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CHAPITRE III

l'holographie sur papier. — M. Talbot. — M. Blanquarl-Évrard. — Description des procédés delà photographie sur papier. — Photographie sur verre. — Papiers albuminés. — Papiers cirés. — Gélatine. — Coilodioti. — Etat présent de la photographie sur papier.

Lorsqu’un amateur de Lille, M. Blanquart-Kvrard, publia, au commencement de l’année 18ô7, la description d’un procédé pour la photographie sur papier, cette communication fut accueillie par les amateurs et les artistes avec un véritable en-

thousiasme, car elle répondait à un voeu qui avait été formé depuis longtemps et qui était resté jusque-là à peu près stérile. On comprend sans peine les nombreux avantages que présentent les épreuves photographiques obtenues sur papier, et leur supériorité sur les produits de la plaque. Elles n’ont rien de ce miroitagc désagréable qu’il est impossible de bannir complètement dans les épreuves sur métal, et qui a l’inconvénient de rompre toutes les habitudes artistiques; elles présentent l’apparence ordinaire d’un dessin : une bonne épreuve sur papier ressemble à une sépia faite par un habile artiste. L’image n’est pas simplement déposée à la surface comme dans les épreuves sur argent, elle fait corps jusqu’à une certaine profondeur avec la substance du papier, ce qui lui assure une durée indéfinie et une résistance complète au frottement; le trait n’est point renversé comme dans les dessins du daguerréotype, il est au contraire parfaitement correct pour la ligne, c’est-à-dire que l’objet est reproduit dans sa situation absolue au moment de la pose. En outre, un dessintype une fois obtenu, on peut en tirer un nombre indéfini de copies , ce qui constitue un avantage extraordinaire et suffirait pour établir la supériorité de cette méthode sur celle qui l’a précédée. Enfin, la faculté de pouvoir substituer une feuille de papier aux plaques métalliques, d’un prix élevé, d’une détérioration facile, d’un poids considérable, d’un transport incommode; l’absence de tout ce matériel embarrassant, si bien nommé bagage daguerrien , qui rendait difficiles aux voyageurs les opérations photographiques; la simplicité du procédé, le bas prix des substances chimiques dont on fait usage, tout se réunit pour assurer à la photographie sur papier une utilité pratique véritablement sans limites.

il est donc facile de comprendre l’intérêt avec lequel le ■jde des savants et des artistes accueillit en 1847 les prcrésultats de la photographie sur papier Le nom de

PBJTOGfUWIE.

>1. BUnquart -Evrard. qui n’était qu'un marchand de drap de Lille, conquit rapidement les honneurs de la célébrité- Cependant. il faut le dire, il se passait là un fait étrange. et qui compte peu d'exemples dans la science. Les procédés publiés par M. Bhnquart-Évrard n 'étaient. à cela près de quelques modifications utiles dans le manuel opératoire, que la reproduction littérale d'une méthode qui axait été publiée six années auparavant par un riche amateur anglais, M. TalboL Or, dans son mémoire, M. Bianquart-Êvrard. n’avait pas même prononcé le nom du premier inventeur, et cet oubli singulier ne provoqua. au sein de l'Académie ni ailleurs, aucune réclamation. M. Talbot lui-même ne prit pas la peine d'életer la voix pour revendiquer la gloire de l'invention qui lui appartenait. 11 se comporta tout à fait en grand seigneur. 11 se borna à adresser à quelques autis de Paris deux ou trois de ses dessins photographiques qui faisaient singulièrement pâlir les épreuves de M. Blanquart-Lvrard.

