‹ Photographie par émulsion sècheChapitre 2 sur 28 · PYROXYLE · texte numérisé non relu

PYROXYLE

Dans la pratique des émulsions, le choix du pyroxyle est d'une grande importance, puisque c'est dans le collodion, dont il est l'élément principal, que se produisent les différentes réactions qui concourent à la formation des sels sensibles. Tl ne faut pas cependant exagérer cette importance; car nous croyons que le temps peut améliorer un collodion qui, tout d'abord, ne se serait pas prêté au procédé des émulsions.

Pour reconnaître les qualités que l'on doit rechercher, il faut, avant tout, se rendre compte du rôle que remplit le collodion dans les opérations photographiques.

Nous croyons que le collodion, c'est-à-dire le mélange de pyroxyle, d'alcool et d'éther, est un milieu destiné à contenir les différents sels qu'on y introduit, sans qu'il puisse être modifié ou dénaturé parleur contact. De plus, il doit nonseulement recevoir ces sels, mais il est indispensable que, par un lavage approprié, ceux qui restent solubles puissent être entièrement éliminés. En un mot, le collodion ne doit intervenir dans aucune réaction. Si l'on n'admet pas cette théorie,

le procédé par émulsions ne peut être pratiqué avec certitude.

Il y a peu de temps, on a essayé d'introduire dans la préparation du coton, et pour en modifier la constitution, une autre substance organique, telle que la gélatine : on voulait, par ce moyen, la faire intervenir dans les réactions ultérieures ; mais nous ajouterons que le savant auteur de cette formule l'a presque condamnée, en disant qu'il préférait ajouter la gélatine modifiée à l'émulsion même. Dans ce cas, la gélatine agit comme réducteur dans le développement de l'image.

En examinant le rôle du pyroxyle, nous sommes amenés à répondre à cette question : Le pyroxyle, en présence du mélange d'éther et d'alcool, forme- t-il une solution, ou n'est-il qu'une extension, une dilatation plus ou moins étendue de la cellulose? Sans nous prononcer d'une manière affirmative, nous admettons cette seconde hypothèse. La nature du coton, ses caractères variés et les différentes transformations que le temps produit dans le collodion sont pour nous autant de preuves en faveur de notre opinion.

Les collodions nouvellement préparés avec un pyroxyle résistant sont épais et donnent des couches striées; cependant, par le temps, ils acquièrent une grande fluidité. Comment expliquer ce changement si ce n'est par une plus grande dilatation du tissu cellulaire? S'il y avait solution, cette transformation n'aurait pas lieu; car, dès le début, elle serait ce qu'elle doit rester. Si l'on conserve ce même collodion pendant un temps beaucoup plus long, la fluidité augmentera et elle pourra être accompagnée d'une décomposition partielle de la cellulose.

Nous avons eu des collodions qui, après avoir présenté

une grande homogénéité, se séparaient en deux couches distinctes : l'une superficielle, composée d'éther et d'alcool; l'autre inférieure, contenant le pyroxyle sous un aspect muci- Iagineux; dans ce cas encore il ne pouvait y avoir solution.

Il est Lien entendu que nous ne parlons que d'un collodion exempt de sels. Si nous prenons un collodion ioduré ou bromure, suivant la nature des sels employés, il y aura retard ou accélération dans l'effet produit; ainsi les iodures ou bromures à base métallique, comme les sels de cadmium, retardent l'extension des fibres de coton en produisant une contraction momentanée. Les iodures ou bromures alcalins accélèrent l'effet de dilatation.

Nous avons pensé qu'il était utile de présenter ces quelques observations, pour mieux faire comprendre les conditions à rechercher dans le choix du coton destiné aux émulsions. Nos expériences nous ont démontré que, plus le coton sera perméable , plus ses fibres seront distendues et plus aussi l'émulsion sera complète. Le procédé qui consiste à immerger le coton naturel dans un mélange de nitrate de potasse et d'acide sulfurique à haute température (de y5 à 8o°) est celui que nous préférons. Il a été indiqué d'une manière très-complète dans l'excellent Ouvrage de M. Hardwich ; il fournit un pyroxvle pulvérulent et poreux, et donne un collodion fluide et exempt de stries. Mais, comme l'excès de porosité, si utile, peut amener un manque d'enveloppe du bromure d'argent au pyroxyle pulvérulent, nous ajoutons un coton plus résistant et qui a été traité à une température moins élevée. Nous pouvons apprécier les qualités de ce mélange en constatant que, si le coton pulvérulent facilite, par sa perméabilité, la formation du bromure d'argent, il ne le

retient pas suffisamment dans ses pores et le bromure se précipiterait, si une certaine quantité d'un coton plus résistant n'intervenait pour empêcher cette précipitation.

