PHOTOGRAPHIE SUR C0LL0DI0N
la prétention de M.Legray, d'avoir le premier appliqué le collodion à la photographie, ne nous semble pas
suffisamment fondée ; il a bien parlé, en effet, de l'emploien photographie du collodion, qui n'était alors qu'une substance exclusivement pharmaceutique, mais il n'a formulé aucune méthode à ce sujet, et cette idée incomplète n'a produit aucun résultat. .
M.Bingham est allé plus loin ; il a produit des images sur collodion, et pourrait avoir droit à cette revendication. Mais, à nos yeux, le grand praticien, à qui, par la plénitude de sa réussite et la générosité avec laquelle il a fait connaître son procédé, revient l'honneur de cette
glorieuse découverte, qui a fait faire un si grand pas à la photographie, c'est incontestablement Archer; aussi n'hésitons-nous pas à donner le nom d'Archérotypie à l'ensemble des opérations qui constituent ce mode de photographie.
Ce fut en 1851 que M. Archer fit connaître sa méthode, la formula et sut la populariser par les succès même qu'il en obtint. Ce n'est qu'à cette époque, si rapprochée de nous, que remonte le procédé de l'emploi du verre enduit de collodion, combiné à l'iodure d'argent dissous dans l'iodure de potassium, et rendu sensible dans un bain de nitrate d'argent ; son agent révélateur était l'acide pyrogallique de M. Regnault; il fixait à l'hyposulfite de soude; il apprit, en même temps, à transformer directement les négatifs en positifs, par l'addition à la dissolution d'acide pyroga Nique, de quelques gouttes d'acide nitrique, et à modifier la couleur ou la teinte de ses épreuves, par l'emploi de diverses substances : acétate de chaux, acétate de plomb, acide gallique, etc., etc.
En mai 1852, M. de Brebisson publia sa méthode de photographie sur verre collodionné.
C'est de la même époque que datent les premières tentatives pour conserver l'épreuve positive et la lustrer.
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M. Clause! de Troyes nous communiqua ses idées, et nous en fîmes ensemble les essais. En juin 1854, nous publiâmes ce procédé, et, nous autorisant de deux années d'expériences comparatives, nous pûmes dire et nous pouvons répéter que l'encaustique, déjà connue et employée en Europe, assure aux épreuves une durée indéfinie et une vigueur peu commune.
Dès 4852, plusieurs photographes eurent l'idée de détacher du verre la couche de collodion transformée en positif direct, et de la rapporter sur toile cirée ; les premiers beaux succès en ce genre ont été obtenus en 1853.
En 1853, nous publiâmes notre premier traité de photographie sur collodion. Ce traité était comme le corollaire, ou plutôt la théorie des excellents résultats que nous obtenions depuis deux ans. Nous donnions au public les formules et le manuel opératoire, auxquels nous devions cette continuité de belles épreuves, qu'on admirait déjà à cette première phase de l'emploi du collodion, qui pendant plus d'un an furent seules et uniques dans ce genre de photographie, et qui peuvent, aujourd'hui encore, supporter la comparaison avec tout ce qui a été produit depuis cette époque.
Notre grand traité des Quatre branches de la Photographie, suivit de près cette première publication, et
ï>0 HISTOIRE DE LA PHOTOGRAPHIE
fut lui-même suivi du Catéchisme, du Compendium, du Code et des Causeries.
Nous ne rappelons ces divers écrits, tous consacrés aux divers progrès de notre art, que pour constater notre persévérance, et, il faut bien le dire, établir nos titres et notre droit à revendiquer une petite place dans les fastes de cette histoire. Nous ne parlerons des expositions de la société photographique de Londres, en 4853, 4854, 4855, que pour mentionner les éloges que nous valurent nos épreuves, les seules en ces grandes exhibitions, qui fussent sans retouche.
De 1853 à 4862, les travaux et les publications de MM. Labhé Laborde, Maxwel Lyte, Hardwich, Roger Fenton, Spiller, Sutton, Crookes, Davane, Girard, Bertch, etc., et les communications de quelques habiles expérimentateurs, ont donné à la photographie une impulsion immense, et, grâce à leurs savantes recherches, le procédé d'Archer est transformé. Ce qui n'était qu'un tâtonnement perpétuel, un exercice purement empirique, est devenu un art véritable, ayant ses lois, sa pratique certaine et ses résultats assurés.
La France peut se glorifier des noms de Niepce et de Daguerre; — de Fizeau, de Balart, de Regnauit, de Claudet, de Niepce de St-Victor.
L'Angleterre s'est illustrée avec les noms de Wed-
ARCHÉROTYPIE .»i
gewood, Brewster, Talbot et Archer; ce pauvre grand Archer, mort à Londres en J857, dans un état voisin de l'indigence ; Lui, le véritable architecte de toutes ces fortunes princières acquises par la mise m viatique de son procédé f
Tout appareil photographique se compose de deux parties distinctes, quoique en réalité inséparables : l'objectif et la chambre noire. Si nous insistons ailleurs sur l'importance qu'on doit attacher à la partie mécanique de cet appareil; notre insistance sera plus grande encore sur le choix d'un objectif, choix toujours fort difficile à faire et qui demande une grande expérience.
Un objectif parfait, voilà, à notre avis, le véritable desideratum de la photographie.
Depuis Pépoqueoù Daguerre publia sa découverte, la mécanique et l'optique ont subi de nombreuses modifications et réalisé de grands progrès.
Le génie inventeur des Niepce et des Daguerre a laissé tomber un germe sur un sol fertile, et ce germe, fécondé par l'industrie, a donné d'admirables fruits. 1
L'optique n'est pas restée en arrière, elle a fait un pas immense dans la voie de l'application ; aussi quoique nous ne puissions guère exiger d'un art* encore tout nouveau, le degré de perfection auquel de longues, années d'expériences et d'études pourront à peine lui permettre d'arriver, nous voulons cependant que l'on soit aussi sévère que possible dans le choix d'un objectif. *
11 est extrêmement rare de trouver un objectif dont Yachromatisation (\) soit tellement parfaite que ses deux foyers, optique et chimique, n'en fassent qu'un seul, dont les courbures bien calculées ne produisent aucune déformation, dont la longueur focale soit telle, qu'il n'en résulte un champ ni trop vaste, ni trop res-
(1) L'achroroatisation est une correction que l'on fait subir aux instruments d'optique, et grâce à laquelle on détruit les effets de la dispersion de la lumière.
La dispersion des rayons lumineux fait, qu'au foyer d'une lentille, l'image d'un point éclairant, d'une étoile par exemple, n'est pas un point blanc et nettement tranché, mais bien un petit cercle irisé qui représente mal le point auquel il doit sa formation. Par l'achromatisme, on efface le cercle coloré, et on rétablit la correspondance parfaite entre l'objet et son image
treint; en un mot, il est fort difficile de rencontrer un objectif parfait.
Mais le défaut capital d'un objectif ne consiste pas dans la non-coïncidence du foyer optique avec le foyer chimique, car, une fois la distance des deux foyers établie, si l'instrument fonctionne sans rien laisser à désirer du côté de Ja netteté et de la précision, l'opérateur peut le considérer comme bon, et doit le conserver avec soin.
Le défaut principal d'un objectif, véritable vice rédhibitoire, consiste dans la déformation partielle ou totale de l'image, qui provient, soit de la disposition particulière de la lentille, soit de la matière employée à sa confection, soit des courbures qu'on lui a données, et qui ne laissent de netteté qu'à un tout petit espace de l'image reproduite, tandis que les autres parties demeurent confuses et difformes. Ainsi, Ton trouve souvent des objectifs à portrait qui donnent l'image de l'œil très-nette, pendant que la moustache, par exemple, à peine indiquée, reste à l'état d'ébauche, et que les parties encore plus éloignées du foyer sont déformées et d'un vague désespérant.
Il n'est pas impossible de construire des lentilles achromatiques ou des systèmes doubles dé lentilles achromatiques tels, que les deux foyers coïncident,
et quelques opticiens ont souvent résolu ce problème.
Toutefois, nous ne croyons pas que la solution ail été encore entièrement formulée et traduite en règles invariables, et, quelle que soit notre confiance dans une maison recommandée, nous ne saurions accepter un objectif sans l'essayer préalablement avec soin, afin de déterminer l'absence de foyer double, ou le repère à adopter, si le double foyer existe, pour reconnaître la bonne ou mauvaise qualité des lentilles, etc., etc. (\).
Déjà, depuis longtemps, les objectifs à système de lentilles doubles étaient entre les mains des opérateurs, et personne ne s'était encore aperçu que le plus grand nombre de ces objectifs était entaché du défaut assez grave de la non-coïncidence du foyer optique avec le foyer chimique.
Ce fut M. Claudet qui découvrit ce défaut. Le 20 mai 1844, cet habile expérimentateur communiqua à l'Académie des sciences les résultats des recherches auxquelles il s'était livré, dans le but d'affranchir la photographie des causes d'insuccès venant du défaut d'achromatisation des lentilles.
(1) Tous les objectifs que nous expédions ont été essayés avec soin ; comme garantie & l'acquéreur nous lui donnons le droit de nous» retourner les produits qui ne seraient pas parfaitement irréprochables.