En effet, depuis l’année 183â, alors que l'art pictographique était encore à naître, JL Talbot avait essayé de reproduire sur le papier les images de la chambre obscure. Déjà d’ailleurs, et longtemps axant cette époque, d'autres physiciens axaient abordé cette question ; car c’est un fait à remarquer, que les premiers essais de photographie eurent pour objet le dessin sur papier. Niepce, au début de ses travaux, avait dirigé dans ce sens des recherches. qu’il fut bientôt forcé d'abandonner. Avant lui, en 1802, Humphry Davy s’eu était occupé de concert avec AVedgewood. Ces deux savants avaient réussi à obtenir, sur du papier enduit d'azotate d’argent, des reproductions de gravures et d’objets transparents. Ils axaient essaye de fixer également les images de la chambre obscure ; mais la trop faible sensibilité lumineuse de l’azotate d’argent leur avait opposé un obstacle insurmontable. Ou n’obtenait d’ailleurs de cette manière que des silhouettes ou des images inverses, dans les

quelles les noirs du modèle étaient représentés par des blancs, et vice vei'sâ. En outre, l’épreuve obtenue, ’Wedgewood et Davy n’avaient pu réussir à la préserver de l’altération consécutive de la lumière; abandonnée à la clarté du jour, elle noircissait dans toutes ses parties et ensevelissait le dessin. On ne pouvait donc examiner ces productions éphémères que dans l’obscurité, en s'aidant de la lueur d’une lampe.'

« La copie d’un dessin, dès qu’elle est obtenue, dit Humphry Davy, doit être conservée dans un lieu obscur. On peut bien l’examiner à l’ombre, mais ce ne doit être que pour peu de temps. Aucun des moyens que nous avons mis en œuvre pour empêcher les parties incolores de noircir à la lumière n’a pu

réussir (Juant aux images de la chambre obscure, elles se

sont trouvées trop faiblement éclairées pour former un dessin avec le nitrate d’argent, même au bout d’un temps assez prolongé. C’était là cependant l’objet principal des expériences. Mais tous les essais ont été inutiles (4). »

Heureusement M. Talbot n’eut point connaissance des essais de AVedgewood et de Davy ; il ignora l’échec que ces grands chimistes avaient éprouvé dans leur tentative ; il avoue que devant l’insuccès de tels maîtres, il eût immédiatement abandonné ses recherches comme une poursuite chimérique. Cependant, par un travail de plusieurs années, il parvint à surmonter tous les obstacles. Il résolut complètement la double difficulté de fixer sur !c papier les images de la chambre obscure et de les préserver de toute altération consécutive. En 1839, il se disposait à mettre sa découverte au jour, lorsqu’il fut surpris par la publication des travaux de Daguerre. Cependant, quelques mois après, il fit connaître en Angleterre l’ensemble de sa méthode, et le 7 juin 1841, dans une lettre adressée à M. Riot, et présentée par ce savant à l’Académie des sciences de Paris,

(I) Description d'un procédé pour copier les peintures sur verre et •»our faire des silhouettes par l'action de la lumière sur le nitrate d'art (Journal de l'Institution repaie de Londres , 1802, 1. 1, p. 170).

pbotograpuie.

il donna l'analyse de son procédé pour obtenir des reproductions photographiques sur papier. Mais l’attention était dirigée d'un autre côté, et l’annonce du physicien anglais ne fit, en France, aucune sensation. Quelques personnes essayèrent d’obtenir des images en suivant les indications fournies par M. Talbot; mais elles ne réussirent qu’imparfaitemeut. ce qui fit croire que l’inventeur n’avait dit son secret qu’à moitié; la photographie sur papier tomba donc parmi nous dans un délaissement complet Seulement quelques artistes nomades, munis de quelques renseignements plus ou moins précis, parcouraient la prot ince, vendant aux amateurs le secret de cette nouvelle branche des arts photographiques, et dans Paris circulaient un certain nombre d’épreuves très remarquables représentant des modèles iuanimés, obtenues par un employé du ministère des finances, M. Bayard, qui toutefois cachait avec grand soin le procédé dont il faisait usage. C’est dans ces circonstances que M. Blanquart-Évrard fit paraître son mémoire. Ce travail reproduisait avec peu de changements la méthode de M. Talbot; les descriptions qu’il renfermait étaient néanmoins beaucoup plus précises et plus complètes que celles qu’avait données le physicien anglais dans sa communication à l’Académie des sciences de Paris, car après leur lecture chacun était en état de mettre en pratique le procédé nouveau (1).

