‹ Phtisie aiguëChapitre 14 sur 14 · QUATRIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE

CONSIDÉRATIONS THÉRAPEUTiaUES.

La tuberculose aiguë ne pardonne presque jamais; c'est dire que malheureusement le chapitre consacré à la thérapeutique de cette maladie ne saurait comporter de longs développements. D'autre part, comme elle ne constitue qu'un cas particulier de l'infection tuberculeuse, ce n'est pas ici le lieu d'étudier la prophylaxie et l'hygiène de la phtisie en général.

En ce qui concerne d'abord les mesures préventives aptes à empêcher l'invasion bacillaire ou ayant pour but de mettre l'organisme en état de résister à son action pathogène, la phtisie aiguë ne prête à aucune considération spéciale. Néanmoins nous devons trouyer un enseignement dans ce fait qu'elle sévit parfois sous forme épidémique, soit que le bacille ait acquis dans certaines conditions encore inconnues une plus grande virulence, soit qu'il se trouve en présence d'organismes placés dans des conditions physiques ou morales similaires, comme des jeunes recrues ou des corps de troupe transportés dans un climat très différent de leur climat originel. Est-il besoin d'insister sur la nécessité d'appliquer en pareille circonstance plus que jamais toutes les mesures prophylactiques dont l'efficacité en matière de phtisie ne saurait être révoquée en doute, comme l'aération aussi large que possible des lieux de casernement, la désinfection des

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crachats, l'isoloment des individus contaminés, la suppression de tous les exercices qui pourraient surmener les individus valides, etc. L'intervention active du médecin est d'autant plus justifiée qu'elle vise à préserver du fléau des organismes qui, ne présentant aucune prédisposition à la phtisie, ne doivent qu'à des conditions d'existence passagères leur réceptivité plus grande à l'égard du virus tuberculeux.

Quant aux prescriptions hygiéniques qui, pour agir à longue échéance, n'en ont pas moins une influence capitale sur l'évolution de la phtisie chronique, elles ne pourraient guère trouver d'application en ce qui touche les modalités aiguës de cette maladie, où le péril est imminent et où, par suite, serait seule de mise une intervention thérapeutique vigoureuse. Nous ne pouvons que rappeler ici une grave lacune de la phtisiologie. Si l'on savait sous quelles influences une tuberculose torpide acquiert des caractères d'acuité, on pourrait déduire de ces notions de physiologie pathologique d'utiles enseignements. Or, comme nous l'avons vu, nos connaissances à cet égard se réduisent à fort peu de chose. 11 est cependant établi que certains processus infectieux comme la grippe, la rougeole, etc., sont susceptibles de donner un coup de fouet à une tuberculose restée latente ou absolument torpide : d'çù l'indication de tenir autant que possible à l'abri de la contagion les individus porteurs d'une tare tuberculeuse, quelque légère qu'elle soit. Dans le même ordre d'idées nous avons signalé l'action funeste qu'exercent certains climats dans les formes éréthiques, à note congestive, de la tuberculose chronique; aussi ne saurait-on assez s'élever contre l'envoi des malades de ce genre dans ces stations désignées au hasard où leur état ne

peut que s'aggraver. Nombreuses sont les victimes de semblables errements qui compromettent indûment la climalothérapie, si efficace dans le traitement de la tuberculose quand elle est employée avec discernement.

Reste l'intervention médicamenteuse proprement dite ; tous les auteurs sont à cet égard d'une désespérante concision. Ils ne parlent que d'une thérapeutique palliative qui s'adresse aux phénomènes principaux, comme la fièvre, la dyspnée, l'adynamie. Faut-il souscrire sans réserve à cet aveu non déguisé d'impuissance? Certes il est encore à découvrir le médicament spécifique, le contrepoison du virus tuberculeux qui serait nuisible au bacille sans l'être également et même davantage à l'organisme. Mais à défaut d'un semblable antidote, la thérapeutique de la tuberculose chronique utilise journellement des médicaments dont le mode d'action demeure encore problématique et dont néanmoins l'influence favorable ne saurait être révoquée en doute, tels que la créosote, l'iodoforme, le tannin. Trouvent-ils leur application dans le traitement de la tuberculose aiguë? Évidemment dans les formes granuliques proprement dites, dont l'évolution est particulièrement rapide, l'efficacité d'agents médicamenteux de cet ordre qui n'agissent qu'à longue échéance est des plus précaires; et même la plupart d'entre eux, en raison de leur action irritante sur le tube digestif et de leurs propriétés congestivantes, pourraient présenter de sérieux inconvénients.

