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ÉDIT. — TU

leur partie par le télégraphe aussi facilement que s’ils étaient assis en face l’un de l’autre.

« Pendant l’affreuse tourmente du 5 décembre 4 846, dit M. Vail, au milieu de l’obscurité de la nuit, pendant que la pluie tombait à torrents et que le vent soufflait avec rage , une société assise tranquillement autour d’une table dans une chambre, à Washington, jouait paisiblement une partie d’échecs avec une autre société aussi commodément assise à Baltimore ; le télégraphe agissait malgré le vent, la pluie, l’orage et l’obscurité (I). »

Un mariage fut célébré en 1 8'i6, par l’intermédiaire du télégraphe électrique, entre deux personnes dont l’une habitait Boston et l’autre Baltimore, et qui trouvèrent commode d’arranger, sans se déplacer, cette petite affaire. Mais la validité d’un tel mariage devint, à bon droit, la cause d’un procès.

Pendant la célébration d’une messe de mariage dans une paroisse d’Angleterre, l’une des demoiselles d’honneur de la mariée s’esquiva de l’église, et disparut avec l’un de ses admirateurs. Le télégraphe électrique fut aussitôt mis en réquisition sur toutes les lignes de chemins de fer, pour donner l’ordre d’arrêter les fugitifs, fortement soupçonnés d’aller invoquer l’assistance du forgeron de Gretna-Green. Le télégraphe ne fonctionna que trop bien, car en même temps que les coupables étaient rejoints, quatre couples de jeunes époux, très légitimement unis dans la matinée, se trouvaient arrêtés sur d’autres points de la même ligne, et voyaient leurs excursions matrimoniales désagréablement suspendues par l'intervention de la police.

Le télégraphe électrique a été mis quelquefois au service de la médecine. Le malade et le médecin étaient installés chacun à l'une des stations; le malade transmettait les symptômes de son mal, et le docteur donnait la réplique par l’envoi de son

Le télégraphe électro-magnétique américain, par M A. Vail.

TÉLÉGRAPHIE ÉLECTRIQUE. 2h3

ordonnance. On lisait ce qui suit, daus un journal américain :

« Hier, avant midi, un monsieur entra dans le cabinet du télégraphe, à Buffalo, et témoigna le désir de consulter le docteur Steven , résidant à Lockport. Prévenu de ce désir, le docteur se rendit au cabinet électrique de Lockport. Le monsieur lui annonça alors que sa femme était gravement malade, et lui fit connaître les symptômes caractéristiques de la maladie. Le médecin indiqua les remèdes à employer. Tous deux convinrent ensuite, si la malade n’allait pas mieux, de se retrouver le lendemain matin aux extrémités de la ligne télégraphique. Le lendemain le monsieur ne parut point. Sans doute, la consultation avait amené une guérison subite. »

Ou bien encore, osons-nous ajouter, la malade était morte, en dépit de la consultation électrique.

Sur quelques-uns de nos chemins de fer, sur celui de Strasbourg, par exemple, une heure avant l’arrivée à la station où a lieu le temps d’arrêt pour le dîner, on demande le nombre des voyageurs qui désirent y prendre part, et à l’arrivée, le maître d’hôtel, prévenu par le télégraphe, tient le dîner servi.

Ce que l’on fait chez nous pour la masse des voyageurs, on le fait aux États-Unis pour chaque voyageur en particulier. Sur le chemin de fer de New-York à Buffalo, on remet à chaque yoyageur , en lui délivrant son bulletin , une carte d’objets de consommation sur laquelle sont indiqués les différents mets qu’on peut trouver à la station intermédiaire où l’on s’arrête pour déjeuner. Le voyageur fait son choix, désigne dans un bureau particulier les plats qu’il désire à son déjeuner, et reçoit en échange un numéro; à son arrivée h la station, il se met à table à la place qu’indique son numéro, et trouve servi le déjeuner qu’il a commandé. Pendant que la vapeur l’emportait, le télégraphe a pris les devants dans l’intérêt de son estomac.

2 hli DÉCOUVERTES SCIENTIFIQUES.