Aujourd'hui, grâce à cet infatigable chercheur, personne n'ignore que, le plus souvent, le foyer d'action photogénique ne coïncide pas avec le foyer visuel, formé par les rayons lumineux ;
Que la différence de ces deux foyers varie suivant Fachromatisation des lentilles, et suivant leur pouvoir dispersif;
Que, dans presque tous les objectifs achromatiques, le foyer chimique est plus long que le foyer optique (I) ;
Que la distance entre ces deux foyers varie avec la distance de l'objectif au modèle.
Il est très-facile de déterminer la différence qui existe entre les deux foyers, et M. Claudet a inventé à cet effet un petit appareil qui remplit assez bien son but. Nous croyons cependant, d'après ce que nous avons dit plus haut, que le meilleur moyen de reconnaître les différences de foyer, consiste à essayer l'objectif en faisant un portrail. En effet, le petit appareil (écran-
(1) C'est îfi défaut capital des objectifs allemands; ajoutez à cela
qu'ils sont à très court foyor, que leur prix est excessif, et vous comprendrex combien il est naturel que les opérateurs préfèront les objectifs français, qui réunissent tant de qualités diverses : étendue immense du champ, uniformité de lumière et d'éclaireuient , netteté égale au centre et sur les bords, unité de plan, etc,
éventail) de M. Claudet est trop petU et ne donne jamais le degré de profondeur qu'on cherche dans un bon objectif; car, à supposer même que les deux foyers coïncidassent, on ne saurait dire pour cela a priori que l'instrument est bon, puisqu'il pourrait ne donner de parfaitement net, qu'un petit espace de quelques centimètres carrés, ce que l'appareil Claudet n'indi* querak pa6, mais dont on pourrait s'apercevoir en faisant un portrait, car on remarquerait dès la première épreuve, si et où le trouble de l'image commencerait à se montrer. Mettez la ligne des paupières au foyer, le foyer chimique coïncidant rarement avec le foyer optique, vous ne trouverez pas aux paupières de l'épreuve cette fine&se de détails que vous aviez remarquée sur la glace dépolie, mais vous la rencontrerez, par exemple, vers l'oreille, ou bien elle donnera au haut de la tête une telle précision, une telle netteté, que vous pourrez presque compter les cheveux du modèle. Plus de doute alors, le foyer apparent ne coïncide pas avec le foyer chimique et ce dernier se trouve être le foyer conjugé de l'oreille ou des cheveux. Lors donc que vous aurez mis au foyer apparent, et que l'image de l'œil sera parfaitement nette, allongez (avant de mettre la glace sensible) le tube de l'objectif de deux millimètres environ ; dans le plus grand nombre
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de cas, ce repère sera le bon, ou a très peu de chose près ; une seconde épreuve rectifiera le résultat de la première expérience, *et vous mettra à même de tracer le repère avec exactitude.
Par les trois expériences que vous venez de faire, vous aurez pu reconnaître la valeur de l'objectif, et vous saurez à quoi vous en tenir, non-seulement sur l'achromatisation. mais encore sur l'aberration sphérique des lentilles.
Comme on le voit, en tenant compte de ces diverses circonstances, on peut parvenir à déterminer a priori, avec une précision presque mathématique, le foyer chimique pour un objectif donné et pour chaque distance des objets à reproduire.
t Toutefois, les tâtonnements qu'exige rétablissement d'un repère à chaque épreuve, constituent un travail des plus gênants et sont une cause fréquente d'erreurs et d'insuccès. Nous ne laisserons donc pas de recommander de nouveau le choix d'un objectif dont le foyer d'action photogénique coïncide avec le foyer apparent.
Ce qui précède ne s'applique qu'à l'objectif double employé pour le portrait. L'objectif destiné au paysage ou à la reproduction ne pêche pas par la non-coïncidence des foyers, et sa construction est presque toujours excellente.On emploie, généralement, pour le paysage.
fi ) LES OfUIXTIFS
la lentille de devant, c'est-à-dire relie qui n'est pas dans la chambre; il suffit, pour cela, d'enlever le barillet qui la porte, et de le visser sur- une monture à diaphragmes, d'une longueur proportionnelle. Cette monture prend alors sur la rondelle la place de l'autre monture qui est devenue inutile. C'est pourquoi il est bon, quand on achète un objectif, de demander aussi sa monture diaphragmée.
Le foyer de la lentille à paysages étant à peu près deux fois plus long que celui de l'objectif à portraits, il faut avoir une chambre à double tirage ou à rallonge, sauf à n'en pouvoir faire usage pour l'objectif simple. Une lentille à paysages de 0,84 millimètres (normale), peut couvrir une glace de 30 à 35 centimètres, selon sa longueur focale. Un objectif simple, 63 millimètres (4/2 plaque), couvre très-bien 20 centimètres, et la lentille 44 millimètres (4/4 de plaque), couvre 20 centimètres.
L'objectif double, dans les mêmes dimensions, et suivant sa longueur focale, peut éclairer, plus ou moins, une surface de 0,24 + 48.-0,43 4- 48, etc. C'est ainsi qu'avec l'objectif allemand 0,81 à court foyer, on ne peut faire un portrait sur glace de grandeur normale; il faut le tenir plus petit. Il en est de même des autres diamètres.
La donnée du problème, qui reste encore à résoudre,
OPTIQIW (il
serait d'obtenir, au moyen d'une heureuse combinaison, avec une ouverture petite, un foyer virtuel trèslong, et une extrême rapidité. Ce n'est encore là qu'pn rêve pour les opticiens comme pour les opérateurs.
L'agent principal dans les opérations de la photographie étant la lumière, et l'appareiî fondamental qu'elle emploie étant un appareil optique, nous terminerons cette étude des objectifs, par un aperçu sur les propriétés de ce merveilleux agent, et les phénomènes auxquels il donne naissance suivant les différentes conditions dans lesquelles on le fait agir, suivant les instruments par lesquels on le met en action, etc..
La lumière peut avoir deux origines : ou elle appartient au corps lui-même que Ton considère, ou bien celui-ci l'emprunte à d'autres corps. Dans le premier cas, le corps d'où elle émane s'appelle lumineux, dans le second, on le nomme corps éclairé,
Nous ne possédons qu'un organe, l'œil, pour juger de la lumière ; aussi, quand cet organe est malade, jugeons-nous très-imparfaitement des impressions lumineuses. Quoique tous les yeux ne soient pas constitués absolument de même, il est facile de constater que la grande majorité des hommes donne les mêmes noms aux mêmes accidents visuels. Ainsi les rayons blancs sont blancs pour le plus grand nombre, les rouges sont
iH LES OBJECTIFS
rouges, les verts, verts, etc., etc. Nous pouvons donc, sans crainte d'erreur, attirmer, par exemple, avec la majorité* que la lumière qui nous vient d'un nuage bien éclairé et assez élevé au-dessus de l'horizon, est . Manche, que la lumière rélléchie par la neige est blanche, etc., etc.
Eh bien, si cette lumière blanche rencontre certains corps sur son passage, elle peut les traverser ou en être renvoyée. Lorsqu'un corps se laisse traverser par la lumière, on le nomme transparent ; s'il la force à rebrousser chemin, on l'appelle opaque. Toutefois, les corps transparents, même les plus purs, réfléchissent une certaine quantité de lumière, mais cette quantité est si faible, par rapport à celle qui les traverse, qu'on peut la négliger dans presque tous les cas de la pratique. Les corps opaques ne sont pas non plus d'une opacité absolue. Nous ne dirons rien ici de la lumière renvoyée ou rélléchie, elle n'intéresse guère le photographe que sous le. point de vue de l'éclairement du modèle, et nous traitons cette question dans une autre partie de notre livre.
Arrêtons-nous un peu sur les propriétés de la lumière transmise. La lumière blanche qui passe à travers les corps transparents, reste blanche, ou se colore suivant la nature du corps qui lui livre passage, et suivant la
forme de ce corps. Tout le monde sait qu'une couche d'eau, pas trop épaisse, laisse passer la lumière sans la colorer, une masse d'eau de deux ou trois mètres de longueur donne au contraire de la lumière verte ; le diamant, le cristal de roche, n'altèrent pas la blancheur des rayons lumineux; l'émeraude les teint en vert, le pubis en rouge, le saphir en bleu, l'améthyste en violet, la topaze en jaune, etc., etc.
Mais indépendamment de la nature propre du corps transparent, nous avons dit que sa forme aussi contribuait à la coloration de la lumière. Si Ton regarde en effet un nuage blanc à travers un prisme ou bâton triangulaire en cristal, on s'aperçoit que les couleurs les plus vives ont pris la place de la blancheur, et cependant le cristal n'avait par lui-même aucune coloration sensible. Cela tient à L'action de la forme du corps transparent sur les rayons de lumière. Œne plaque du même cristal, polie, à faces parallèles, n'aurait pas altéré la blancheur du nuage. Le phénomène par lequel un verre prismatique tire les couleurs de la lumière - blanche s'appelle dispersion ; il nous prouve que le blani est le résultat du mélange de toutes les couleurs que le prisme sépare. Si Ton fait entrer dans une chambre bien noire un rayon de lumière blanche par un trou pratiqué dans un volet, et si l'on met un prisme de
< i LES OBJECTIFS
verre sur le trajet de ce rayon, on voit se produire deux effets parfaitement distincts. 1° Le rayon, au lieu de marcher en droite ligne suivant la direction qu'il avait d'abord, se brise et se replie derrière le prisme, soit vers le haut, soit vers le bas, suivant que l'arête formée par les deux faces traversées par la lumière est en bas ou en haut; 2° au lieu d'avoir sur le mur opposé au trou son image déplacée, comme nous venons de le dire, mais blanche, on y voit paraître une longue bande, colorée des plus vives nuances, disposées dans l'ordre suivant : rouge, orangé, jaune, vert, indigo, bleu, violet; le rouge d'un côté et le violet de l'autre étant fondus dans l'obscurité. Le déplacement du rayon est dû à la réfraction, les couleurs proviennent de la dispersion opérée par le prisme. Or, si l'on veut faire attention à la forme d'une lentille à bords tranchants et à centre renflé, on s'apercevra qu'elle n'est, en définitive, qu'un assemblage d'une infinité de prismes à faces courbes, disposés tout autour d'un centre; elle doit donc présenter les mêmes phénomènes que les prismes. En effet, une lentille infléchit les rayons qui la traversent, et donne un anneau teinté de couleurs magnifiques, d'autant plus étendues et plus vives, que la lentille est plus bombée à son milieu.
