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CHAPITRE PREMIER

Emploi des feux de guerre chez les Orientaux. — Leur introduction en Europe au vil* siècle. — Composition du feu grégeois. — Moyens employés par les Grecs du Bas-Empire pour l’emploi du feu grégeois dans les combats maritimes.

l a plupart des grandes inventions qui commencèrent, au moyen âge, l’affranchissement moral de l’humanité sont originaires de l’Orient. Écloses sous le ciel de l’Asie, elles y demeurèrent des siècles entiers dans un état d’enfance ; mais une fois établies sur le sol de l’Europe, secondées dès lors par l'active

imagination et le génie des Occidentaux, elles ne tardèrent pas à s’y perfectionner et à recevoir des applications étendues. Toutes ces créations nouvelles , qui devaient transformer les forces actives de la société, et changer ainsi la destinée des peuples, existaient en germe dans l’orient de l’Asie. La nature, si riche et si féconde sous le beau ciel de ces contrées , offrait spontanément à l’observation de l’homme certains faits qui , pour ainsi dire, apportaient avec eux leurs conséquences visi-t blés. L’esprit des Orientaux les saisit de bonne heure, mais il fut impuissant à rien ajouter à ces données élémentaires. Arrêtées dès leur naissance , ces premières notions sommeillèrent pendant dix siècles. Il fallait les facultés actives des nations européennes pour en retirer tout le parti que l’on devait en attendre. Telle est l’histoire de l’invention de l’imprimerie, de la découverte de la boussole, de la fabrication du papier ; telle est aussi l’histoire de ces mélanges incendiaires qui , en usage chez les Orientaux dès les temps les plus reculés, ne reçurent qu’en Europe les modifications et les perfectionnements divers qui devaient donner naissance à la poudre à canon.

Le naphte , l’huile de naphte et quelques autres combustibles de la môme nature, sont , en Asie, des produits naturels fort abondants : il est donc tout simple que les Orientaux aient eu la pensée de les employer comme moyens offensifs. Mélangés avec des substances grasses ou résineuses, du goudron , des huiles , et autres corps combustibles, ils servaient à préparer diverses compositions inflammables que les Chinois, les Indiens et les Mongols ont consacrées depuis des temps reculés aux usages de la guerre. Ces mélanges combustibles avaient la propriété d’adhérer aux objets contre lesquels on les projetait, et constituaient ainsi un moyen dangereux d’attaque. Si l’on considère d’ailleurs que la sécheresse et la chaleur du climat de l’Asie rendaient ces agents de guerre plus efficaces et plus désastreux , on comprendra que les compositions de ce genre

soient bientôt devenues d’un usage général chez les Chinois ,

les Indiens et les Mongols.

Cependant on a beaucoup exagéré le degré de j)erfection auquel les feux de guerre seraient parvenus chez les Chinois. Le père Amyot (1), le savant Abel Rémusat (2), ont voulu établir que tous les emplois actuels de la poudre avaient été connus dans le Céleste Empire, et que dès le xi e siècle on y faisait usage de canons. MM. Reinaud et Favé ont parfaitement prouvé que toutes les connaissances pyrotechniques des Chinois se réduisaient è l’emploi du pétard et de la fusée, dont ils tiraient parti dans les feux d’artifice, et que leurs moyens de guerre se bornaient aux mélanges combustibles. Le père Amyot nous a laissé une longue description des diverses machines qui servaient , chez les Chinois, à jeter les compositions incendiaires. Les flèches de feu , les nids d'abeille , le tonnerre de la ten'e, le feu dévorant , la ruche d'abeille , le tuyau de feu , etc. , étaient autant d’instruments ou d’engins divers destinés h lancer des flammes contre l’ennemi.