Le 1 er janvier 1850, le télégraphe électrique prévint en Angleterre une grave catastrophe. Un train vide s’étant choqué à Gravcsend, le conducteur fut jeté hors de la machine, et celle-ci continua à courir seule et à toute vapeur vers Londres. Avis fut immédiatement donné par le télégraphe 5 Londres et aux stations intermédiaires ; ensuite le directeur s’élança sur la ligne, avec une autre machine, à la poursuite de l’échappée ; il l’atteignit et manœuvra de manière à la laisser passer ; puis il se mit en chasse après elle. Le conducteur de la machine réussit enfin à s’emparer de la fugitive et tout danger disparut. Onze stations avaient déjà été traversées, et la locomotive n’était plus qu’à deux milles de Londres quand on l’arrêta. Si l’on n’avait pas été prévenu de l’événement, le dommage causé par la locomotive aurait surpassé la dépense de toute la ligne télégraphique. Ainsi le télégraphe paya ce jour-là le prix de son installation.

Un second fait du même genre arriva, pendant la même année, sur le chemin de fer de Londres au Nord-Ouest. Par un de ces jours sombres et brumeux si communs en Angleterre, une locomotive abandonnée par mégarde à elle-même prit tout d’un coup son essor, et s’élança, en pleine vapeur, avec une vitesse effrayante, vers la gare d’Easton. Tous ceux qui la virent s’échapper sans guide, sur un chemin parcouru par de nombreux convois, s’attendaient à des accidents terribles. Mais le télégraphe électrique eut bientôt dépassé la fugitive, et en quelques minutes l’événement était transmis à la station de Camden. On eut le temps de tourner les aiguilles de manière à diriger la locomotive égarée sur une voie latérale, où elle ne rencontra que quelques wagons de charge qui arrêtèrent sa course désordonnée.

Le 22 décembre 185ù, il se passa sur le chemin de fer de Rion à Dax, dans le département des Landes, un épisode des plus émouvants. Dans un wagon occupé par plusieurs voyageurs

se trouvait une dame des environs de Dax, avec sa fille, âgée d’environ trois ans. Celle-ci, dans un brusque mouvement, se jette contre la portière, qui s’ouvre ; l’enfant tombe sur la voie. La mère, éperdue, veut se précipiter après sa fille; mais les voyageurs la retiennent, et joignent leurs cris à ceux de cette infortunée pour faire arrêter le train. Malheureusement ces cris ne sont pas entendus, et l’on arrive à la gare de Dax, où se trouvait le père de la petite fille, attendant la venue du convoi. On juge de la poignante scène qui se passa entre cette mère éplorée et son mari.

Mais déjà le télégraphe électrique avait signalé l’événement sur la ligne, et arrêté à Rion un nouveau convoi qui se mettait en route. Une locomotive de secours est expédiée, de la gare de Dax, sur le lieu de l’accident. En approchant de l’endroit désigné, la locomotive ralentit sa marche, et bientôt les éclaireurs aperçoivent la petite tille endormie sur la voie, la tête appuyée sur un rail. Elle est aussitôt recueillie , et la locomotive revient à toute vitesse à son point de départ. L’enfant, à son arrivée, se jette dans les bras de sa mère, et après l’avoir couverte de baisers lui dit :

— J’ai faim, maman, donne-moi du pain!

Les journaux anglais ont raconté avec heaucoup de détails le fait suivant, qui produisit à Londres une vive sensation, et qui fournit, en effet, une preuve éclatante de l’utilité du télégraphe électrique.

Au mois de janvier 1844, un horrible assassinat fut commis à Salthill. L’assassin, nommé John ïavvell, s’étant rendu précipitamment à Slough, y prit une place pour Londres dans le train du chemin de fer , qui passait , à cette station , à sept heures quarante-deux minutes du soir. La police, avertie du crime, était déjà à sa poursuite. Elle arriva à Slough, sur les traces du coupable, presque au moment où le convoi du chemin de fer devait entrer dans Londres. Mais le télégraphe électrique

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fonctionnait, et pendant que le meurtrier, confiant dans la vitesse extraordinaire du convoi, se croyait en sûreté parfaite, le message suivant volait sur les fils du télégraphe :

Un assassinat vient d’être commis a Salthill. On a vu celui qu’on suppose être l’assassin prendre un billet de première classe pour Londres, par le train qui a quitté Slough a

SEPT HEURES QUARANTE-DEUX MINUTES DU SOIR. ÏL EST VÊTU EN QUAKER AVEC UNE REDINGOTE BRUNE QUI LUI DESCEND PRESQUE SUR LES TALONS. Il EST DANS LE DERNIER COMPARTIMENT DE LA SECONDE VOITURE DE PREMIÈRE CLASSE.