Si l'on place un point lumineux devant une lentille
convexe, et que l'on promène un verre dépoli derrière la lentille, on finit par trouver un endroit appelé foyer, où l'image du point lumineux se peint nettement sur la face dépolie du veire. En deçà et au delà du foyer, il y a bien encore une image du point, mais confuse et baveuse. Si le point est blanc et la lentille une lentille ordinaire, on ne trouve plus d'image parfaitement nette du point rayonnant; celle que Ton obtient étant toujours entourée d'auréoles ou de cercles colorés. Si le point était violet, d'une couleur violette pure, on trouverait son image plus près de la lentille que si le point était rouge. Pour des points orangés, jaunes, verts et bleus, leurs foyers seraient entre ceux du rouge et du violet. Il résulte de là que le point blanc étant composé de toutes ces couleurs, donne des images nettes, situées à des distances différentes, derrière la lentille, et correspondant chacune à une des nuances infinies comprises entre le violet et le rouge; mais comme une seule de ces images est nette à la fois, et que toutes cependant se peignent ensemble, il en résulte que leur mélange est toujours diiïus et frangé. On peut faire disparaître ces franges par un artifice que l'on a désigné sous le nom (Vachromatisation (i) des
(1) L'achroin atisation est un moyen de corriger les effets de la dispersion des rayons lumineux ; on achromatise en faisant passer la
lentilles, et qui consiste essentiellement dans l'emploi de deux ou de plusieurs substances différentes à la confection des verres lenticulaires. Une lentille achromaiisée n'a qu'un seul foyer pour toutes les couleurs, et les images qu'elle donne ne présentent plus de bavures ni d'auréoles colorées.
Ce que nous venons de dire d'un point est également applicable aux corps dont la surface n'est qu'un assemblage de points engendrant ou réfléchissant de la lumière. On trouvera donc les images des objets extérieurs derrière une lentille, et ces images seront irisées dans le cas d'une lentille ordinaire, et nettes si la lentille a été rendue achromatique.
Pour une même lentille, la position de Pimage ou du foyer varie avec Téloignement de l'objet qui lui donne naissance. Si l'objet est tout près de la lentille, on ne trouve plus d'image; mais en l'éloignant peu à peu, il arrive un moment où cette image commence à paraître. Seulement, elle est alors à une distance presqu'infînie derrière la lentille. Peu à peu, au fur et à mesure que
lumière à travers des corps de forces dispersives différentes. DoUond obtînt ce résultat en formant des lentilles de deux prismes de verre superposés, l'un en crown-gtass, et l'autre en flint-glass, dont les pouvoirs dispecsifs étaient différents. Ces objectif formé» de fiim et de crotcn, reçurent de Bevis le nom d'achromatiques.
l'objet s'éloigne, l'image se rapproche, d'abord trèsvite, puis avec une extrême lenteur, jusqu'à ce que l'objet, étant assez éloigné, son image ne change plus de place d'une manière sensible, quoiqu'on vienne à l'éloigner davantage. Cet endroit, où l'image paraît s'arrêter derrière la lentille, où les rayons du soleil, par exemple, vont former un petit disque ardent lumineux, s'appelle le foyir principal; et quand on dit dans le commerce : lentille ou objectif de 18 cent, ou de 24 cent., etc., etc., de foyer, on entend parler d'une lentille qui donne une image nette des objets très-éloignés, k i8 ou à 24 cent, derrière sa surface postérieure.
La grandeur des images diminue pour une même lentille, à mesure que l'objet s'éloigne, et continue de diminuer lors même que le foyer ne paraît plus changer de place ; mais alors la diminution est extrêmement
peu sensible.
D'après ce que nous venons de dire, on comprendra aisément que l'image d'un corps en relief ne peut jamais être complètement nette à un seul foyer, car les diverses parties d'un corps se trouvent nécessairement à des distances différentes. Il n'y aura donc de netteté absolue que pour les images des objets situés sur un seul plan, on qui étant sur des plans différents se trou-
vent placés fort loin de l'endroit occupé par la lentille. On peut toutefois parer à cet inconvénient, du moins en partie, en couvrant les bords de la lentille par des anneaux en carton noirci, que Ton appelle diaphragmes. Plus l'anneau est large et la partie centrale et découverte de la lentille est petite, èt plus les images qu'elle donne sont nettes et bien définies ; mais elles sont alors de moins en moins éclairées, en sorte que l'avantage, qui résulte de remploi du diaphragme disparait lorsqu'on veut obtenir des impressions rapides, des portraits, par exemple, qui exigent des flots de lumière intense.
Nous venons de parler du défaut assez grave attaché aux objectifs combinés ou objectifs pour portraits, même achromatiques, que la science n'a pas encore réussi à faire disparaître entièrement, ce défaut bien connu des photographes sous le nom de foyer chimique. Nous avons dit, aussi, qu'un prisme donne une image oblongue et vivement colorée d'un trou ou d'une fente livrant passage aux rayons lumineux. Cette image aux vives couleurs s'appelle le spectre solaire ou simplement le spectre. Lorsqu'on met du chlorure d'argent à l'endroit où le spectre se dessine avec beaucoup de netteté, on voit, au bout d'un certain temps, que le chlorure a été décomposé
bien plus à fond aux endroits moins lumineux qu'à ceux qui nous paraissaient éblouissants. Ainsi le rouge n'aura pas laissé de traces, l'orangé ni le jaune non plus, le vert aura marqué à peine, le bleu se sera fait sentir davantage, et le violet paraîtra avoir agi avec beaucoup d'énergie; mais ce qu'il y a de plus curieux, c'est que Ton trouvera une bande noire trèsmarquée sur le chlorure d'argent, là où la lumière n'était plus sensible pour nous, au-delà du violet, dans l'obscurité qui paraissait absolue à notre œil. Le maximum d'action photogénique paraît donc être au milieu du violet; mais si Ton remplace le chlorure d'argent par une autre substance sensible, on n'obtient plus tout à fait les mêmes résultats. Ce roaxtmum se déplace, et peut même se porter de l'autre côté du spectre. Il faut donc conclure de ce que nous venons d'exposer qu'il y a, la plupart du temps, lumière photogénique là où nous n'en voyons point, et qu'il n'y en a souvent pas là où il nous semble qu'il s'en trouve davantage. Ceci nous ramène à la question de Y achromatisme. Nous disions alors que le but de Tachromatisation, c'était de réunir en un seul les
foyers des rayons rouges violets, séparés par les
lentilles ordinaires ; mais s'il y avait des rayons invisibles au-delà du violet, dont l'opticien achromati-
70 LKS OBJECTIFS
seur n'eût pas tenu compte, il en résulterait que la lentille, très-achromatique pour un œil ordinaire, ne le serait plus du tout pour un organe pouvant apercevoir les rayons invisibles négligés par le constructeur de la lentille. — Or, c'est ce qui arrive précisément tous les jours dans la photographie. Les plaques, J^s papiers ou les collodions sensibles représentent ces yeux anormaux dont nous venons de parler : un objectif, irréprochable pour l'œil de l'homme, n'est plus achromatique pour les sels d'argent; il donne des images frangées là où elles nous semblaient fort nettes sur le verre dépoli, et il faut chercher par des tâtonnements l'endroit convenable où la substance sensible doit être placée pour que l'image s'y imprime avec toute la netteté désirable. Cet endroit, trouvé, à peu près, pour un objet situé à une certaine distance, n'est plus le môme lorsque l'objet vient à changer de place; il serait presque impossible de corriger, par des graduations, pratiquées sur le tube objectif, ks erreurs de foyer provenant de ces {hfiférences. Ajoutons à cela que Vachromatisation peut porter le foyer chimique tantôt au-delà, tantôt en deçà du foyer optique ou visible. Heureusement qu'on est parvenu à construire des verres n'ayant à peu près qu'un seul foyer et pour l'œil et pour les sub-
stances impressionnables usuelles. C'est celui que nous recommandons aux photographes, de préférence à tous les autres, car on sera d'autant plus sûr d'obtenir de bons résultats, qu'on laissera moins de place a l'arbitraire dans la position de la lentille relativement au corps à impressionner.