Tel est l’historique fidèle de la découverte de la photographie sur papier. C’était pour nous un devoir que de bien établir à

(I) Les changements apportés par M. Blanquart-Évrard au manuel opératoire de M. Talbot consistaient : t“à plonger le papier dans les liquides impressionnables, au lieu de déposer les dissolutions sur le papier à l’aide d’un pinceau, comme le faisait M. Talbot; 2* à serrer entre deux glaces le papier chimique exposé dans la chambre obscure, au lieu de l’appliquer contre une ardoise. Tout le reste de l’opération : l’emploi de l’iodure d’argent comme agent impressionnable sur le papier positif, et du chlorure d’argent sur le papier négatif, l’action si ir’

ce sujet les droits méconnus d’un savant étranger, assez malheureux déjà d’avoir été devancé dans sa découverte par Daguerre, pour que l’on respecte au moins les titres incontestables qui recommandent son nom à la reconnaissance du public.

Avant de faire connaître les procédés pratiques de la photographie sur papier, exposons la théorie générale de l’opération.

Tout le monde sait que les sels d’argent, naturellement incolores, particulièrement le chlorure, le bromure et l’iodure d’argent, étant exposés à l’actiou de la lumière solaire ou diffuse, noircissent promptement par suite d’une décomposition chimique provoquée par l’agent lumineux. D’après cela, si l’on place au foyer d’une chambre obscure une feuille de papier imprégnée d’une dissolution de chlorure d’argent, l’image formée par l’objectif s’imprimera sur le papier, parce que les parties vivement éclairées noirciront la couche sensible, tandis que les parties obscures, restant sans action, laisseront au papier sa couleur blanche. Maintenant, si, grâce à l’action dissolvante de l’hyposulfite de soude ou du sel marin, on débarrasse le papier de l’excès du chlorure d’argent non impressionné par la lumière, on obtiendra une sorte de silhouette dans laquelle les parties éclairées du modèle seront représentées sur l’épreuve par une teinte noire et les ombres par des blancs. C’est ce que l’on

portante de l’acide gallique pour faire apparaître l’image , l'addition de l’acide acétique aux liquides photographiques , l’idée capitale de préparer une image négative, et de s’en servir pour obtenir une image directe ; en un mot, tout l’ensemble de l’opération de la photographie sur papier appartient incontestablement au physicien anglais. Pour que le lecteur ne puisse conserver aucun doute sur ce point,nous donnons à la fin du volume (Note V ) la description des procédés de M. Talbot présentée par M. Biol, le 7 juin 1841, à l’Académie des sciences de Paris, et (Note VI) le mémoire publié en 1847 par M. Blanquart-Évrard dans les Comptes rendus de la même Académie.

rBorooiupuiE.

nomme une image inverse ou négative, selon l'expression consacrée. Enfin, si Ton place cette image sur une feuille de papier imprégnée de chlorure d’argent et qu'on expose le tout à l'action directe du soleil, l’épreuve négativ e laissera passer la lumière à travers les parties transparentes du dessin et lui fermera passage dans les portions opaques. Le ray ou solaire, allant ainsi agir sur le papier sensible placé au contact de l’épreuve négative, donnera naissance à une image sur laquelle les clairs et les ombres seront placés dès lors dans leur situation naturelle. On aura donc formé ainsi une image directe ou positive. Tel est le principe général de la photographie sur papier.

Le procédé pratique de celte branche nouvelle de l’art photographique se compose, d’après cela, de deux séries distinctes d’opérations : la première avant pour effet de préparer l’image négative ; la seconde, de former 1 épreuve redressée.