On obtient pour les émulsions d'excellents résultats, en employant le coton précipité par l'eau bouillante, ainsi que l'a indiqué M. Adolphe Martin. Ce coton ne laisse pas de résidus dans le mélange éthéré, les parties insolubles en ayant été séparées avant sa précipitation; d'autre part, l'eau s'emparant des parties solubles du pyroxyle, il n'y a plus de variations dans le poids; cela est d'autant plus utile, qu'en précipitant le collodion émulsionné, les parties solubles sont entraînées dans les lavages en laissant non enveloppées des molécules de bromure d'argent qui donneraient par la suite des couches granuleuses et peu sensibles, par le fait de l'appauvrissement du sel d'argent.

La proportion de pyroxyle qui doit produire le collodion est variable en raison de sa solubilité, de la densité de sa dissolution, de la nature de la couche qu'il doit produire, de son plus ou moins de résistance, etc.

Si la proportion de pyroxyle était trop faible, le bromure d'argent formé par l'addition de l'azotate d'argent, se précipiterait en partie et donnerait des couches granulées qui n'auraient aucune cohésion. Si, au contraire, celte proportion était trop forte, les couches formées seraient trop transparentes, manqueraient de sensibilité et ne produiraient que des clichés sans vigueur, par l'impossibilité de renforcer l'image obtenue; le lavage de l'émulsion se ferait mal, par suite de sa contraction trop rapide, en présence de l'eau dans laquelle on fera la précipitation.

Nous voyons donc l'importance de cette théorie, qu'il doit

y avoir relation calculée entre le pyroxyle et les bromures employés.

Ainsi que nous le faisions pressentir plus haut, les qualités que nous devons rechercher dans le choix du pyroxyle se rencontrent bien rarement dans un seul et même produit. D'autre part, les causes qui concourent à la transformation du coton en pyroxyle sont si complexes que nous avons dû n'examiner que les conditions les plus essentielles, qui sont la porosité, la perméabilité, la résistance et ce que l'on appelle la solubilité, et qui n'est pour nous qu'une dilatation infinie de la cellulose.

Il y a deux procédés pour transformer le coton en pyroxyle. Le premier, qui consiste à immerger le coton dans un mélange d'acide sulfurique et de nitrate de potasse, donne un pyroxyle poreux et perméable, à la condition toutefois que la température du mélange ait été suffisamment élevée pendant le temps d'immersion. Ce procédé n'est presque plus pratiqué. Il est fâcheux qu'une économie mal entendue l'ait fait abandonner. Il faut y revenir, car on ne peut autrement trouver la porosité et la perméabilité indispensables aux émulsions.

Le second procédé, celui qui se pratique le plus ordinairement, consiste à immerger le coton dans un mélange d'acide nitrique et d'acide sulfurique avec addition, dans certains cas, d'une petite quantité d'eau.

Tous les cotons naturels ne se prêtent pas également à la transformation ; cependant, quels qu'ils soient, ce procédé produit des pyroxyles qui donnent des couches résistantes. Il ne faut pas oublier que cette qualité a ses avantages pour les émulsions. Après de nombreuses expériences, nous avons

dû faire un mélange des pyroxyles obtenus par chacun de ces deux procédés (1).

Au pyroxyle résultant de l'immersion dans les deux acides nitrique et sulfurique nous avons donné le nom de colon résistant, et à celui provenant du mélange d'azotate de potasse et d'acide sulfurique celui de coton pulvérulent.

Dans le Chapitre : Collodion bromure, nous donnons la proportion à garder pour chacun de ces pyroxyles.

(') MM. Billault et Billaudot (ancienne maison Fontaine) ont bien voulu mettre leur laboratoire à notre disposition et, après quelques essais, ont réussi à fabriquer ces deux cotons dans des conditions qui ne laissent rien à désirer.

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