La chambre noire est, comme on sait, une boite munie d'un objectif à sa paroi antérieure, et d'une glace dépolie à sa paroi postérieure. On l'appelle chambre noire, non parœ qu'elle est noircie à l'intérieur, car elle pourrait être blanche sans inconvénient, mais parce qu'elle doit être privée de toute lumière, ou, du moins, ne recevoir que celle de l'objectif. L'image prise par la lentille, est portée sur le verre dépoli qui la montre plus ou moins confuse, suivant qu'elle est plus ou moins loin de son foyer. La grandeur des images diminue, pour une même lentille, à mesure que l'objet s'éloigne; elle augmente à mesure que l'objet se rapproche. L'image est d'autant plus nette, d'autant mieux définie, qu'elle est plus petite ; elle est d'autant
plus grossière, plus confuse, exagérée, qu'elle est plus grande. L'image d'un corps en relief ne peut jamais être complètement pure à un seul foyer, car les diverses parties de ce même corps ne sont pas sur un même plan. On ne peut donc obtenir de netteté absolue que pour Lçs images des objets situés sur un seul plan ou qui, étant sur des plans différents, se trouvent à de grandes distances de l'objectif. Il en résulte que s'il s'agit d'un portrait, il faut, lorsque que Ton met au point, placer le foyer sur l'œil du modèle, au risque de sacrifier un peu les autres détails de la personne. Si avec un objectif relativement grand, on ne veut qu'une petite image, l'ensemble sera très-satisfaisant; ou pourra jinême dire que tout est au foyer. Il n'en sera pas de même si, avec le même objectif on désire obtenir une image de grandeur plus que normale ; nul doute alors que certaines parties ne soient défectueu* ses; le défaut se fera plus particulièrement sentir sur une main. Si l'objectif est parfait (ce qui a lieu une fois pur cent), le moindre déplacement de cette main, en ayant ou en arrière, suffira pour la naettre au foy^r. Si l'objectif est ban, il y aura seulement un peu de mollesse dans le modelé 4e cette main ; mais si l'objectif est mauvais, nulle précaution n'empêchera que la main ne reste indécise, sinon même déformée.
Quelques opérateurs ont cru pouvoir remédier à c# inconvénient en faisant adapter au porte-châssis, un mouvement à crémaillère qui permet de l'incliner, et de se rapprocher ainsi du foyer des mains. Ce genre d'appareil nous a été fréquemment demandé dans ces derniers temps, mais nous avons usé de toute notre influence pour détourner les opérateurs de ce système, que nous croyons tout à fait inefficace, et nous y avons généralement réussi. Il y a plus de dix ans qu'on trouvait déjà dans le commerce la chambre noire dite à mouvement, et dont le but est d'obtenir une netteté parfaite sur deux points extrêmes de l'image, la tète et les mains; mais ce but étant à peu près inaccessible, l'appareil a été complètement abandonné. Le mouvement établi sur le porte-châssis pérmet bien, en effet, d'incliner, en avant ou en arrière, et môme de droite à gauche, la glace dépolie et le châssis, de telle sorte que, la tète du modèle étant au foyer, on puisse également y amener les mains, ou toute autre partie du corps, mais, si faible que soit le déplacement de la ligne du foyer primitif, il est toujours assez sensible pour enlever un peu de netteté à la ûgure, si bien que la netteté des mains ne peut s'obtenir qu'aux dépens delà partie principale du portrait. Tout au plus peuton parvenir à une netteté relative et moyenne qui,
71) LES CHAMBRES NOIKES
tenant les deux points entre les deux foyers, ne remédie absolument à rien, car, encore une fois, la netteté absolue des mains ne pourrait s'obtenir qu'en sacrifiant celle de la figure.
Ce résultat négàtif peut, d'ailleurs, être aussi bien obtenu par la chambre noire ordinaire, mais il n'y a là aucun progrès.
Nous avons déjà indiqué le moyen tout pratique d'arriver à ce but désiré, sans avoir recours à aucun appareil exceptionnel ; il consiste tout simplement, à mettre d'abord la tête, et principalement les yeux, au foyer, puis de reculer ou d'avancer la main du modèle jusqu'à ce qu'elle se trouve elle-même au foyer. Remarquez que nous disons la main, c'est-à-dire, une
seule main, car, pour les obtenir toutes deux avec une netteté absolue, la chose est plus difficile, sans être pour cela, tout à fait impossible. On peut éluder, en quelque sorte, cette difficulté en dissimulant, tout à fait ou en partie, Tune des deux mains, qu'on fera mettre dans le gilet ou dans la poche, ou entre les feuillets d'un livre. Il y a là un petit avantage dont il ne faut user qu'avec la plus grande réserve, mais si les précédents sont de nature à excuser l'emploi de cette espèce de stratagème, les précédents ne manquent pas. N'admire-t-on pas tous les jours les portraits de
nos plus illustres contemporains dont les mains brillent par leur absence?... Ët ne pourrait-on pas même trouver digne d'admiration, l'habileté avec laquelle on a su dissimuler ces mains embarrassantes, et qui pouvaient compromettre le succès des plus belles épreuves? Que de fois une poche, un manchon, une mantille ont servi de refuge aux plus grandes difficultés ? Dans tous les cas, il reste toujours une grande consolation, c'est que si la ligure n'est pas tout à fait satisfaisante, les mains, du moins, ne laissent rien à désirer. Ceci soit dit sans malice, et honni soit qui mal y pense 1
La chambre noire binoculaire est une chambre armée de deux objectifs doubles diaphragmés. Cet appareil est indispensable pour prendre la nature vivante au stéréoscope. Ses deux lentilles d'une même ouverture et d'un même foyer, reproduisent simultanément, et sous deux points de vue différents, les deux images accouplées, ce qui dispense d'une double opération, et permet par conséquent, de prendre réellement la nature sur le fait. Cet appareil est également applicable à la carte de visite. On a, par ce moyen, deux images qui permettent un double tirage. Quoiqu'un peu exiguë, la grandeur de cette chambre peut cependant suffire, à la rigueur, si Ton opère convenablement; on peut, d'ailleurs, la tenir plus grande
de deux centimètres, et, dès-lors, elle est parfaite pour les cariés de visite aussi bien que pour le stéréoscope.
Il y a bien un petit inconvénient à ce système qui a, d'ailleurs, de si grands avantages. Nous ne tenons à Undiquer que pour mémoire, et parce qu'il établit nettement certains points de la théorie. Quand il s'agit de reproduire la nature extérieure ou des objets inanimés, la chambre stéréoscopique fonctionne parfaitement, ou, du moins, son défaut est inappréciable, puisque le travail s'opère à une distance convenable et presque toujours avec les objectifs diaphragmés, mais lorsqu'on applique cet appareil aux portraits, cartes, etc., voici ce qui se passe : Si le modèle est placé mathématiquement entre les deux objectifs (ce qui doit être), chaque objectif louchera un peu en le regardant, s'il est permis de s'exprimer ainsi, et ne le verra que du coin de l'œil, et, dès-lors, il est impossible que les deux images soient complètement saisies? Si, au contraire, le modèle n'occupe pas rigoureusement la place voulue, et qu'un seul des deux objectifs le regarde en face, le second louchera, à lui seul autant que les deux autres dans la position précédente, c'est-à-dire qu'il verra moins le principal que les accessoires, et, par conséquent, Tune des deux images sera très-inférieure à l'autre. Il y a donc une difficulté presque insurmon-
table d'obtenir deux images absolument identiques, même avec deux objectifs jumeaux, auxquels on ne peut d'ailleurs rien reprocher sous le rapport du îoyer, de la matière et du fini des lentilles. II est évident, à ce point de vue, que la pratique du procédé stéréoscopique restera toujours assez loin de sa ihèone idéale.
Si cette critique, dont on peut facilement vérifier la justesse, est tout à fait inattaquable, que dire du quadrilatère (singulier nom, par parenthèse; comme si toute chambre noire n'avait pas ses quatre côtés!) que dire du quadroculaire, de l'octoculaire?... Il est évident que les difficultés grandissent et se multiplient avec le nombre des objectifs. Ce sont là des expériences toujours plus ou moins vaines, et qui donnent lieu à des dépenses sans compensation. Car combien d'opérations, en effet, ne faut-il pas passer ava»t d'obtenir un bon résultat? En admettant qu'on soit parvenu à trouver sur la glace dépolie, les quatre images à peu près acceptables, l'opération chimique ne viendrat-elle pas détruire tout ce travail? La glace sera-f-elfe également propre sur tous les points de sa surface? Au développement, les quatre images viendront-elles égales de ton et de finesse? Ces questions n'en sont plus pour aucuifopérateur. Il faudra alors détacher de
l'ensemble l'image la mieux réussie, ou bien se résoudre à manœuvrer un grand châssis et à perdre force papier.
La spéculation a, sans doute, tiré un grand profit de ce système séduisant, car les appareils qu'il exige sont vendus tort chers, et tout opérateur un peu riche, occlienté, s'en est passé la fantaisie, soit qu'il ait réellement partagé ces illusions, ou qu'il ait voulu jeter de la poudre aux yeux.
lUoyen d'agrandir les image*.
E»a Chambre noire Woodwarda
« La chambre Woodwards a été un des grands événements de l'année dernière dans le monde photographique. Est-ce la solution complète et définitive du plus difficile problème de l'optique appliquée à la photographie? Il y a lieu d'en douter, si l'on eu juge par le petit nombre d'épreuves obtenues par cet appareil, et surtout par la valeur de ces épreuves, par les difficultés d'installation de cet appareil, etc., etc. Sans compter que son prix très-élevé n'en a encore fait jusqu'ici qu'un objet de luxe ou de curiosité, qui peut faire très-bien dans le laboratoire de l'homme opulent,
mais qui ne saurait convenir aux modestes officines de la très-grande majorité des opérateurs.