On obtient l’épreuve négative en recevant l’image de la chambre obscure sur un papier enduit d’iodure d’argent mélangé d’une petite quantité d'acide acétique. Comme l’iodure d’argent s’impressionne beaucoup plus promptement à la lumière quand ou l’entretient à l'état humide, on place le papier photogénique sur quelques doubles de papier humectés d’eau, et pour lui donner une surface égale et parfaitement unie, on le presse entre deux glaces. Cependant l’emploi des glaces u’est pas indispensable, et l’on se contente souvent, comme le faisait M. Talbot, d’appliquer la feuille de papier photogénique humide contre une feuille d’un carton très léger, qui adhère par son humidité à la vitre d’un châssis. Les choses ainsi disposées, on place ce système au foyer de la chambre noire. Au bout de trente à cinquante secondes, l’effet lumineux est produit ; l’iodure d’argent sc trouve décomposé dans les parties éclairées, et dans tous les points sur lesquels a porté la lumière l’oxyde d’argent devient libre. Cependant la faible

UH DÉCOUVERTES SCIENTIFIQUES,

altération chimique qui vient d’avoir lieu n’est en aucune façon accusée à la surface du papier, qui n’offre encore aucune trace visible de dessin : niais si on le plonge dans une dissolution d’acide gallique, ce composé formant, avec l’oxyde d’argent qui existe à l’état de liberté à la surface du papier, un sel, le gallate d’argent, d’une couleur noir foncé, l’image apparaît subitement. Il ne reste plus qu’à enlever l’excès du corn {Misé d’argent non influencé, afin de préserver le dessin de l’action ultérieure de la lumière. On y parvient en lavant l’épreuve avec une dissolution d’hyposulfite de soude ou de sel marin qui dissout immédiatement l’iodure d’argent non altéré par la umière.

Pour obtenir l’image positive, on place l’épreuve négative obtenue par les moyens qui viennent d’être indiqués, sur un papier imprégné de chlorure d’argent ; on les serre tous les deux entre deux glaces, l’épreuve négative en dessus, et l’on expose le tout au soleil ou à la lumière diffuse. La durée de cette exposition varie depuis une demi-heure jusqu’à quatre heures à la lumière diffuse, et au soleil depuis quinze jusqu’à vingt-cinq minutes. Au reste, comme on peut suivre de l’œil la formation du dessin, on est toujours le maître de s’arrêter quand on juge le trait suffisamment renforcé. Enfin pour fixer l’image, c’est-à-dire pour enlever l’excédant du composé chimique qui, sans cette précaution, continuerait de noircir en présence de la lumière, on place l’épreuve dans une dissolution d’hyposulfite de soude ou de sel marin qui dissout l’excès de chlorure d’argent non influencé. En prolongeant plusou moins la durée de son séjour dans le bain d’hyposulfite de soude, on peut communiquer à l’épreuve une couleur qui varie, en parcourant toute l’échelle des tous bruns et des bistres, jusqu’au violet foncé et au noir intense.

Nous n’avons pas besoin d’ajouter que l’épreuve négative ■“■•st servir à donner un très grand nombre d’autres épreuves

positives, et qu’une fois obtenu, ce type peut fournir 4» reproductions indéfinies (1).

En dévoilant au public les procédés de 1a pbrdograpbâe vu papier avec un désintéressement et une JibéraLté assez rare» parmi ses confrères, .M. BlaDqijarl-Évnird rer/?; s aux arts pbotographiques un immense sers ice. Ire t mta parte m a empressa de mettre en pratique ces moyens v «r.opk» dai/t kw exécution, si intéressants dam leur* révoltât», «* la pUs/ig/aphie sur papier reçut bientôt une im:^-/* et var/r r .. h '>tm ne fut-il pas difficile de prévoir des ce qu'aie ue tar-

derait pas à s’enrichir de modifications i .v^z/rave* e* a o*archer rapidement vers le degré de perfecx/zs cp;i f*« m*u**&Â.