Personne n’ignore , d’un autre côté , que chez les Indiens, les feux d’artifice étaient connus depuis un temps immémorial et faisaient partie des réjouissances publiques. On a trouvé, dans des contrées très reculées des Indes , où les Européens n’avaient jamais pénétré, des espèces de fusées volantes que les naturels employaient à la guerre. L’usage, chez les Indiens, de mélanges de ce genre remonte d’ailleurs aux temps les plus reculés. Un commentaire des Védas, ou livres sacrésdes Hindous, attribue l’invention des armes à feu à un artiste nommé Visvacarma, le Vulcain des Indiens, qui fabriqua, selon les livres sacrés, les traits employés dans la guerre des bons et des mau-

(1) Mémoires concernant les arts et les sciences des Chinois, t. VIII, p. 331.

(2) Relations diplomatiques des princes chrétiens avec les rois de (Mémoires de l'Académie des inscriptions, t. Vil, p. 416).

vais génies. Enfin , le code des Gentoux défend l’usage des armes à feu ; or, les lois rassemblées dans cette compilation datent de la plus haute antiquité , et se perdent môme dans la nuit des temps.

Ainsi , ces mélanges combustibles , qui plus tard, en se modifiant, devaient donner naissance à notre poudre à canon, sont originaires de l’Asie , bien qu’il soit impossible de citer avec exactitude la date première de leur emploi. Nous allons maintenant les voir pénétrer en Europe.

Ce n’est qu’au vu* siècle que les mélanges incendiaires, depuis si longtemps en usage chez les Orientaux, furent introduits en Europe. Gallinique , architecte syrien, avait appris à connaître ces substances en Asie. C’est à lui que les Grecs du Bas-Empire durent la connaissance de ces composés, qui furent désignés depuis ce moment sous le nom de feu grégeois, et qui devaient exercer une influence si puissante sur les destinées de l’empire d’Orient.

Gallinique se trouvait en Syrie lorsque, en 676, pendant la cinquième année du règne de Constantin Pogonat, les Arabes, sous la conduite du calife Mouraïra, vinrent mettre le siège devant Constantinople. Gallinique. passant secrètement dans le parti des Grecs, se rendit dans la capitale de l’empire , et vint faire connaître à Constantin les propriétés et le mode d’emploi des compositions incendiaires dont il se dit l’inventeur. Grâce à ce secours inattendu, l’empereur put repousser l’invasion des Sarrasins , qui , pendant cinq années consécutives, revinrent avec des forces nouvelles et des flottes considérables, mais furent chaque fois contraints de lever le siège.

Depuis le IX e siècle jusqu’à la prise de Constantinople par les croisés en 1206, Jes Byzantins durent au feu grégeois de nombreuses victoires navales qui retardèrent la chute de l’empire d’Orient. Aussi les empereurs apportaient-ils la plus sévère

attention à réserver pour leurs seuls États la possession de cet agent précieux. Ils ne confiaient sa préparation qu’à un seul ingénieur qui ne devait jamais sortir de Constantinople, et, selon M. Lalanne, cette fabrication était exclusivement réservée à la famille et aux descendants de Callinique.

La préparation du feu grégeois fut mise au rang des secrets d’État par Constantin Porphyrogénète, qui déclara infâme et indigne du nom de chrétien celui qui violerait cet ordre.

« Tu dois par-dessus toutes choses, dit l’empereur à son fils, dans son traité de Y Administration de l'Empire , porter tes soins et ton attention sur le feu liquide qui se lance au moyen des tubes ; et si l’on ose te le demander, comme on l’a fait souvent à nous-même, tu dois repousser et rejeter cette prière, en répondant que ce feu a été montré et révélé par un ange au grand et saint premier empereur chrétien Constantin (1). Par ce message et par l’ange lui-même, il lui fut enjoint, selon le témoignage authentique de nos pères et de nos ancêtres , de ne préparer ce feu que pour les seuls chrétiens, dans la seule ville impériale, et jamais ailleurs; de ne le transmettre et de ne l’enseigner jamais à aucune autre nation, quelle qu’elle fût.

