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On voit qu'à égalité de taille, la femme pèse un peu moins que l’homme avant d'avoir la hauteur de 1 mètre 3 décimèêtres, ce qui correspond à peu près à l’âge de puberté, et qu'elle pèse un peu plus pour les tailles plus élevées. Cette différence provient, en grande partie, de ce que des personnes âgées se mêlent plus tôt aux groupes de taille médiocre chez les femmes que chez les hommes, et qu'à parité de taille, comme nous l'avons déjà vu, les personnes âgées pèsent plus que les jeunes gens.
Pour faire une application de ce qui précède à la déter-
mination de l’âge d’un individu non adulte, par la connaissance du poids et de la taille, supposons que cet individu ait 1",23 de hauteur et 24 kilogrammes de poids, et que de plus il soit du sexe masculin. Nous verrons d'abord, par la table précédente, qu'il a un petit excès de poids par rapport à sa taille; l'avant-dernier tableau nous apprend ensuite qu'en ne consultant que la taille, 1l doit avoir un peu plus de neuf ans, et en ne consultant que le poids, il aurait un peu moins de dix ans : de sorte quon peut dire avec beaucoup de probabilité que l'individu en question doit avoir de neuf à dix ans. |
Chaque peuple a son type particulier; quand nous disons que les Français sont moins grands que les Anglais ou que les Russes, notre assertion n'est vraie que d'une manière générale, et en concevant des comparaisons établies entre les moyennes.
La conception des moyennes existe en dehors de la science qui ne fait que lui donner plus de précision; pour être complète, elle exige la considération des limites. Toutefois la moyenne et les deux limites entre lesquelles se trouvent resserrées toutes les valeurs individuelles n’ont point ce vague que le vulgaire leur attribue; ce sont, comme nous l'avons vu, des quantités bien déterminées et que l'observation peut faire reconnaître avec la plus grande exactitude.
Si lon a égard, chez un même peuple, au poids des hommes, il existe également un type qu'une appréciation vague nous permet d'établir, mais que la science seule peut déterminer d'une manière précise : l'homme de taille moyenne à un certain poids; les hommes plus grands où plus petits ne lui sont pas semblables, dans le sens géométrique de ce mot; il faudrait pour cela que les poids fussent comme les cubes des hauteurs. Or, l'homme très-
grand pèse généralement moins que sa taille ne le com- . porterait; tandis que l’homme très-petit pèse davantage.
Les limites sont donc moins larges pour les poids qu'elles ne devraient l’être, si les hommes étaient semblables ; et les individus, dans l'espèce humaine, ne peuvent être assimilés à ce que sont en géométrie des pyramides ou des cylindres semblables. Le géant suédois qui servait dans les gardes du corps de Frédéric le Grand mesurait au delà de 2",52; tandis que le nain dont parle Birche n'avait pas 0,44. Or, en supposant une exacte similitude entre ces deux individus formant, pour ainsi dire, les limites des grandeurs dans notre espèce, les poids auraient été dans le rapport de 188 à 1. Certainement une disproportion semblable n'a jamais pu exister entre deux hommes.
L'accroissement en hauteur se fait en général aux dépens de l'accroissement en largeur. Les hommes trèsgrands ont rarement une grosseur en rapport avec leur taille. Le contraire a lieu pour les hommes très-petits ; lembonpoint prédomine chez eux. Un géant qui seraït proportionnellement musclé comme un nain, serait d'une difformité effrayante. La nature n’a pas voulu que ses limites fussent trop larges et que l’homme s'écartât avec excès du type qu’elle a créé. ;
Buffon semblait croire que les poids devaient être comme les cubes des hauteurs; c'est du moins ce qui résulte du poids qu'il assigne aux hommes de six, de sept ou de huit pieds de haut, pour que la grosseur du corps et des membres soient dans les mêmes proportions que celles d'un homme bien fait. Il y a lieu de croire que le célèbre naturaliste n'avait point fait d'expériences directes, et qu'il se bornaït à énoncer un résultat de la théorie, en supposant les hommes semblables entre eux dans le sens géométrique. D'après des recherches nombreuses que j'ai
faites sur la corrélation entre les tailles et les poids des hommes adultes, j'ai cru pouvoir conclure que les poids sont simplement comme les carrés des hauteurs. Encore en s'écartant de la moyenne, attribuerait-on un poids trèsfort aux hommes les plus grands. Le géant du roi de Prusse aurait pesé 33 fois autant que le nain dont il a été
parlé plus haut. |
Parmi les hommes d’une grosseur extraordinaire, Buffon ete un Anglais qui mourut en 1775 et qui pesait 649 livres. Le même savant parle d’un nain qui, à l'âge de sept ans, pesait 19 livres, et qui, plus tard, accablé de tous Les accidents de vieillesse, n’en pesait plus que 13. Ces deux poids (649 et 13) qu’on peut regarder comme des extrêmes, même très-exagérés, sont dans le rapport de 50 à 1, dont la racine carrée est 7 à l. En supposant donc le poids du nain de 13 livres, on aurait à peu près exactement le rapport 7 à 1, comme exprimant les limites relatives du poids que pêut acquérir le corps humain.
Quand il s’agit des petits enfants, la corrélation entre les poids et les tailles se présente d'une manière un peu différente : les poids croissent plus rapidement que les carrés des hauteurs. Il n'existe donc point, pendant la croissance, une même relation entre les développements de la taille et ceux du poids.
L'homme offre, à chaque âge, un poids déterminé et des limites que ce poids ne dépasse point. Ces limites sont numériquement beaucoup plus larges que celles assignées à sa taille. |
Mais il se présente ici une circonstance remarquable, cest que les termes limites sont inégalement éloignés de la moyenne. Ainsi, en admettant les limites les plus larges que nous connaissions, nous aurons, d'une’part, 649 livres, et de l’autre 13 seulement; la moyenne du poids de
l’homme peut être estimée à 140 livres ; il en résulterait donc que l'Anglais qui pesait 649 livres dépassait la moyenne de 509 livres; et que le nain qui n’en pesait que 13 ne tombait au-dessous de la moyenne que de 127 livres. Ce dernier écart ne forme que le quart du précédent. Cet indice seul nous prouve que les hommes, quant à leur poids, ne se distribuent pas autour de la moyenne d'une manière symétrique comme quand il s’agit des tailles. On aurait tort de croire cependant qu'il n'existe plus de loi qui règle leur distribution.
La courbe qui indique la manière dont la population se trouverait groupée quant aux poids, n'aurait plus la symétrie de celle qui se rapporte aux tailles, mais elle serait encore régulière et se calculerait d'après les mêmes principes. Les groupes se trouveraient encore distribués d'après la loi des variations accidentelles, mais en admettant deux limites inégalement distantes de la moyenne, et prises dans le rapport de 4 à 1 environ.
L'homme moyen pour le poids compterait probablement autant d'hommes plus pesants que lui, que d’autres qui le seraient moins. Il existe bien peu d'expériences à cet égard; cependant celles que j'ai pu recueillir confirment pleinement ce qu'indique la théorie. L'homme moyen sert donc à la fois de type pour la taille et pour le poids.
J’attache un grand prix à cette observation que nous verrons successivement se généraliser, parce qu'elle donne la preuve la plus directe que, non-seulement l’homme moyen n’est pas impossible, comme on avait paru le craindre, mais qu'il est nécessaire, Cette démonstration à priori qu'il existe un type ou module de l'homme, est d’une grande importance pour l’objet qui nous occupe; elle donne à la théorie de l'homme des bases fixes qui lui manquaient.