Obteuusen effet par les prr/édé* dwrA en î éiT par M file* quart-Évrard, les dessins pf///<zxa;/. >p»e» étauiot ww* au-dessous des produits de la plaque dae'>Tne*rne, Oa j «juchait en vain la rigueur, la ddkatew* du trart Ta douraMedée gradation de teintes qui font le charme des *pre*n*-t métaJ.a/ -*», Le motif de cette infériorité e*/ d* -ecrt îacle a c/u «preud/u, La surface plane et potie d'us» «fésat oT*e d’un dessin photographique, de» fcc^.ré» taue par**»*» ; au contraire, la texture libres»* du pape?, «et aspérité*, ta */UUmunication capillaire qui v'éfabi î eove fét d'isra* parte* de sa surface inégalement irr^sreaMc^iaée». an/ avaaiU d ofootaciut qui s’opposent à b rL.'oeor atoMn* det hy,oet . '/nw* a J etable dégradation des bnuférss e? 4n octui/*», Ss% défait det ns&/f* obtenues par les procédé* 4e M Tait// ue Wj ***/• d-/v qu au papier lui-rnérr/. La tmrjss* sue du pape», I «uégau té de son grain, l'impureté 4e t» pire v/e ert*ob/xu taaiabfé et

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irrégulière pendant son immersion dans les différents liquides, telles étaient les causes des difficultés que rencontraient les opérateurs. Le problème du perfectionnement de cette nouvelle branche de la photographie consistait donc h remplacer la surface inégale et rugueuse employée à recevoir l’épreuve négative, par une surface homogène et parfaitement plane, imitant le poli si parfait des plaques métalliques.

Ce problème capital fut résolu par la découverte de la photo- (jraphie sur verre. Comme ce nom de photographie sur verre est susceptible d’amener quelque confusion dans l’esprit du lecteur, nous devons préciser avec soin la nature de ce procédé.

La photographie sur verre n’est, à proprement parler, qu’une modification de la photographie sur papier. Au lieu de former sur le papier l’image négative, on la forme sur une lame de verre ou de glace que l’on a préalablement revêtue d’une couche d’albumine ; le dessin négatif produit sur cette glace sert ensuite à obtenir sur le papier l’image positive.

Les moyens pratiques de la photographie sur verre sont d’une exécution fort simple. Sur la glace qui doit recevoir l’image négative on étend une légère couche d’albumine liquide ou blanc d’œuf, dans laquelle on a dissous un peu d’iodure de potassium. Une fois sèche, cette couche d’albumine forme une surface homogène et d’un poli parfait, éminemment propre à donner aux lignes du dessin un contour arrêté. Ainsi recouverte d’albumine, la lame de verre est imbibée d’iodurc d’argent; pour cela on immerge la plaque dans une cuvette contenant une dissolution de ce sel, ensuite on l’expose au foyer de la chambre obscure, et l’on exécute sur sa surface les opérations ordinaires que l’on fait sur le papier quand on veut obtenir une image négative. Celle-ci obtenue, constitue un cliché ou une épreuve négative sur verre qui sert à produire l’image directe. Cette dernière image se forme sur une feuille de

kl

papier en se servant (les moyens habituels. Le verre ne sert donc qu’à préparer l’image négative; c’est là un point qu’il importe de bien faire remarquer pour éviter une confusion que beaucoup de personnes commettent à cet égard.

Les épreuves obtenues par l’intermédiaire de la glace albuminée se reconnaissent aisément à la rigueur extraordinaire, à la correction du dessin, à ses contours admirablement arrêtés ; elles peuvent presque rivaliser, sous ce rapport, avec les produits de la plaque (1).

