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difficultés. On hésitait à avancer cent écus pour une affaire qui , quelques années après , donnait des bénéfices énormes. Heureusement , le fabricant qui autrefois lui avait ouvert ses ateliers de teinture, M. Chappée, vint encore à son aide. Les capitaux furent trouvés, et l’exploitation industrielle allait commencer sur une échelle convenable, lorsqu’il survint un véritable coup de théâtre. Au moment où la fabrique allait lancer dans le public ses premiers produits, il fut signifié à M. de Ruolz d’avoir à suspendre toute fabrication. On lui exhiba un brevet pris en France par un Anglais, M. Elkington, et ce brevet renfermait la description de procédés de dorure presque en tout semblables à ses propres procédés. M. Elkington exploitait depuis quatre ans, à Birmingham, un nouveau procédé pour dorer le cuivre sans mercure, procédé que nous décrirons plus loin, et qui consiste simplement à plonger dans la dissolution alcaline d’un sel d’or les pièces à dorer. Mais comme ce moyen de dorure s’appliquait uniquement aux objets de cuivre, M. Elkington avait dirigé ou fait diriger, sous ses yeux, de nouvelles recherches dans le but de parvenir à dorer tous les métaux par la pile. Il avait résolu ce problème avec le même succès que notre compatriote, et sans doute en même temps que lui , car le brevet de dormi* galvanique exhibé à M. de Iluolz par les représentants de M. Elkington portait la date du 27 septembre 18ù0 ; le premier brevet pris par M. de Ruolz était seulement du 19 décembre de la même année.
Il était évident qu’un procès allait s’engager, et que les capitaux des actionnaires français étaient menacés de disparaître avec ceux de l’entrepreneur anglais; au milieu de tout cela, quelque frelon de l’industrie se serait jeté sur l’invention tombée à terre pendant la lutte. Il ne faut jamais désespérer des gens d’esprit. MM. Elkington et de Ruolz comprirent vite le péril ; au lieu de se quereller, ils se tendirent la main , et décidèrent à exploiter en Fiance leur invention en commun.
C’est pour cela que quand on passait , il y a peu d’années , sur le boulevard de l’Ambigu, on voyait à gauche du théâtre , s’étaler sur une belle grille cette inscription : Maison Elkington et de Ruolz , qui témoignait de la prudence et du bon esprit des associés.
C’est encore pour cela qu’au mois .de juin 18/i2, le prix de 12 000 francs, fondé par Montyon pour raissainissemcntdes|arts insalubres, fut partagé entre MM. Elkington et de Ruolz (1).
Maintenant , si vous nous demandez ce que c’est que M. Klkington, c’est tout simplement un industriel anglais, qui avait eu la bonne inspiration d’acheter d’un chimiste de son pays, M. 'NVright , les procédés de dorure découverts par ce dernier. Aujourd’hui M. Elkington inonde l’Angleterre et le nouveau monde des admirables produits de son industrie , et il est en train de faire, dans son établissement de Birmingham, une fortune de nabab.
Nous avons suffisamment parlé des inventeurs , passons maintenant à l’invention.
La nouvelle industrie de la dorure chimique se compose de deux branches distinctes : la dorure par immersion et la dorure par voie galvanique. La première, qui a été imaginée et mise en pratique en Angleterre par M. Elkington dès l’année 1836, ne donne qu’une couche métallique d’une excessive minceur ; elle ne peut s’appliquer qu’au cuivre et à ses alliages, et sert exclusivement pour le filigrane de cuivre et les objets d’ornementation qui ne doivent pas être soumis à des frottements habituels. La dorure galvanique, due aux recherches simultanées de MM. Elkington et de Ruolz, s’applique à presque tous les métaux, elle donne des couches de toute épaisseur, et sert pour
(I) Il faut ajouter que M. de la Rive obtint un prix de 4000 fr. pour avoir préparé la découverte, et pour avoir a appliqué le premier les forces électriques o la dorure des métaux \ »
les objets destinés à de longs usages. Exposons rapidement les procédés de chacune de ces deux branchesde la dorure chimique.
