‹ Photographie rationnelle. Traité complet théorique et pratique. Applications diverses. Précédé de l'histoire de la photographie et suivi d'éléments de chimie appliquée à cet artChapitre 10 sur 83 · DU COLLODION NORMAL · texte numérisé non relu

DU COLLODION NORMAL

nous a pas empêché d'obtenir de très-belles épreuves sur ce collodion qui avait conservé ses qualités principales. Son défaut de cohésion, qui avait causé ce léger retrait, a pu être facilement combattu par l'addition d'une quantité égale de collodion très-dense.

Lorsqu'on fait dissoudre le colon, il ne faut pas déterminer rigoureusement à l'avance, la quantité d'alcool à introduire; il vaut mieux n'en ajouter à l'éther que ce qu'il faut tout juste pour la dissolution complète du colon. Le meilleur collodion est le moins alcoolisé. Il est aussi le plus durable, le moins susceptible d'altération.

Le collodion normal, dans un flacon bien rempli et bien bouché, peut conserver ses qualités premières pendant plus d'une année.

Les auteurs qui se sont précipités en foule dans la voie féconde, ouverte par Archer, et les opérateurs qui sont venus à leur suite, ont indiqué et employé un trèsgrand nombre de procédés d'ioduration, si bien qu'il y a peut-être aujourd'hui plus de vingt formules différentes de collodion photographique, sans compter les variétés de l'espèce. Il serait difficile, et un peu téméraire, d'établir entre elles une classification par ordre de mérite. Chacune d'elles a sa valeur relative, chacune d'elles est venue à son heure dans le développement historique de la photographie, et a produit, sans nul doute, de très-beaux résultats. Ce que nous voulons et devons faire à présent, c'est dégager une formule générale de toutes les formules partielles. Il va. sans

m DU COLLODION PHOTOGÉNIQUE

dire que cette formule peut être variée à l'infini, à la condition, toutefois, de maintenir les rapports qui existent nécessairement entre les divers éléments qui la composent.

Voici, selon nous, cette formule fondamentale, et dont toutes les autres ne peuvent être que des dérivés et des subdivisions :

Coton soluble lgr.l/2i

Éitaer à 62 100 \ collodion normal.

Alcool à 40 30 '

lodure de zinc 1 [ .

Bromure de cadmium. 0.30 ci co,,odlon P**Wue. Meure dans un flacon; agiter, laisser déposer, flltrer ou décanter.

Maintenant, il est bien évident que Ton obtiendra un collodion plus ou moins dense, plus ou moins sensible, &lon que le coton sera plus ou moins soluble, que l'élher et l'alcool, malgré l'étiquette, seront plus on moins purs, et que la température, enfin, sera plus ou moins élevée. Si l'on préfère un autre brômure ou un autre iodure, on peut en faire usage sans compromettre l'opération. Notre formule n'a rien d'absolu. Il est bien vrai que chaque iodure contient pîiis ou moins (Tiode, et, doit par cela même, entrer dans la combinaison en plus ou moins grande quantité, mais

M T COLLODION PHOTOGKMQIE

on peut s'assurer, quelques heures après le mélange, du degré d'ioduration, en collodionnant une glace. Plongée dans un bain d'argent, en quelques secondes, la couche devra prendre un ton blanc-jaunâtre-opâlin, sûr indice d'un collodion ioduré à point.

Quel que soit, du reste, le degré de densité et le degré d'ioduration du collodion, pourvu cependant que Fiodure ne soit pas en excès, on peut obtenir une belle épreuve si Ton a su apprécier et prévoir les qualités de la couche sensible, avant de la mettre en œuvre. Un habile opérateur saura suppléer au défaut de fluidité ou d'ioduration, en versant le collodion avec adresse, en prolongeant le temps de la pose, et en se servant d'un réactif plus faible pour le développement de l'image.

A côté de cette formule générale, il en est une autre, dont le principal avantage est de permettre à l'opérateur, de fonctionner immédiatement, pourvu que les substances, qui concourent à la formation du collodion photogénique, soient toutes prêtes. Elle est ainsi conçue :

Collodion normal Éther à 6$... . . .

Élher ioduré

Si les produits sont bien décantés, ce mélange peut

être employé aussitôt qu'il est fait, sans même avoir besoin d'être filtré.

Nous pouvons répéter, à propos de cette formule, ce que nous avons dit pour la formule précédente : selon son caprice, son goût et ses besoins, l'opérateur peut la modifier à l'infini.

Son collodion est-il trop fluide? il peut changer ainsi les proportions de ses divers éléments :

Est-il à la fois trop fluide, et pas assez ioduré? il peut avoir recours à cette autre combinaison :

Rien de plus simple que ces différentes modifications, qui peuvent se multiplier indéfiniment, dès lors que nous savons que le collodion normal ajoute à la densité, l'éther à la fluidité, et l'éther ioduré à l'ioduration.

L'éther ioduré peut être remplacé par l'alcool ioduré, en employant un iodure quelconque, soit :

Collodion . . .

Éther

Élher ioduré

Collodion...

Éther

Éther ioduré

Iodure de cadm Brom. d'am...

dans Alcool à 40. ....

5 gr.

iOOc.

La principale, ou plutôt, la seule différence, quant à leur emploi, pour le collodion photogénique, entre l'éther et l'alcool, consiste dans leur degré de pureté. L'élher peut être absolument pur, tandis que l'alcool est parfois mélangé d'esprit de fécule, quand ce n'est point de l'alcool pur de betterave ou de fécule.

On peut voir, par ce qui précède, combien la question, si importante d'ailleurs, de photogénie , peut être simpliOée.

Un bon collodion photogénique, un bain d'argent maintenu dans des conditions convenables d'acidité ou de neutralité et d'ioduration, voilà les deux bases fondamentales de l'édifice photographique, les conditions absolues de toute réussite.

Si le collodion est dans des proportions photogéniques avec le bain d'argent, l'image viendra parfaitement, à ce premier point de vue, alors même qu'au second point de vue, l'agent révélateur serait dans des conditions de force ou d'acidité peu favorables au développement de l'image.

On nous comprendra mieux, en nous suivant pas à pas dans la formation et l'appréciation de notre cliché.

Le collodion a été bien étendu ; il n'était ni trop dense ni pas assez, il était assez ou peu ioduré. Nous savons déjà, du reste, ce qu'il y aurait eu à faire dans

les deux premiers cas, et même dans le troisième. Mais nous avons voulu passer outre, et alors, il eût fallu tenir compte du manque de sensibilité, prolonger le temps de la pose, et tenir notre bain révélateur un peu faible. Si donc, nous avons développé l'image avec un réactif trop fort, les lumières sont tout d'abord venues beaucoup trop noires, relativement aux parties foncées du modèle. Si pourtant, nous tenons à conserver ce même collodion et ce même bain, il nous faudra compenser l'insuffisance de sensibilité, en prolongeant la pose, et en mêlant de Peau au bain révélateur, environ la moitié de son volume, afin que ce bain affaibli, agisse lentement, et donne aux ombres le temps de se développer avant que les lumières ne soient passées au noir complet.

Par la même raison, et en vertu des mêmes principes, si nous avons à modifier une image, venue sur un collodion un peu trop ioduré, un peu lourd, opaque, et qui, décomposé par une lumière des mois d'été, pourrait produire un cliché gris, c'est-k-dire uniforme de ton sur les ombres et sur les linges, en un mot, un cliché non fouillé, de teinte plate et molle, il est évident qu'il y aura eu excès de pose, ce qui se manifeste par la décomposition égale des blancs et des noirs du modèle ; il faudra alors employer un révélateur

énergique, auquel il conviendra même d'ajouter un volume égal de dissolution d'argent. L'image apparaîtra alors instantanément, et avec quelques chances d'opposition/dues exclusivement aux moyens employés pour augmenter l'énergie du révélateur.

Ce raisonnement, fondé sur l'expérience, nous amène logiquement à conseiller l'emploi de la solution de sulfate de fer pure, sans addition d'acide, pour commencer le développement de l'épreuve, pendant les temps sombres, ou quand on opère sous une lumière (Téclairement imparfaite et, pour ainsi dire, rembranesque, cette solution ayant la propriété de métalliser presque au même degré les ombres et les demi-teintes, et de faire des images sans relief.

Les difficultés qui peuvent être attribuées au collo-

dion tiennent donc toujours à Tune de ces quatre causes : Le collodion est trop ou trop peu ioduré, trop ou trop peu fluide, difficultés, comme on voit, faciles à résoudre ou à tourner.

Nous n'avons pas à nous occuper ici, des écueils auxquels on doit nécessairement s'attendre, en faisant usage du collodion normal impur ou mal composé. Nous parlons dans l'hypothèse de produits employés irréprochables, et mis en œuvre par un opérateur habile et propre, qui comprend toute l'étendue du

désordre que pourrait causer, dans l'action photographique, la moindre parcelle d'un réducteur ou d'un désiodant quelconque.