» Alors le grand empereur, pour se précautionner contre ses successeurs, fit graver sur la sainte table de l’Eglise de Dieu des imprécations contre celui qui oserait le communiquer à un peuple étranger. 11 prescrivit que le traître fût regardé comme indigne du nom de chrétien, de toute charge et de tout honneur ; que s’il avait quelque dignité, il en fût dépouillé. Il déclara anathème dans les siècles des siècles, il déclara infâme, n’importe quel qu’il fût, empereur, patriarche, prince ou sujet, celui qui aurait essayé de violer une telle loi. 11 ordonna en outre à tous les hommes ayant la crainte et l’amour de Dieu, de traiter le prévaricateur comme un ennemi public, de le condamner et de le livrer à un supplice vengeur.

» Pourtant une fois il arriva (le crime se glissant toujours

(1) Cependant l’empereur se contredit plus loin lorsque, dans un autre passage de son livre , il rapporte à Callinique l’invention du feu grégeois. Il justifie ainsi le jugement de Lebeau, qui appelle ce prince « un grand conteur de fables ».

partout). que l’un de nos grands, gagné par d’immenses présents, communiqua ce feu à un étranger; mais Dieu ne put supporter de voir un pareil forfait impuni , et un jour que le coupable était près d 'entrer dans la sainte église du Seigneur, une flamme descendue du ciel l’enveloppa et le dévora. Tous les esprits furent saisis de terreur, et nul n’osa désormais, quel que fût son rang, projeter un pareil crime, et encore moins le mettre à exécution. »

On observa ces injonctions sévères et le secret de la préparation du feu grégeois resta fidèlement gardé. Quand les princes d’Occident obtinrent de Constantinople le secours du feu grégeois, au lieu de leur communiquer les recettes de sa préparation, on leur envoyait les navires tout appareillés du produit.

Quelle était la composition du feu grégeois ? Sous quelle forme , par quels artifices particuliers était-il employé à la guerre? Le feu grégeois était simplement formé de la réunion de plusieurs substances grasses ou résineuses d’une combustibilité excessive. Le napbte, le goudron, le soufre, la résine, l’huile, les graisses, les sucs desséchés de certaines plantes, et les métaux réduits en poudre , formaient ses ingrédients ordinaires. Selon des recherches particulières, publiées en 18'i9, par MM. Reinaud et Favé, dans le Journal asiatique , le salpêtre n’entrait point dans la composition du feu grégeois préparé chez les Grecs du Bas-Empire. Ce n’est que plus tard que les Arabes apprirent à retirer ce sel des terres où il se forme naturellement, et qu’ils eurent l’idée de l’ajouter aux matières primitives.

Voici quelques recettes pour la composition du feu grégeois citées par M.M. Reinaud et Favé d’après un manuscrit arabe de la bibliothèque de Leyde, qui remonte à l’année 1225, et qui a pour titre : Traité des ruses des guerres , de la prise des villes et de la défense des défilés , d'après les instructions d' Alexandre, fils de Philippe.

« Feu gui brûle sur l'eau. — Tu prendras de la résine ainsi que de la paille et de la poix noire, et tu les feras cuire ensemble ; quand le mélange sera fondu , tu y verseras du naphte blanc ;

ensuite tu le répandras dans de l’eau quelle qu’elle soit. Si tu veux que la flamme soit bien pure, il faut ajouter du soufre et de la colophane. »