Toutes les fois que l’on plonge dans la dissolution d’un sel métallique un métal qui est plus oxydable que celui de la dissolution , ce dernier est précipité; il se dépose sur le métal immergé, qui lui-même se dissout alors dans le liquide. Oue l’on place, par exemple, une lame de cuivre dans une dissolution d’azotate d’argent, la lame de cuivre se recouvrira d’argent métallique, en même temps une portion de cuivre, passant à l’état d’azotate, entrera en dissolution dans la liqueur pour remplacer l’argent précipité. Le même fait se reproduirait avec toutes les dissolutions des sels d’argent; il y aurait toujours précipitation de l’argent et dissolution d’une quantité correspondante de cuivre. Ce principe établi , il est facile de comprendre théoriquement le nouveau procédé de dorure par voie humide, qui est connu dans le commerce sous le nom de dorure par immersion ou dorure au trempé. L’opération s’elîectue en plongeant les objets de cuivre dans la dissolution d’uu sel d’or : il se fait aussitôt sur le cuivre un dépôt d’or métallique aux dépens d’une partie correspondante du métal de la pièce immergée. On comprend que la couche d’or déposée doit être excessivement mince, car le dépôt est dû à l’action du cuivre sur la dissolution d’or, action qui cesse dès que l'or recouvre exactement le cuivre et le met ainsi à l’abri de l’action chimique de la liqueur.
C’est là le principe de la dorure par immersion ; quant aux moyens pratiques, ils sont de la plus grande simplicité. La dissolution d’or sur laquelle on opère est du chlorure d’or que l'on fait bouillir pendant deux heures avec une grande quantité de bicarbonate de potasse ; l’acide carbonique se dégage, et le chlorure d’or se transforme en aurale de jetasse, sel qui a la propriété de céder l’or au cuivre à la température de l’ébullition.
Ce liquide étant entretenu bouillant dans une bassine de fonte, on y plonge les objets à dorer (préalablement bien nettoyés et décapés par un acide), en les suspendant à une lige de métal que l’opérateur tient à la main. L’objet est doré en quelques secondes. Rien n’est plus curieux que de voir les pièces de cuivre plongées dans le liquide, et qui sortent du bain recouvertes aussitôt d’une couche d’or du plus bel éclat. L’objet ainsi doré est lavé dans une cuve d’eau, et séché à la sciure de bois, selon une pratique en usage dans l’orfèvrerie. Par celte nouvelle méthode, la dorure d’un kilogramme de cuivre en lames très minces ne coûte que de 18 à 20 francs; par l’ancien procédé elle coûtait souvent jusqu’à 120 francs pour les objets estampés ; de plus, quand les pièces étaient minces ou délicates, elles résistaient difficilement à l’action du mercure.
La dorure au trempé , qui ne peut s'effectuer qu’avec le cuivre ou ses alliages, ne donne qu’un vernis d’or d’une ténuité excessive. Passons à la dorure par voie galvanique, qui s’ap plique à presque tous les métaux et permet d’obtenir une dorure à toute épaisseur.
La dorure électro-chimique est fondée sur les mêmes principes que la galvanoplastie. En ce qui concerne la théorie, nous n’aurons par conséquent rien à ajouter aux explications données plus haut à propos de la précipitation galvanique des métaux. Bornons-nous à indiquer les moyens pratiques qui permettent de mettre ces procédés à exécution.
