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CONSIDERATIONS GENERALES

Depuis plusieurs aimées, on se préoccupe de trouver, en Photographie, des procédés concernant l'emploi de préparations sèches, dont la conservation offre des garanties suffisantes de durée, tout en y joignant la rapidité dans l'opération et le rendu dans l'exécution.

Beaucoup de formules ont été indiquées pour atteindre ce résultat. Il faut reconnaître que tous les procédés actuellement connus ont donné, dans la pratique, tout ce qu'on pouvait en attendre.

Mais, si les résultats sont satisfaisants, ils sont souvent difficiles à obtenir.

Les préparations sèches sont longues à faire, par suite des lavages auxquels les glaces doivent être soumises après leur

sensibilisation. Ces lavages, lorsqu'ils ne sont pas faits avec tout le soin nécessaire, sont la cause principale de nombreux accidents, tels que manque de sensibilité, images voilées, taches, etc.

De plus, dans tous ces procédés, les formules indiquent toujours l'usage d'un préservateur, après les lavages et avant la dessiccation. Ces préservateurs, qui sont, à notre avis, des causes de ralentissement, donnent naissance à d'autres taches; d'où il résulte qu'en négligeant les raisons d'insuccès, nous pouvons dire que, sans beaucoup d'expérience et sans des soins extrêmes, il est difficile de réussir, d'une manière régulière, les préparations sèches.

Depuis peu de temps, de nombreux efforts ont été faits pour simplifier les manipulations.

La Société française de Photographie a justement pensé qu'il y avait dans cette direction de sérieux progrès à réaliser; aussi elle a tenu à les encourager d'une manière toute spéciale.

Les procédés nouveaux auxquels on a donné le nom (ïémulsions semblent avoir fait un pas de plus dans les recherches déjà si nombreuses.

En Photographie, on appelle émulsions la suspension, à l'état de sa plus grande division et dans un liquide approprié, d'un sel d'argent insoluble et sensible. L'idée défaire de toute pièce un collodion renfermant tous les éléments qui concourent à la sensibilité n'est pas nouvelle. Nous lisons en effet, dans le journal la Lumière et à la date du 20 août 1 853, un article dont nous extrayons ces quelques lignes :

« Du moment où j'ai touché au collodion, j'ai compris qu'il serait possible de composer un collodion contenant en luimême tous les ingrédients nécessaires à l'impression par la

lumière, c'est-à-dire un iodure, un bromure ou un chlorure, avec un sel d'argent soluble dans l'éther, l'eau et l'alcool , et je me suis mis aussitôt à faire des essais dans cette direction.

» J'ai été souvent tenté de prendre un brevet pour ce nouvel emploi du collodion; mais j'y ai renoncé en considérant que c'est une chose de première nécessité en Photographie. Tôt ou tard le collodion en question devra prévaloir sur son devancier, et par les recherches de chacun son perfectionnement sera plus rapide

» C'est avec le bromure que j'ai le mieux réussi ; l'acétate et le lactate d'argent ont agi aussi bien que le nitrate. . . .

» Dès aujourd'hui, je cherche un nom qui puisse distinguer ce collodion du collodion inerte employé maintenant, un nom exprimant qu'il est toujours tout prêt à fonctionner sous l'influence de la lumière; à défaut d'un nom plus expressif, je l'appellerai provisoirement collodion argentifère

» J'ai fait des essais analogues avec l'albumine et la gélatine.

» M. Humbert de Molard m'a dit aussi avoir eu des résultats avec l'albumine; mais cela perd tout son intérêt avec ces substances qu'il faut coaguler.

» En résumé, tout l'avenir de la Photographie me semble1 résider dans un collodion argentifère, composant la matière impressionnable, qu'on pourra mettre en bouteille, étendre sur du verre, papier, toile cirée, etc., pour obtenir immédiatement, ou le lendemain, des épreuves positives ou négatives,

à la chambre obscure, ainsi que des épreuves positives par négatifs ayant toute la perfection désirable.

» Je vais de mon côté étudier attentivement la préparation de ce collodion, sans me laisser aller à ma précipitation habituelle. Je crois avoir saisi les principes ; et, si je ne m'abuse pas, je pourrai bientôt obtenir un collodion argentifère qm réalisera toutes mes espérances.

» M.- A. Gaudin,

» Calculateur du Bureau des Longitudes. »

C'est à dessein que nous avons voulu reproduire ces extraits, desquels il résulte que l'idée première des émulsions est née en France.

Quelques années plus tard, ce procédé, auquel on n'avait plus songé, a été repris par d'habiles praticiens, parmi lesquels nous devons citer MM. Sayce et Bolton, Carey-J^ea, Stuart Wortley, Newton et d'autres qui ont donné différentes formules. Ces formules ont été plusieurs fois modifiées par leurs auteurs, mais elles n'ont jamais eu cette netteté et cette précision sans lesquelles aucun procédé ne peut arriver à une pratique courante.

Malgré cela, des progrès ont été faits et nombre d'améliorations se sont produites. Ainsi de l'émulsion directe, c'està-dire celle obtenue par l'addition d'azotate d'argent à un collodion bromure, ce qui nécessitait de nombreux lavages après l'extension de la couche, on est arrivé à une importante modification, qui consiste à précipiter cette émulsion par l'eau, dans laquelle elle est insoluble, à la laver, la sécher et la redissoudre dans des proportions déterminées d'éther et d'alcool.

C'est, il faut le reconnaître, un grand pas fait dans le chemin à parcourir, mais le terme ne sera atteint que lorsque l'on aura défini exactement tous les détails nécessaires à la confection des émulsions.

C'est ce que nous nous sommes efforcé de faire dans cet Ouvrage. Nous nous appuyons sur de nombreuses expériences, dont les premières remontent à l'année 1872.

Le résultat de ces expériences n'est que l'application théorique des faits et leur mise en pratique.

Les formules que nous indiquons peuvent être modifiées sans que les résultats soient inférieurs, à la condition toutefois d'apprécier exactement les différentes réactions qui constituent l'ensemble du procédé.

Afin d'éviter des tâtonnements dans la pratique, nous commencerons par indiquer les qualités nécessaires aux produits employés.

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