On ne doit faire, croyons-nous, d'exception qu'en faveur du tannin, qui est indiqué à plusieurs titres et qui est bien supporté par l'économie, même à hautes doses, 2 et 5 grammes par jour, les seules actives. Il rend surtout des services dans les formes moins rapides de tuberculose,.

dans la pneumonie caséeuso ou dans la phtisie galopante ou, en dehors de son action tonique, il influence l'état local et enraye la foute pulmonaire.

Dans ces cas aussi on pourrait peut-être recourir aux atmosphères chargées de vapeurs créosotées. suivant la méthode de Tapret, toutefois en agissant avec prudence pour éviter des poussées congestives, qu'il faut particulièrement redouter.

Mais, le plus souvent, la médication n'est, ne saurait être que symptomatique; combattre la fièvre, soutenir les forces du malade, enrayer les manifestations locales du cote des voies respiratoires, telles sont les indications londamentales à remplir.

Divers antipyrétiques ont été préconisés : l'infusion de poudre de feuilles de digitale, qui présente le double avantage d'abaisser la température et de renforcer l'énergie cardiaque, mais qui produit bientôt, si on l'emploie a dose suffisante, des phénomènes d'intolérance ou d'intoxication ; puis l'acide salicylique et ses sels, qui agissent moins comme antipyrétiques que comme antiseptiques; enfin l'antipyrine, dont certains auteurs, exagérant selon nous la très réelle mais passagère efficacité, ont voulu , faire un spécifique de la fièvre tuberculeuse. A tous nous préférons les sels de quinine, à la condition que l'état des voies digestives permette de les prescrire à haute dose, 1 gr. 50 ou 2 grammes par jour; non seulement ils influencent la fièvre et ont des propriétés tonique et antiseptique, mais encore ils agissent puissamment contre l'élément congeslif, si important dans certaines formes de tuberculose aiguë ou subaiguë.

Pour soutenir les forces, pour lutter contre l'adynamie, on mettra en œuvre toutes les ressources, ici bien

précaires, de la médication tonique : extrait de quinquina ou de Itola, alcool, vin, lait, bouillons concentrés, etc., sans oublier les stimulants diffusibles, comme l'éther ou l'acétate d'ammoniaque.

Le traitement local dirigé contre les lésions pleuropulnionaires est généralement inefficace ; les vésicatoires et les mouches de Milan ne trouvent leur application que dans les cas où celles-ci sont bien limitées, comme dans les formes pleurale et pneumonique. Contre la dyspnée, ce phénomène si pénible de la tuberculose aiguë, la thérapeutique n'est que trop souvent désarmée ; l'asthénie ne permet pas d'ordinaire d'utiliser le meilleur des eupnéiques, l'injection sous-cutanée de morphine, en raison des phénomènes graves de coUapsus qu'il pourrait occasionner. Quant aux dérivatifs et aux révulsifs, tels que sinapismes ou ventouses, leur action est d'habitude très passagère et peu marquée.

En dehors de ces indications capitales, maintes autres se présentent le plus souvent, comme de combattre la toux, les vomissements, la diarrhée ou d'enrayer une hémoptysie; mais, comme elles ne présentent rien de spécial dans la tuberculose aiguë, il serait oiseux de passer ici en revue les médications qu'on peut être ainsi amené à instituer, sans grandes chances de succès d'ailleurs.

Il est cependant une modalité de l'infection tuberculeuse qui semble souvent commander une intervention vigoureuse : c'est la forme pleurale, où se pose l'indication de la thoracentèse. Mais nous avons vu que l'évacuation artificielle ou la résorption -rapide d'un épanchement abondant peuvent donner lieu à une poussée granulique dans le parenchyme pulmonaire, et nous croyons ferme-

ment que l'usage immodéré que l'on fait aujourd'hui de la ponction, surtout dans les milieux nosocomiaux, n'est pomt étranger à la fréquence et à la gravité de la tuberculose post-pleurétique observée à l'hôpital. Aussi faut-il selon nous, réserver la thoracentèse pour les cas où 1 epanchement est considérable, s'accompagne de phénomènes dyspnéiques ou déplace le cœur, et encore ne doit-on pas vider la plèvre en une fois. Quand l'intervention chirurgicale ne se présente pas avec des caractères d'urgence, mieux vaut n'y pas recourir et s'en tenir a des médications plus anodines dont certains médecins contestent à tort l'utilité, comme les révulsifs ou les diurétiques. L'avenir du malade dépend d'habitude, il ne faut pas l'oublier, non de l'affection pleurale, mais des altérations du parenchyme sous-jacentes. Or souvent celles-ci sont peu accusées, susceptibles d'être influencées dans un sens très favorable par les agents thérapeutiques indiqués en pareil cas, et la meilleure méthode pour enrayer la pleurésie consiste à juguler la congestion pleuro-pulmonaire qui est le premier acte du processus exsudatif et joue parfois un rôle considérable dans l'évolution morbide.

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