Nous dirons en outre qu'il ne saurait être employé avec succès grâce à la multiplicité des conditions qu'il exige et des difficultés sans nombre qu'il présente.
Cela dit, il faut reconnaître que cette invention repose sur l'idée éminemment ingénieuse de la coïncidence exacte du foyer de la lentille collective avec le centre de l'objectif composé. La glace est installée sous la face antérieure de la chambre noire, de telle sorte que l'image définie du soleil est exclusivement concentrée au centre de l'objectif, seul point qui voit réellement le soleil. Il en résulte que l'image qui se forme sur Técran est produite uniquement par les rayons qui traversent le centre de l'objectif, à l'exclusion totale des autres, absolument étrangers à sa formation. L'objectif est ainsi réduit de fait, à une ouverture aussi petite que l'image du soleil amenée à son centre, sans emprunter aucun secours à un diaphragme, et utilise néanmoins toute la lumière du soleil condensée en un seul faisceau et en un seul point, après avoir éclairé le négatif tout entier. C'est donc là une idée vraiment heureuse, et qu'il faudrait considérer comme une des plus grandes innovations qui se soient produites dans
l'art photographique, si, par suite même de l'excellence
du principe sur lequel est basée la chambre de M. Woodwards, il ne fallait pas une précision absolue, une construction parfaite, une parfaite planimétrie du miroir réfléchissant, et une lentille collective entièrement achromatique. Joignez à tous ces inconvénients la nécessité d'opérer rapidement ou de faire conduire le miroir par un héliostat qui lui fera suivre le soleil dans ses déplacements. Quand on aura trouvé les moyens de remédier à toutes ces difficultés de mécanisme et d'opération, la chambre solaire de M. Woodwards touchera de bien près à la perfection, et sera le couronnement de l'art, déjà si merveilleux, des Niepce et des Daguerre.
Nous n'avons pas un mot à changer à cette appréciation, formulée depuis un an, dans notre dernier ouvrage, et contre laquelle il ne s'est élevé aucune objec tion. Cependant, on a cru voir dans des images agrandies une preuve de la supériorité de cette chambre. Laissons l'auteur l'expliquer à ce sujet :
« la perfection presque idéale des positifs nés directement de négatifs primitifs, très-faibles et par lesquels la nature est presque saisie sur le fait; une heure de pose, en apparence, c'est très-effrayant; mais ainsi que nous l'avons déjà expliqué, rien n'est agréable et saisissant comme la vue des rayons solaires
traçant sous vos yeux un tableau magique dans une chambre parfaitement éclairée où vous pouvez travailler, lire ou rêver. »
Si l'enthousiasme prouvait quelque chose, la cause serait gagnée. Ne dirait-on pas que l'opérateur est armé de la baguette de Josué? Malheureusement, ce bel élan lyrique n'a rien qui puisse nous faire croire que notre opinion, calme et toute scientifique, sur la chambre Woodwards soit erronée, et nous en référons purement et simplement, à ceux qui en ont fait l'expérience.
Il nous reste à parler de la chambre automatique de M. Bertch. M. Bertch qui, par les plus ingénieuses applications, a fait faire de notables progrès à la photographie est, de plus, créateur d'un appareil de si petite dimension qu'il tient à peine la place d'un nécessaire de toilette. Il a ainsi comblé les vœux des touristes opérateurs. Avec sa chambre automatique, qui épargne même le temps voulu pour la mise au point, on peut obtenir des images d'une admirable finesse et d'une régularité telle que, grossies trois cents fois, elles ne subissent presque pas de déformation. Grâce à cette charmante découverte, le bagage complet du photographe-voyageur est réduit h sa plus simple expression. Il peut faire de la photographie hu-
mide, en pleine campagne, sans le moindre embarras. Mais ce n'est là encore que son moindre mérite. Son appareil, par son application au pittoresque du microscope, est d'une très-haute importance pour la science, en même temps qu'un perfectionnement réel dans la pratique de notre art. Il nous suffit de dire qu'il reproduit, dans des dimensions colossales les objets presqu'invisibles, dont les sciences naturelles se préoccupent le plus aujourd'hui, pour faire comprendre quelle puissance de détails il donne aux épreuves.
La chambre monoculaire, destinée au stéréoscope, ne diffère de la chambre 1/4 ou 1/2 ordinaire, que par le charriot,que Ton substitue à la glace dépolie quand on veut faire une épreuve stéréoscopique. Toute chambre 1/4 ou 1/2, est donc susceptible de cette combinaison. Dans ce cas, cette chambre doit être posée sur une planchette de 40 à 50 centimètres de long, à angle ou équerre, qui permette, après avoir obtenu l'image de droite, de pousser la chambre à gauche, pour obtenir l'autre image. Le charriot est destiné à recevoir le châssis qui porte la glace dépolie et la glace collodionnée. Un ressort sert à arrêter l'ouverture du volet à la première station de droite. Le volet est ouvert entièrement à la station de gauche
Le premier principe de Pari, quelle que soil la
LES CHAMBIlfcS NOIRES 85
chambre dont on fasse usage, est de mettre le sujet au foyer. On y parvient en amenant sur la glace dépolie l'image produite par l'objectif. On déplace d'abord, du fond de la chambre noire, le tiroir qui est mobile, et qu'on arrête au moyen du bouton fixateur ; puis, à l'aide de la crémaillère de l'objectif, on achève de mettre au foyer.
Lorsque l'image apparaît, parfaitement dessinée, sur la glace dépolie, on relire cette glace, et l'on place l'obturateur sur l'objectif ; on introduit le châssis porteglace sensible; on lève d'abord le volet du châssis, puis l'obturateur, et l'image alors se produit sur la couche sensible.
Il faut, avanl tout, s'assurer que la glace dépolie de la chambre noire occupe exactement la place que doit prendre plus, tard la glace collodionnée; car si, pour le plaqué d'argent, on peut perdre sans danger quelque peu de la netteté de l'image, il n'en est point ainsi quand on opère sur la glace, on perd bien assez dans le passage du négatif au positif.
Le châssis qui porte la glace collodionnée doit être plus épais en bois que le châssis destiné au plaqué, afin qu'on puisse isoler la glace de tous les côtés, et ne la faire porter que sur les angles; il faut, en outre, creuser, dans la traverse inférieure du châssis, une petite rainure, qui se dirige, en devenant de plus en plus profonde, vers un angle où l'on aura pratiqué, dans
toute l'épaisseur du bois, un trou de 8 millimètres d'ouverture, bouché avec une éponge ou du papier buvard; la rainure et le trou donneront issue au liquide excédant qui ne remontera plus ainsi sur la couche de collodion, entraîné par la capillarité du verre, et ne tachera pas le négatif; on pressera de temps en temps l'éponge, ou l'on changera le papier buvard.
Le volet doit être à charnières posées en haut du châssis, çt armé à son milieu d'une lame-ressort qui maintienne la glace au foyer.
Quand l'opérateur porte le châssis pour l'installer dans la chambre noire, il doit le tenir penché du côté du trou.
Les quatre angles du châssis destinés à supporter la glace, ainsi que les parties intérieures, la rainure, le trou, etc., etc., seront vernis ou enduits de guttapercha.
En un mot, la chambre et le châssis doivent être parfaitement fermés. La plus légère fissure se traduirait sur le cliché par des taches noires de même forme que l'interstice, ou rendrait l'image impossible en couvrant le collodion d'un voile rougeâtre plus ou moins étendu.
Ce serait en vain qu'on aurait employé les meilleures substances, qu'on aurait pris les précautions les plus
miuutieuses, fût-on d'ailleurs le plus habile opérateur, habileté, précautions, préparations viendraient fatalement échouer contre la structure défectueuse de l'appareil.
Le châssis- presse pour positif, dont la plus grande partie des opérateurs se sert encore, ne nous paraît pas remplir les conditions voulues pour les négatifs ordinaires, et bien moins encore pour les négatifs sur collodion. Nous avons, à plusieurs reprises, essayé de donner au châssis-presse les qualités qui lui manquaient, et chacune de nos tentatives a été récompensée par quelque heureuse modification. Le modèle que nous avions fait breveter il y a quatre ans, a atteint le plus haut degré de perfection connue. Il participe des différents systèmes de perfectionnements, il les combine, avec cette différence que, dans celui-ci, les deux glaces jumelles qui maintiennent les deux épreuves dans une juxta-position parfaite, sont dépendantes des volets à charnières et à ressort, et qu'elles sont enlevées du même coup, ce qui abrège et simplifie la manœuvre. Ajoutez à cela qu'en substituant l'action mécanique à l'action manuelle, souvent compromettante pour le joint des glaces, et toujours fâcheuse pour le cliché, il donne k l'opération une précision absolue.
Voici en quels termes le journal V Invention, dans son
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bulletin technologique, a rendu compte de notre presse, pour laquelle nous avions pris un brevet d'invention 8. g. d. g.