Cependant la préparation d’un cliché négatif avec une lame de verre recouverte d’albumine était une opération assez délicate. Il fallait que l’albumine fût étendue d’avance sur la glace et séchée lentement par l’évaporation dans un lieu tranquille. En outre, l’enduit albumineux mélangé au sel d’argent avait l’inconvénient de diminuer notablement sa sensibilité à l’action de la lumière ; de telle sorte que, pour la rapidité d’impression, la glace albuminée laissait beaucoup à désirer. On s’efforcait donc de perfectionner ce procédé nouveau en cherchant à diminuer le temps de l’impression lumineuse, lorsqu’une heureuse inspiration vint répondre, sous ce rapport, à tous les désirs des photographes.

Dans une brochure qui parut en janvier 1851 , M. Gustave le Gray annonçait avoir fait usage, sans beaucoup de succès, du collodion, pour remplacer l’albumine dans la photographie sur verre. Pendant la même année, un photographe de -Londres, M. Archer, publia une description très complète des procédés et moyens qui sont nécessaires pour faire usage avec succès du

(!) La photographie sur verre a été imaginée par M. Niepce de Saint- Victor, neveu de Joseph Niepcc, le premier inventeur de la photographie. Comme nous avons tenu à rassembler dans les notes de ce volume tous les mémoires ou pièces qui ont en photographie un intérêt historique, nous reproduisons (Noie VII), les deux mémoires publiés en 18t7 et 1818 par M. Niepce de Saint-Victor, où se trouve émise pour la première fois l’idée de la photographie sur verre.

collodion en photographie. Les procédés publiés par M. Archer furent aussitôt mis en pratique, et l’on reconnut promptement toutes les ressources que cette matière nouvelle fournit aux opérateurs.

Le collodion est le produit de l’évaporation d’une dissolution de coton-poudre dans l’éther sulfurique alcoolisé. En s’évaporant, cette dissolution laisse un enduit visqueux qui s’obtient en quelques minutes, et de plus cette pellicule organique se prête merveilleusement aux opérations photogéniques. Elle s’imprègne très bien du composé d’argent, et s’impressionne au contact des rayons lumineux avec une rapidité étonnante. Le collodion active à un tel point l’impression photogénique, que l’on peut reproduire, par son emploi, l’image des corps animés d’un mouvement rapide, tels que les vagues de la mer soulevées par le vent, une voiture emportée sur un chemin, un cheval au trot, un navire à vapeur en marche avec son panache de fumée noire et l’écume qui jaillit au choc de ses roues. Ou comprend sans peine, dès lors, que le collodion ait été accueilli avec une grande faveur parles photographes. Le portrait, qui ne pouvait s’obtenir qu’à grand’peine sur la glace albuminée, en raison de la lenteur d’impression de la matière sensible, s’exécute par le collodion avec la plus grande facilité; aussi cette matière est-elle aujourd’hui partout la seule en usage pour l’exécution des portraits.*

Lu jeune physicien enlevé prématurément aux sciences, M. Taupenot, a donné le moyen de communiquer aux plaques de verre recouvertes de collodion la propriété de conserver pendant plusieurs jours leur sensibilité. Quand on opère avec le collodion, il faut agir extemporanément, car la sensibilité de l’enduit disparaît au bout de peu de minutes par sa dessiccation, ce qui prive le paysagiste, le photographe voyageur, de l’avantage d’emporter au loin avec lui des lames de verre collo-

PUOTOGKAl’lHË.

dioimées préparées d’avance. C’était là un grave inconvénient pour la pratique de la photographie. M. Taupenot a parfaitement obvié à cette difficulté en conseillant d’ajouter au coilodion ioduré un peu d’albumine. Grâce à cette addition, la plaque sèche conserve toute la sensibilité de la plaque humide, et ou peut l’employer après plusieurs jours de préparation. Il a été reconnu depuis que le miel et quelques autres substances agglutiuatives qui s’opposent au fendillement qu'éprouve par la dessiccation la couche de coilodion, produisent le même effet, c’est-à-dire permettent de conserver pendant plusieurs jours aux plaques collodiounées leur sensibilité lumineuse.

