POUR FORMER DES VITRAUX OU POUR ABAT JOUR DE LAMPE , ETC
Ce procédé, qui n'est cependant qu'une application toute simple des principes de la photographie ordinaire, est assez peu connu; aucun auteur, que nous sachions, ne s'en est occupé. Nous espérons que l'exposé que nous allons en faire, suffira à l'opérateur le moins exercé pour pouvoir le mettre en usage.
Si, après avoir placé sur un porte-appareil quelconque une boîte sans fond, vous insérez un négatif vers le milieu de cette boîte, dans une rainure, et que vous établissiez votre objectif au foyer sur le négatif vu par transparence, l'image qui se formera dans la chambre noire sera une image positive par transparence; or, il est évident que si, au lieu de copier ce négatif sur une glace ordinaire, vous avez étendu le collodion sur un verre bleu ou violet, etc., l'image positive pourra former une partie de votre vitrail ; cinq ou six verres decouleurs différentes, réunis avec des lames de plomb, comme cela se pratique pour la peinture sur verre, pourront former des vitraux charmants ou des abat-jour de lampes qui offriront, sous les nuances les
plus variées et les plus gracieuses, les portraits ou les paysages préférés. — 11 y a plus de six ans que nous avons obtenu ainsi plusieurs portraits d'une finesse, qui les rendait bien supérieurs à ceux qu'on peut avoir sur plaqué d'argent, en même temps que leur couleur était bien plus harmonieuse. — Il faut seulement ne pas oublier qu'un vernis doit protéger le collodion.
C'est encore en copiant par transparence que Ton peut reproduire un cliché, ou même encore l'agrandir en le reproduisant, ou enfin, si l'on craint de le perdre, le multiplier en vue d'un grand tirage. L'image copiée étant négative, la copie sera toujours une image positive. Si, ne s'arrêtant pas à la reproduction simple du positif sur verre, on désire agrandir ou refaire un négatif pareil, une seconde opération sur le positif par transparence, que l'on vient d'obtenir, donnera le négatif désiré, identique ou agrandi.
Ce procédé conduit à une autre application photographique que nous ne mentionnons que pour mémoire, car elle est de peu d'intérêt. Lorsque vous avez copié le négatif, et obtenu un bon positif par transmission, vous pouvez le rendre positif par réflexion, et le transporter sur papier. — En voici le moyen :
Lorsque le positif sur verre par transparence est complet, kvez-le et fixez-le par les moyens ordinaires
DES REPaODUCTIONS
(hyposulfite de soude), ou mieux encore, par une solution de ;
' Cyanure de potassium. ... I gr.
Mais, comme cette solution altère l'argent métallique, il faut bien surveiller l'opération, car l'image pourrait disparaître sous l'action corrosivedu dissolvant.
Lorsque l'image est fixée, lavez-la avec soin pour enlever toute trace de cyanure.
Continuez l'opération en couvrant la glace d'une solution saturée de bichlorure de mercure; examinez attentivement la succession de phénomènes qui se produisent; l'image noircit un peu d'abord, puis elle se couvre d'une couleur blanchâtre, opaline bleu, et négative par réflexion; dès lors l'effet est produit; lavez toujours avec le plus grand soin, afln qu'il ne reste pas la moindre trace de bichlorure sur la glace, laissez-la égoutter un instant, puis couvrez-la de la solution suivante :
Si l'action de l'hyposulflte a lieu régulièrement,
Eau distillée.
100 gr.
Eau
Hyposulfite de soude
m gr.
l'image semblera bientôt se dépouiller de nouveau pour prendre les plus beaux tons, — lavez encore, et à grande eau ; l'épreuve est arrivée au point de pouvoir être transportée sur papier. — Nous donnons plus loin le moyen d'opérer ce transport ; il est des plus faciles.
Le papier le plus propre à cette opération, celui qui donne les plus beaux tons, est le papier porcelaine. Toutefois, il est bon de lui faire subir une immersion de quelques minutes dans de Teau distillée, et de le poser sur le collodion également couvert d'eau. Lorsque la feuille est presque en contact avec le collodion, soulevez la glace; l'eau qui est entre l'image et le papier s'échappera, et le papier viendra complètement adhérer au collodion ; laissez égoutter, et enlevez comme nous l'indiquons au chapitre du négatif sur papier.
