VII. DE L'INFLUENCE DE L’'AGE SUR LE PENCHANT AU CRIME
Parmi toutes les causes qui influent pour développer ou pour arrêter le penchant au crime, la plus énergique est sans contredit l’âge. C'est avec l’âge, en effet, que se développent les forces physiques et les passions de l'homme, et que leur énergie décroît ensuite ; c'est aussi avec l’âge que se développe la raison, qui continue à croître encore lorsque déjà les forces et les passions ont dépassé leur maximum d'intensité. En ne considérant que ces trois éléments, la force, les passions et la raison de l'homme (1), on pourrait presque dire, à priori, quels doivent être les degrés du penchant au crime aux différents âges.
Ce penchant doit être à peu près nul au commencement de la vie, puisque les forces et les passions, ces deux puissants instruments du crime, ont à peine pris naissance ; et, d’une autre part, dans la vieillesse, leur énergie est en partie éteinte, quoiqu'elle se manifeste encore par les mauvaises habitudes qui ont été prises. Le penchant au crime, au contraire, doit être à son maximum à l'âge où les forces et les passions ont atteint leur maximum, et où la raison n’a pas acquis assez d’empire pour dominer leur influence combinée. En ne considérant donc que les causes physiques, le penchant au crime, aux différents âges, serait surtout fonction des trois quantités dont nous
(1) Je ne parle point ici de l’état intellectuel, des sentiments religieux, de la crainte de la honte et des châtiments, etc., parce que ces qualités dépendent plus ou moins directement de la raison de l’homme.
venons de parler, et se déterminerait par elles, si elles étaient suffisamment connues (1). Mais comme ces éléments ne sont pas encore déterminés, nous devons nous borner à chercher les degrés du penchant au crime d’une manière expérimentale; nous en trouverons encore les moyens par les Comptes généraux de la justice. Le tableau suivant fait connaître le nombre des crimes contre les personnes et des crimes contre les propriétés, qui ont été commis en France par les deux sexes et pendant les années 1826, 1827, 1828 et 1829, avec le rapport de ces . nombres; la quatrième colonne indique comment une population de 10,000 âmes se partage en France selon les âges, et la dernière colonne donne le rapport du nombre total des crimes.:au nombre correspondant de la colonne précédente ; de cette manière il n'existe plus d’inégalité quant au nombre des individus des différents âges.
(1) Il s’agit ici* plus particulièrement des crimes contre les personnes ; pour les crimes contre les propriétés, il faudrait aussi tenir compte des besoins de l’homme. | |
J'ai dit, au commencement de cet ouvrage, que « la société renferme en «“ elle les germes de tous les crimes qui vont se commettre. C’est elle en « quelque sorte qui les prépare, et le coupable n’est que l'instrument qui « les exécute. » (Page 97, tome Ier.) On aurait grand tort de troire que j'ai voulu .dire par là que la société organise sciemment tous les crimes, tous les assassinats qui se commettent, et que le coupable est en quelque sorte son grand exécuteur. Il existe une différence énorme entre ces deux assertions. Il arrive, en effet, et l’occasion ne s'en présente que trop, que la justice préventive des hommes reste absolument muette et inactive, et laisse le champ du crime parfaitement libre à quelques êtres dépravés qui n’ont jamais reçu les moindres principes du devoir ni de la justice, ou à des malheureux qui espèrent échapper à sa clairvoyance. Une nation est comme une demeure particulière : il ne suffit pas de réprimander ou de châtier un méfait; il faut encore faire aimer l’ordre et la justice, qui peuvent prévenir et arrêter le mal. La justice préventive et la justice coercitive devraient agir en même temps; mais la première, à peu près muette, laisse toute sa part d'action à la seconde.
AGE L CRIMES CRIMES POPULATION| DEGRÉS RC CS CONTRE LES PROPRIÉTÉS, SELON + SUR ({ 826 à 1829) LES PERSONNES, [LES PROPRIÉTÉS,| 400 CRIMES.