L’emploi des glaces recouvertes d’un enduit de coilodion est donc le moyen le plus parfait que l’on possède aujourd’hui pour la production des images sur papier. La photographie sur verre a en outre l’avantage de donner des images d’une finesse presque égale à celle des produits de la plaque daguerrienne ; grâce à ces résultats, elle a presque entièrement détrôné la photographie sur plaque, qui ne compte [dus aujourd’hui que de bien rares partisans. Cependant, il ne faut pas s’y méprendre, on ne saurait considérer la photographie sur verre comme un procédé définitif dans cet art. < Jiids que soient les avantages qu’elle procure, on ne doit la considérer que comme une sorte d’expédient temjwraire, La photographie sur verre n’a point résolu, on peut dire, les difficultés de la question de la photograpliie sur papier, elle n’a fait que tourner l’obstacle. En raison de leur poids considérable, de leur fragilité et de leur prix, le» plaque» de verre amènent dans la pratique des embarras de tout genre qu’il serait superflu d’énumérer. Pour le voyageur photographe, ce genre de procédé est à peu près sans valeur, et, d’un autre côté, on ne peut guère espérer en tirer parti pour les applications futures de la photographie aux arts industriels. Un clic’

DÉCOUVERTES SCIENTIFIQUES, qu'uue simple distraction peut réduire en mille pièces ne pourra jamais devenir un instrument à l’usage de l’industrie. 11 faut ajouter, en se plaçant à un autre point de vue, que l’épreuve sur verre est tellement line, qu’elle en devient dure et sèche. De plus, elle a généralement le défaut de traduire sans vérité les tons de la nature ; de telle sorte que si elle est irréprochable pour la ligne, elle est loin d’avoir le même mérite [>our l’exacte valeur des tons du modèle. La ténuité excessive de la couche de collodion ou d’albumine, ou quelque autre cause dépendant du procédé lui-même, rendent compte de ce résultat.

Ce serait donc s’engager dans une voie fâcheuse que de se préoccuper outre mesure de la photographie sur verre. Cette méthode ne peut, selon nous, être acceptée qu’à titre de moyen transitoire. L’importance future et l’avenir de la photographie sont tout entiers dans le cliché négatif obtenu sur papier. Les moyens, si remarquables dans leurs résultats, que l’on applique aujourd’hui au verre, il faudrait pouvoir les transporter sur le papier. Nous ne mettons pas en doute qu’en entrant dans cette voie de recherches, on n’arrive un jour à obtenir sur le papier des épreuves négatives offrant autant de finesse que les images sur verre et qui l’emporteront de beaucoup sur ces dernières au point de vue de l’effet artistique. Un certain nombre de travaux ont été entrepris depuis deux ans dans cette direction ; énumérons-les rapidement.

M. Blanquart-Évrard a essayé de remplacer la lame de verre par une feuille de papier sur laquelle on étendrait l’albumine ; en d’autres termes, il a proposé de supprimer le verre et d’opérer directement sur le papier avec la couche d’albumine. Mais la lenteur extrême avec laquelle s’effectue, dans ce cas, l’impression lumineuse, a fait rejeter l’emploi des papiers albuminés.

Une découverte plus importante est celle dont MM. le Gray “«t Fabre de Romans se disputent la priorité: c’est l’emploi,

pour la préparation des images négatives, de papier imbibé de cire. L’interposition de la cire fait disparaître les inconvénients * qui résultent de l’inégalité du grain et de la pâte du papier, et sous le rapport de la pureté des ligues, les dessins sur papier ciré atteignent presque à la perfection des images sur verre. Un autre avantage, et peut-être le plus sérieux que présente le papier ciré, c’est qu’il peut être employé à sec, et permet ainsi au voyageur qui va relever au loin la vue d’un monument ou d’un paysage, d’exécuter sur les lieux et sans la moindre difficulté les opérations photographiques.