« Ce châssis, qui diffère essentiellement de
ceux dont on se sert aujourd'hui, réunit tous les avantages : facilité de manœuvre, précision, solidité. Pour mieux faire apprécier le mérite de l'invention, il n'est pas sans intérêt de constater que depuis dix ans, le châssis primitif n'avait presque pas subi de modification, et que le dernier perfectionnement laissait encore beaucoup à désirer sous le rapport de la longueur de la manœuvre, et à cause des corps élastiques employés à sa confection. Il restait donc un progrès sérieux à accomplir, dans le triple but d'abréger la manœuvre, d'éviter le bris des glaces-presses, et de conserver toujours intact de toute éraillure, le cliché le plus fragile.
» En substituant les glaces-presses à la planchette drapée, les ressorts aux vis, les charnières aux coulisses, M. Belloc avait rempli la moitié du programme.
» En rendant les glaces-presses dépendantes des ressorts et des volets, c'est-à-dire en substituant l'action mécanique à l'action manuelle, il a porté au plus haut degré de perfection ce petit appareil, un des plus utiles
a l'opérateur, et sans la précision duquel, il ne saurait jamais avoir le vrai fac-similé des lignes de son épreuve négative. »
Le seul reproche qu'on pouvait nous adresser sur notre appareil, c'était son prix plus élevé que celui du châssis-presse, dit de Brébisson, et aussi son poids plus considérable, à cause des deux doubles glaces. Mais si l'on considère que pour maintenir dans une juxtaposition parfaite et une pression égale, pendant un quart d'heure, le cliché et l'épreuve, à une température de + 60°, il est indispensable que le tout soit pressé entre deux corps rigides et absolument planes, et qu'on veuille bien reconnaître que notre presse seule réalise toutes ces conditions, on conviendra que le dernier reproche irest nullement fondé. Qu'arrive-t-il, en eifet, avec le châssis ordinaire?... La planchette, ne portant que sur quatre points très-peu étendus, aux extrémités des ressorts, se gondole facilement, pendant l'opération même, sous faction de la chaleur. 11 en résulte que tous les positifs, obtenus au moyen de ce châssis, ont un aspect mou et estompé, et ne peuvent fournir, par conséquent, une seule épreuve irréprochable, comme finesse et comme pureté.
Alors même que la pJanchette drapée ne subirait pas l'influence de la chaleur, un feutre, un tampon
»i THÉORIES
élastique, ne pourront jamais maintenir aussi bien qu'une glace, la feuille de papier prête à recevoir les lignes, que le moindre éloignement du cliché multipliera, en les juxta-posant.
Reste la question d'argent; mais là encore, il est bon de ne pas oublier que les seules économies réelles sont les économies bien entendues. Par notre système, le temps de la manœuvre est tellement diminué, qu'on peut tirer par jour un bon tiers de plus que par les anciens procédés, ce qui compense bien vite, fût-elle du double, la différence du prix. C'est le cas d'appliquer l'adage britannique : Times is money.
Du reste, nous avons déjà depuis longtemps laissé tomber cet appareil dans le domaine public, et, bien qu'on en ait fabriqué de tous côtés, le prix s'est maintenu à cause des glaces et de la main-d'œuvre, sans même qu'il y ait un grand bénéfice pour le constructeur.
L'opinion que nous avons émise, sur la mauvaise construction et sur tous les inconvénients des vieux engins, s'est de plus en plus fortifiée par nos dernières expériences. D'un autre côté, nous avons voulu remédier, tout en le perfectionnant, aux deux seuls défauts de notre système. Légèreté, bon marché, telles étaient les données du nouveau problème que nous avions k
résoudre, sans abandonner, bien entendu, l'incontestable avantage des ressorts, des doubles glaces et de la facilité de la manœuvre. Ce problème, nous pouvons affirmer que nous Pavons résolu. Nous venons, en 'conséquence, de faire déposer un nouveau modèle de notre chàssis-presse, qui ne pèsera pas la moitié du poids du châssis de Brebinon, dont le prix ne sera guère plus élevé, et qui, pour la solidité, la facilité des manœuvres et la beauté des résultats qu'on devra obtenir, ne laisse absolument rien à désirer.
Des cuvette**, cuves en je:utta«|ierclifft, ete.
Les cuvettes ou bassines destinées à la photographie méritent une attention toute particulière. Nous pensons qu'on doit donner la préférence aux cuvettes en guttapercha ; cette matière prend toutes les formes, ne se décompose nullement sous l'influence des substances chimiques et n'est pas sujette à la casse (i).
On doit les tenir propres et les renverser, après le service, sur les planches du laboratoire destinées à cet usage. Quand elles sont neuves, ou quand elles sont un peu trop salies par les dépôts argentifères, on doit
(1) Les goûts et les opinions différent beaucoup au sujet des cuvettes Ceux-ci aiment mieux celles qui sont en 'wis et à fonds de
<U THÉORIKS
les décaper avec de l'eau fortement acidulée, ou môme avec l'acide nitrique pur, les laver à l'eau ordinaire, les rincer avec de l'eau distillée et les faire sécher.
Il est bien entendu que nous ne parlons ici que des cuvettes destinées aux bains d'argent et de sel ; quant à celles qui servent aux bains diiyposuifile et au lavage des épreuves positives, leur extrême propreté n'est
verre ; ceux-là les préfèrent en porcelaine ; enfin, d'autres ne croient, à cet égard, qu'aux bonnes qualités de la gutta-pcrcha ; et nous avouons, pour notre part, que nous sommes un peu de l'avis de ces derniers. Nous croyons utile de justifier notre préférence, d'autant plus que, depuis quelque temps, certaines personnes s'étant imaginé d'attribuer à la gutta-percha les taches qui couvraient leurs clichés, se sont avisées de recouvrir en verre l'intérieur de leurs cuvettes.
11 convient d'abord do bien distinguer deux sortes de gutta-percha, trop souvent confondues dans le commerce : l'une, comme l'a fait observer justement Al. Ballard, pure et anhydre ; l'autre qui, outre les impuretés diverses qui ont pu s'y mêler, contient, en moyenne, 25 pour 100 d'eau d'hydratation, ce qui ne peut manquer de lui faire perdre toutes les précieuses qualités de son emploi dans la photographie.
Quant à nous, qui avons l'habitude d'analyser et d'apprécier cette substance, nous pouvons garantir les cuvettes que nous expédierons, et répondre que les taches du cliché ne proviendront jamais de la matière de ces cuvettes.
La cuvette en gutta-percha réunit tous les avantages qu'on peut désirer : elle est légère, plane, facile à nettoyer, inusable. Il en est de môme des entonnoirs et du vase à verser l'acide pyrngailique.
La plus défectueuse des cuvettes est la cuvette composée de bois et de verre : elle est d'abord très-fragile; et comme d'ailleurs les alcali* attaquent la gomme lacque, elle ne peut durer longtemps.
pas d'une aussi grande importance; ce qui est bien autrement important, c'est qu'elles soient exclues du laboratoire.
L'opérateur pourra, pour les lavages des épreores positives, employer tel ou tel vase indistinctement, en bois, en terre cuite, etc., etc., mais il ne pourra se dispenser de joindre à son bagage de voyageur :
Une cuvette pour le bain négatif (1) ; Une cuvette pour le bain positif; Une cuvette pour le bain de sel ; Une cuvette pour le bain d'hyposulfite ; Une cuvette pour le bain de chlorure d'or acide ; Une cuvette pour le bain de chlorure d'or alcalin.
Une pièce entièrement fermée à la lumière est indispensable à l'opérateur. Si elle est éclairée par une fenêtre et qu'il veuille conserver ce jour, il devra le rendre d'une couleur autiphotogénique (2).
(1) On doit se servir d'une cuvette plate en gutta-percha ; elle doit avoir une profondeur de 0,6 cent. , une largeur de 1 cent, et une Iongueur de 10 cent, de plus que la glace à baigner. L'uu des petits côtés de cette cuvette est recoin crt d'une bande de 0,2 cent, de largeur.
(2) Quelques opérateurs utilisent cette lumière en la rendant antipbotogénique au moyen d'un verre jaune, et dans le but de se dispenser des précautions à prendre contre le feu. Nous préférons l'emploi de la lampe au moment du développement de l'image.
THÉOHIES
A cel effet, il garnira l'ouverture de deux rideaux superposés, l'un jaune jonquille, l'autre rouge, et, par excès de précaution, lorsqu'il préparera ses glaces collodionnées, qui sont éminemment sensibles, il pourra couvrir les deux rideaux d'un troisième, vert ou noir.
Ceci ne saurait le dispenser d'avoir une petite lampe., dans tous les cas, indispensable, pour juger, de la venue de l'image.
L'éther étant une substance très-inflammable, on ne devra jamais faire ou modifier les collodions à la lumière de la lampe.
Si le photographe opère dans un cabinet noir, éclairé par une lampe, il devra, même en collodionnant la glace, s'en tenir aussi loin que possible.
Il ne faut jamais toucher aux flacons, aux châssis, aux cuvettes, etc., sans s'être lavé soigneusement les mains.
Au moment de verser le collodion sur la glace, essuyez le goulot du flacon avec un chiffon propre, destiné à cet usage; le collodion, qui se fige au goulot, tombe par parcelles avec le collodion liquide et fait des traînées (1).
(1) Cette précaution devient inutile si vous ne vous servez du flacon qu'une seule fois, ainsi que nous le conseillons ailleurs.