Arrivé à Londres, John Tawell se hâta de monter dans l’un ÿes omnibus du chemin de fer. Blotti dans un coin de la voiture, ü se croyait dès ce momeut à l’abri de toutes les atteintes de la justice. Cependant le conducteur de l’omnibus, qui n’était autre chose qu’un agent de police déguisé, ne le perdait pas de vue, sûr de tenir son homme , comme un rat dans une souricière. Parvenu dans le quartier de la Banque, John Tawell descendit de l’omnibus , se dirigea vers là statue du duc de Wellington et traversa le pont de Londres ; il entra ensuite au café du Léopard,, dans le Borough, et se retira enfin dans une maison garnie du voisinage. L’agent de police qui, attaché à ses pas , l’avait suivi dans toutes ses évolutions , entra après lui , et tenant la porte entr’ouverte , lui demanda d’un ton calme ;

— N’étes-vous pas arrivé ce soir de Slough?

A cette question si effrayante pour le coupable, John Tawell se troubla et balbutia un non qui était l’aveu de son crime. Arrêté aussitôt, il fut mis en jugement, condamné comme assassin et pendu.

« A. quelques mois de là, dit le journal lhe Family Library , nous faisions le trajet de Londres à Slough, par le chemin de fer,

dans une voiture remplie de personnes étrangères les unes aux autres. Tout le monde gardait le silence, comme c’est assez généralement l’usage des voyageurs anglais. Nous avions déjà parcouru près de quinze milles sans qu’un seul mot eût été prononcé, lorsqu’un petit monsieur, à la taille épaisse, au cou court, à l'air d’ailleurs très respectable, qui était assis à l'un des coins de la voiture, fixant les yeux sur les poteaux et les fils du télégraphe électrique, qui semblaient voler dans un sens opposé au nôtre, murmura tout haut, en accompagnant son observation d’un mouvement de tête significatif :

« — Voilà les cordes qui ont pendu John Tawell! »

LA GALVANOPLASTIE

ET

On a dit souvent que la sagesse et le génie de la création se manifestent avec autant d’évidence dans les faits les plus humbles du monde physique que dans les plus imposants phénomènes dont la nature étale à nos yeux la magnificence et l’éclat La structure intime du germe contenu dans un fruit, l’admirable disposition des yeux microscopiques de certains insectes , les premiers linéaments de la vie apparaissant au sein de la trame végétale, toutes ces actions presque invisibles qui s’accomplissent dans un espace inappréciable à nos sens, révèlent avec autant de force la prévision infinie de la nature que le brillant aspect de nos campagnes décorées des riches présents de Dieu. Cette pensée ne perd rien de sa justesse , transportée dans le domaine des sciences. Pour comprendre toute la valeur des sciences modernes, il n’est pas nécessaire d’invoquer leurs plus imposantes créations. Ni la locomotive ardente courant au fond de nos vallées , ni le navire immense se jouant sur les flots, çrâce à la secrète impulsion de la vapeur, ni ces machines admirables, où la force d’un seul homme, appliquée au bout d’un levier, se trouve, par les combinaisons infinies de la mécanique , centuplée à l’autre extrémité , aucun de ces grands spectacles si justement admirés n’est nécessaire au but dont nous parlons. Pour de\ iuer toute la portée future des inven-

tions de notre époque, il suffit de jeter les yeux sur une plaque métallique de quelques centimètres , sur une lame d’argent portant une empreinte daguerrienne, ou sur une épreuve de cuivre galvanoplastique. La science qui, dans un instant indivisible, a su imprimer sur une surface inerte cette merveilleuse image des objets qui nous entourent; celle qui, par l’action obscure et insaisissable d’un courant électrique, a plié le métal rebelle à tous les caprices, à toutes les fantaisies de la volonté, est évidemment destinée à accomplir un jour des prodiges dont tous les progrès réalisés aujourd’hui seraient impuissants à nous fournir la mesure.

