TORRES TIRE
Poitrines des soldats du Potomac (pouces anglais) (1).
Les exemples qui précèdent, recueillis avec soin en Angleterre, en Italie et en Amérique, par les hommes les plus compétents dans ces matières, méritent assez de confiance, pensons-nous, pour appuyer nos premières assertions sur les admirables lois qui président au développement de l’homme. C’étaient de pareils exemples plutôt que des discussions savantes qui pouvaient répandre de la lumière sur ce sujet encore si généralement méconnu, même des savants qui soccupent de l'étude de l’homme. Ici le champ se trouve aplani, et l'on peut espérer qu'il ne tardera pas à l'être pour les autres facultés physiques de l’homme, comme aussi pour son moral et son intelligence.
Quand on prend la statistique comme elle doit être envisagée et qu'on ne se borne plus à. examiner les résultats sans discernement, on voit que le problème devient parfois
(1) La circonférence moyennede la poitrine est de érente-cing (34,99) pouces anglais, ou 8,89 décimètres. pie Variation moyenne en moins, 1,67 poucés ou 0,424 d’un décimètre. « en plus, 1,65 #4 OWD0,419: "7" "e Variation moyenne sur la moyenne circonférence, un et deux tiers (1,66) de pouce ou 0,422 de décimètre : ce qui est égal à + [ou quatre et trois quarts (4,74) pour cent] d’une pareiïlle circonférence moyenne.
d'une difficulté extrême. À toutes les forces physiques qui peuvent agir sur le phénomène observé, il se joint des forces morales et intellectuelles dont on n'a jamais tenu compte, et cette espèce d'estimation devient d'autant plus délicate qu'elle n'a pas une valeur constante (1). Nous en présenterons l'exemple dans la classe des phénomènes. où les causes morales et intellectuelles semblent avoir moins d'action. Nous verrons que, même dans ces sortes de phénomènes, il est quelquefois très-difficile d'indiquer la loi réelle et d'apprécier les causes d'aberration qui tendent à éloigner les nombres de leurs valeurs véritables.
Depuis vingt-trois ans, l’on mesure chez nous, et l’on en conserve avec soin les résultats, la taille des jeunes gens, appelés au service militaire. Mais les hauteurs qu'on prend ne sont point appréciées dans un but scientifique, comme nous avons l'intention de le faire : il s'agit de reconnaître si le jeune homme a la taille qu'exige la loi et, en même temps, d'estimer, dans le cas d'affirmative, quel seraït le service militaire auquel sa conformation semblerait le destiner plus spécialement. On conçoit déjà qu’il se présente ici une difficulté assez grave : aux yeux d'un conseil de milice, il importe peu, en effet, de savoir quelle peut être la grandeur du conscrit, dès que sa taille est moindre que celle prescrite par les règlements. De sorte que, de ce côté, les éléments propres à résoudre le problème manquent totalement. On n’a plus, pour les autres tailles, que les hauteurs données, chez nous, de 26 en 26 millimètres en partant de 1,565, et encore celles-ci sont-elles loin d'être dégagées d'erreurs. Or, voici les nombres recueillis pendant les huit années de 1842 à 1850, dont nous avons pu disposer
(1) Je veux parler surtoutdes fraudes employées contrelesmoyens du gouvernement pour chercher à apprécier la hauteur de la taille, afin d'échapper au service ou bien d'entrer dans une arme de préférence à une autre.
d'abord, en même temps que la moyenne qui s’en déduit. Nous donnons immédiatement après, comme seconde épreuve, les tailles des jeunes conscrits appelés de 1851 à 1855; puis les tailles de 1856 à 1865. Ces nombres sont tels qu'ils ont été publiés dans les documents officiels (1) ; nous avons omis les détails particuliers des provinces, et nous négligeons les petites différences qui peuvent exister respectivement entreles Flamands, les Wallons et les Luxembourgeois.
C'est cependant avec ces éléments que j'ai dû chercher à reconnaître la loi du développement de l’homme en hauteur. Il est facile de concevoir comment, avec ces documents défectueux, jai dû rencontrer des doutes sur ma | route et pourquoi j ai dû y revenir à plusieurs reprises dans l'intervalle d'un tiers de siècle. Il m'eût été impossible ici de réunir assez d'hommes, identiquement du même âge, pour obtenir quelque exactitude dans l’ordre des grandeurs. Cet exemple aujourd'hui, avec ceux que j'ai pu recueillir, me donne la preuve la plus évidente de la loi qui existe chez l’homme pour la taille. Les exemples que j'ai trouvés pleinement résolus chez d'autres nations, m'ont prouvé, par leurs résultats, l'exactitude des conclusions auxquelles j'étais parvenu par des documents incomplets, et je dirai viciés par des causes connues, que j'avais pu remarquer en Belgique.
Il est important, du reste, de faire une autre remarque dont on n a pas eu lieu de s'occuper jusqu'à présent, et qui se manifeste néanmoins dans les mesures de l’homme,
(1) Les documents relatifs aux années 1842 à 1850 et 1851 à 1855 ont été publiés ipar le gouvernement, et reproduits, pages 460 et suivantes, dans l'ouvrage intitulé : De La statistique considérée sous le rapport du physique, du moral et de l’intelligence de l'homme, par M. Ad. Quetelet, tome VIII du BULLETIN DE LA COMMISSION CENTRALE DE STATISTIQUE, in-4°, année 1860.
comme on la reconnaît dans tous les produits de la nature que le besoin nous a forcés d'apprécier de plus près, c'est que la taille de l'homme nest point invariable pour un même pays. L'homme moyen de 1800 n'est pas de même taille ni de même force que l'homme de 1799 ou de 1801. Ces petites différences qui, au premier abord, choquent aujourd'hui, paraîtront simples et naturelles quand on aura mieux étudié le phénomène qui nous occupe, et qui suit en cela tous les autres phénomènes de même espèce dans la nature vivante. Il sera curieux de pouvoir établir plus tard quelles sont les variations qu'introduisent les différences des années ou d'autres périodes dans la croissance de l'homme habitant un même pays, et en prenant le mot croissance dans sa plus large étendue.
Nous remarquerons d'abord, dans le premier tableau qui suit, que les conscrits ayant une taille inférieure à 1,560 n'ont pas été séparés selon leur grandeur, puisqu'ils échappaient au service militaire. La moyenne de ces miliciens, pendant les huit années que nous examinons, à été annuellement de 6,389, sur un nombre de 40,345 inscrits : ce qui donne environ une sur six inscriptions. Ce rapport, on le conçoit, est supérieur à ce qu'il devrait être, car le conscrit de petite taille a tout intérêt à échapper au service, dès qu'il peut paraître plus petit que sa hauteur véritable.
Le contraire à lieu pour les tailles élevées, qui ne peuvent laisser aucun doute et qui donnent l'avantage de passer dans des régiments de choix. Le conscrit, en pareil cas, consulte encore ses intérêts, et tâche de s’al- . longer de manière que sa taille lui assure son entrée dans les régiments auxquels il donne la préférence pour le service ou pour l'équipement. On ne doit pas s'attendre ici à trouver des résultats tels quon pourrait les obtenir sur la nature morte : aux causes variables que présentent les
miliciens en général, il faut joindre la force de volonté qui. intervient et qui peut, selon le caprice des hommes, faire varier les résultats.
Division des miliciens belges, sous le rapport de la taille.
HAUTEURS. |1842/18451184411845|11846 pes 1849/4850! 4). |