Avant de se servir d'un châssis porte-glace, il faut frapper dessus pour en détacher les poussières, le nettoyer avec soin, essuyer l'humidité des bords.
Faites les filtres pointus, et enfoncez-les jusqu'au fond de l'entonnoir (1), par ce moyen, ils filtreront bien, ils dureront davantage, et celui qui est destiné au nitrate d'argent n'aura besoin d'être remplacé qu'au bout d'un mois.
Que chaque entonnoir reste affecté à son usage ; après qu'il a servi, renversez-le sur une planche du laboratoire à l'abri de la poussière, et couvert d'un entonnoir en carton.
L'hyposulfite de soude est une solution très-dangereuse à côté des bains d'argent et des flacons de collodion : il faut la reléguera l'extrémité du laboratoire.
Si la disposition du local le permettait, il serait bon de fixer les épreuves négatives, mais surtout les positives, ailleurs que dans le lien destiné aux autres manipulations, la moindre goutte des agents fixateurs pouvant tacher les images non encore terminées, ou décomposer les bains, etc.; après la fin de chaque opération,
(1) En tenant la douille de l'entonnoir très-courte, et en faisant dépasser le filtre de 2 centimètres le collodion circule très-vite. Cette précaution est inutile, et même nuisible pour les solutions aqueuses .
il faut se laver les mains avec le plus grand soin avant de recommencer un autre négatif (4) .
Que chaque chiffon reste affecté à son usage particulier.
Qu'il en soit de même pour les flacons et les cuvettes.
L'agent révélateur (acide pyrogallique), combiné avec l'acide acétique, s'affaiblit et se décompose assez vite ; n'en faites que pour le besoin de la journée.
Préparez toutes vos solutions à l'eau distillée, excepté celle d'hyposulûte de soude (2).
Les photographes, les amateurs surtout, redoutent, et avec raison, les taches produites par le nitrate d'argent, et cette crainte paralyse leurs mouvements et leur ôte beaucoup de leur adresse. Rappelons ici qu'un photographe habile, M. Humbert de Molard, a indiqué un spécifique qui doit ôter toute appréhension à cet égard.
(1) Nous dirions volontiers que la photographie est une sorte de cuisine dont le mérite et le succès dépendent en grande partie de l'exquise propreté du cuisinier. On comprend, en effet, combien il importe que les substances photogéniques soient à l'abri de tout contact des agents réducteurs ou désiodants.
(2) Quelques expériences nous ont convaincu que, même pour les solutions d'argent et d'acide pyrogallique, l'eau distillée n'était pas d'une nécessité absolue et pouvait être remplacée par l'eau de source. 11 suffit que l'eau ne contienne pas des sels calcaires et du nitre.
Une pincée d'iode, deux pincées de cyanare de potassium, quelques gouttes d'eau pour dissoudre le tout, • suffisent à nettoyer les taches des linges et des mains ; prenez-en avec le bout du doigt et humectez les parties maculées, la tache disparaît instantanément, ou passe au rouge si elle est vieille ; terminez le lavage au savon et à la pierre ponce en poudre, et rincez avec soin.
N'oubliez pas que le cyanure de potassium est un poison violent; il serait peut-être plus sage de garder les doigts noirs et d'exclure totalement du laboratoire une substance douée d'une action toxique aussi dangereuse (4).
Nous préférons le moyen suivant :
Mouillez une écaille de potasse caustique, et frottezen la tache que vous voulez enlever aux mains, fortement si cette tache est sur une partie calleuse ou durcie, avec plus de précaution si elle se trouve sur une partie plus faible et plus délicate de Tépiderme. Ràclez ensuite l'endroit attaqué, vous ferez peau neuve sans inconvénient. Au cas où la peau serait très-fine et très-
sensible, il pourrait bien en résulter un certain
(1) On peut encore mettre à profit les solutions d'iodure et la solution alcoolique d'iode comme premier lavage, de façon à foire sur les mains, de l'iodurc d'argent, qui sera soluble dans un second lavage à riiyposulfite, solution chaude et concentrée.
sentiment de brûlure, mais la main d'un opérateur est à l'abri de ces délicatesses, et, dans tous les cas, la substance que nous indiquons est infiniment moins dangereuse que le cyanure de potassium.
De la disposition de l'atelier de pose et du mode d'éelairement.
Bien éclairer le modèle est une condition de réussite. L'éclairement venant du nord est le seul qui puisse donner un modelé convenable. En général., les opérateurs ne se rendent pas bien compte des moyens à employer pour placer le modèle dans les conditions les plus avantageuses d'ombre et de lumière; il est donc utile de faire connaître et de préciser les conditions indispensables à ce mode d'éelairement. Tout le monde ne possède pas une galerie vitrée, mais chacun peut établir facilement, improviser en quelque sorte, un atelier de pose des plus convenables. A la campagne, dans une cour, dans un jardin, quatre pieux, une toile tendue au-dessus, un fond de couleur grise, deux rideaux latéraux mobiles, peuvent suffire. Placé dans celte espèce de guérite, le modèle pourra, au gré de l'opérateur, être plus ou moins éclairé suivant son teint et le caractère de sa physionomie.
Dans tous les cas, on aura soin d'éclairer le modèle de manière à éviter les oppositions trop fortes d'ombre et de lumière, il faudra que le grand côté du troisquarts soit éclairé, et que le petit côté soit dans la demiteinte. Si Ton exposait le petit côté du trois-quarts à la lumière, l'ovale de la figure serait écrasé, le nez grossi, aplati, et presque confondu avec la pommette de la joue.
Le portrait sera toujours très-difficile à bien faire, et demande beaucoup de goût; quelques notions de dessin de la part de l'opérateur ne seraient certainement pas superflues.
Nous l'avons dit, et nous ne craignons pas de le répéter : Le photographe, et surtout le portraitiste, doit avoir des connaissances étendues et variées. Sans être un Pic de la Mirandole, il doit n'être étranger à rien, puisqu'en effet, son art touche à tout. Il est d'autant plus nécessaire qu'il puisse au besoin parler de omni re scribili, qu'il est en rapport plus direct, et sur un point où l'amour-propre est le plus fortement intéressé, avec le public, c'est-à-dire avec l'être le plus ondoyant et divers, comme eût dit Montaigne, qu'il soit possible d'imaginer. Le môme portrait provoque à peu près autant de jugements contradictoires, que de juges qui se permettent de l'apprécier, chacun selon son humeur, sa
fantaisie, ou l'idée arbitraire qu'il s'est faite de la personne qu'il représente. Celui-ci le trouve trop éclairé, celui-là trop chargé d'ombre ; l'un aime les épreuves à la Rembrandt, un autre voudrait qu'il fût éclairé de face; même diversité pour la pose : il y a les amateurs de poses théâtrales, à effet, et les partisans des poses bonhomme, qui se disent, modestement les amis de la nature. Ce sont des réalistes, sans le savoir. En somme, comme il est bien difficile, pour ne pas dire tout-à-fait impossible de contenter tout le monde et son père, l'opérateur doit être en mesure de répondre à toutes les objections, après avoir mis en pratique les principes d'une théorie rationnelle, qui lui permette de tirer le meilleur parti possible de toutes les figures.
Nous rappelons ici les principes généraux qui doivent présider à la pose. U faut que le chambre noire soit un peu plus élevée que la tête du modèle, afin que l'objectif, forcément incliné, laisse aux traits leurs proportions respectives, en regardant du haut en bas. Si la tète et l'objectif étaient à la même hauteur, la tête se trouvant dans l'axe horizontal des lentilles, le nez serait à la fois plus court et plus gros, et pour peu que le modèle levât la tête, ce qui arrive presque toujours, l'ovale de la figure la plus allongée, se transformerait en pleine lune.
Il faut s'efforcer de faire prendre au modèle sa position la plus naturelle, et l'engager à tenir sa tète verticalement; mais les opérateurs savent du reste qu'il n'est pas donné à tout le monde de savoir bien poser. Si donc, malgré toute la bonne volonté du modèle, des déviations se produisent, l'opérateur devra en tenir compte, c'est-à-dire agir en conséquence, de manière que sur le verre dépoli l'image vienne se peindre avec les traits trais. Sans cette précaution, sans cette espèce de rectification immédiate, la ressemblance serait plus ou moins faussée. Faites que la lumière ne vienne point d'en haut ni de côté ; car alors, n'éclairant que le front et une seule moitié de la face, depuis l'arête du nez jusque derrière l'oreille, cette moitié ne serait plus qu'un placard blanc, sans la moindre intervention d'ombre ou de demi-teinte.
Posé en grand trois-quarts, le modèle peut regarder l'objectif, comme point central de vision. Dans cette position, l'œil sera droit, et semblera Regarder tout le monde, résultat que le portraitiste doit se proposer. Dans un trois-quarts plus restreint,, il serait peu prudent dé faire regarder l'objectif par le modèle, qu'on exposerait ainsi à faire loucher. Il serait plus convenable, dans ce cas, de diriger et fixer son œil sur un point à côté, pour qu'il conserve un regard droit.
Enfin, le modèle doit toujours avoir les genoux presque de profil, et la jambe de devant un peu plus allongée que l'autre. Ce sont là, pour ainsi dire, des principes de perspective photographique, qu'il faut étudier avec le plus grand soin, perspective qui a ses lois particulières et absolues, tout aussi bien que la science de la perspective naturelle, dans les arts du dessin.
