CHAPITRE V
SENSIBILISATION.
Les deux collodions bromures dont nous avons donné la formule ont des qualités différentes produites par les cotons qui entrent dans leur composition.
Celui que nous désignons par le n° 1 donne des couches fermes, mais peu poreuses ; le n° 2, au contraire, produit des couches poreuses et perméables. Si ^ dans la formation de Fémulsion , on ne prenait que le n° 1 , les glaces manqueraient de sensibilité, les images seraient superficielles et les clichés ne se prêteraient pas facilement au renforcement.
L'émulsion faite avec le n° 2 n'aurait pas assez d'enveloppe et le bromure d'argent formé par l'addition de l'azotate d'argent pourrait se précipiter en partie, à moins toutefois d'augmenter dans une forte proportion la dose du coton pulvérulent. Mais alors le collodion serait trop épais et s'étendrait mal sur les glaces.
C'est pour ces motifs que nous faisons un mélange de ces deux collodions. Nous préférons les conserver séparément,
afin de laisser à l'opérateur le soin des modifications qu'il y aurait lieu d'apporter. Pour former l'émulsion, nous mesurons, dans une éprouvette bien graduée, 5occ n° 1 et 5occ n° 2. Si, au développement, la couche se déchirait, il faudrait augmenter la proportion du n° 1 et diminuer d'autant celle du n° 2. Le flacon dans lequel se fera le mélange doit être d'une capacité cinq fois plus grande, afin que l'agitation puisse être vigoureuse [fig. i).
Fig. i.
Fig. 2.
D'autre part, on pulvérisera très-finement 3gr, 1 5 d'azotate d'argent fondu et on les introduira dans un petitballon à bec, ayant soin d'éviter d'en projeter sur les parois du col du ballon [fig. 2). A l'azotate d'argent on ajoutera quelques gouttes d'eau distillée, puis on fera dissoudre en chauffant légèrement au-dessus d'une lampe à alcool (' ).
(') Pour cette opération ainsi que pour celles qui vont suivre, il faut se garantir
La dissolution faite, on ajoute 25cc d'alcool à 4o°. L'addition d'alcool produit un précipité d'azotate d'argent. Il suffit de chauffer pour le dissoudre de nouveau; cela obtenu, et le liquide parfaitement clair, on laissera refroidir jusqu'à ce que la main puisse supporter facilement la chaleur du ballon; puis on versera par très-petites parties, surtout en commençant la sensibilisation, l'alcool nitrate, en ayant soin d'agiter vigoureusement après chaque addition. Afin de conserver l'exactitude des proportions, il faut rincer le ballon avec iocc d'alcool, chauffer doucement et verser dans le collodion.
Au commencement de l'opération, l'émulsion doit avoir un aspect légèrement laiteux et cependant conserver toute sa limpidité. En avançant dans la sensibilisation, on voit une teinte rouge orangé par transparence se produire et s'accentuer de plus en plus jusqu'à la fin.
Cette teinte rouge orangé est un indice de bonne réussite. Les éinulsions qui ont un aspect mat et plâtreux indiquent une erreur dans les formules et, le plus souvent, une mauvaise qualité des produits employés, particulièrement de mauvais cotons. Une émulsion bien faite et versée sur une glace doit avoir une teinte légèrement bleue et, par transparence, une couleur rouge orangé bien franche.
Toute émulsion qui serait grenue ou opaque ne produirait que de mauvais résultats.
Nous devons signaler une seconde méthode à suivre pour la sensibilisation du collodion, et dont l'initiative est due à
de toute lumière blanche. La lumière passant par des verres rouge orangé est la seule qui ait très-peu d'action sur les sels sensibles, et encore on devra l'affaiblir autant que possible.
M. Audra. Elle consiste à verser le collodion, non plus par très-petites parties, mais par ioocc ou 2oocc, dans l'alcool nitrate, en agitant vigoureusement à chaque addition. L'alcool doit être maintenu, pendant l'opération, à la température de 25° ou 3o°. Ce résultat s'obtient facilement en se servant d'un bain-marie.
Il peut se faire que, la sensibilisation achevée, l'aspect de l'émulsion ne soit pas satisfaisant; il ne faut pas s'en préoccuper, car si l'on a le soin d'agiter de temps en temps, après'; vingt-quatre heures, l'émulsion aura repris toute son homogénéité.
La proportion d'azotate d'argent indiquée pour la sensibilisation du collodion est telle, qu'après la transformation complète en bromure d'argent, il reste un très-léger excès d'azotate d'argent, qu'il est nécessaire d'éliminer complètement.
Dans les nombreuses formules d'émulsions, on trouve l'énoncé de deux systèmes opposés. Quelques auteurs indiquent un excès de bromure et d'autres un excès d'argent.
Nous n'hésitons pas à dire que les premières formules laissent beaucoup à désirer. Quant à celles qui indiquent un excès d'azotate d'argent, elles sont bonnes, mais à la condition expresse que cet excès soit très-faible. Nous avons dit qu'il fallait éviter dans l'émulsion la formation de composés argentiques. Nous ne saurions trop insister sur ce point, car ils sont la cause principale des irrégularités qui se produisent dans les émulsions.
Nous avons constaté que, lorsque, dans la sensibilisation du collodion, il y a un grand excès d'argent, ces composés se forment avec la plus grande facilité.
Après que l'émulsion a été formée, il faut, pour nous servir de l'expression déjà employée, la laisser se faire pendant au moins trente-six heures, en ayant soin de l'agiter plusieurs fois.
Afin d'établir un contrôle indispensable et pour constater le faible excès d'argent, il faut précipiter par l'eau 2CC ou 30C d'émulsion, l'agiter vigoureusement et filtrer, pour analyser à l'aide d'un chlorure, la moitié de l'eau. L'excès d'argent se constatera par un trouble bleuâtre dû à la formation d'un peu de chlorure d'argent. S'il y avait un précipité immédiat, il indiquerait un trop grand excès d'argent.
La contre-analyse se fera en versant dans ce qui reste d'eau de lavage quelques gouttes d'une solution d'azotate d'argent. Il ne devra se manifester aucun trouble.
Si, par suite d'une erreur, on constatait-à l'analyse un excès très-sensible de bromure, l'émulsion ne pourrait réussir, il faudrait la considérer comme perdue. L'addition d'azotate d'argent aurait un effet funeste ; car, au lieu de se porter uniquement sur le bromure en excès, la formation du bromure d'argent étant lente, il se diviserait pour ainsi dire, et viendrait se combiner en partie avec les matières organiques.
Il faut absolument que l'excès d'argent soit faible et qu'il puisse être constaté, après le temps voulu, pour la transformation complète.
Si cet excès d'argent est indispensable pour donner à l'émulsion les qualités que nous devons rechercher, son action persistante deviendrait nuisible.
Dans la pratique, le lavage du collodion est difficile et ne peut être jamais complet, par suite de sa précipitation par l'eau. De quelque manière que se fasse le précipité, il n'y
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aura que les surfaces extérieures qui pourront être lavées, et intérieurement il restera toujours des traces des sels que le collodion contenait avant sa précipitation.
Il faut tourner la difficulté et remplacer par double décomposition le sel, dont l'action persistante dans le collodion pourrait être nuisible, par un autre qui le sera moins ou qui sera tout à fait indifférent.