La pièce à dorer est attachée au pôle négatif d’une pile voltaïque, et les deux pôles de la pile plongent dans la dissolution du sel d’or; celle-ci est réduite sous l’influence du courant, et l’or vient se déposer au pôle négatif, c’est-à-dire sur la pièce à dorer. Au pôle positif qui plonge dans le bain, on attache une lame d’or, c’est-à-dire un anode soluble destiné a remplacer le métal au fur et à mesure de sa précipitation. Le succès de
l'opération tient surtout à la nature des dissolutions d’or employées. K ne suffit pas, en effet, d’obtenir un dépôt d’or métallique, il faut qu’il adhère assez fortement au métal pour subir l’action du brunissoir. Il faut encore que le dépôt conserve son adhérence , même lorsque la couche d’or présente une certaine épaisseur. La variété extrême de composés d’or que M. de lluolz a essayés et mis en usage lui a permis de résoudre complètement ces difficultés. Le cyanure d’or dissous dans le prussiate jaune de [votasse , ou le cyanure simple de potassium, est le composé le plus employé dans la dorure galvanique. Le chlorure d’or et les chlorures doubles dissons dans les mêmes cyanures, le sulfure d’or, réussiraient également.
La domre galvanique présente cet avantage capital, qu’elle peut s’appliquer à tous les métaux usuels.
L’argent, par exemple, se dore avec uue telle facilité, que presque tout le vermeil du commerce s’obtient aujourd’hui par ce moyen. On varie à volonté l’épaisseur de la couche d’or; sur la même pièce on obtient à la fois de l’or mat et de l’or poli. En faisant des réserves à l’aide d’un vernis, on peut déposer alternativement sur la même pièce une couche d’or ou d’argent, et l’on réalise ainsi des mélanges extrêmement remarquables sous le rapport de l’art.
Le bronze et le laiton se dorent aussi bien que l’argent. On fabrique aujourd’hui avec ce dernier alliage des objets d’ornement et de décoration qui sont d’une élégance et d’une délicatesse exquises.
L’acier et le fer se dorent par cette méthode avec une grande
solidité. Tout le monde sait qu’une foule d’objets usuels , tels
que les couteaux de dessert , les instruments de chirurgie, les
ustensiles de laboratoire , les armes, les montures de lunettes
et une foule d’objets de fer et d’acier, reçoivent avec avantage ce vernis d’or qui est susceptible de résister à un long usage, pourvu que la couche d’or présente une certaine épaisseur.
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L’argenture a prs. diras #es ajrüers de M. Chrisfcvôe, une iris grande extorsion ! ; b nkttüe arrenîée roKtitoe un des produits les pins knpoetaa-s <k la Bsoveüe industrie éèectrochimique. Celle industrie . eipidiée aujourd'hui sur une très grande échelle, consôme une des brandies ks plus tk-rissiutes du commerce de Paris. M. Ellington possède eu Angleterre un établissement plus considérable encore. Les avantages remarquables à plusieurs titres que présente l usage de la vaisselle argentée par la pile justifient et font comprendre ce succès. Malheureusement , le pri\ encore assez élevé de l'argenture galvanique empêche ces utiles produits de prendre toute l'extension qu'ils devraient recevoir dans les usages de l'économie domestique : la classe peu fortunée, pour laquelle ils offriraient le plus d’avantages, est contrainte d’y renoncer.
M. de Ruolz ne s’est pas borné à l’appiicatiou galvauique des
(1) Les procédés de MM. de Ruolz et EiLington pour la dorure de* métaux par la voie galvanique ont été acquis en France par M. Christelle, qui a fondé à Paris un établissement des plus importants pour l'application des nouveaux procédés de la dorure chimique, tl faut ajouter cependant , que par suite de l’expiration des brevets , les procédé* de dorure et d’argenture par la pile sont tombés aujourd'hui dans le domaine public.
métaux précieux; étendant ses procédés à tous les métaux usuels , il a réussi ù cuivrer, h zinguer, à étamer, à plomber divers métaux.