Le défaut, je dis le moindre défaut, de la plus exquise propreté, nous ne saurions trop insister sur ce point, peut occasionner dans la pratique de notre art, des difficultés insurmontables,* fût-on d'ailleurs muni de tous les éléments matériels d'un bon opérateur.

Le collodion humide est-il aussi sensible qu'on Ta prétendu, et l'opération peut-elle réellement être instantanée? Oui, sans doute, il ne pourrait en être autrement, surtout lorsqu'il s'agit de reproduction à grande distance. Les nuages, la mer, les vaisseaux, etc. (1), doivent être reproduits instantanément, et même avec le ménisque diaphragmé; autrement, le ciel serait sans nuages, la mer sans vagues ni perspective, et l'un et l'autre seraient confondus. Mais toutes ces reproductions instantanées de la nature animée, ou des éléments en mouvement, ne sont encore qu'un jeu, même pour un élève peu avancé dans Part de la photographie; c'est lorsqu'il s'agit de faire le

(1) Il en est de mime en opérant avec un objectif double diaphragmé, sur un paysage vivement éclairé. g

portrait ou le modèle vivant, que les difficultés surgissent en foule. Le collodion n'est plus aussi sensible, car la lumière n'est plus la même; la glace doit être d'une pureté parfaite; car l'atome de poussière est une tache à l'œil; une strie ou rayure de la glace, une balafre à la joue ou au nez du modèle; la moindre négligence dans le développement de l'image la fait trop dure ou trop uniforme, ou trop faible ou trop vigoureuse. Tantôt le modèle a bougé, tantôt il est mal éclairé, ou il a une physionomie détestable ; bref le portrait est boursouflé; il est défiguré; il ne ressemble pas, etc. La reproduction de la nature morte est toujours belle. Qu'importe que le terrain de votre reproduction soit sillonné d'une longue tache, que la glace mal polie soit couverte de coups de balai, que la couche de collodion soit rocailleuse, ridée, moutonnée! l'arbre, le terrain, l'ensemble en sera-l-il moins harmonieux? Cette tache sur le monument, sur l'écorce, dans le feuillé, sur le terrain apparaît comme une ombre au tableau, qui augmente son lustre et ajoute à son originalité. Aussi, combien d'opérateurs, qui ont acquis une réputation avec leurs paysages, ont échoué dans le genre-portrait!

Cette question de collodion instantané préoccupe grandement les opérateurs depuis quelque temps, et

nous avons eu à répondre à plusieurs lettres sur ce sujet.

En résumé, il n'y a qu'un seul bon collodion, c'est celui qui, ioduré convenablement, prend dans le bain d'argent la couleur qui annonce son maximun de sensibilité, et sur laquelle les vrais praticiens ne se trompent pas. En deçà de cette teinte, il est évident que le collodion est moins sensible, ce qui doit entraîner, comme correctif, une pose plus prolongée. Au delà de cette nuance, quand il arrive même au blancjaunâtre, il n'est pas moins évident qu'il y a excès d'iodure, ce qu'il manifeste encore plus sensiblement par des taches en formes de vermicelle ou de marbrures, en sortant du bain d'argent. La glace est alors tout à fait à rejeter, et le collodion est à modifier par addition de collodion normal et d'éther. Un excès de plus n'en produirait pas moins l'image, comme dans le cas précédent, mais cette image disparaîtrait au fixage.

Le collodion n'est pas seul à produire l'iodure d'argent. Le bain y joue également un grand rôle, et ce rôle, il ne peut le jouer convenablement qu'autant qu'il est lui-même dans toutes les conditions voulues pour atteindre son maximum d'efficacité. Le bain peut être ou trop acide, ou trop alcalin, trop ou pas assez

chargé d'argent; enfin, il peut être de telle nature que, donnant des épreuves satisfaisantes avec certains collodions, il ne produise rien d'acceptable avec tel autre collodion, auquel on ne peut cependant reprocher aucun défaut.

Les belles épreuves résultent de certaines proportions, qui doivent être maintenues, entre l'iodure et l'azotate d'argent. Ces proportions constituent en quelque sorte, les équivalents photogéniques, tout à fait différents des équivalents chimiques, car les lois de ces derniers ne suffiront pas pour obtenir l'iodure d'argent photographique, il faut encore qu'il soit formé avec excès donné de nitrate d'argent. En effet, quand l'iodure générateur domine , la couche sensible est blanchâtre, tandis qu'elle est un peu jaune lorsque la double décomposition est exacte, et un peu grise quand les bases sont en excès et quand le collodion est vieux.

Si, avec un collodion fortement ioduré, on emploie un bain faible, la couche impressionnable est un peu opaque, le cliché n'est pas limpide, et l'épreuve est couverte.

Au contraire, avec un bain assez fort pour supporter un collodion fortement ioduré, la sensibilité est doublée, le cliché est translucide, les blancs sont en

iU DU COLLODION PHOTOGÉNIQUE

pleine vigueur, et les ombres sont parfaitement fouillées.

Enfin si le bain est trop fort, quelle que soit l'ioduration du collodion, la couche, iodurée instantanément, disparaît presque aussitôt, en partie ou totalement, suivant l'excès de force de ce bain. A 12 ou 15 O/O, il commence à enlever, sur les bords, Tiodure formé : de 15 à 18, il le dissout entièrement.

Il serait facile de se maintenir dans les proportions moyennes, s'il suffisait de doser convenablement les liquides, et c'est ce qui a lieu quand on fait usage d'un collodion et d'un bain neufs. Les collodions, en vieillissant, perdent leur éther et se chargent d'iodure, les bains s'appauvrissent, se concentrent et se chargent des bases des iodures, et c'est là encore une des causes les plus actives de l'insuccès des opérations.

Il faut aussi tenir compte de la variabilité de concentration du bain et du collodion, qui fait varier également les conditions du succès. Il y a déjà cinq ans que nous avons écrit que, pendant les chaleurs, il fallait tenir les collodions moins iodurés et les bains plus faibles. Dan$ tous les cas, comme dans tous les temps, d'ailleurs, il faut s'appliquer à reconnaître si l'on est bien dans ces conditions moyennes, et dans ces proportions voulues que nous avons appelées équiva-

lents photogéniques. Cette application est d'autant plus nécessaire, qu'il est des circonstances qui exigent une proportion un peu au-dessus ou un peu au-dessous de la moyenne, et qu'un opérateur intelligent peut seul déterminer.

Le collodion photogénique que nous expédions est toujours dans les mêmes proportions, et ce collodion, il ans notre bain composé et tenu dans une moyenne proportionnelle, se comporte toujours de même. 0r 3 si les photographes qui le reçoivent ont un bain d'argent convenable, nous recevons des éloges; mais, dans le cas contraire, on s'en prend au collodion, qui ne vaut rien. Nous insistons sur ce point, afin que l'opérateur prenne bien toutes ses précautions avant de rejeter tous ses déboires sur le collodion, quand le plus souvent, c'est à son bain seul qu'il doit les attribuer.

Tous les auteurs de traités photographiques ont

imaginé des préparations spéciales, pour obtenir des

collodions d'une extrême sensibilité sans se préoccuper

d'un fait aussi simple qu'important. C'est que, quelle ■

que soit la substance iodurante dont on fasse usage, il faut tenir compte, comme proportions, des saisons dans lesquelles on se trouve et du milieu ambiant des laboratoires. Ce qui nous a toujours fait dire que nulle formule ne pouvait tenir lieu de l'œil de l'opéra-

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teur, seul juge, en fin de compte, de la sensibilité du colLodion.

A quel procédé ces auteurs n'ont-ils pas eu recours pour surexciter, en quelque sorte, la sensibilité du collodion?... L'un a conseillé l'iodure d'argent dans le collodion, l'autre l'iodure d'arsenic. Celui-ci est pour le chloroforme, celui-là pour l'aldéhyde et, enfin, un dernier préfère doubler la dose de l'alcool et des bromures. Ces différentes combinaisons sont-elles bien véritablement accélératrices?... Serait-il vrai que telle ou telle substance, introduite dans le collodion normal le rende plus sensible? Cette grande sensibilité, attribuée à tel agent chimique, n'estrelle pas plutôt le résultat des soins extrêmes, apportés par l'opérateur à la mise en pratique des bonnes formules, à l'obscurité complète du laboratoire, à la rapidité avec laquelle il a opéré, à son tour de main ; enfin, au concours de ces petits riens qui, en tout, font les grandes réussites? Il est pourtant incontestable que, toutes choses égales d'ailleurs, on peut exalter la sensibilité, en augmentant la dose d'alcool dans le collodion, qui sera par'ce fait moins parchemineux, et par contre plus perméable à la lumière et aux agents révélateurs.

L'épithète d'instantané, appliquée à certains collodions, nous semble donc une espèce de non-sens. Tous

les collodions possibles sont naturellement instantanés, s'ils ont été faits dans les conditions voulues dioduration, s'ils sont mis en contact avec un bain d'argent conforme, équivalent, si Ton en fait usage avec habileté, et enfin, s'ils agissent sous l'influence d'une lumière convenable, et qu'ils soient impressionnés à l'aide d'objectifs purs et à court foyer. L'instantanéité est la résultante des bonnes opérations et nullement le privilège de tel ou tel collodion.

