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DÉVELOPPEMENT DES FACULTÉS INTELLECTUELLES

Le champ que nous avons à parcourir est immense; nous devons nous borner, dans l’état actuel de la science, à de simples indications qui serviront comme de jalons pour marquer les premières tentatives faites dans la vue d'en prendre possession et d'en reconnaître l'étendue.

Il faut chercher à déterminer d'abord l'époque à laquelle la mémoire, l'imagination et le raisonnement prennent naissance, et les degrés par lesquels ces facultés passent successivement pour arriver à leur maturité; puis, ayant établi ce point maximum, chercher à en reconnaître la loi de dépérissement. J'ai indiqué plus haut comment on peut établir des degrés d'estimation pour la mémoire, je tâcherai de montrer ici comment on pourrait procéder pour le raisonnement et l'imagination.

On ne peut apprécier les facultés que par leurs effets, c'est-à-dire par les actions ou les ouvrages qu'elles produisent. Or, en attribuant à une nation, comme on le ferait à un individu, tous les ouvrages, par exemple, qu'elle a

fait naître, on jJugera à la fois de sa fécondité et de sa force intellectuelle par rapport à d’autres nations, abstraction faite des causes qui auraient pu porter obstacle à la production. Ensuite, en tenant compte des âges auxquels les äuteurs ont produit ces ouvrages, on aura les éléments nécessaires pour suivre le développement de l'intelligence ou de sa force productive. Il faut, dans un pareil examen, séparer les différents genres d'ouvrages, classer ensemble ceux des arts industriels, ceux du dessin et de la mursique, les ouvrages mathématiques, littéraires, philosophiques, etc., afin de saisir, avec plus de facilité, les nuances qui caractérisent le développement de nos différentes facultés.

Cette recherche devrait être répétée en passant d’une nation à l’autre, pour savoir si les lois du développement varient plus en raison des localités que de la nature des ouvrages produits. Il faudrait aussi que ces examens présentassent les plus fortes garanties d'impartialité; on ne choisirait pas, mais on prendrait les ouvrages en adoptant un ordre établi en dehors de toute idée Systématique. Ce travail serait long et pénible; mais il présenterait des résultats curieux et certainement très-inattendus.

Il convient cependant, avant tout, de se faire une idée aussi exacte que possible de la manière d'être et des penchants des différents peuples que nous aurons principalement occasion de considérer dans cet ouvrage. Chaque peuple à la longue finit par adopter une manière d'être et des habitudes qui dépendent de sa constitution particulière et du climat où il se trouve placé.

Prenons un exemple d'une pareille discussion, qui semble devoir précéder toute autre, quand il s’agit particulièrement des facultés intellectuelles des peuples, et de la manière dont chacun d'eux cherche à se procurer, par

son intelligence, les moyens de pourvoir à son existence, tout en coopérant à la conservation et au bien-être de ses semblables.

Cherchons d’abord comment les peuples se rangent sous le rapport de leur partage par profession (1). On trouve, par exemple, parmi les premiers tableaux que le savant docteur Farr a donnés pour l'Angleterre et l'Écosse, le suivant, qui fait le partage de la population anglaise par profession, moins l'Irlande et sans y comprendre l'armée et la marine marchande et militaire. Si chacun des autres pays avait adopté une division semblable pour la population, et s’il avait exactement suivi la même classification, la comparaison serait des plus faciles, et la statistique aurait un moyen précieux de comparaison. Malheureusement cette identité na pas eu lieu, et l’on conçoit qu'il était difficile de l'obtenir d'emblée entre les différentes nations. |

Des demandes avaient été faites au congrès international de Londres, quand on songea aux moyens d'obtenir un essai de statistique générale entre les différents peuples. Par suite, des cadres de la population, dressés respectivement pour chaque pays, furent envoyés à Bruxelles, afin d'en faciliter l'exécution : mais on conçoit que, dans un premier essai semblable, il fut impossible d'obtenir des tableaux uniformes et des nombres immédiatement comparables. Les résultats furent imprimés et distribués aux

(1) Ce point parut'assez important pour exiger, avant tout, des explications et des détails, quand il fut fait des demandes aux différents peuples pour former, d’après la décision prise au congrès statistique de Londres, en 1860, le premier essai d’une statistique internationale. Nos différents collègues de chaque nation voulurent bien, en conformité de cette décision, donner les renseignements demandés, pour autant que l’état des choses le permit : c'est d’après ces documents que fut publié le premier essai d'une Statistique internationale, 1 vol. in-4°, à Bruxelles, en 1865.

différentes nations, et l'on put voir alors les difficultés d'établir des comparaisons scientifiques. Malheureusement cet essai, entrepris par les hommes les plus instruits et les plus versés dans ces sortes de recherches, n'eut pas d'autre suite : du moins aucun ouvrage subséquent ne fit connaître quel succès on avait droit d'espérer. Il fut cependant facile de remarquer, par les publications particulières des gouvernements, quon se préoccupait des moyens d'en rendre les résultats comparables.

Il est de la plus haute importance d'obtenir, pour l'administration des États et pour les avantages de la science, la même unité et la même simplicité qu'on a si heureusement pu établir, dès l’origine, dans l’administration des chemins de fer et des postes. C’est qu'il est généralement plus facile d'organiser une grande administration toute nouvelle, que de pouvoir régulariser plusieurs administrations anciennes, quelque simples qu’elles soient d'ailleurs : il semblerait même que plus cette régularité est grande, plus les mesures deviennent difficiles pour les faire concorder et pour leur imprimer la marche générale qui leur convient.

Tâchons d’éclaircir la question : et pour y porter plus de lumières, comparons immédiatement l'Angleterre et la France. Examinons de quelle manière on a procédé dans ces deux grands États; nous verrons mieux ensuite les résultats qu'on a obtenus et tout ce qui resterait à faire, si l'on cherchait à introduire entre les différents pays, je ne dirai pas des formes identiques, ce qui semble absolument impossible, mais des formes qui permissent des comparaisons utiles pour les principaux documents.

Voici le tableau qu'a présenté notre honorable collègue et ami M. Farr, nous l'avons conservé soigneusement dans toutes ses parties. (Statistique internationale, p. 19.)

Population par profession, moins l'Irlande, l’armée et la marine marchande et militaire. — Année 1851.

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