‹ Physicale socialeChapitre 131 sur 151 · ANNUELS, MENSUELS · texte numérisé non relu

ANNUELS, MENSUELS

Naissances dans les villes. . . . . . . . 0,204 0,229 — — carmpagnes. 12000 0,222 0,359 Débes danses villes PO MEPRE EN, An Rene 0,205 0,284 — CANADA Ve LUS DEAR, 0,241 0,405

Crimes contre les propriétés. . . . . . . 0,112 0,346

— — personnes, 2 ME no 0,297 0,410

Alénalion mentales Line En APPEL, ? 0,634

Ainsi, les résultats qu'amènent les années ont été moins dissemblables entre eux que ceux que produisent les saisons ; et les influences respectives des causes qui les font naître, pour ce qui concerne le mouvement de la population, sont plus dissemblables dans les campagnes que dans les villes. On peut remarquer en général que les campagnes sont physiquement plus impressionnables que les villes, et que les écarts de la moyenne y ont eu des valeurs plus grandes, sans doute parce qu'on y donne plus prise aux causes modificatives de différentes espèces.

Les époques auxquelles les maxima et les minima se présentent ont encore des relations très-singulières. Ainsi les décès et les crimes contre les propriétés sont en plus

grand nombre en hiver, par suite des rigueurs des saisons et des privations auxquelles l’homme est exposé. Les crimes contre les personnes sont plus fréquents aux époques où les passions sont plus en jeu et où l’aliénation mentale se manifeste avec plus d'intensité.

Quant à la période diurne, malheureusement les nombres manquent encore pour bien apprécier son influence sur l'espèce humaine. D’après les nombres que j'ai obtenus pour Bruxelles, les naissances seraient plus nombreuses la nuit que le jour. L'écart de la moyenne, en plus comme en moins, a pour importance 0,114 (1) : M. Buek est parvenu depuis au même résultat pour la ville de Hambourg, et il a trouvé le rapport 0,136. M. Villermé lui-même, à l'hospice de la Maternité de Paris, a obtenu des résultats semblables. Les écarts sont plus comparables quand on compare séparément entre elles les différentes heures de la journée. M. Guerry, dans les Annales d'hygiène pour janvier 1831, a présenté des recherches concernant l’influence qu'ont les différentes parties de la journée sur le suicide par suspension, et il a trouvé, d'après une période de 14 années, que le plus grand nombre de suicides ont lieu de 6 à 8 heures du matin, et le nombre le moins grand de midi à deux heures. Les écarts en plus et en moins ont eu pour degré d'importance les nombres 0,625 et 0,614 ; ces écarts sont considérables, comparativement ‘à ceux que nous avons observés jusquà présent.

Il paraîtrait donc que la plus petite période, celle de la journée, a plus d'influence encore que la période mensuelle, qui dépend de la succession des saisons, et par conséquent- beaucoup plus d'influence que l'ensemble des

(1) Voyez les Recherches sur la population, etc., dans le royaume des Pays-Bas, par À. Q., page 21.

causes qui font varier les résultats moyens d’une année à l'autre; en supposant, bien entendu, que ces résultats moyens ne soient pas déduits d'un nombre d'années trop grand, pendant lesquelles les hommes que l’on observait ont pu complétement changer, et présenter pour ainsi dire un autre état social. | |

Si nous résumons maintenant ce qui précède, nous pourrons en déduire ces conclusions :

1° Les causes régulières et périodiques, qui dépendent ou de la période annuelle ou de la période diurne, exercent sur la société des effets plus prononcés et qui varient dans des limites plus larges que les effets combinés non périodiques, produits annuellement par le concours de toutes les autres causes accidentelles qui agissent sur la société; en d'autres termes, le système social, dans sa manière d'être, est plus dissemblable à lui-même pendant le cours d'une année où même pendant l'espace d’un jour, que pendant deux années consécutives, si l’on a égard à l’accroissement de la population.

2° La période diurne exerce une influence un peu plus prononcée que la période annuelle, du moins en ce qui concerne les naissances.

3° La période annuelle produit des effets plus sensibles dans les campagnes que dans les villes, et il paraît en être de même des causes en général qui tendent à modifier les faits relatifs à l’homme.

4 Les prix des grains ont une influence très-marquée sur les éléments du système social, et quoique nous manquions encore de données suffisantes pour apprécier les valeurs comparatives de cette influence, cependant nous pouvons la ranger parmi les causes agissantes les plus énergiques.