M. l'abbé Laborde a cependant recommandé une préparation spéciale, qui donne à un collodion déjà parfait, une telle sensibilité que cet excès de qualité devient presque un défaut. Il n'y a que la grammaire qui admette le plus que parfait. Partout ailleurs, quand le bien est obtenu, le mieux est son ennemi. Gette préparation consiste ù introduire les réducteurs dans le collodion. C'est ainsi, par exemple, qu'une trace de tannin dans 2 ou 300 grammes de collodion ioduré, lui donne une sensibilité excessive. L'expérience que nous avons faite de ce procédé, nous autorise à déclarer que les avantages qu'il présente sont peu compensés par les défauts qu'il entraîne. Ce n'est pas là un remède, ou alors c'est un remède pire que le mal.

En 1855, M. Maxwel-Lytc nous a fait connaître un

procédé, dont il publia plus tard les formules dans le Bulletin de la Société Française de photographie. Ce procédé a le double avantage d'exalter la sensibilité du collodion, et de le tenir humide pendant une journée entière. — En voici la formule :

Miel 250 gr.

Eau 375

Alcool 30

Nitrate d'argent 25

La dissolution de miel se fait dans l'eau alcoolisée, puis, on filtre, et on ajoute l'azotate d'argent. La solution, exposée au soleil, devient rouge. On filtre une seconde fois, sur un filtre de noir animal, si, après le premier filtrage, la solution n'est pas parfaitement claire. On sensibilise, dans ce bain comme dans les bains ordinaires.

Dans une autre communication, le même auteur a donné la formule et la rédaction suivante :

Miel blanc 500 gr.

Eau distillée 500

Nitrate d'argent 20

Faites d'abord dissoudre le nitrate dans l'eau distillée; puis, ajoutez le miel, et, quand il est dissous/

filtrez au jour. La lumière donnera à cette solution une teinte rouge foncée; filtrez-la ensuite sur un filtre de noir animal, elle passera complètement décolorée; exposée à la lumière, elle se colorera peut-être encore; on Péclaircira alors de nouveau, sur le noir. Quand ce sirop ne se colorera plus à la lumière, il sera bon à être employé.

Lorsqu'on sera pour s'en servir, il faut, après avoir passé le collodion au nitrate d'argent, faire couler le sirop à plusieurs reprises sur la surface. Cette surface étant bien lavée de cette manière, on l'expose à la chambre noire. Si le sirop a été bien fait, la pose doit être instantanée. Quant au développement, il se fait, comme à l'ordinaire, avec l'acide pyrogallique.

Ce bain au miel nous a donné un excellent résultat, non pas tant au point de vue de l'instantanéité, que comme pureté, douceur et profondeur dans les teintes. Nous pensons donc que ce procédé peut être d'une grande ressource pour l'opérateur malheureux, à qui les procédés ordinaires n'ont pas réussi.

Le grand desideratum de la photographie sur collodion, le besoin impérieux du photographe, c'est de posséder un collodion, qui puisse être employé, mis en œuvre en tous lieux, loin du laboratoire, tout en conservant son ioduration humide ou sèche, avec une

sensibilité assez grande. On est bien parvenu à conserver Fiodure d'argent en débarrassant la coucbe de toute trace du nitrate d'argent libre ; mais la couche d*iodure, qui subsiste est tellement parchemineuse et cornée, qu'elle est devenue presque imperméable à la lumière et aux agents révélateurs, et que sa sensibilité est presque entièrement épuisée. Cette conservation e6tdonc inefficace pour le but qu'on se propose.

Les sirops, les gommes, la gélatine, l'albumine, ies mucilages, ont bien tous la propriété de conserver à la couche iodurée une certaine sensibilité, mais cette conservation est bien loin d'être complète ou seulement suffisante. Ce n'est donc point là encofe la solution du grand problème du procédé.

Chaque opérateur en a, du reste, imaginé et confectionné au moins un, auquel il n'a pas manqué de donner, non-seulement un brevet de perfectionnement, mais même un brevet de perfection. Ces divers procédés, exclusivement exailés par leurs auteurs, ont donné lieu à d'assez vives polémiques. On a très-longuement discuté las questions de savoir s'il convenait de mettre de la résine dans le coUodion, de le faire dense .sans ateoolou avec excès de ce liquide, lequel des deux colkxlions, parchemineux ou pulyérulent, méritait la préférence. Toutes ces controverses sont restées à peu près

sans issue, et Pamour-propre des auteurs est venu les compliquer de manière à les embrouiller de plus en plus, sans compter que la question de priorité a dù plus d'une fois passionner et envenimer le débat. Quant à nous, notre opinion, basée sur notre expérience, est que tous les procédés, pratiqués jusqu'à ce jour, sont fort bons entre des mains habiles, et qu'ils ont dû à peu près également échouer tous, lorsqu'ils ont été mis en usage par des opérateurs novices, qui ne savaient pas remédier aux inconvénients qui pouvaient se présenter.

Le collodion sec au tannin semble devoir prédominer sur tous les autres, et tout fait présager qu'il finira par régner seul et sans partage. L'expérience que nous en avons faite, les résultats que nous en avons obtenus, nous permettent de le considérer et de le recommander comme le meilleur des collodions, par la simplicité de sa composition comme par la sûreté de ses effets,

Au chapitre précédent, nous avons dû parler du bain d'argent. Nous aurons, dans celui-ci, à compléter Tétude du collodion ioduré, et des deux agents chimiques les plus inséparables et des plus importants, et dont l'emploi exige au plus haut degré, l'intelligence et la parfaite propreté de l'opérateur.

On préfère généralement, pour le bain d'argent négatif, l'azotate d'argent fondu à l'azotate d'argent cristallisé, parce que Ton pense avec raison, qu'il est alors plus pur et moins acide. Cependant, il y aurait un double inconvénient à employer exclusivement le nitrate d'argent fondu ; il est mieux de mêler, à doses à peu près égales, le nitrate cristallisé et le nitrate fondu. Un bain composé de la sorte, et proprement fait, don-

nera, pendant plusieurs jours, des épreuves qui ne laisseront rien à désirer. Nous insistons tout particulièrement sur la propreté avec laquelle il est nécessaire de présider à cette importante opération, parce que l'altération du bain d'argent négatif, par les matières organiques, est une des causes les plus fréquentes des échecs que peuvent éprouver les photographes. Cette propreté est, en même temps, la cause et la condition du plus ou moins de durée des propriétés du bain d'argent. Rien, on le sait, n'est plus susceptible que ce bain, dont les effets varient par l'introduction dqja moindre matière étrangère. Il suffit d'un grain de poussière de pyrogallique pour en changer la nature, d'une goutte d'hyposulfite ou de cyanure pour en paralyser complètement l'effet, et quand on songe que les réducteurs, les désiodants, etc., sont constamment mêlés aux collodions, aux bains et à toutes les substances photogéniques, on conçoit qu'il ne faut pas moins qu'une propreté absolue pour éviter tous ces écueils.

Les effets, toujours visibles, de la présence d'un corps étranger dans le collodion sont, avons-nous dit, très-variés : tantôt ils se manifestent par des taches transparentes, tantôt par une iridescence particulière de la couche ; d'autres fois, par un trouble, une opacité, une couleur singulière du collodion, qui affecte

parfois un aspect sablé, etc. Ce sont là autant d'obstacles qui font le désespoir des opérateurs peu soigneux, qui ne savent souvent pas à quoi attribuer la cause de leur insuccès.

Le bain d'argent peut agir ainsi sur le meilleur des collodions, sans qu'on puisse a priori accuser l'une ou l'autre de ces substances, de ces désastres si décourageants. Dans ce cas, quelle qu'en soit la cause, il faut abandonner ce bain, alors même qu'il est nouveau, car il est, par le fait, devenu vieux, en contractant successivement certaines maladies, souvent, et le plus souvent, par défaut de précautions de la part de l'opérateur.

D'un autre côté, il faut bien qu'on sache qu'avec un bain d'argent neuf, on obtient rarement un bon cliché. Ce hain, quoique neutre et pur, donne presque toujours une épreuve voilée, rougeâtre, ou couverte de nuances qui ressemblent à des coups de balai. H est bon de mêler à cette solution quelques grammes dïodure, ou quelques centigrammes de collodion ioduré ; cette addition semble rendre plus tenace et plus sensible l'aspect huileux delà couche de collodion, mais il n'y a pas lieu de s'en alarmer. Au bout de deux minutes environ de séjour dans le bain, la glace est bonne à être mise dans le châssis, et capable de donner

une épreuve excellente. Il n'y a non plus aucun inconvénient à laisser la glace collodionnée dans le bain, pendant une dizaine de minutes.

La présence de l'ammoniaque est un danger plus sérieux pour le bain d'argent. Le dégagement de ses vapeurs peut rendre ce bain alcalin, et l'altérer de telle sorte que la couche sensible noircirait au contact de l'agent révélateur.