« Drapeaux qui servent aux amusements . — Tu peux faire usage d’une lance dans la forme que je t’ai décrite, et de la grandeur que tu voudras. Tu prendras de l’étoupe, à proportion de la grosseur de l'instrument, et tu en envelopperas la base des fers de lance en recouvrant toute la surface. Tu te procureras des morceaux de peau crue, n’importe l’espèce de peau , pourvu que ce ne soit pas une peau de menu bétail ; tu découperas cette peau en vue des drapeaux que tu veux faire , et tu la couvriras il'un enduit : suivant un auteur, l’enduit est inutile; ensuite tu y attacheras de l’étoupe. Les morceaux de peau auront des boutonnières, à l’aide desquelles on les fixera au bâton de la canne, sur une étendue de quatre coudées ; ensuite tu arroseras le tout de naphte et tu verseras dessus du soufre , puis tu y mettras le feu, et tu déploieras cet appareil en présence des troupes. Tu feras diverses choses du môme genre , selon les indications que j’ai données, s’il plaît à Dieu. »

« Manière de frapper l'ennemi avec des seringues. — Prends la partie creuse d’un roseau, que tu couperas empan par einpan, et disposes-y une garde que tu puisses empoigner.

» Quant au drapeau , à la lance et aux matières dont on les recouvre dans les amusements, tu prendras une longue baguette armée d’une pointe, et cette pointe sera accompagnée de crochets et de quatre Ensuite tu prendras de l’étoupe , et tu la dis-

poseras sur la surface ; tu arroseras cette surface de naphte, et tu répandras dessus du soufre, puis tu y mettras le feu, et tu pousseras la lance en avant. Si tu frappes l’adversaire, tu le blesseras ou tu le brûleras ; si la pointe n’entre pas, tu atteindras du moins l’adversaire, tu le saisiras avec les crochets, lu l’attireras à toi, et tu le feras prisonnier, s’il plaît à Dieu. »

* Autre recette de préparation du feu grégeois. — Tu prendras du naphte, la quantité que tu voudras, tu le distilleras, de manière qu’il n’y reste ni dépôt, ni bois, ni impureté, ni rien, en un mot, qui soit dans le cas de boucher le tube -et son ouverture ; prends ensuite une marmite de première qualité, et creuse dans

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la terre un fourneau au-dessus duquel tu placeras la manniie ; tu enduiras la marmite d’argile, de manière qu'aucune étincelle ne puisse en atteindre le sommet et y mettre le feu ; dispose, sur le foyer, un bouclier qui intercepte la flamme. Tu verseras dans la marmite la quantité que tu voudras de naphte distillé ; tu couvriras la tête de la marmite avec une étoffe grossière. Prends ensuite du galbanum, qui n'est autre chose que de la poix liquide ; pour chaque cent cinquante-cinq rolls (livres} de naphte, lu emploieras huit livres et demie de galbanum , avec quinze livres «l’huile de graines; à défaut d'huile de graines, sers-toi de poix. Fais apporter un grand pot de fer dans lequel tu verseras peu à peu du galbanum et des graines, mets en dissolution le galbanum à l’aide des graines, de sorte qu’il ne reste plus que la partie grossière du galbanum ; s’il te reste un peu d’huile de graines, jette-la sur le galbanum en état de dissolution ; tu verseras le tout sur le Daphte dans la marmite; tu couvriras la marmite avec une étoffe grossière, tu allumeras un feu doux en faisant brûler des roseaux un à un, et d’après la quantité déterminée. Ne fais pas beaucoup bouillir le mélange, car tu le consumerais et le gâterais; quand tu verras que la matière s’est amollie, éteins le feu et laisse refroidir; décante ensuite la matière dans des vases, ou, si tu aimes mieux , dans des flacons, et fais-en usage dans le besoin. Quand tu voudras te servir de cette composition , tu prendras du soufre en poudre, que tu placeras sur la tête du vase, au-dessus du naphte ; tu le remueras, et tu atteindras ainsi ton ennemi , s’il plait à Dieu (f ). >

Il serait inutile de citer d’autres formules. Les recettes pour la préparation des compositions incendiaires chez les Grecs se résument toujours , comme on le voit , dans un mélange de soufre et de diverses substances de nature grasse ou résineuse, dont les proportions varient de mille manières.