Quoique nous ayons deux yeux, et que nous voyions à la fois deux images différentes du même objet confondues en une seule, les peintres et les dessinateurs de perspectives n'ont jamais considéré que l'action d'un seul œil, dans la construction des images qu'ils ont voulu représenter. En effet, lorsqu'on se borne à dessiner ou à peindre des corps sur une surface plane, il n'y a guère moyen de les figurer que sous un seul aspect. Pour leur donner du relief, on emploie le clair-obscur et les principes des deux perspectives, linéaire et aérienne ; c'est tout ce qu'on peut faire. Mais cela ne suffit pas à l'illusion complète, et les plus beaux tableaux n'acquéirent toutes les qualités de profondeur, que l'artiste a voulu produire , que
m DU STÉRÉOSCOPE
lorsqu'on les regarde avec un seul œil, à la manière des vues d'optique ou des anciens panoramas.
Déjà, vers Tannée 1500, un grand génie italien, Léonard de Vinci, avait compris et expliqué les motifs de ce manque de relief dans les corps représentés par la peinture; mais le germe déposé dans la science par l'immortel peintre de la Cène, y sommeilla jusqu'en 1838, époque où M. Wheatstone imagina, en Angleterre, un appareil fondé sur la vision binoculaire, et capable de faire voir en relief aux deux yeux des images tracées sur des surfaces planes.
L'instrument du physicien anglais se composait de deux miroirs inclinés, à angle droit l'un sur l'autre; il avait de grandes dimensions, et était très-peu por- • tatif.
M. Brewster, un des pères de l'optique moderne, ayant dirigé son attention sur l'appareil inventé par M. Wheatstone, imagina de le modifier, de le rendre beaucoup plus simple, et par conséquent,, beaucoup plus populaire : Ainsi naquit le stéréoscope, dont tout le monde connaît aujourd'hui et le nom et les effets prodigieux. M. Brewster n'avait fait que remplacer les glaces réfléchissantes de M. Wheatstone par deux petit» prismes ou deux demi-leutilles destinées à réfrsucter tes rayons lumineux ; cette légère modiflca-
tion avait suffi pour donner la vie à un appareil admirable, qui serait resté, sans cela, pendant longtemps peut-être, un simple fait historique dans les cabinets des physiciens.
Le stéréoscope exige, pour produire ses effets, deux images d'un même objet, prises de deux points de vue différents; il faut, de plus, que ces deux images soient aussi identiques que possible, afin que la superposition des parties, commune à toutes les deux, se fasse avec une rigueur mathématique. Il n'existe pas au monde, et Fon peut dire qu'il n'existera jamais, de peintre capable de produire deux images de cette espèce; ni l'œil ni la main de l'homme ne peuvent reproduire un modèle à deux reprises et de deux points de vue différents, sans altérer plus ou moins les lignes et les formes. Aussi, M. Wheatstonc se bornait-il jadis, pour son stéréoscope réflecteur, à n'employer que des figures géométriques, composées d'un petit nombre de lignes droites, tracées à la règle et au compas. Mais l'apparition de la photographie changea la face des choses. Ce que le dessinateur n'aurait jamais su faire, la lumière put le produire sans aucune difficulté ; et si M. Brewster eût modifié le stéréoscope en 1839, on aurait vu probablement de belles images stéréoscopiques dès l'origine de la daguerréotypie.
Mais on ne s'avise pas tout de suite des choses les plus simples, et ce qui nous paraît facile aujourd'hui, a coûté souvent de longs et pénibles efforts aux premiers inventeurs. Aussi, M. Brewster ne construisit-il pas en 1839 son stéréoscope, et les images stéréoscopiques, obtenues par la photographie datent-elles k peine de quelques années. Mais, comme à toute chose, née à temps, il leur est arrivé d'atteindre bien vite à un trèshaut degré de perfection.
Le stéréoscope se compose d'une boîte pyramidale en carton, en bois ou en métal, haute de 13 à 14 centimètres, plus large par en bas, et munie à la partie supérieure de deux tubes oculaires ou de deux prismes, éloignés l'un de l'autre de 75 millimètres environ, c'est-à-dire d'une quantité égale à l'écartement moyen des yeux. Ces deux tubes renferment les deux moitiés d'une même lentille, d'environ 20 centimètres de foyer; les demi-lentilles se regardent par les bizeaux. La boite est percée à la base, et fermée quelquefois, en cet endroit, par un verre dépoli ; une des larges faces de la pyramide est munie d'une petite porte, qui permet de faire tomber de la lumière dans l'intérieur de l'appareil, lorsqu'il s'agit de regarder par réflexion des images opaques. Quelques constructeurs pratiquent deux fentes dans les parois latérales
de la boîte, près de sa partie supérieure, afin de pouvoir y glisser des lames de verre coloré, dans le but de modifier le ton des images. Voilà le plus simple et le plus commode de tous les stéréoscopes. Voici le moyen de faire les images.