La galvanoplastie est, en effet, de toutes nos inventions, celle qui prépare à l’avenir les plus singuliers, les plus étonnants résultats. Dans un temps plus ou moins prochain, elle menace les formes et les procédés actuels de l’industrie de perturbations profondes. Par elle, la pile voltaïque, descendue du laboratoire du savant, est venue s’asseoir dans l’atelier, et les procédés scientifiques ont trouvé leur place dans les opérations des arts. Le rôle de la pile , comme agent de l’industrie , est destiné h acquérir tôt ou tard une importance infiniment plus sérieuse, et le moment n’est peut-être pas très éloigné où les courants électriques et les traitements par les réactifs remplaceront, dans nos usines, les grandes opérations par le feu. Alors les ateliers de la métallurgie présenteront un spectacle extraordinaire. Au lieu de ces foyers immenses qui dressent éternellement vers le ciel leurs tourbillons enflammés , un instrument presque informe , composé de l’assemblage de deux métaux sans valeur, accomplira les mêmes opérations sans dé-* pense, sans bruit, sans appareil visible. Au lieu de ces bruyantes armées d’ouvriers qui s’agitent jour et nuit dans une fournaise ardente, consumés par le feu, noircis par la fumée, livrés aux labeurs les plus rudes, on verra, dans une série de beaux laboratoires, une légion de tranquilles opérateurs s’appliquer h

GALVANOPLASTIE.

manier en silence les appareils d’électricité , et soumettre les minerais et les métaux au jeu varié des affinités chimiques.

Cette pensée paraîtra sans doute à bien des lecteurs empreinte d’uue singulière exagération. C’est qu’en effet la galvanoplastie est encore parmi nous assez peu connue. Il nous suffira donc , pour justifier notre pensée, de décrire ses procédés, l’état présent de cet art nouveau, et les applications qu’il a reçues. On comprendra, d’après les résultats obtenus aujourd’hui, ce que l’avenir peut attendre de cette nouvelle et brillante application des travaux scientifiques de notre époque.

On donne le nom de yalvanoplastic à un ensemble de moyens qui permettent de précipiter sur un objet, par l’action d’un courant galvanique, un métal en dissolution dans un liquide , de manière à former à la surface de cet objet une couche continue qui représente exactement tous les détails de l’original

Les opérations galvanoplastiques permettent de reproduire les médailles, les monnaies, les sceaux, les cachets, les timbres, les bas-reliefs et les statues. Les chefs-d’œuvre de la sculpture, reproduits à peu de frais, peuvent ainsi devenir populaires, et, multipliés indéfiniment, braver les injures du temps et les atteintes des hommes. La galvanoplastie est donc à la sculpture ce que l’imprimerie est à la pensée humaine. Elle peut encore multiplier à volonté une planche de cuivre gravée, et rendre ainsi éternel le type primitif sorti des mains de l’artiste. Elle est en mesure d’apporter de sérieux perfectionnements à l’art déjà si avancé de la typographie : elle donne le moyen de fabriquer des moules pour la fonte des caractères d’imprimerie et même des caractères pour l’impression. Dans une sphère différente, la galvanoplastie vient en aide aux besoins de la vie, en recou- ' vrant, par des procédés simples et peu coûteux, iios ustensiles domestiques, d’une couche protectrice d’uu métal inaltérable,

comme l’or, le platine ou l’argent. Enfin, se prêtant à tous les caprices de l’art, elle permet de reproduire en cuivre les moules obtenus avec toute espèce d’objets naturels, tels que des fruits, des végétaux, des parties d’organes empruntées aux animaux ou aux plantes.

Tels sont, en quelques mots, les principaux objets qui formeut le domaine de la galvanoplastie. Essayons maintenant d’exposer les recherches qui ont amené la création de cet art nouveau ; nous ferons connaître ensuite les principes scientifiques qui lui servent de base, et les applications principales qu’il a trouvées jusqu’à ce jour dans la pratique des arts.

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