L’application du cuivre, de l’étain , du plomb, du nickel et du cobalt, ne semble pas présenter jusqu’ici, dans les arts, d’utilité bien manifeste, et ne peut servir que dans certains cas spéciaux et limités; mais l’application galvanique du zinc est une opération industrielle d’une incontestable valeur. On fabrique, depuis plusieurs années, sous le nom impropre de fer galvanisé, divers objets de tôle, de fonte ou de fer, recouverts de zinc, par la simple immersion de ces objets dans un bain de zinc fondu. Ce fer zingué jouit de propriétés éminemment utiles, trop peu connues et trop peu appréciées encore des industriels de notre pays. L’enveloppc de zinc qui recouvre le fer préserve ce métal si oxydable de toute altération par le contact de l’air ou de l’eau, et l’expérience a depuis longtemps démontré les avantages extraordinaires que présente le fer galvanisé , sous le rapport de sa durée et de sa résistance aux agents extérieurs. Malheureusement la nécessité de déposer le zinc à chaud enlevait au fer une partie de sa ténacité : il est d’ailleurs difficile et souvent impossible d’appliquer cette enveloppe de zinc aux objets d’art et aux pièces délicates, dont elle détruit ou ensevelit les formes. Le zincage du fer par la pile galvanique n’a aucun de ces inconvénients, car il s’exécute à froid et conserve ainsi la ténacité du métal ; déposé en couches minces, il respecte les contours et les moiudres détails des pièces métalliques. Le fer ainsi traité présente l’avantage de se conserver à l’abri de la rouille pendant de longues années, et il rend, sous ce rapport, d’immenses services dans les arts.
M. de Ruolz a fait , dans ces derniers temps, une très belle application des procédés électro-chimiques en obtenant par la pile un dépôt d’alliages métalliques. Si l’on fait un mélange, '"ns des proportions convenables, de sulfate de zinc et «le eya-
dos ru atiw>;cr. 297
nure de cuivre, ou obtient, par 'a pt'e. an dépôt simoîuDe de cuivre et de zinc, et ces d-ux m»-urn. au n.«:r.ent de irur précipitalion , s’unêsent p»>ur d "cer tu^sinee à du laiton. Par des moyens semblables on peut obtenir un dépôt de bronze avec des dissolutions de sel' de cuivre et d étain. Cette decouverte, qui présentait, ans pointsde vue théorique et pratique, de nombreuses difficultés, est aujourd'hui mise à profit dans l'industrie pour recouvrir d'nne enveloppe extérieure de cuivre des objets de 1er, et réunir ainsi à l'économie de l’emploi du !ér l’avantage de préserver de l'oxydation ce métal si altérable.
Nous avons exposé l'état présent de la galvanoplastie et le rôle que jouent, dans l'industrie actuelle, les procédés de la dorure et de l'argenture électro-chimiques. On comprend sans peine tous les services que ces moyens nouveaux promettent à l’ensemble des arts, l’impulsion neuve et féconde qu’en recevront le commerce et l’emploi des métaux précieux . enfin les avantages qn’ils assureut à l’économie usuelle et domestique. L’importance industrielle de l’électro-chimie et des opérations qui s’y rattachent est év idernment destinée à s’accroître beau coup dans l’avenir. Resterait-elle d’ailleurs renfermée dans ses limites actuelles , la galvanoplastie n’en serait pas moins digne d’être rangée parmi les découvertes les plus intéressantes de notre époque , par le nombre , la variété , l’étendue, la nouveauté de ses applications. Malheureusement , eu toute chose humaine, le mal se trouve trop souvent placé à côté du bien. En matière d’iudustrie , nos forces ne peuvent s’agrandir et s’étendre sans fournir en même temps à la fraude des ressources nouvelles jusque-là inconnues. La galvanoplastie , qui promet à l’humanité d’incontestables avantages, apporte en même temps avec elle la menace d’imminents périls. Il y a rarement bénéfice à taire une vérité. Avouons donc, sans détour inutile, que la galvanoplastie, la dorure et l’argenture chimiques, me**
5' ÉDIT. — ni. i?