Pour produire une image stéréoscopique, il est indispensable de faire deux épreuves du même objet dans le même moment, et de deux points de vue différents, de telle sorte que, pour un portrait, par exemple, la première épreuve soit faite en grand trois-quarts, et la seconde de face. Ce qui revient à dire, que le modèle doit passer devant deux appareils, éloignés à peu près Fun de l'autre de 10 à 30 centimètres.
Dans le but d'obtenir des figures stéréoscopiques, deux appareils sont principalement en usage : l'appareil binoculaire, ou chambre noire composée de deux objectifs, et l'appareil monoculaire, ou chambre noire, munie d'un objectif seulement. Le premier de ces appareils est indispensable à celui qui veut obtenir et reproduire instantanément des vues animées. Le second ne peut être employé que pour le portrait. Chacun de ces appareils a, d'ailleurs, comme toutes choses, son revers de médaille. L'appareil binoculaire produit bien deux images du même coup, mais ces deux images ne sont point stéréoscopiques, car elles sont en creux ; il
, faut, pour obtenir le relief, leur faire subir un déplacement, ce qui nécessite des soins et du temps, chose toujours importante, surtout quand il s'agit d'un grand tirage. Toutefois, on peut remédier jusqu'à un certain point à cet inconvénient, en faisant subir ce déplacement au cliché, que l'on colle avec de la gomme arabique sur une autre glace, après cette opération.
La chambre monoculaire a cet avantage qu'elle donne des clichés stéréoscopiques qui peuvent être reproduits plus facilement (1). Mais, comme il faut prendre les deux images à deux points de vue différents, c'està-dire à deux stations différentes, il n'est pas possible d'employer cet appareil à la reproduction de la nature en mouvement.
Il est bien évident que le relief donné par l'appareil monoculaire est un peu plus saisissant, mais cela ne suffît pas à compenser le défaut que nous avons signalé.
Toute image, pour devenir stéréoscopique, doit être à 6 ou 7 centimètres de l'image symétrique. C'est la distance de l'écartement moyen des yeux qui doit être l'intervalle du milieu des deux images dans le stéréoscope.
Si l'on n'observe point ces principes, l'œil se fatigue
(I) On l'emploie pour faire le portrait.
placée à un mètre du monoculaire. Un plus grand en vain pour chercher l'effet, il perçoit deux images distinctes et ne reçoit pas l'impression du relief.
Si vous vous servez d'un appareil binoculaire, vous devez faire usage d'un petit calibre en glace de 6 à 7 centimètres, que vous avez soin de diviser, par une ligne au crayon, en deux parties égales. Cette ligne répond à celle que vous aurez tracée sur la glace dépolie, sur laquelle vous placez le sujet à reproduire, ou le personnage principal, si c'est d'un groupe qu'il s'agit (1).
Le binoculaire peut toujours remplacer avec avantage le monoculaire, pour tout sujet et si, dans certains cas, il donne un relief moins saisissant, il ne tombe pas, du moins, dans le défaut contraire En effet, si pour reproduire un paysage lointain, vous devez donner un angle plus grand que celui de la vision naturelle, et en exagérer l'ouverture, en raison de la distance, afin d'obtenir une apparence de relief qui supplée à l'insuffisance de notre vue, à l'égard des objets hors de la portée moyenne; il faudra ne pas écarter de plus de dix centimètres les deux chambres, destinées à reproduire une statuette, par exemple,
(1) Voir au prix courant (art. binoculaires).
écartemerit pourrait rendre ovale le socle rond de la statuette; la jambe droite, fuyant du socle, paraîtrait avoir le double de sa longueur, et il en serait plus ou moins de même des autres parties du corps. Nous pouvons élever ces observations à l'état de règle, que nous formulons ainsi :
Plus l'objet à reproduire est près de l'objectif, plus la distance à parcourir par la chambre est petite, soit :
à 1 mètre de l'objectif ... 10 centimètres.
à 2 idem 15 id.
à 3 ou 4 idem 20 id.
à 5 idem 30 id.
C'est, en effet, la longueur que doit avoir la planchette d'angle, destinée à servir à la chambre monoculaire. Cette planchette, qui ne peut servir utilement que dans un atelier de pose, doit être munie en outre de son pivot, de deux règles qui peuvent se rapprocher mutuellement pour déterminer le chemin que doit parcourir la chambre.