Un bain neutre, sans produire absolument les mêmes effets, peut cependant donner des épreuves opaques peu satisfaisantes; c'est pourquoi nous conseillons toujours, pour un bain neuf, le mélange des deux azotates, cristallisé et fondu.

Un bain légèrement acide est donc préférable, sinon par rapport à l'instantanéité du cliché, du moins au point de vue de sa propreté et desa limpidité. M. l'abbé Laborde a traité cette partie de la question d'une façon si remarquable, que nous lui demandons la permission de le citer textuellement :

Aetion de l'iode dans le bain d'argent.

c On cherche généralement à donner la plus grande sensibilité possible à la couche impressionnable, et l'un des moyens les plus eflicaces pour y parvenir, con-

DU BAIN D'AUGKNT NÉGATIF Ki7

siste à employer un bain d'argent saturé d'iodure et complètement neutre. Mais cette neutralité même expose à un écueil dans lequel on tombe infailliblement si Ton dirige en même temps toutes les autres opérations vers une sensibilité extrême : un voile général couvre l'épreuve et se montre principalement sur les réserves. J'appelle réserves les parties de répreuve sur lesquelles la lumière n'a pas agi; je trouve cette expression très-commode, parce qu'elle désigne sans confusion, par un même mot, les mêmes effets, qu'il faut nommer les blancs dans l'épreuve négative, et les noirs dans l'épreuve positive sur verre. Il faut alors se résigner à perdre de la sensibilité, soit en modifiant l'ensemble des procédés, soit en donnant au bain d'argent une légère réaction acide.

» J'ai trouvé un nouveau moyen très-facile à mettre en pratique, et qui, tout en conservant à la couebe impressionnable la même sensibilité, donne aux réserves une grande pureté. Ce moyen consiste à introduire de l'iode dans le bain d'argent saturé d'iodure : i gramme environ pour 200 grammes de liquide. On agite de temps en temps, et après un contact de 24 heures, un bain d'argent qui voilait l'épreuve se trouve en quelque sorte régénéré.

» On ne peut guère appliquer à ce fait les lois ordi-

naires de la chimie, ou plutôt il faudrait chercher plus profondément dans ces mêmes lois, pour y trouver son explication. En effet, tout chimiste pensera que Fiode, au contact du nitrate d'argent, s'empare de l'argent et met de l'acide nitrique en liberté ; cet acide agirait ensuite comme la plupart des autres acides en s'opposant à la réduction de l'argent sur les réserves. Mais j'observerai que le contact prolongé de l'iode avec un bain d'argent bien saturé d'iodure, ne lui fait pas perdre sa neutralité; j'ai même pu chauffer jusqu'à rébullition naissante le bain d'argent contenant l'iode, sans y dé couvrir ensuite la plus légère acidité. C'est un moyen que l'on peut employer, si l'on veut obtenir en peu d'instants tout l'effet de l'iode sur le bain d'argent.

» Cependant, lorsque l'iode a séjourné 15 à 20 jours dans le bain, on remarque à sa surface une teinte jaunâtre ; le liquide alors possède quelquefois une réac- " tion acide; mais cela tient à une action secondaire qu'il faut attribuer à Pair dissous dans le bain d'argent. En effet la teinte jaune se manifeste par linéaments qui correspondent aux feuillets de l'iode, où l'air emprisonné a été entraîné dans le liquide; et si Ton voit une bulle d'air fixée à la surface de l'iode, on remarquera plus lard qu'elle aura disparu et sera remplacée par une tache jaune. En faisant l'expérience dans une cu-

vette plate, que l'on incline de manière à mettre l'iode en contact avec l'air et le liquide, de l'iodure d'argent se forme autour des fragments d'iode, et le bain perd sa neutralité. On comprend d'après cela que l'iode doit plonger entièrement dans le liquide, et qu'il est bon de l'en retirer quand il y a produit tout l'effet qu'on en attend. Il est facile de rendre au bain sa neutralité en y ajoutant du carbonate d'argent. On peut même laisser dans le liquide argentifère un excès de carbonate d'argent, sans qu'il perde aucune des propriétés qu'il doit à la ppésence de l'iode; ce fait prouve bien encore qu'elles ne sont pas dues à l'acide nitrique, car on ne saurait admettre au sein d'un même liquide l'existence prolongée de deux substances qui se détruisent mutuellement. On sait, d'ailleurs, que la plus faible proportion d'acide nitrique diminue de beaucoup la sensibilité, et pour peu que la dose soit un peu forte, l'épreuve devient plate, parce qu'elle refuse de monter sous l'agent révélateur.

« Les choses se passent autrement lorsque le nitrate d'argent n'est pas saturé d'iodure : l'iode s'empare de l'argent et met de l'acide nitrique en liberté ; l'iodure d'agent se dissout dans le liquide argentifère qui, en très-peu de temps, devient très-acide. On pourrait, à la rigueur, neutraliser par le carbonate

d'argent; mais il vaut beaucoup mieux dissoudre d'avance l'iodure d'argent dans le nitrate, et n'ajouter l'iode qu'après saturation complète.

» L'effet de l'iode dans le bain d'argent consiste, je crois, à prévenir sur la couche sensible cette réduction spontanée qui s'accomplit souvent en dehors de l'action lumineuse. L'argent réduit d'avance appelle ensuite la réduction du nitrate sous l'agent révélateur, sans préférence bien marquée pour les parties impressionnées, quand la première réduction a été un peu forte; il en résulte un voile général, qui, dans la réalité, ne couvre pas l'image, puisqu'il préexiste, et qu'il s'est formé aussi promptement que l'image. On voit par là combien il importe de prévenir ce voile.

» J'ai remarqué qu'avec cette modification du bain d'argent, les épreuves se solarisaient difficilement; il faut, pour en venir là, dépasser de beaucoup les limites ordinaires de l'exposition. Je suis persuadé que bien souvent on attribue à la solarisation, ce qui, dans la réalité, provient du voile sous-jacentdont j'ai parlé; on diminue alors le temps de l'exposition, c'est-à-dire qu'on s'engage dans une fausse route, d'où l'on ne peut sortir qu'avec de médiocres épreuves entre les mains.

Les photographes savent depuis longtemps qu'il faut

attribuer presque toujours au bain d'argent ces imperfections, qui les contrarient si vivement par l'obstination qu'elles mettent à reparaître : ils trouveront dans Tiode un puissant auxiliaire pour éviter la plupart d'entre elles. » Une question qui revient et embarrasse souvent l'opérateur novice, c'est de savoir la durée probable d'un bon bain, et à quels signes on reconnaît qu'il est devenu vieux. Nous nous sommes amplement expliqué à ce sujet dans les chapitres précédents, et nous avons clairement indiqué les moyens de juger le bain, et de savoir quand il convient de l'abandonner définitivement; mais comme c'est là une question fondamentale dans la pratique de notre art, et dont l'importance a pu ne pas être tout d'abord saisie, nous croyons utile d'y revenir.

Chaque glace, en s'assimilant une certaine quantité d'argent, abandonne au bain quelques parcelles d'iodure d'argent, et aussi une partie de la base de Piodure, si bien qu'après avoir sensibilisé une vingtaine de glaces normales, le bain s'est appauvri d'argent, et s'est emparé de matières hétérogènes qui ont changé complètement sa nature et ses propriétés. On peut, pendant assez longtemps, remédier à cet effet, et combler cette espèce de déficit, en ajoutant chaque.

m DU BAIN D'ARGENT NÉGATIF

jour à la solution en service une nouvelle solution à 7 %; mais aussitôt qu'un trouble général se manifeste sur la couche de l'épreuve, il vaut mieux faire un bain neuf : cela est également nécessaire quand des substances nuisibles Poqt altéré. Un auteur a conseillé de faire bouillir les bains altérés , d'y ajouter quelques gouttes d'acide nitrique, de saturer l'excès d'acide par la craie, et, enfin, par là-dessus, de répandre quelques gouttes d'acide acétique. Cet amalgame, qui peut très-bien réussir dans un laboratoire de chimie, est à peu près impraticable pour le photographe, toujours pressé dans ses opérations, ou du moins ne peut être mis en usage que dans le cas, tout à fait exceptionnel, où, ne possédant pas d'azotate d'argent, il serait dans l'impossibilité de s'en procurer immédiatement.

Vers 1854, on se préoccupait beaucoup d'un bain de ni tri te de plomb, que Finventeur vendait fort cher, et dont il gardait le secret. M. l'abbé Laborde en donna la formule; chacun put alors l'expérimenter et se convaincre qu'il ne donnait pas de meilleurs résultats que le bain à l'azotate d'argent. Si nous mentionnons cette vieillerie abandonnée, c'est qu'on a essayé de la remettre à la mode. En voici la composition :

Dl BAIN D'ARGENT NÉGATIF

Eau distillée

Azolate d'argent

Eau distillée....

Sous-acétate de plomb

100 gr.

On mélange ces deux solutions en y ajoutant deux ou trois gouttes d'acide azotique, on fait bouillir pendant deux minutes, on laisse un peu refroidir et l'on filtre.