une arme nouvelle et une arme terrible aux mains du contrefacteur, du faux monnayeur et du faussaire. Sans entrer dans d'autres explications , il est facile de comprendre dans quelle situation se trouvent placés désormais la société, le commerce # et l’industrie, en présence d’un art qui permet de copier en quelques instants, et avec la plus parfaite exactitude, toutes les surfaces en relief; qui , avec l’objet resté seulement quelques minutes entre les mains du contrefacteur, permet d’en obtenir le moule , et avec ce moule de reproduire l’original avec une fidélité si entière, qu’il est impossible à l’œil le plus exercé de distinguer le modèle de la copie; d’un art, enfin, qui permet de dorer, d’argenter, de platiner toute matière métallique à toute épaisseur, sans altérer en rien ses formes, et dont les produits s’obtiennent sans bruit, sans dépense, sans appareil extérieur, sans secours étranger et dans l’emplacement le plus exigu. Les institutions de la société civilisée se trouvent donc en face d’un pressant danger, et d’un danger d’autant plus sérieux, que jusqu’à ce moment personne n’a paru comprendre ni sa gravité ni son étendue. Aussi est-il urgent que le gouvernement, l’administration et le commerce, se mettent en mesure pour ne pas être surpris un jour par quelque terrible réveil. De son côté, la science ne doit pas rester inactive, et elle possède et elle doit perfectionner les moyens de conjurer ces périls. Qu’elle s’applique donc à prévenir ou à détourner les effets de l’arme redoutable que le crime peut-être s’apprête à mettre en jeu, et qu’ainsi il lui soit donné de guérir elle-même le mal qu’elle a pu causer. Si, d’après la grande et juste image des Écritures, l’arbre de la science porte dans ses rameaux les fruits du bien mêlés aux fruits du mal, développons les germes heureux , et sachons élever hors de la portée de la main du crime les fruits empoisonnés.
ET
LA POUDRE-COTON
Les contes ridicules qui sont débités chaque jour sur l’origine de la poudre à canon sont un triste et frappant témoignage des préjugés qui remplissent encore l’histoire des sciences, et de l’état imparfait et chétif dans lequel a vécu jusqu’à ce jour cette branche de nos connaissances. Les historiens les plus graves continuent à attribuer à Roger Bacon la découverte de la poudre, et au moine Berthold Schwartz la création de l’artillerie. S’ils veulent cependant témoigner de connaissance* plus précises à ce sujet, ils se hâtent d’ajouter que l’artillerie a été mise en usage pour la première fois par les Vénitiens, au siège de Chiozza en 1380, et qu’en France, un seigneur allemand fit présent à Charles VI de six pièces d’artillerie de fer qui furent employées en 1382 à la bataille de Rosbecque contre les Gantois. Quand ils veulent enfin obtenir un brevet d’érudition spéciale sur la matière, nos écrivains abordent les récits du feu grégeois , et c’est alors qu’arrivent toutes ces belles histoires sur ce terrible feu « qui embrasait avec une horrible » explosion des bataillons, des édifices entiers » (1) ; — « qui » dévorait les soldats et leurs armes» (2); — « que l’eau nour-
(1) Lcbeau, Histoire du Bas-Empire, t. XIII, p. 10G.
(2) Michaud, Histoire des croisades, t. III, p. 223, édit. 1828.
>» rissait au lieu de l’éteindre » (1) ; — « que l’on ne pouvait » éteindre que parle sable ou le vinaigre » (2); enfin, dont la composition s’est perdue au xiv e siècle et n’a jamais été retrouvée.
En vérité , on se demande, à la lecture de tant d’assertions erronées , comment on a pu altérer et obscurcir à ce point une question aussi simple. Rien de plus simple, eu effet, que la découverte de la ))oudre à canon ; quelques mots suffisent pour en résumer les faits généraux.