5° Si l’on voulait classer, d’après nos observations, les

éléments relatifs à l’homme dans un ordre qui indiquât le degré de variation dont ils sont susceptibles, on trouverait la succession suivante, en commençant par ceux qui sont les moins variables : la taille de l'homme, la répression du crime ou la sévérité avec laquelle on le punit, les naissances, le penchant au crime ou la facilité avec laquelle on le commet, les décès, les mariages, les recettes et les dépenses du trésor, et enfin le prix des grains.

Ainsi l’homme commet le crime avec la même régularité que l'on compte annuellement le nombre des naissances, des décès ou des mariages, et avec plus de régularité que ne se font les dépenses et les recettes du trésor. Mais aucun des éléments qui le concernent et qui ont été calculés dans notre tableau, ne varie dans des limites plus larges que le prix des grains.

De ce qui précède, nous pouvons tirer ces deux principales conclusions :

Puisque le prix des grains est une des causes qui influent le plus sur la mortalité de l'espèce humaine et sur sa reproduction, et que ce prix peut varier encore aujourd'hui dans les limites les plus larges, il est de la prévoyance des gouvernements d'atténuer le plus possible toutes les causes qui amènent ces grandes variations dans les prix et par suite dans les éléments du corps social.

D'une autre part, puisque les crimes qui se commettent annuellement semblent être un résultat nécessaire de notre organisation sociale, et que le nombre n’en peut diminuer sans que les causes qui les amènent soient préalablement modifiées, c'est aux législateurs à reconnaître ces causes et à-les faire disparaître autant que possible : à eux appartient la fixation du budget des crimes, comme celui des recettes et des dépenses du trésor. L'expérience démontre en effet avec toute l'évidence possible cette opi-

nion, qui pourra sembler paradoxale au premier abord, que c'est la société qui prépare le crime et que le coupable nest que l'instrument qui l'exécute. Il en résulte que le malheureux qui porte sa tête sur l’échafaud ou qui va finir son existence dans les prisons, est en quelque sorte une victime expiatoire de la société. Son crime est le fruit des circonstances dans lesquelles 1l s’est trouvé; la gravité de son châtiment en est peut-être un nouveau résultat. Cependant, quand les choses en sont parvenues à ce point, la peine n'en est pas moins un mal nécessaire, ne fût-ce que comme moyen préventif ; il serait à désirer seulement que les autres moyens de prévention pussent devenir désormais assez efficaces pour qu'on fût moins forcé de recourir à celui-ci.

Je finirai ce chapitre par une dernière observation, qui est comme une conséquence de tout ce qui précède, c'est qu'un des principaux résultats de la civilisation est de resserrer de plus en plus les limites dans lesquelles oscillent les différents éléments relatifs à l'homme. Plus les lumières se répandent, plus les écarts de la moyenne vont en diminuant ; plus par conséquent nous tendons à nous rapprocher de ce qui est beau, de ce qui est bien. La perfectibilité de l'espèce humaine ressort comme une conséquence néces- : saire de toutes nos recherches. Les défectuosités, les monstruosités disparaissent de plus en plus au physique; la fréquence et la gravité des maladies se trouvent combattues avec plus d'avantage par les progrès des sciences médicales ; les qualités morales de l’homme n'éprouvent pas des perfectionnements moins sensibles ; et plus nous avancerons, moins les grands bouleversements politiques et les guerres, ces fléaux de l'humanité, seront à craindre dans leurs effets et dans leurs conséquences.

Il semblerait, au premier abord, que les beaux-arts et

les lettres devront perdre par cet état de choses : car, sil est vrai que les particularités individuelles tendent à s'effacer de plus en plus et les nations à se ressembler davantage, ce qu'il y a de plus pittoresque dans la société et sur les divers points du globe doit disparaître insensiblement. Nous voyons en effet combien depuis un demi-siècle, dans les limites mêmes de l'Europe, les peuples tendent à perdre leur physionomie nationale et à se fondre en un type commun; cependant la nature sera toujours si prodigieusement variée, que l’homme habile n'aura jamais à craindre que la source du pittoresque se trouve tarie; il se forme au contraire, chaque jour, des sources nouvelles où son imagination pourra prendre les inspirations les plus nobles, les plus élevées, et puiser des trésors qui étaient inconnus à ses prédécesseurs.

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