Quel était le mode d’emploi de ces compositions combustibles pour les usages de la guerre? Le feu grégeois fui surtout employé chez les Grecs du Bas-Empire dans la guerre de sièges et les combats maritimes. Dans les sièges, on lançait le feu grégeois

(i) Journal asiatique, 1849, n* 16.

avec des balisles, des mangonneaux ou des arbalètes, contre les travaux de défense, les tours de bois, etc. , que l’on voulait incendier. Dans les batailles navales , on disposait des brûlots remplis de cette matière enflammée, qui , poussés par un vent favorable, allaient consumer les vaisseaux ènnemis. On disposait aussi sur la proue des navires de grands tubes de cuivre ou d’airain , à l’aide desquels on lançait le feu grégeois dans l’intérieur des vaisseaux ; en outre, les soldats embarqués à bord des navires étaient armés de tubes « main qui servaient au même usage. Quelquefois on renfermait le mélange dans des iioles de verre ou dans des pots de terre vernissée , que l’on jetait contre l’ennemi, après en avoir allumé la mèche. C’est ce que montrent clairement les textes originaux sur lesquels M. Lalanne a appelé l’attention dans son mémoire sur le feu grégeois. Voici quelques passages de ces textes curieux.

L’empereur Léon le Philosophe, qui écrivit vers l’an 900 sou livre des Institutions militaires, donne en ces termes des détails précis sur l’emploi du feu grégeois dans les combats maritimes :

« Nous tenons, tant des anciens que des modernes, divers expédients pour détruire les vaisseaux ennemis ou nuire aux équipages. Tels sont ces feux préparés dans des tubes, d’où ils partent avec un bruit de tonnerre et une fumée enflammée qui va brûler les vaisseaux sur lesquels on les envoie

» Vous mettrez sur le devant de la proue un tube couvert

d’airain pour lancer des feux sur les ennemis ; au-dessus vous ferez une petite plate-forme de charpente entourée d’un parapet et de madriers. On y placera des soldats pour combattre de là et lancer des traits.

» On élève dans les grandes dromones (1 ) des châteaux de bois sur le milieu du pont. Les soldats qu’on y met jettent dans les vaisseaux ennemis de grosses pierres, ou des masses de fer pointues, par la chute desquelles ils brisent le navire ou écrasent ceux

(1) Navires de course.

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qui se trouves* desscos . m àua is ;eciat Às »?a jccr ies

brûler.

* Il ûi prf.ari? szr-:uL tus vx-as pi-cas de xlx'*c^s

enflammées, q^L ex se ;ar iitren *>ecxr\: ie

feu au vaisseau. >1 se serwri a 2» à» ;exa :*:«» s n^-t, ru* les soldats portent ierr-ere j» rs rt ;re r.;«s iis-jas ii: n-

quer nous-méüîes : ils rtzlteeziixi. as. x:-r :r; :are qu iaace x» visage des eanem-s. ... «TL;*r^e kss. ave* ua xuiag .■caeau de a poix liquide et briaiw. » : :t.rü ai** siai» f réparée.

» Ilva jiusiî'urs xzrrts ~;y-i2s qui as* rté ducrês j-ir

les anciens, sait* t-yr'Aer ee-n rs'->: rt injurer et .jsü serait

trop long de rapporter »ei. 1. i«si fcs< te’a -ru’d est à fr:p» de ne pas divulguer, de pear que les «useos. veeiai à les connaître, ne prennent des feecautwas pour s en fin suit, ou s en servent eux-mêmes contre nous • I .. »

Marcus, auteur grec dont la persomuke est fort uicertaïue. mais (fui , selon MM. Reiiuod et Favé. a écrit dans la première moitié du un* siècle, fait counaitre dans son Lien de* feux pour brûler les ennemis . Liber igniu/n ad co'fbure-tdtakostes , les moyens employés par les Grecs du Bas-Empire pour incendier les vaisseaux.