De tout temps, dès l’antiquité la plus haute, le feu a été l’un des moyens d’attaque en usage à la guerre. Les écrivains latins nous ont transmis la description de certains mélanges inflammables qu’on lançait à l’ennemi avec des machines, ou que l’on attachait aux flèches et aux dards. Cette branche de l’art de la guerre fit peu de progrès en Europe, mais il en fut autrement en Asie. Les mélanges incendiaires , déjà employés en Orient avant l’expédition d’Alexandre, reçurent dans ces contrées un développement extraordinaire; ils devinrent l’arme principale des combats. Au vir siècle, les feux de guerre furent transportés chez les Grecs du Bas-Empire et de là chez les Arabes, On connaît tous les avantages que retirèrent les Grecs , dans leurs guerres maritimes , de ces mélanges combustibles , qui prirent alors le nom de feu grec ou de feu grégeois. On sait également que, durant la période des croisades, les Arabes d’Afrique reçurent un puissant secours de l’emploi de ces mélanges inflammables qui produisaient sur les chrétiens l’impression de la plus profonde terreur. Le feu grégeois ne fut jamais entre les mains des Grecs et des Arabes qu’un moyen de provoquer ou de propager l’incendie, qu’une manière de multiplier les formes sous lesquelles le feu peut être employé
(1) Gibbon, t. X, p. 356, édit. 1828.
(2) Libri, Rapport du comité historique des sciences (5 décembre
comme agent offensif dans les combats. Mais il finit par se répandre en Europe, et dès lors une révolution complète s’opéra dans ses usages. On apprit dans l’Occident à extraire le salpêtre des terres où il se trouve tout formé, on réussit à le purifier; ajouté aux ingrédients primitifs des mélanges incendiaires , le salpêtre accrut énormément leur puissance combustible. Enfin la propriété explosive de certains mélanges à base de salpêtre fut reconnue ; on l’appliqua à l’art de lancer au loin des projectiles, et c’est ainsi que vers la moitié du xiv e siècle, l’artillerie prit naissance en Europe.
Telle est , résumée en quelques mots, l’origine de la poudre li canon des temps modernes. A cette question : « Quel est l’auteur de la découverte de la poudre ?» — question si souvent posée et en des termes si divers, — on ne peut donc répondreque par cette autre question de Voltaire : « Qui le premier inventa le bateau ? » Personne n’a découvert la poudre, ou pour mieux dire tout le monde l’a découverte. C’est à la suite de perfectionnements successifs lentement apportés à la préparation des mélanges incendiaires, que se sont révélées , entre les mains des hommes , la propriété explosive de ces mélanges et leur force de projection. Ce n’est donc qu 'après plusieurs siècles d expériences et d’efforts que l’on a pu créer cet agent terrible qui, en déplaçant dans les armées le siège de la force, a révolutionné l’art des combats.
En retraçant sommairement l’histoire de l’origine et des premiers emplois de la poudre à canon, nous avons indiqué par cela même le plan de cette Notice. Toutefois il est nécessaire, avant d’aller plus loin , d’établir à quelles sources ont été puisés les faits qui vont nous occuper. En 1845, MM. Ileiuaud et Favé oui publié sous ce titre : Du feu grégeois et des feux de guerre, un ouvrage d’une excellente érudition , rempli de consciencieuses recherches. L’interprétation des textes arabes et l’étude attentive des auteurs grecs et latins qui ont laissé des
ouvrages de pyrotechnie, leur ont permis de jeter un grand jour sur la naturedes mélanges incendiaires employés en Orient, et sur l’origine de notre poudre à canon. Antérieurement , M. Ludovic Lalanne, dans un mémoire couronné par l’Académie des inscriptions et belles-lettres , avait su, par une heureuse combinaison de textes originaux, éclaircir l’histoire du feu grégeois, et fournir des renseignements pleins d’intérêt sur les effets de celte composition célèbre. Enfin , M. Lacabane , dans une dissertation sur Y Introduction en France de la poudre à canon, publiée en 18£iü dans la Bibliothèque de l'Ecole des Chartres, a mis au jour d’utiles documents sur cette dernière question. Ces travaux remarquables ont fait justice d’erreurs que les siècles avaient consacrées. Malheureusement leur forme un peu aride ou certains défauts d’exposition avaient empêché le public et les savants eux-mêmes de bien apprécier toute leur importance, et nous serons heureux si le résumé que nous en donnons offre assez de précision et de clarté pour dissiper les préjugés nombreux qui continuent de régner sur cette curieuse partie de l’histoire des sciences.