L'action du sous-acétate de plomb dans ce bain, se manifeste par quelques lamelles blanches. Le collodion, sensibilisé dans cette solution, permet le développement à l'acide gallique, additionné de quelques grammes d'acéto- nitrate d'argent. C'est même cette propriété qui a fait un instant la réputation de ce bain, que nous n'indiquons que pour mémoire. L'image se révèle lentement, avec des tons plus uniformes et moins durs; l'aspect du cliché est verdâtre, et a l'air d'un cliché obtenu sur albumine.

Si l'attention de l'opérateur, en face des phénomènes chimiques et de tous les elîets qui en résultent, ne s'est pas un instant relâchée ; si , depuis le moment qu'il a coilodionné la glace jusqu'au moment où il va déve-

lopper l'image, son esprit' a toujours été en éveil , le chemin est plus qu'à moitié fait; il ne lui reste plus, pour ainsi dire, qu'une encablure à franchir pour toucher au port; mais qui ne sait que c'est là précisément où gît Técueil, si Ton ne redouble de surveillance ? En versant le collodion sur la glace, l'opérateur a dû modifier son tour-de-main, selon que ce collodion était plus ou moins fluide, afin d'éviter les rides et les moutonnages. L'aspect de la couche dans le bain lui a donné la mesure du degré d'ioduration du collodion, et, partant, celle de sa sensibilité, comme la couleur de cette couche , au sortir du bain, a pu lui apprendre ce qu'il avait à craindre ou à espérer de sa pureté ou des nuances dont elle esl couverte. Si la couche de collodion ioduré est pafaitement pure , si elle est produite par un collodion à point, comme fluidité et ioduration, si elle a été impressionnée par une lumière blanche et bien répartie, l'opérateur n'a plus à s'occuper que du développement qgal et sans solution de continuité de l'image latente; de sa dextérité, de sa promptitude et de sa propreté dépendra le succès de l'opération, qui sera d'autant plus complète que le photographe sera plus habile.

Pour les grandes dimensions comme pour le stéréoscope, il est bon de se servir d'une cuvette profonde, et

de procéder au premier développement en plongeant la glace dans le réactif, comme elle l'a été d'abord dans le bain d'argent, et en agitant la cuvette de telle sorte que la couche soit complètement submergée pendant une demi-minute. Après cette opération , on peut relever la glace, laver l'image, et continuer à la main la venue trop faible de l'épreuve. Nous disons trop faible, parce qu'avec ce moyen, l'opérateur a dû nécessairement employer une solution très-faible.

Il demeure bien entendu, que tout ce que nous venons d'indiquer ne s'applique qu'au seul cas où toutes les substances étant irréprochables, on a pu traiter la glace normalement.

II en serait tout autrement si le modèle était mal éclairé, ou manquait de lumière dans le petit troisquarts ; si la lumière elle-même était jaune ou trop faible, et si le temps de la pose eut été insuffisant. Il en serait tout autrement aussi si la couche du collodion, dans le bain, était plus près du bleu que de la couleur opale. Dans ces conditions-là, il est évident que l'image ne se compléterait pas par une solution forte, sulfate de fer ou acide pyrogallique; ce dernier, fût-il faible, pourrait bien ne pas développer les ombres. Il faut alors employer plutôt le sulfate de fer et ne se servir de l'acide pyrogallique aidé d'argent, pour renforcer l'i-

mage, que lorsque les détails dans les ombres sont déjà assez sensibles pour laisser entrevoir le'complet développement de l'image à l'aide de ce réactif.

Pour mieux faire saisir la logique de ce raisonnement, faisons des suppositions inverses aux précédentes :

Le modèle était bien éclairé, le grand côté était brillant, le petit trois-quarts légèrement ombré, l'ensemble se trouvait sous un rayon blanc et harmonieux, et le temps de la pose a été relativement long. De plus, la couche de colldtiion dans le bain se présentait sous une belle et franche teinte opale, indice de son maximum de sensibilité. Dans tous ces cas-là, l'emploi du sulfate de fer ne conviendrait pas, puisque sa propriété bien connue est de révéler l'image avec une désespérante uniformité de ton, si le mode d'éclairement ne touche pas au clair obscur, ou si l'on veut, k la lumière rembranesque. Puisque, dans cette hypothèse, la lumière s'est, pour ainsi dire, chargée elle-même de l'impression dans les moindres replis des noirs les plus intenses, il faut absolument un révélateur énergique sans lequel le cliché aurait un ton uniformément grisâtre, où les blancs et les noirs n'offriraient aucune opposition. Les solutions d'azotate d'argent et d'acide pyrogallique doivent alors être employées dès le premier arrosage de la

glace; c'est le seul moyen d'obtenir un cliché parfait comme finesse, limpidité, vigueur et oppositions.

La conséquence de tout ce qui vient d'être dit, c'est que pendant les mauvais jours, alors que la lumière est si faible qu'elle ne peut ni fouiller les ombres ni impressionner certaines couleurs, le sulfate de fer est un excellent remède à cet état de choses. Il est aussi d'une grande ressource quand, opérant dans un mauvais atelier de pose, on est obligé d'éclairer son modèle à la Rembrandt.

Par la même raison, c'est à Tacide pyrogallique, additionné de solution d'argent, qu'il faudra avoir recours si Ton veut obtenir un cliché supérieur d'un paysage ou d'une reproduction, pendant les beaux jours, à la lumière blanche et vive.

Nous n'avons tant insisté sur le mode d'emploi de ces deux agents, que parce qu'ils ont été, tour à tour ? le sujet des dénigrements les plus excessifs et des engouements les plus aveugles. On a poussé cet engouement jusqu'à mettre sur des épreuves exposées : Négatif au sulfate de fer. Cetle mauvaise plaisanterie n 1 est que la répétition de cette naïveté imprimée dans un journal spécial : « J'ai toujours pensé qu'on arriverait à produire des négatifs avec le sulfate de fer. » (Lumière du 6 mai 1854.) Cette découverte, qui rappelle un peu

celle de la Méditerranée par le plus fécond de nos romanciers, dut faire sourire le monde des opérateurs

photographes, alors que cet agent nouveau était déjà en usage depuis 4852. Le sulfate de fer, ainsi prôné, a eu ses détracteurs et ses enthousiastes, il a été l'objet de beaucoup de controverses et encore aujourd'hui : < Hippocrate dit oui, et Gallien dit non. » Nous avons tâché de dégager la vérité des ténèbres de la chicane et de la réclame, en mettant le sulfate de fer à sa place, c'est-à-dire en disant dans quelles circonstances il convient de l'employer, et dans quel cas il faut rigoureusement s'en abstenir.

Appréciation

Le manque absolu de règles générales d'appréciation en photographie, est souvent cause du manque de précautions, et plus souvent encore du manque de réussite. Savoir apprécier, c'est pouvoir réussir ; apprécier toujours avec justesse, c'est obtenir toujours un résultat parfait.

Que manque-t-il donc à l'opérateur initié aux manipulations, à celui surtout qui, à une bonne pratique, joint une saine théorie, une grande habileté et une adresse peu communes? Il lui manque ordinairement le sens appréciatif.

Une longue habitude de l'enseignement nous a appris qu'une personne, à laquelle une bonne éducation photographique ira pas manqué, doit encore compléter cette éducation par l'habitude d'apprécier; le défaut de cette habitude nous explique comment celui qui, sous les yeux du maître, a pu obtenir de superbes épreuves, n'arrive le plus souvent qu'à des résultats fort médiocres, lorsqu'il est entièrement livré à luimême.

Nous allons essayer de porter remède à ce défaut par un résumé clair et précis des diverses opérations et des phénomènes qui ont lieu avant, pendant et après la formation des images photographiques :

Il n'y a point d'effet sans cause; en détruisant la cause, on empêche l'effet. Nous sommes donc maîtres, dans une certaine mesure, du résultat de nos opérations; qu'on se pénètre bien de cette vérité, et l'on sera convaincu, plus que jamais, que la photographie peut avoir sa place dans les rangs des connaissances exactes.