« Prenez, dit Marcus de la sandaraque pure une livre, du sel ammoniac dissous, même quantité; faites de tout cela une pâte que vous chaufferez dans un vase de terre verni et luté soigneusement. Vous continuerez à chauffer jusqu'à ce que la matière ait acquis la consistance du beurre, ce qu’il est facile de voir eu introduisant par Fouverture du vase une baguette de bois à laquelle la matière s'attache. Après cela vous y ajouterez quatre livres de poix liquide. On évite , à cause du danger, de faire cette préparation dans l’intérieur d'une maison.

» Si l’on veut opérer sur mer, on prendra une outre, une peau de chèvre, dans laquelle on mettra deux livres de la composition que nous venons de décrire, dans le cas où l'ennemi est à proxi-

(1) Institutions militaires de l'empereur Leon le Philosophe. Traduction de Joly de Mauzeroy, 1778, t. II, p. 137.

mite ; on en mettra davantage si l’ennemi est à une plus grande distance. On attache ensuite celle outre à une broche de fer, dont toute la partie inférieure est elle-même enduite d’une matière huileuse; enfin on place sous celte outre une planche de bois proportionnée à l’épaisseur de la broche, et l’on y met le feu sur le rivage. L’huile s’allume, découle sur la planche, et l'appareil, marchant sur les eaux, met en combustion tout ce qu’il rencontre (I). »

Ainsi ces brûlots n’avaient pas de mouvement propre , ils devaient être dirigés par des nageurs ou poussés parle vent; la broche qui portait les ingrédients inflammables servait ensuite à fixer, par sa pointe, le feu contre les flancs du vaisseau. Comme le remarquent MM. Heinaud et Favé, cette disposition était fort habilement calculée pour le but qu’elle devait atteindre. Une substance enflammée, suspendue au-dessus de la surface de l’eau, protégée par son élévation contre l’atteinte des vagues, et qu’un vent léger suffisait à pousser vers les navires, était sans contredit un moyen d’incendie des plus redoutables, surtout quand on en faisait usage pour la première fois et avant que l’ennemi eût appris à se prémunir contre les attaques de cc genre. « Aujourd’hui, disent MM. lieinaud et Favé, on possède des moyens d’incendie qui agissent à de grandes distances, et l’on n’en connaît peut-être pas d’aussi efficaces à des distances rapprochées. »

On voit, par ce qui précède , que chez les Grecs du Bas- Empire , le feu grégeois fut employé surtout dans les combats sur mer et dans les sièges; dans les combats sur terre, il ne reçut que de rares applications. Mais son usage , dans la guerre maritime, devait avoir reçu des développements bien étendus, puisque, suivant une chronique anonyme citée par M. Lalannc, le nombre des navires armés de feu grégeois s’éleva jusqu’à deux mille, dans une expédition entreprise, sous Romain le jeune,

(t) Traduction de M. Hoefer (Histoire cle la chimie, t. I, p. 285).

contre les Sarrasins de l’He de Crète. Four bien comprendre d’ailleurs ses effets, il ne faut pas perdre de vue qu’à cette époque les navires ne pouvaient s’attaquer que de près, et que les combattants en venaient tout de suite à l’abordage.

Cependant le feu grégeois fut employé en quelques occasions dans les combats sur terre ou pour l’attaque des forteresses. Le manuscrit arabe de la bibliothèque de Leyde, cité par MM. lleinaud et Favé, et que nous avons eu déjà l’occasion d’invoquer, fournit les détails suivants sur la manière de faire usage, dans ce cas, des mélanges incendiaires :

