une demi-heure arrivait à Washington la dépêche suivante : « Le déserteur est arrêté, il est en prison ; que faut-il » en faire ? »

On a vu plusieurs fois, en Amérique et en Angleterre, deux amateurs d’échecs, placés à cinquante lieues de distance, faire

Page 1