Peut-être néanmoins pourrait-on élever contre l’emploi des papiers cirés le reproche de donner trop de ténuité à la couche impressionnable du sel d’argent, circonstance qui a pour résultat d’enlever au dessin une partie de sa vigueur. En sa qualité de corps gras, la cire est difficilement miscible aux liquides, qu’elle semble, pour ainsi dire, repousser; il résulte de là que la quantité de sel d’argent que peut absorber le papier pénétré de cire est sensiblement moindre que quand on opère avec d’autres substances organiques. Cette circonstance nous paraît expliquer la supériorité que présentent sur la cire les substances organiques miscibles à l’eau, et notamment la gélatine, si habilement mise à profit par l’un de nos photographes les plus distingués, M. Baldus. La gélatine étendue sur le papier pour la préparation de l’image négative, telle est la base de la méthode opératoire employée par M. Baldus, et qui, à cela près de l’addition de la gélatine, n’est autre chose que le procédé primitif de photographie sur papier de SI. Talbot. C’est en faisant usage de ce procédé si simple pour la reproduction des monuments et des paysages que M. Baldus produit les œuvres remarquables que tout le monde a admirées.

Ici doit trouver place une remarque générale relative à ces matières organiques que l’on a été conduit à déposer sur le papier, dans le but de modifier sa contexture physique.

L’emploi de la cire, de la gélatine et de quelques produits analogues, présente, pour la rigoureuse exécution de l’image photographique, des avantages considérables ; mais le mélange de ces corps étrangers avec les sels d’argent que la lumière doit impressionner devient la source d’un inconvénient grave, en ce qu’il diminue notablement la sensibilité de l’agent chimique, de telle sorte que le temps nécessaire pour la production de l’empreinte photographique doit être beaucoup plus long quand on opère avec les papiers recouverts de gélatine ou de cire, que quand on agit avec le papier n’ayant subi aucune préparation. On est ainsi forcé de prolonger beaucoup plus longtemps l’exposition dans la chambre obscure. Aussi l’emploi des papiers recouverts de cire ou de gélatine ne donne-t-il réellement de beaux résultats que pour la reproduction des monuments, du paysage ou de la nature morte. Quant au portrait, qui exige une courte exposition lumineuse, les résultats sont toujours médiocres, et l’on est obligé de recourir au collodion. C’est, comme nous l’avons déjà dit, avec le collodion que les photographes de tous les pays obtiennent aujourd’hui les portraits.

Ces observations font comprendre le desideratum capital que laissent aujourd’hui les procédés de la photographie sur papier. Grâce à l’emploi de la gélatine, de la cire et des substances analogues, on peut obtenir des résultats très remarquables, tant sous le rapport delà correction et de la finesse du dessin, que pour l’exacte traduction des tons de la nature ; mais ces moyens nécessitent une exposition trop longue dans la chambre obscure. Applicables au monument et à la nature morte, ces moyens ne peuvent réussir dans le portrait et dans la reproduction des scènes animées. Il faut, dans ce dernier cas, recourir à la glace recouverte de collodion, et l’on se trouve ainsi fâcheusement < ramené à cette photographie sur verre, dont il importerait, non de proscrire, mais de réduire les applications, dans l’intérêt bien entendu des arts photographiques. La photo-

PHOTOUHAI'UIE.

graphie sur papier se trouve donc aujourd’hui au point où en étaient, en 1851, les procédés du daguerréotype; pour la porter à son dernier degré de perfection, il reste à découvrir des agents accélérateurs qui, en diminuant le temps de l’ex-position dans la chambre obscure, permettent d’appliquer dans toutes les circonstances des moyens qui, dans l’état présent des choses, sont forcément limités à un certain nombre de cas, c’est-à-dire permettent d’employer sur une simple feuille de papier, pour la production des clichés négatifs, des substances très rapidement impressionnables à la lumière, comme le collodion, que l’on ne peut aujourd’hui employer que sur la glace. Espérons que les progrès de la science et de la pratique nous permettront de voir ce dernier problème résolu.

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