« Chapitre des stratayèmes, cl manière d'assurer les effets du feu. — Prends, avec la faveur de Dieu et son secours, une certaine quantité de soufre jaune pulvérisé, mets-le dans desjarres vertes en y joignant le même poids de naphte bleu ; tu boucheras la tète des jarres avec du vieux linge, et tu les enterreras dans du crottin frais ; change le crottin dès qu’il sera refroidi, et cela pendant quarante jours, jusqu’à la tin de l’opération. Prends de la marcassite jaune pilée, mets-la aussi dans des jarres vertes, et joins-v la même quantité d’urine d’enfant ; tu boucheras la tête des jarres avec du vieux linge, tu les enterreras dans du crottin frais, et lu changeras le fumier, quand il se sera refroidi, pendant quarante jours. Prends la marcassite en te couvrant la bouche, comme je t’ai dit de le faire au chapitre de la trempe du fer ; tu retireras ensuite le naphte qui est combiné avec le soufre, et qui forme une substance noire tirant sur le verre ; pour la marcassite, elle est devenue noire et en partie consumée. Tu décanteras l’urine et le naphte à part l’un de l’autre et en les passant à un tamis de crin ; tu les mêleras ensuite par portions égales, et tu y joindras le même poids d’un vinaigre fait avec un vin acide et vieux. Mets à part cette composition pour le moment où tu en auras besoin, s’il plaît à Dieu.

» Lorsque tu voudras renverser un château, un mur ou toute autre construction, soit de pierre, soit d’une tout autre matière, ordonne aux artificiers de tirer des vases une portion de ce naphte ainsi traité par le soufre, la marcassite, l’urine et le vinaigre de vin ; ils lanceront ce mélange sur l’objet que tu veux détruire. Aie soin de choisir le moment où le vent est tourné contre l’en- 5 * édit. — ui. 18

3ift DÉCOUVERTES SCIENTIFIQUES.

nemi; par là les artificiers ne se trouveront pas en face du vent, exposes à se faire mourir eux-mêmes. Après cela, tu feras avancer d’autres hommes avec du feu et du naphte. En effet, le feu du naphte, lorsqu’il a ressenti les exhalaisons de ce liquide, s’enflamme, s’étend, grandit, et produit un grand bruit avec un sifflement terrible. Le spectacle qui s’offrira à tes yeux sera horrible : tu verras le château, s'il est bâti de quartiers de pierre, s’ébranler et se fendre ; les blocs se précipiteront les uns à la suite des autres avec le bruit du tonnerre et un sifflement épouvantable. Si le château est bâti de pierres et de mortier, tu le verras, au bout d’une heure, démoli et consumé; s’il reste quelque débris qui ne soit pas brûlé, fais approcher les artificiers avec le liquide préparé et du naphte; le naphte prendra feu, et ce qui est dans l’intérieur sera consumé. Il s’élèvera une fumée noire et épaisse, et l’ennemi périra à la fois par la puanteur et par l'incendie ; il ne se sauvera que ceux qui auront pris la fuite avant de sentir la mauvaise odeur, et avant que le feu les ait atteints. Personne, pendant trois jours, ne pourra pénétrer sur le théâtre de l’incendie, à cause de sa fumée, de son obscurité et de sa puanteur. Si tu veux mettre en fuite les défenseurs de ce château, ramasse beaucoup de bois à la porte, et attends qu’il souffle un vent violent contre l’édifice ; tu ordonneras aux ouvriers en naphte de lancer du liquide préparé sur le bois, ensuite ils attaqueront le bois avec du feu de naphte. Quand les défenseurs du château sentiront l’odeur de cette eau, ils périront, et il ne se sauvera que ceux qui auront pris la fuite. On ne pourra pas se maintenir un seul instant dans le château à cause de la fumée, de l’obscurité, de l’odeur infecte et de la chaleur. Si la porte du château est de fer et que tu veuilles en forcer l’entrée, fais-y lancer de cette eau, puis tu l’attaqueras avec du feu de naphte ; la porte sera brisée, mise en pièces ; elle tombera par terre à l’heure même, s’il plaît à Dieu, »

fOCME5 DE C,n»E.

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