Les notions que l'opérateur photographe doit posséder, en chimie et en physique, ne sont pas absolument celles du chimiste et du physicien. Nous avons surtout besoin de connaître les substances dans leurs rapports avec la pratique de notre art. Il serait peut-

être plus nuisible qu'utile, de se livrer à des analyses minutieuses à propos des bains, des solutions, des sels et des liqueurs dont nous avons à faire usage. Chacun sait, par son expérience ou par ses lectures, les changements qui s'opèrent dans les produits, par leur passage successif au neutre, à l'alcalin, à l'acide, etc. Chacun sait également discerner les phénomènes anormaux qui en signalent les altérations plus ou moins graves. Tout cela est un fait d'observation journalière, et ce champ d'observation est assez vaste à parcourir. Les solutions d'argent pour négatif et positif, sont certainement les plus délicates, et les plus difficiles à bien connaître. Chaque immersion d'une glace ou d'une feuille de papier, en change, ou, du moins, en modifie la constitution chimique, si bien que l'opérateur doit constamment surveiller, interroger, contrôler chaque épreuve, afin, pour ainsi dire, d'apporter le remède aussitôt que la maladie se déclare. C'est là la véritable chimie du photographe. A quoi lui serviraient les analyses?... A constater exprofesso qu'il a un bain mauvais qu'il faut mettre aux résidus? ou que tel autre est bon, mais que le collodion ne l'est pas? Ce serait là des spéculations oiseuses et un temps fort mal employé. Mieux vaut, pour lui, d'étudier de très près les vicissitudes des bains d'argent, qui s'appauvrissent par Tu-

sage, et contractent, en outre, des maladies plus ou moins graves, et parfois incurables, tantôt par l'effet naturel de leur durée, d'autres fois par le peu de soin qu'on a mis à les entretenir en bon état, ou par les mélanges impurs que l'inadvertance ou la malpropreté a pu leur faire subir. Les autres produits sont plus faciles à surveiller et à entretenir en bon état; cepen- • dant, la plupart s'affaiblissent par l'effet même de leur emploi, d'autres deviennent acides ou alcalins, quelques-uns doivent être rejetés aussitôt après avoir servi.

On a répété, sur la loi de quelques hommes spéciaux, qu'il y avait intérêt à pouvoir connaître, par un procédé d'analyse, la richesse ou la pauvreté, les qualités positives on négatives des divers bains employés en photographie. Encore une fois, nous ne partageons point cette opinion. L'étude analytique, si rapide qu'elle puisse être, si simple qu'elle paraisse à ceux qui en ont donné la formule, n'en est pas moins du temps perdu, sans compter toutes les chances d'erreur dans les appréciations. Pourquoi, par exemple, s'efforcer, s'évertuer de ramener au titre nécessaire les solutions d'argent? Ce nécessaire est parfaitement superflu. N'estil pas bien démontré que le bain négatif fonctionne on ne peut mieux entre 5 et 40 p. 0/0, et qu'on ne peut attribuer qu'à des causes étrangères les insuccès dont

on l'accuse?... Ne sait-on pas que le bain d'argent positif a une latitude de 15 à 30, pour que sa solution donne les mêmes résultats, et qu'en outre, il est à peu près incorruptible, et n'exige presque aucun des soins minutieux qu'il faut avoir pour le bain négatif? Ainsi que nous l'avons dit et que l'a si bien établi M. l'abbé Laborde, la réussite parfaite du négatif est due surtout au rapport qui se trouve entre tel bain et tel collodion, que ce rapport soit accidentel ou le résultat d'une habile combinaison.

Ces appréciations sont plutôt du ressort de l'opérateur, de la justesse de sa vue, de la finesse de son tact, et surtout de son expérience, que du domaine de l'analyse chimique, toujours délicate et diflicile, féconde en déboires, en déceptions, en erreurs même quand elle est mal faite, exigeant, d'ailleurs, un matériel considérable : éprouvette, burette et pipette graduées, verre à précipité, flacon ad hoc, etc., sans compter les calculs, que vous connaissez, sans doute, mais qui n'en demandent pas moins un temps qui peut être beaucoup mieux employé.

La méthode naturelle de l'observation constante, personnelle et immédiate, nous paraît inûniment plus sûre pour juger le mérite des bains. L'analyse chimique des bains nous paraît tout juste aussi utile, que

l'emploi du régulateur à secondes fixes, pour mesurer le temps de la pose, ou l'usage du sablier pour chlorurer une feuille à point. Ce sont là des complications superflues, apportées dans un travail déjà assez compliqué par sa nature même. Encore une fois, l'œil exercé de l'observateur doit suffire; il faut lui faire, en quelque sorle, son éducation photographique, par l'habitude constante d'une observation sévère.

Quelle que soit la méthode employée pour obtenir le pyroxile, ce produit doit se dissoudre dans l'éther à 62°, faiblement alcoolisé. S'il exige une forte quantité d'alcool pour former un collodion dense, c'est qu'il est trop azotique, ce qui nuit à la ténacité et à la durée sans altération, des collodions iodurés.

Le collodion normal, provenant d'un coton soluble à quatre équivalents, est fait avec une très-petite quantité d'alcool. La pellicule qu'il forme sur la glace est parchemineuse et cohésive, d'un aspect corné, ou tout à fait incolore.

Le collodion normal, provenant d'un coton soluble à deux équivalents, fournit une couche blanchâtre, qui s'attache au verre, à l'état de poudre grisâtre.

Le collodion ioduré, qui laisse sur le cliché un (rouaillé rendant toute épreuve impossible, provient d'un coton mal lavé, qui a retenu du sulfate de potasse.

Ce coton n'eût pas eu peut-être de si grands inconvénients, si l'opérateur, avant de le plonger dans l'éther, avait eu le soin de rétirer, de le secouer, et d'enlever cette poussière.

Le collodion uormal, qui rougit aussitôt qu'il est mélangé avec l'éther ou l'alcool ioduré, est un collodion acide, ou qui prend cette acidité des autres substances. Le collodion ioduré qui en résulte, peut cependant donner de belles épreuves, s'il n'a pas, d'ailleurs, d'autres défauts. Vouloir le corriger, ce serait, sans doute, le rendre pire. On pourrait remédier à la couleur sans remédier à sa qualité. On a conseillé, dans ce cas, l'intervention de l'ammoniaque, du cadmium ou du zinc, mais sans réfléchir que ce collodion, qui blanchit eu effet, ne peut donner, par suite de la réaction inverse qui se produit, que des épreuves voilées. Il eût donc mieux valu garder le collodion acide, sauf à ne l'employer que pour le paysage ou la reproduction, qui permettent des poses plus prolongées.

Le collodion ioduré qui ne forme pas sur la glace une couche d'iodure d'argent d'une couleur parfaitement identique sur toute la superficie, et qui trace sur la lisière de la glace et près du doigt qui la soutient, une sorte de ruban de nuance plus claire, presque

APPRÉCIATION m

moirée, est un collodion qui contient un peu d'eau.

Le collodion qui se détache de la glace en pellicule, pèche par excès de densité. Cet effet peut également résulter de ce qu'il est étendu sur un verre non rodé, à arêtes vives et ondulé.

Le collodion qui, en sortant du bain d'argent, laisse voir par transparence des taches, en forme de coups de balai ou des jaspures, est un collodion qui n'a pas été fait proprement, à moins qu'il ne doive ces nuances k un bain neuf. Dans ce dernier cas, le bain doit être modifié par un iodure ou par quelques grammes de collodion ioduré.

Un bain vieux se manifeste par les tons lourds du cliché, par une couche cendrée presque noirâtre. Une solution nouvelle, à peu près do môme volume que l'ancienne, suffit pour le rajeunir. Le cliché suivant devra être d'une belle transparence.

La couche du cliché, par transmission comme par réflexion, doit offrir l'aspect d'une corne mince et brillante. Mais si la lumière est mauvaise, si le temps de la pose n'a pas été suffisant, ce résultat ne saurait être obtenu. La lumière n'ayant pas eu la force de décomposer la couche d'iodure, les révélateurs n'ont pu, par leur propre énergie, amener à point les parties sombres de l'image.

Par l'addition de la solution d'argent, l'opérateur a réduit à l'état d'argent divisé, à l'état de poudre grise, cette couche qui, décomposée par une lumière blanche, fût restée nette et limpide.

Quelquefois, l'image venue péniblement à grand renfort de réactifs, disparaît au séchage ou complètement, avec la couche entière de collodion,qui se détache sous l'aspect d'une feuille de papier brûlé, ou partiellement, en se déchirant, ou encore, se découpant selon les lignes du dessin. Cet accident peut être dû à la mauvaise qualité du coton soluble, mais il résulte le plus souvent de l'action corrosive du pyrogallique uni à la solution d'argent, surtout si cet argent est acide ou provient de bains vieux. Ce qui prouve que Jà est véritablement la principale cause de cet effet, c'est que ce phénomène ne se produit que sur des collodions mal impressionnés ou peu sensibles, amenant des images qu'il a fallu renforcer à outrance, et jamais sur des images venues en pleine lumière directe.

Nous avons parlé ailleurs de collodions iodurés qui offraient une couche mou$$elinée> générale ou partielle, et nous en avons attribué la cause à l'imperfection du coton ou à l'emploi d'un collodion vieux. Le seul moyen de ne pas perdre de pareils collodions, est de les mêler à un collodion très-dense et tout nouveau.

APPRÉCIATION il!

Quel que soit Piodure employé avec ou sans bromure, si la quantité est suffisante, le collodion, indépendamment de la force du bain d'argent, doit prendre en deux minutes au plus, une couleur blanche op.ale parfaitement franche, vu par transparence, à la lueur d'une bougie. Si cette transparence est imparfaite, c'est que l'iodure est en trop grande quantité. Un degré de plus et l'on verra, vers une des extrémités de la glace, des taches en forme de vermicelle ou des marbrures; un degré de plus encore et l'image, toute formée et développée, disparaîtra au désiodage.