On ne doit faire poser les modèles de profil que trèsrarement, et Ton n'a guère recours à cette pose que comme à un expédient, pour cacher un défaut de la figure, une balafre, la perte d'un œil, etc. Nous parlons ici au point de vue et dans l'intérêt de la ressemblance, car s'il ne s'agissait que des intérêts de l'opérateur, nul doute que la pose de profil ne fût trèspréférable, par rapport à la plus grande facilité de l'exécution. Nous avons vu depuis quelque temps un grand nombre de portraits, qui justifient pleinement notre observation, et pour lesquels l'opérateur avait bien plus consulté ses aises, que les conditions d'une parfaite ressemblance.
Des couleur» des Habillements comparées aux tons de la figure
L'action chimique de la lumière blanche est proportionnelle à son intensité lumineuse; mais il n'en
THÉORIES m
est pas de même de la lumière colorée : les couleurs les plus lumineuses n'exercent presque aucune action photogénique; les moins lumineuses sont extrêmement actives. Ainsi, les rayons rouges, orangés, jaunes, n'impressionnent pas la couche sensible, au lieu que les rayons bleus, indigo, violet, et la partie invisible du spectre, la décomposent instantanément. En d'autres termes, les trois couleurs les plus brillantes de la palette sont, au contraire, en photographie, les trois couleurs ternes, et réciproquement, les trois couleurs ternes de la peinture sont les couleurs les plus brillantes pour la Photographie.
Le blanc, réunion de toutes les couleurs, exerce une action très-vive; le noir, ou l'absence de la lumière, n'agit point sur la couche sensible; le jaune, l'orangé, etc., sont des couleurs inertes.
Si le modèle a une carnation éclatante, et qu'il soit habillé de couleurs ternes, il sera difficile, sinon impossible, d'obtenir des résultats satisfaisants, des rapports de ton convenables. La figure sera peut-être déjà solarisée, que les habits seront encore à l'état d'ébauche. Pour sauvegarder l'harmonie des tons avec une figure blanche, il faut autant que possible, des habits de couleur photogénique.
Il ne faut pas seulement tenir compte de la couleur
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des étoffes, mais encore de leur nature ; telle figure, quel que soit son éclat, pourra venir à point, si le vêtement de la personne est en étoffe de soie brillante, quoique de couleur antiphotogénique.
On peut encore amoindrir les oppositions trop fortes entre la figure et les vêtements, au moyen d'un petit écran de carton noir de la forme et de la grandeur du masque. Cet écran est soutenu par une petite baguette noire, qu'on agite devant le visage pendant les derniers instants de la pose. L'action lumineuse se trouvera ainsi réduite au degré désirable, afin que les habits posent un temps plus long, dans le rapport de trois à deux.
11 y a encore une considération importante à envisager. Nous voulons parler de la longueur relative de la pose. Plus la pose est prolongée, plus l'image tend à s'affaiblir. Partant de ce principe, si un cliché est mal venu, s'il y a trop d'oppositions, on peut en conclure que le temps de la pose a été trop court. Donc à mesure que la pose se prolonge, les oppositions s'affaiblissent, à ce point que l'excès de pose aboutit à la plus insipide uniformité de ton.
Cette règle est particulièrement à observer, quand on veut obtenir une grande harmonie dans la reproduction d'un paysage, dont les contrastes tranchés pour-
raient faire douter de la réussite. Ainsi, des fabriques blanches dans des masses de verdure sont, pour le paysagiste, des causes d'insuccès. Dans ce cas il faut ne pas trop se préoccuper des parties blanches et donner à la pose, tout le temps voulu pour obtenir le détail du dessin des masses de verdure ; on est presque sûr alors d'éviter l'écueil que nous signalons.
Portrait, paysage, reproduction, tout est soumis à cette loi : pose relativement longue, durée proportionnelle aux oppositions tranchées.
La couleur, ou plutôt la nuance du linge blanc est très-difficile à venir dans les conditions ordinaires où elle fait partie de l'habillement, comme le surplis blanc sur le prêtre ou la robe blanche sur la femme. Pour arriver à une harmonie de ton entre la carnation du modèle et le blanc du linge, il faudrait que ce linge fût jaunâtre, comme lorsqu'il a séjourné longtemps dans une armoire, ou tel qu'on peut le nuancer, en le trempant dans une solution de thé, moyen auquel nous avons eu souvent recours, lorsqu'il y avait de trop grandes parties de linge ou des dentelles à reproduire. L'étoffe de laine blanche vient mieux; d'abord, elle est d'un ton moins éclatant, et ensuite, par sa nature intime, elle absorbe la lumière au lieu de la refléter. Lorsqu'on a à reproduire une
robe blanche, pour première communiante, mariée, parure de bal, etc., surtout s'il s'agit d'une personne brune, le seul moyen pour obtenir une belle relation de tons entre le modèle et son costume, c'est de faire poser avec une robe bleu de ciel. Cette couleur se traduit sur l'épreuve par des blancs ombrés et admirablement fouillés.
Les reproductions de tableaux, d'objets d'art, de gravures, de statues, etc., doivent être faites avec l'objectif à paysage, c'est-à-dire le ménisque ou lentille de devant de l'objectif combiné, qui sert à faire le portrait. A cet effet, on dévisse cette lentille, et on l'adapte à une monture de paysage, munie de deux ou trois diaphragmes.
Si la reproduction à faire est petite et l'objet à reproduire très-grand, comme dans la reproduction du modèle au dixième et même au vingtième, cette reproduction sera très-facile; mais si l'objet à reproduire est petit, et qu'on exige une copie de môme grandeur, la difficulté commence et va en croissant
si celte copie doit être plus grande que l'original. Prenons un exemple : pour copier une gravure de 21 + 27, c. de môme grandeur, il faudra rapprocher à quelques centimètres l'objectif du sujet, et, par contre, allonger le soufflet ou les tiroirs de la chambre de 1 mètre 50, plus ou moins, suivant la longueur focale de l'objectif; il faudra aussi, pour obtenir une grande finesse, adapter le plus petit diaphragme et calculer le temps de la pose, d'après les principes que nous avons énoncés à ce sujet ; ces conditions réunies, le collodion se sèche, sa sensibilité décroît et sous l'action révélatrice, la métallisation se fait moins bien. Aussi, est-il presque indispensable, pour les reproductions de tableaux, d'objets d'art, des bronzes, des bois, des marbres de couleur, de poser ces objets en pleine lumière directe. L'objectif fouille bien mieux les détails, et le temps de la pose en est diminué d'autant. Les plâtres, les albâtres, les marbres blancs, tous les corps à grands reflets peuvent être reproduits par une lumière diffuse et hors de l'atelier vitré. Il n'y a d'exception que pour les objets de grande dimension, qu'on veut énormément réduire, car ils peuvent être reproduits, même dans de mauvaises conditions de lumière.
Du moyen d'agrandir les reproductions
Lorsqu'on veut agrandir un dessin, un objet quelconque, c'est sur le cliché qu'on a d'abord obtenu de ce dessin, de cet objet, et qu'on a fait d'une grandeur égale, ou du moins aussi grande que possible, que l'on doit opérer. Ayez une boite sans fond, supportée sur un pied, percée d'une rainure dans son milieu supérieur; introduisez le cliché dans cette rainure, exposez ce négatif de telle sorte qu'il soit éclairé en avant par le soleil, ou par la lumière diffuse, ce qui vaut encore mieux; approchez l'objectif aQn que l'image grandisse du double ou du triple ; copiez ce négatif par transparence, vous produirez un positif, aussi par transparence. Si votre boîte sans fond est faite convenablement, c'est-à-dire de manière à recevoir toutes les grandeurs, remplacez le négatif que vous venez de co- ' pier par le positif que vous en avez fait, et copiez de nouveau ce positif, toujours par transmission. Approchez encore l'objectif, allongez les tiroirs de la chambre; en un mot, amenez encore cette image à la grandeur voulue, et ce positif, copié de la même manière, vous donnera un négatif qui servira définitivement à produire vos images positives sur papier. Que cette
image, ainsi agrandie successivement, possède la finesse et la pureté du premier cliché, cela est évidemment impossible; mais ce résultat sera toujours bien préférable à ces ignobles portraits, faits d'un seul coup par les objectifs-monstres que la réclame a essayé d'introduire dans les ateliers. Parle procédé de reproduction successive du cliché primitif, vous obtenez au moins des portraits d'un air plus naturel, plus gracieux et cela, à peu de frais, avec le même objectif, et sans le secours delachambre noire, si vousvoulez laremplacer par votre laboratoire, qui peut, parfois, en tenir lieu.
En effet, si votre laboratoire est parfaitement clos, et qu'il donne de plain-pied sur une terrasse, cour, etc. ; si vous avez fait pratiquer un trou à la porte, si vous y avez placé la rondelle de l'objectif; si, vis-à-vis de l'objectif et dans le laboratoire, une planche, longue de deux mètres au moins, porte un châssis à rainures et à coulisse, comme dans la chambre noire ordinaire, vous pouvez opérer en toute assurance; placez alors une glace dépolie dans la rainure, disposez le cliché à copier au dehors et dans la boîte sans fond, mettez Pobturateur sur l'objectif, remplacez la glace dépolie par la glace collodionnée, etc.
DES REPRODl CTIONS
Des positifs par traiispanenee mur verre opale, blane, Meo, violet, ete.,