Dans le cas du défaut contraire, c'est-à-dire d'un collodion blanchissant peu, bleuâtre, et laissant tamiser la lumière, il suffira pour y remédier, de prolonger la pose d'un tiers ou d'un quart, lors de la reproduction de la gravure et du paysage; on pourra ainsi arriver à de très-beaux résultats, et faire de ce défaut même une sorte de qualité.

Comme on le voit, si l'on nous a suivi attentivement, les appréciations sont très-faciles, et n'exigent aucune analyse chimique. Or, le remède ici, n'est pas plus difficile que la constatation du mal. Au collodion trop • dense, ajoutez un peu d'éther; à celui qui circule trop aisément sur la glace, au collodion trop liquide, dont

la pellicule n'est pas assez cohésive, ajoutez du collo-

dion normal dense. Usez du môme moyen pour celui qui vous paraît contenir de l'eau. Au collodion trop chargé d'iodure, mêlez un peu de collodion normal et d'éther. A celui, au contraire, qui est trop peu ioduré, mêlez une liqueur génératrice, quelle qu'elle soit.

Nous avons dit qu'un iodure quelconque, sans le secours d'une bromure suffisait, et que Piodure d'ar* gent se formait dans le bain d'après cette quantité. Un collodion préparé sans bromure peut n'en pas être moins sensible, mais il est probable que les clichés qu'il produira seront durs, et c'est pourquoi nous préférons un collodion préparé seulement à Piodure de potassium, quand on dispose d'une grande lumière blanche, et qu'on peut craindre de solariser, ce qui est assez fréquent pendant les grandes chaleurs. Ce collodion est excellent pour la reproduction de la gravure, qui demande presque toujours de la vigueur, sinon même une certaine dureté.

Le bromure entrant pour à peu près un quart dans le collodion par rapport à Piodure, désagrège un peu la couche et la rend plus perméable à la lumière et aux agents révélateurs. Une addition de bromure aux collodions les rend particulièrement propresà recevoir des impressions lumineuses, moins heur-

tées et plus aptes, par conséquent, à reproduire dans une fort belle harmonie de tons, les modèles rembra* nesques ou trop peu éclairés. Si, à ce premier moyen, vous ajoutez celui de l'emploi du sulfate de fer ou de la solution pyrogallique faible, vous pourrez amener à bonne fin telle image qui, obtenue sur un collodion sans bromure, et révélée par l'acide pyrogallique eût été inacceptable. Quel que soit le collodion, avec ou sans bromure, les agents révélateurs jouent toujours un très-grand rôle dans le développement de l'image, et sont certainement pour une bonne moitié dans la réussite. L'opérateur intelligent s'appliquera donc à les choisir selon les conditions extérieures, dans les* quelles il agit, et ne manquera pas de préférer le pyrogallique quand il possédera une belle lumière un peu trop uniforme.

Nous avions préconisé, dans notre Traité des quatre branches de la Photographie, un procédé qui consistait dans le mélange à grande dose de l'acide acétique au pyrogallique, dont nous n'avions pas encore reconnu tous les inconvénients. Ce procédé séduisit un auteur italien qui le copia tout au long; ce que nous avons appris par la traduction française de l'ouvrage italien. Un ouvrage tout récent exalte encore ce procédé, que l'expérience et les progrès de l'art nous ont fait depuis long*

temps abandonner. L'acide acétique, comme tout acide végétal, n'agit utilement que dans de très-faibles proportions. Si pour 100 gr. d'eau et 1 gr. d'acide pyrogallique, vous mettiez un gramme d'acide citrique, l'image se développerait si lentement et avec des tons si faibles et si plats, qu'il faudrait l'abandonner. Il en serait de même si vous mettiez des doses d'acide acétique plus fortes que 3 et 4 p. 0/0; l'image viendrait sans doute mais avec lenteur, plate, grise et sans oppositions.

La solution de sulfate de fer toute pure nous a toujours donné de meilleurs résultats, que lorsqu'elle était additionnée d'acides ou d'alcool.

Le collodion de bonne qualité est dense et sirupeux, de couleur légèrement ambrée ; si de plus, il ne laisse pas une couche blanchâtre au verre gradué, s'il s'y attache et forme une pellicule cornée, on peut le considérer comme très-bon. C'est dire que lorsqu'il est trop fluide et blanchâtre, il est au moins médiocre, sinon tout à fait mauvais. Un collodion ioduré qui rougit vite, doit cette coloration rapide, soit à un coton mal lavé,

soit à l'acidité de l'éther alcoolisé. Il n'y a pas de remède alors, c'est un collodion qu'il faut abandonner. On a prétendu que la vraie couleur d'un collodion parfait, était celle de l'huile d'olive; il n'en est rien. Un collodion blanc peut être à son maximum de sensibilité, alors même que cette décoloration s'est produite après la fabrication.Nous avons eu des collodions jaunes d'abord, qui, en quelques jours, prenaient la nuance de l'éther, et qui n'en donnaient pas moins de trèsbelles épreuves. Nous ne savons si l'on ne pourrait pas attribuer cette décoloration à l'iodure d'ammonium.

Du reste, que le collodion soit d'une couleur ambrée, rougeàtre ou incolore, il sera plus ou moins sensible, mais cette sensibilité, provoquée par le bain d'argent, indiquera à l'opérateur s'il y a lieu d'augmenter, et au besoin de doubler le temps de la pose. Le point essentiel, c'est qu'au sortir du bain, il offre une couche homogène et sans tache.

Un cliché dont la couche prend un aspect de dentelle moirée quand l'épreuve est désiodée, provient d'un collodion vieux ou peu cohésif. On peut y remédier en l'additionnant d'une moitié de collodion dense normal. Une couche troiiailléc est l'indice. d'un coton retenant une partie de la poussière du sulfate de potasse.

Le collodioD, par lui-même, ne fait ni dur, ni mou, m plat, ni saillant. Ces qualités et ces défauts sont du ressort de la lumière, de Yombre, de la pose, de / 'objectif ou de l'agent révélateur.

Un cliché dur peut être le fait isolé d'un collodion peu sensible, d'un mode d'éclatement défectueux, d'une pose trop courte, ou d'un manque de lumière; il résulte quelquefois de toutes ces causes réunies. C'est à l'opérateur à démêler la cause principale de ce fâcheux effet, et à choisir le révélateur le plus propre à y porter remède. Le plus sûr moyen, dans celte circonstance, c'est de développer le cliché par un réactif trèsfaible, pyrogallique ou mieux sulfate de fer, puis de le renforcer avec le pyrogallique additionné d'argent.

Un cliché gris, d'un ton uniforme, dont les blancs du modèle, quel que soit le révélateur employé, ne peuvent se traduire par des noirs, peut provenir d'un mauvais étal du bain d'argent (voir p. 156), ou d'une lumière trop grande, ou d'une chaleur intense, ou d'un excès de pose. En pareil cas, il faut avoir recours à un réactif énergique, soit l'acide pyrogallique, 1 p. O/O au moins, additionné de solution d'argent.

Un cliché faible qui, sous l'influence des révélateurs ne laisse voir, par transmission, que des détails peu fouillés dans les ombres, ne peut guère être renforcé.

Le mieux serait de ne pas le désioder, et après un lavage convenable, de promener sur la couche une solution faible d'hyposulfite 6 p. 0/0, qui le fixera sans enlever l'iodure.

Une glace qui vient d'être iodurée doit être mise en œuvre avant que l'eau du bain ne soit évaporée. Autrement, et surtout en été, après quelques minutes, la partie supérieure de cette glace serait sèche, le nitrate se cristalliserait sur la couche, détruirait l'iodure et cette partie désiodurée ne serait pas impressionnée. Cet inconvénient est moins à redouter en hiver, on peut procéder plus lentement dans la mise en œuvre de la glace. On peut d'ailleurs, avoir recours à un bain au miel ou au sucre. (Voir p. 448.)

Le bain d'argent est parfois bien innocent des insuccès qu'on lui attribue. De 5 à 10 p. 0/0, le bain ne change presque rien au mode de formation de l'iodure d'argent. Jusqu'à cette limite, il se combine dans les proportions voulues par la quantité d'iodure, mais audelà de 10, il donne lieu à divers phénomènes que nous allons examiner.

En été, lorsque sans pouvoir en expliquer la raison que par l'effet même d'une température élevée, la couche de collodion est lourde et opaque, il faut renforcer le bain, vraisemblablement faible.

A 12 0 / 0 , après avoir produit immédiatement sur la couche une ioduration riche , d'un blanc safrané , cet iodure disparaîtrait sur les lisières de la glace; à 15 <>/ 0 les lisières désiodurées se développeraient; à 20 % Tiodure d'argent disparaîtrait complètement, ne laissant sur la glace que la pellicule de collodion normal.

Après avoir ainsi donné les indications nécessaires pour faciliter l'analyse, l'appréciation et même la réalisation d'un beau cliché, il nous reste à faire connaître les signes caractéristiques d'un cliché parfait.

Un cliché parfait est celui qui réunit à une couche sans tache, à un collodion fin et diaphane, une image vigoureuse, sans dureté, avec des noirs légers un peu translucides, et non pas intenses. Quelle que soit l'étoffe dont se compose le vêtement du modèle , cette étoffe doit marquer, dans ses moindres détails de clair, de demi-teinte et d'ombre. — Nous en dirons autant de la figure. — Une opposition trop tranchée ou un excès d'uniformité, des tons crus, secs ou monotones, déparent la plus belle épreuve et doivent en faire rejeter le cliché.

Vus par transparence, et détachés sur le ciel, les blancs du modèle, noirs dans le cliché, doivent, malgré cette teinte , laisser tamiser un peu la lumière. Les grandes parties éclairées de la figure doivent paraître

presque noires, c'est-à-dire uft peu plus translucides que le noir du linge. Les noirs parfaits, les noirs superbes, comme disent quelques personnes, et qui ne laissent tamiser aucune lumière, donnent au positif une partie blanche, crue, dure, inadmissible, contraire à toutes les lois du dessin et de la perspective.

Si l'image n'est pas arrivée àpoint, la lumière ayant d'ailleurs assez décomposé la couche, l'opérateur peut renforcer le cliché faible, même après qu'il estdésiodé et qu'il a fourni des épreuves.

Il nous est arrivé, pendant des temps de fortes chaleurs, où, malgré les plus grandes précautions, nous ne pouvions obtenir que des clichés mous, gris, d'une teinte uniforme, d'avoir recours à un moyen assez étrange, en contradiction apparente avec la théorie, et qui nous a réussi au delà de nos espérances, puisque nous en avons, par ces temps défavorables, obtenu des tons vigoureux que nous avions demandés en vain à l'agent révélateur, alors qu'il agissait sur la couche encore iodurée. Ce moyen mérite d'être connu, et nous croyons utile de l'indiquer et de l'expliquer aux opérateurs.

11 consiste à soumettre de nouveau le cliché à l'action de l'agent continuateur, alors même qu'il aurait tiré un grand nombre d'épreuves, pourvu, tou-

m RÉSUMÉ

tefois, que ce cliché ait été débarrassé complètement de toute trace d'hyposulfite, car alors il se macule de taches jaunes au renforçage. A ce sujet, nous insistons de nouveau sur cette recommandation, qu'il vaut beaucoup mieux laisser l'épreuve en deçà que de la pousser au-delà de sa venue. Avec un cliché trop vigoureux, il est déjà difficile d'obtenir un positif satisfaisant; mais, si le cliché est poussé trop loin, le positif sera impossible. Dans le cas, au contraire, où votre cliché est un peu faible, ce dont vous vous êtes assuré par un positif, vous pouvez aisément le renforcer parce moyen : Mettez la glace sous un robinet de fontaine, et mouillez la couche de collodion ; laissez égoutter un instant; arrosez avec un mélange égal d'acide pyrogaliique et de solution d'argent, surveillez attentivement en regardant la glace par transparence et à chaque arrosage, vous verrez l'image noircir de plus en plus; vous arrêterez l'effet quand il vous conviendra, en couvrant la couche d'eau. Du reste, vous pouvez recommencer cette manœuvre indéfiniment et sans danger, jusqu'à ce que vous jugiez la force du négatif tout à fait suffisante. Mais, nous le répétons, l'action est près* que instantanée, à moinsqueleliquide révélateur ne soit extrêmement faible; il vaut même mieux le faire un peu faible, surtout lorsque le cliché est si facile à renfor-

cer. Ce procédé a encore cet avantage, qu'aucune tache ne se produit ni pendant ni après l'opération ; il suffit de rincer un peu la glace pour débarrasser la couche du réactif ; puis on fait sécher comme à l'ordinaire. — Nous sommes heureux (1) de pouvoir indiquer ce procédé aux opérateurs car, quelles que soient l'expérience et l'habileté d'un artiste, il ne peut apprécier toujours exactement la valeur des tons à la lumière tamisée par les verres jaunes ou rouges du laboratoire, comme il pourrait le faire à lalumière artificielle. A la lumière naturelle, le cliché peut apparaître sous un jour bien différent et produire des résultats tout autres qu'on ne l'avait supposé.

L'action de l'hyposulfite à l'état concentré est aussi rapide que celle du cyanure, et elle a de plus, le très-sérieux avantage de n'être pas un poison, et de n'agir que sur l'iodure libre du cliché; tandis que le

cyanure quelque faible, d'ailleurs, que soit sa solution, peut toujours priver l'épreuve de ses demiteintes, ou même la détruire (2).

(1) Nous avons publié ce procédé eu 1855.

(2) Nous ne croyons pas qu'il soit bon de se servir du cyanure pour les négatifs. Nous l'employons, bien qu'à contre-cœur, pour les positifs directs, qu'il perfectionne réellement. Aussitôt après le fixage à l'hyposulfite, un lavage prolongé doit débarrasser la couche de cette

Par une température ardente, le cliché sèche assez vite. En hiver, on peut hâter cette opération en présentant le cliché devant un feu de braise. On peut le compléter en mettant sur la couche un vernis qu'on étend de la même manière que le collodion. Lorsque le vernis s'applique sur une couche froide, il grisaille, et gâte le négatif. Il faut pour vernir, faire chauffer la

dangereuse solution. Quand le cliché est sec, la moindre trace de ce sel produit une légère cristallisation , et si ce dépôt est plus considérable par suite d'un lavage plus incomplet, il dépose une sorte d'arborisation assez semblable aux festons de givre qui couvrent les vitres dans les temps de gelée. Quand le cliché en est là, il est perdu. Le sel est fixé de telle sorte qu'il ne peut être expulsé. A ce propos, nous n'avons pas lu sans quelqu'étonnement, l'assertion suivante dans la Chimie photographique :

• L'hyposulfite de soude, employé comme agent fixateur du collodion, présente un léger inconvénient ; c'est d'obliger l'opérateur à se laver les mains avec soin après chaque fixage, car il suffirait d'avoir sur les doigts quelques traces de ce réactif, pour tacher toutes les glaces que l'on préparerait ensuite. »

Nous voudrions bien savoir pourquoi l'hyposulfite de soude a eu seul les honneurs de cette dénonciation à l'attention des opérateurs, et, si Je cyanure ne les méritait pas mieux que lui ? Est-ce que le cyanure est sans inconvénients ? Est-ce qu'il n'a, lui, aucune action, aucune influence sur les glaces qu'on peut préparer ensuite? Le cyanure est tout simplement un poison, et l'on peut alors se figurer aisément ce qui arriverait, si l'opérateur, ne se croyant pas dans l'obligation de se laver les mains avec soin après chaque fixage, se frottait, par hasard, les yeux ou les lèvres, ou une muqueuse quelconque, après s'en être . servi. Cette fois, ce ne serait pas l'opération, mais l'opérateur, luimême, qui serait compromis dans sa santé, sinon dans son existence.

glace à 30 ou 40*, et la main tenir près du feu pendant quelques minutes.

Si, après avoir fait chauffer un vieux cliché humide, il se produit une buée, et qu'on s'avise de vernir en ce moment, ce cliché est perdu (1).

Le vernis est la condition sine quâ non de la conservation du cliché, dont la couche trop fragile ne résisterait pas longtemps à la pression fréquente du châssis, et encore moins au contact du papier albuminé, sans cet enduit protecteur. C'est cependant, comme malgré nous que nous recommandons l'emploi du vernis, dont nous reconnaissons bien aussi tous les inconvénients. Il serait bien désirable qu'on trouvât le moyen de s'en affranchir. Il agit d'une façon déplorable sur les noirs du cliché, auxquels il donne cette uniformité qui caractérise les épreuves obtenues au moyen du sulfate de fer, déjà si pauvres en lumières.

Quelques auteurs ont conseillé remploi de l'albumine, de la gomme ou de la gélatine, et même de la dextrine, sans prendre garde que ces diverses solutions avaient les mêmes inconvénients que le vernis, mais non les mêmes qualités de conservait) Quelques opérateurs peu prudents font sécher leurs clichés à la flamme d'une lampe : ce moyen est parfait pour casser la glace.

tion. Toutes ces substances donnent de la translucidité aux noirs de l'épreuve autant que le vernis, et changent ainsi en demi-teintes les lumières vives. De plus, leur nature hygrométrique les dispose le plus souvent à faire corps avec le positif, en enlevant la couche, ou en la cassant sous l'influence d'une chaleur de 60°. Le vernis, au contraire, reste inaltérable par une chaleur intense comme parles plus mauvais temps d'humidité. Si le vernis a l'inconvénient de rendre plate une belle épreuve négative, venue à point et pleine de relief, il a, par «ela même, l'avantage d'améliorer un cliché trop dur et trop vigoureux, en rendant translucides et perméables à la lumière, des parties opaques qui se seraient traduites par un blanc pur et qui, grâce à lui, viendront en demi-teintes plus harmonieuses, Il serait même prudent de faire les clichés un peu durs, dans la prévision des effets photogéniques du vernis.

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